Thomas Wake (v. – ), baron Wake de Liddell, est un important seigneur et militaire anglais du , qui s'est particulièrement impliqué dans les guerres d'indépendance de l'Écosse. Encore mineur à la mort de son père en 1300, il est placé sous la tutelle de plusieurs gardiens jusqu'à ce que ses biens et son titre lui soient remis en 1317. Marié en 1316 à Blanche de Lancastre, une des filles du puissant seigneur Henri de Lancastre, il étend progressivement son influence dans le Nord de l'Angleterre et participe au conflit anglo-écossais, qui lui offre des chances d'avancement au cours du règne d'Édouard II. Imitant la prudence dont fait usage son beau-père, il ne prend pas part à l'opposition baronniale face au souverain, mais finit par soutenir en 1326 la révolte de la reine Isabelle et de Roger Mortimer et participe activement à la déchéance d'Édouard II l'année suivante.

Devenu hostile à la régence d'Isabelle et de Mortimer à la suite de la conclusion du traité d'Édimbourg-Northampton en 1328 qui lui fait perdre ses revendications sur des possessions en Écosse, Thomas Wake appuie plusieurs soulèvements infructueux contre eux et doit même vivre quelque temps en exil, avant d'être rappelé en 1330 par Édouard III. Le baron accompagne le souverain lors de ses campagnes militaires en Écosse au cours des années 1330 et participe à la défense du royaume face aux Français au début de la guerre de Cent Ans. Bénéficiant de la confiance du roi, il est l'un des seigneurs qui gouvernent l'Angleterre en son absence, pendant qu'il guerroie sur le continent. Retiré des affaires du royaume en raison de sa maladie, il consacre les dernières années de sa vie à l'établissement de bâtiments religieux dans ses possessions et meurt en 1349.

Biographie Origines, jeunesse et mariage Thomas Wake est le fils aîné de John Wake, baron Wake de Liddell, et de Jeanne de Fiennes. Il est issu d'un lignage assez important, puisque du côté paternel, il est un arrière-arrière-petit-fils de Saer de Quincy, comte de Winchester, et du prince de Galles Llywelyn ab Iorwerth, ainsi qu'un arrière-arrière-arrière-petit-fils du roi d'Angleterre Jean sans Terre, tandis que du côté de sa mère, il est un arrière-arrière-petit-fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, puis empereur latin de Constantinople, et un arrière-arrière-arrière-petit-fils d'Alphonse IX de León et de Bérengère I de Castille. Son père meurt aux alentours du , faisant de lui l'héritier de son titres et de ses possessions. Après la mort en 1309 de sa mère Jeanne, Thomas est alors encore trop jeune pour pouvoir gérer seul ses propriétés et devient un pupille de la couronne d'Angleterre. Le roi Édouard II le place alors immédiatement sous la garde d'Henry de Lacy, comte de Lincoln, mais ce dernier meurt prématurément le . Par la suite, le souverain nomme son favori Pierre Gaveston, comte de Cornouailles, pour gérer les possessions du jeune Thomas Wake. Mais Gaveston est exilé dès le suivant à la demande de l'opposition baronniale et est exécuté le à l'instigation de Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, après son retour illégal en Angleterre. À la suite de la mort de son favori, Édouard II désigne enfin son épouse Isabelle de France pour administrer les biens de Thomas Wake, en théorie jusqu'à sa majorité, alors fixée à 21 ans.

Début 1316, Thomas Wake est fiancé par le roi à Jeanne Gaveston, la fille et héritière de Pierre Gaveston et de son épouse Marguerite de Clare. Pourtant, il épouse aux alentours du Blanche de Lancastre, fille aînée d'Henri de Lancastre, baron Lancastre et frère cadet de Thomas de Lancastre. On ignore pourquoi Wake a refusé la main de Jeanne : en effet, ce n'est pas Blanche qui est destinée à hériter de la fortune de son oncle, mais son frère Henri de Grosmont. Il est possible qu'il ait jugé préférable à cette période de s'allier au comte de Lancastre plutôt qu'au roi, alors sérieusement affaibli par ses échecs militaires, ou qu'il ait supposé que Marguerite de Clare se remarierait et aurait un fils, privant Jeanne Gaveston de son statut d'héritière. Quoi qu'il en soit, Édouard II condamne Thomas Wake à verser à « notre très chère parente » la somme de 1 000 livres en dédommagement, qui est partiellement payée le . Un pardon royal pour avoir refusé d'épouser Jeanne Gaveston lui est définitivement accordé le . Grâce à la médiation d'Henri de Lancastre, Thomas Wake est autorisé le à entrer dans son héritage, bien qu'il soit encore mineur. Il hérite de plusieurs terres situées dans le Lincolnshire, de Cottingham et de Liddel Strength dans le Yorkshire, ainsi que d'autres terres dans le Cumberland et le Westmorland. Possédant plusieurs domaines dans le nord de l'Angleterre, il s'implique rapidement dans les guerres d'Écosse : ainsi, en , plusieurs soldats relevant de son commandement prennent part au siège de Berwick.

Rôle sous le règne d'Édouard II Le , Édouard II donne la permission à Thomas Wake de se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Pendant son absence, un de ses manoirs dans le Lincolnshire est attaqué et pillé, et certains de ses serviteurs sont tués. Son séjour à l'étranger lui évite de prendre part à l'été 1321 à la guerre des Despenser, une rébellion conduite par Thomas de Lancastre contre Édouard II et son nouveau favori Hugues le Despenser. Tout comme son beau-père Henri de Lancastre, il demeure neutre dans le conflit et assiste impuissant après sa défaite et sa capture à l'exécution de Thomas de Lancastre le . Le lendemain de l'exécution du comte, Thomas Wake acquitte une dette de 100 marcs à Ralph de Camoys, le beau-frère d'Hugues le Despenser. Pendant les années suivantes, il semble entretenir des relations correctes avec Édouard II. S'il figure brièvement en parmi les otages anglais envoyés provisoirement en Écosse comme garantie de la sécurité pour l'Écossais Thomas Randolph, comte de Moray, chargé de négocier une trêve de treize ans avec le roi d'Angleterre, Wake reçoit le le manoir royal de Sandal dans le Yorkshire pour son « hébergement » et sa sœur Marguerite épouse vers le Edmond de Woodstock, comte de Kent, l'un des demi-frères d'Édouard II. Au cours de la guerre de Saint-Sardos, il est convoqué en et en par le roi pour accompagner en Aquitaine John de Warenne, comte de Surrey, afin de repousser une invasion française, même s'il ne semble pas avoir quitté l'Angleterre.

Même s'il assiste toujours à la signature de chartes royales en , Thomas Wake apporte comme son beau-père son soutien au débarquement de la reine Isabelle de France et de son allié Roger Mortimer le , qui vise à mettre fin au pouvoir oppressif établi par Édouard II et Hugues le Despenser depuis 1322. Les raisons de ce soudain revers d'allégeance peuvent être multiples : il est peut-être mécontent des négociations de paix avec les Écossais en 1323, qui lui ont fait perdre plusieurs possessions dans le Sud de l'Écosse, ou bien, tout simplement, il ne tolère plus comme l'essentiel du baronnage l'influence illimitée du favori royal. Quoi qu'il en soit, il rejoint les rebelles à Gloucester et est l'un des barons qui proclament le à Bristol le prince héritier Édouard gardien du royaume, le roi s'étant enfui en Galles. Le , il participe activement à la condamnation à mort à Hereford d'Hugues le Despenser et assiste à son exécution. Isabelle et Mortimer, devenus entretemps les dirigeants effectifs du royaume, récompensent le soutien de Thomas Wake en lui accordant dès le le poste de juge des forêts au Sud du Trent, puis le , la fonction de connétable de la Tour de Londres. Il est par ailleurs désigné connétable du château de Hertford. Les 12 et , il représente les intérêts de son beau-père et demande à plusieurs reprises le soutien de la foule londonienne au cours du Parlement qui prononce la destitution d'Édouard II en faveur de son fils, qui est proclamé roi d'Angleterre sous le nom d'Édouard III et couronné le suivant.

Hostilité à Roger Mortimer

Thomas Wake figure parmi le conseil de régence chargé d'apporter son aide à Édouard III, alors âgé de seulement quatorze ans. Dès le , il est convoqué par Roger Mortimer pour repousser les raids écossais incessants, mais la campagne de Weardale au cours de l'été échoue lamentablement et le jeune roi échappe de peu à la capture lors de l'affrontement de Stanhope Park le . Cette défaite cinglante convainc Isabelle et Mortimer d'entamer des pourparlers de paix avec les Écossais dès le . À ce titre, Wake est chargé avec d'autres envoyés anglais d'aller fixer les négociations du traité d'Édimbourg-Northampton, signé le . L'accord entre les deux royaumes assure à l'Écosse son indépendance et prive les seigneurs anglais de toutes leurs possessions écossaises. Thomas Wake, qui doit renoncer à ses revendications en Écosse, se réunit avec d'autres seigneurs ayant perdu leurs possessions à cause du traité de paix : au cours des mois suivants, ces barons forment à la cour d'Édouard III un cercle d'exilés connus sous le nom de « déshérités ». Parallèlement, il fait part de son mécontentement envers cette turpis pax et entre progressivement dans l'opposition au régime d'Isabelle de France et de Roger Mortimer qui est conduite par son beau-père Henri de Lancastre. En réponse à son hostilité, il perd en son poste de connétable de la Tour, tandis que le mois suivant, celui de juge des forêts lui est retiré. Profondément outré par la mainmise de Roger Mortimer sur le pouvoir, Thomas Wake refuse, tout comme son beau-père, d'assister au Parlement tenu à Salisbury en .

Lorsque l'opposition à Roger Mortimer se rencontre à Londres au début du mois , Thomas Wake agit comme porte-parole d'Henri de Lancastre, absent pour sa propre sécurité. Le , Mortimer promet un pardon à quiconque se soumettra avant le : Wake répond à cette déclaration en annonçant qu'il ne se rebelle en aucun cas contre le roi Édouard III. Toutefois, certain de la duplicité de ses adversaires, Mortimer refuse que le souverain accepte l'offre de soumission proposée par les insurgés. Finalement, le , abandonné par plusieurs de ses partisans, Henri de Lancastre se voit contraint de se rendre à Bedford à Roger Mortimer. Le , pressé par Mortimer, Édouard III ordonne la confiscation des terres des rebelles. Peut-être en raison de ses liens familiaux avec Roger Mortimer (qui est son cousin), Thomas Wake est autorisé à conserver ses terres contre le paiement d'une lourde amende de 15 000 marcs. Il n'a pourtant pas encore fini de payer cette amende lorsqu'il est impliqué dans une mystérieuse conspiration de son beau-frère Edmond de Woodstock contre le régime au début de l'année 1330, qui vise prétendument à restaurer Édouard II sur le trône, que la rumeur dit toujours vivant, malgré l'annonce de sa mort le . Menacés par leurs adversaires, Isabelle et Mortimer réagissent promptement et font décapiter Edmond le , étouffant dans l'œuf le complot. Accusé d'avoir appuyé les projets de son beau-frère, Thomas Wake est pourchassé, ses terres sont confisquées et il ne doit son salut qu'à sa fuite précipitée en France.

Participation aux campagnes d'Édouard III