Musique dégénérée est la traduction de l’ (), littéralement une . Le terme , issu de la biologie, fut appliqué au domaine musical par le régime nazi pour désigner certaines formes de musiques considérées comme nuisibles ou décadentes, notamment la musique moderne, le jazz et la musique écrite par des compositeurs juifs ou communistes. La préoccupation du régime nazi pour la faisait partie d'une campagne plus grande contre l'art dégénéré () en général. Dans les deux cas, le gouvernement a tenté d'isoler, de discréditer, de décourager ou d'interdire les œuvres. Leurs idées ont produit des décennies d'écrits antisémites sur la musique.
Racisme Sous le IIIe Reich, des compositeurs juifs décédés tels Felix Mendelssohn et Gustav Mahler ou encore Giacomo Meyerbeer sont pointés du doigt par les nazis et leurs partitions disparaissent des bibliothèques. À Leipzig, une statue en bronze de Mendelssohn est enlevée et remplacée par celle d'Anton Bruckner. Le régime lance également des commandes pour remplacer la musique de scène de Mendelssohn pour (Le Songe d'une nuit d'été). Plus d'une quarantaine de versions du Songe d'une nuit d'été seront créées, celle remportant le plus grand succès étant la version de Carl Orff pour le théâtre de Francfort, créée en 1939 et remaniée à plusieurs reprises par le compositeur après la guerre.
Discrimination vignette|Un élément de l'exposition de 2007, (« Le saxophone suspect »). Musique dégénérée dans l'état nazi. Dès la prise de pouvoir par les nazis et surtout après la création de la Chambre de la musique du Reich () par Joseph Goebbels, de nombreux compositeurs juifs, modernistes ou connus pour leur engagement politique antinazi sont mis à l'index ou renvoyés de leurs postes et éprouvent de plus en plus de difficultés à faire jouer leur musique. Beaucoup s'exilent, notamment Arnold Schönberg, Kurt Weill, Paul Hindemith, Berthold Goldschmidt ; certains compositeurs non juifs mais considérés comme trop modernes se retirent dans un exil intérieur tels Karl Amadeus Hartmann et Boris Blacher ; d'autres seront déportés dans des camps de concentration ou des centres de mise à mort, comme Erwin Schulhoff, Viktor Ullmann ou Hans Krása.
thumb|Le à Düsseldorf (photographié en 1902). En 1938 a lieu l'exposition à Düsseldorf avec pour commissaire , à l'époque directeur du Théâtre national de Weimar et proche de l'idéologue du régime Alfred Rosenberg. À l’origine, Ziegler avait pensé cette exposition comme une « suite » à donner à l'exposition , qu’il avait visitée à Munich en 1937, et il voulait également y inclure la littérature. L’événement devait avoir lieu dès 1937 à Weimar. Il sera finalement organisé en contrepoint aux « Journées musicales du Reich » (), une initiative du ministère de la Propagande de Goebbels qui mettait en avant la musique encouragée par le régime nazi. En raison des rivalités entre Rosenberg et Goebbels, l'exposition n'aura pas le succès escompté et souffrira même d'un boycott du président de la Chambre de Musique du Reich, Peter Raabe.
Dans son discours d'ouverture, reproduit dans le catalogue de l'exposition, Ziegler déclare : . L'exposition est organisée en sept sections :
« Influence du judaïsme » (section où figurent notamment l'opérette et le jazz) « Schönberg et les théoriciens de l'atonalité » « Domaine musical, éducation, théâtre et presse à l'ère de Kestenberg » (directeur de l'éducation musicale avant 1933) « Stravinsky » « Kurt Weill » « Petits maîtres bolcheviques » (Franz Schreker, Alban Berg, Ernst Toch) « Opéras et oratorios de Hindemith ».
Des cabines d'écoute sont mises à disposition du public, qui peut y écouter des enregistrements de musiques vouées à une disparition prochaine. Des photographies ou des caricatures de compositeurs sont exposées, ainsi que des extraits d'ouvrages théoriques ou musicologiques sur la musique moderne, mais aussi des esquisses ou photographies de décors d'opéras, et des extraits de partitions comme celle de l'opéra d'Ernst Křenek.
À partir du milieu des années 1990, le label Decca a publié une série d'enregistrements dans la collection , révélant au public des œuvres souvent peu connues de compositeurs discrédités, interdits ou persécutés par le régime.
Notes et références
Annexes Bibliographie
. Collectif, Le Troisième Reich et la musique, catalogue d'exposition sous la direction de Pascal Huynh, Paris, Fayard/Cité de la musique 2004, 255 p.
Bruno Giner, Musiques dans les camps nazis, ed. Delatour, 2019
Articles connexes Art dégénéré Liste de compositeurs persécutés pendant le nazisme Chambre de la musique du Reich (Reichsmusikkammer) Swingjugend Jonny spielt auf Wilhelm Grosz
Liens externes
« Art et Musique sous le Reich » : Entartete Kunst et Entartete Musik sur holocaustmusic.ort.org/fr « Le nazisme et la musique dégénérée » par Gil Pressnitzer, sur espritsnomades.com Dossier pédagogique sur polyphonies.eu
Base de données de la « Musique dégénérée » (125 compositeurs, 650 œuvres) sur ebonyband.nl La Musique « dégénérée » dans l'Allemagne Nazie sur ghi-dc.org
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