John de Warenne ( – 29 ou ), comte de Surrey et comte de Sussex, est un important noble anglais de la première moitié du . Il hérite des nombreuses possessions de son grand-père paternel John de Warenne en 1306. La même année, il épouse Jeanne de Bar, qui est l'une des petites-filles du roi . Initialement opposé à Pierre Gaveston, le favori du roi , John entretient progressivement de bonnes relations avec lui et affiche sa sympathie pour le parti royal. Pourtant, en 1312, il est l'un des barons qui font arrêter Gaveston pour trahison, mais est profondément choqué par son exécution à l'instigation du comte de Lancastre et offre son aide à la monarchie pendant les années suivantes, très difficiles pour .

Dès 1314, le comte envisage de rompre son mariage pour se marier avec ses maîtresses successives, mais n'obtient pas gain de cause. Entravé dans ses projets matrimoniaux par Lancastre, John de Warenne entre en conflit ouvert avec lui à partir de 1317. Malgré l'intervention royale, les tensions subsistent entre les deux hommes jusqu'à l'exécution de Lancastre en 1322. Devenu un partisan inflexible du roi par hostilité à Lancastre, Surrey reste globalement fidèle à jusqu'à sa chute du pouvoir en 1326. Il se montre discret pendant la régence de la reine Isabelle et de Roger Mortimer, mais reprend ses activités militaires, en particulier en Écosse, au début du règne d'. John de Warenne meurt en 1347, sans être parvenu à être démarié de son épouse.

Ayant habilement joué un rôle de second plan pendant les règnes paradoxaux d' et d', Surrey est considéré après son décès comme un homme d'État respecté, d'autant qu'il est l'un des rares magnats à avoir survécu et participé à l'administration de l'Angleterre pendant cette période tumultueuse. Bien qu'il ait été impliqué dans la plupart des événements politiques du début du , John de Warenne n'a jamais été la figure de proue d'une quelconque décision. Sans grands principes politiques, son destin montre pourtant comment une adhésion ferme était dangereuse et sa politique de tergiversation plus sûre pour les seigneurs anglais à l'époque. Loué comme un chevalier brave et loyal, ses conflits matrimoniaux et successoraux ont quelque peu terni sa réputation.

Biographie Origines, jeunesse et mariage Né le , John de Warenne est le fils de Guillaume de Warenne et de son épouse Jeanne de Vere, une des filles de Robert de Vere, comte d'Oxford. Baptisé le , il est orphelin de père quelques semaines plus tard lorsque Guillaume de Warenne meurt au cours d'un tournoi. La mort subite de son père fait de lui l'héritier de son grand-père paternel John de Warenne, comte de Surrey. Alors qu'il a à peine sept ans, sa mère Jeanne meurt à son tour en 1293. Dans le contrat de mariage de ses parents, il a été convenu que leurs futurs héritiers seraient placés sous la tutelle du comte d'Oxford s'ils venaient tous deux à mourir avant que leurs enfants n'atteignent l'âge adulte. John et sa sœur cadette Alice sont ainsi confiés à leur grand-père maternel jusqu'à sa mort en 1296. Par la suite, on ignore où John et sa sœur sont élevés. Pour sa part, John réapparaît dans les registres royaux en 1304 lorsqu'il hérite de son grand-père paternel des comtés de Surrey et de Sussex. Il hérite de diverses propriétés dans le Surrey et le Sussex mais également dans le Lincolnshire, le Yorkshire, le Wiltshire et le Norfolk. Étant encore mineur, tous ses biens sont placés sous l'administration royale jusqu'à sa majorité. En , John est envoyé par le roi à un tournoi tenu à Guildford, qui appartient à sa famille. Bien que ses possessions soient encore administrées par des fonctionnaires royaux, il vit alors dans ses propres domaines.

Au début du mois de , le Parlement convoqué à Westminster émancipe le jeune comte. Avant l'ouverture du Parlement, le roi remet le à John de Warenne les terres de son grand-père, alors qu'il n'a ni atteint l'âgé légal de la majorité fixé à 21 ans, ni encore rendu hommage au roi pour celles-ci. Au cours de la session parlementaire, Édouard offre au comte de Surrey la main d'une de ses petites-filles, Jeanne, fille d'Aliénor d'Angleterre et d'. Bien que la petite Jeanne n'ait que onze ans, le comte accepte sans hésiter la proposition du roi. Jeanne arrive en Angleterre le et est escortée en grande pompe jusqu'à la cour de son grand-père à Westminster. Les fiançailles sont proclamées le suivant et, une semaine plus tard, le comte de Surrey est adoubé au cours d'une grandiose cérémonie aux côtés de 266 autres jeunes nobles, dont l'héritier du trône, le futur . Les célébrations de ces adoubements sont suivies par une série de mariages, dont celui de John de Warenne avec Jeanne de Bar qui est célébré le à la Christ Church Greyfriars de Newgate. John reçoit sa toute première convocation pour assister au Parlement le , mais n'est pas présent lorsque la session parlementaire suivante s'ouvre à Carlisle en , le roi l'ayant autorisé à se rendre en Galles. Le , le roi Édouard le dispense de la dette 6 693 livres que devait son grand-père à la couronne.

meurt le et est immédiatement remplacé par son fils . John de Warenne figure parmi les barons qui assistent le suivant à l'élévation de Pierre Gaveston, favori du nouveau roi, au titre de comte de Cornouailles. Le , John de Warenne est une nouvelle fois convoqué au Parlement qui s'ouvre le suivant. Pendant ce temps, les relations entre le roi et ses barons se détériorent quant aux marques de faveur exubérantes qu'il accorde à son favori. John tergiverse quelque temps entre le roi et l'opposition baronniale : bien qu'il soit un compagnon d'armes du nouveau roi, le comte va bientôt devenir l'un des adversaires les plus virulents de Gaveston. Aux côtés de son beau-frère Edmond FitzAlan, comte d'Arundel, qui a épousé sa sœur cadette Alice en , et d'Humphrey de Bohun, comte de Hereford, John de Warenne affronte Pierre Gaveston le lors d'un tournoi tenu à Wallingford. Pendant la joute, les jeunes et talentueux chevaliers qui accompagnent Gaveston gagnent aisément contre les chevaliers plus âgés qui accompagnent les comtes de Surrey, de Hereford et d'Arundel. À l'issue d'un verdict que les contemporains ont jugé controversé, les arbitres tranchent en faveur de Gaveston et cette humiliation provoque une forte inimitié entre les deux partis en présence, particulièrement entre les comtes de Surrey et de Cornouailles.

Hostilité puis réconciliation avec Pierre Gaveston Le , alors qu'il accompagne en France lorsque celui-ci va y épouser Isabelle, fille du roi , et rendre hommage au roi de France pour ses possessions en Aquitaine, John de Warenne est l'un des quatre comtes anglais avec Henry de Lacy, comte de Lincoln, Aymar de Valence, comte de Pembroke, et Humphrey de Bohun, comte de Hereford, qui signent l'agrément de Boulogne, une déclaration qui est de nos jours considérée comme la première manifestation de l'opposition aux abus de Pierre Gaveston. Surrey assiste le suivant au couronnement du nouveau couple en l'abbaye de Westminster, lors duquel Gaveston choque les personnalités invitées par son arrogance, et influe ensuite activement au sein du Parlement pour imposer au roi le l'exil du favori. À la même époque, John entre au service de Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, un cousin du roi qui est le plus puissant des magnats d'Angleterre et devient progressivement le leader de la fronde des barons. John promet à Lancastre, peut-être pendant un tournoi qui a lieu en à Dunstable, de le servir avec 80 hommes d'armes. En , les comtes de Surrey et d'Arundel appartiennent officiellement à la suite du comte de Lancastre. En juin suivant, le roi interdit formellement aux trois comtes de participer à des activités militaires, telles des tournois.

Lorsque Gaveston revient d'exil en , les comtes de Lincoln et de Surrey acceptent ce retour, contrairement à Lancastre. Par la suite, John semble se lier d'amitié avec Gaveston. En , il est ainsi présent à York avec le roi et Gaveston, tandis que les autres barons refusent de se présenter au conseil du roi. En , John est chargé par le roi d'assurer le maintien de l'ordre lors du Parlement ouvert à Londres. Au cours de cette session, le roi est contraint d'accepter l'élection d'un comité de 21 seigneurs qui cherchent à réformer les prérogatives royales. John de Warenne est le seul comte avec Gaveston et son oncle Robert de Vere, comte d'Oxford, à refuser de participer à ce conseil de barons. Il est également le seul comte avec Gilbert de Clare, comte de Gloucester, à répondre aux convocations du roi en lorsque ce dernier mène avec Gaveston une campagne militaire en Écosse. John chevauche en Écosse jusqu'à l'été 1311. Le roi le récompense généreusement pour le soutien qu'il lui a apporté, avec notamment le don de deux domaines dans le Northamptonshire. Déjà, le , le roi lui a offert la possession à vie du château de Peveril et des terres associées contre une imposition annuelle de 437 marcs. Le roi réduit considérablement le montant de cette taxe à la fin de l'année 1310 et, en 1311, il lui accorde la remise officielle de Peveril, sans contrepartie.

Cependant, la publication des Ordonnances de 1311 par les 21 seigneurs restés en Angleterre pendant la campagne d'Écosse impose le bannissement perpétuel de Pierre Gaveston. Lorsque ce dernier fait son retour en , l'archevêque de Cantorbéry Robert Winchelsey persuade le comte de Surrey de l'arrêter. Accompagné du comte de Pembroke, John assiège Gaveston, réfugié au château de Scarborough. Ce dernier est contraint de capituler le et est emmené prisonnier par Pembroke à Londres. Surrey n'est par la suite pas impliqué dans les événements tumultueux du mois de , au cours desquels les comtes de Warwick, de Lancastre et de Hereford profitent de la négligence de Pembroke pour se saisir du favori et font impitoyablement exécuter Gaveston pour haute trahison. La violence de cette décision provoque la division de l'opposition baronniale. Bien que le roi soit mécontent que Surrey ait pris part au siège de Scarborough, il ne lui en tient pas rigueur, tout comme au comte de Pembroke. Contrairement à Pembroke et Surrey, les comtes responsables de la mort de Gaveston poursuivent leur opposition au roi, qui refuse de leur pardonner. En , charge le comte de Surrey d'assurer la préservation de la paix dans le Sussex. L'année suivante, le roi lui interdit fermement de rejoindre les comtes impliqués dans la mort de son favori lors de tournois.

Première crise conjugale En , le comte de Surrey refuse, tout comme les comtes de Lancastre, de Warwick et d'Arundel, de participer à la campagne militaire d' en Écosse qui s'achève par la défaite cinglante de Bannockburn. Toutefois, l'absence de John de Warenne n'est pas due à une prétendue solidarité avec les seigneurs responsables de la mort de Gaveston, mais a pour véritable cause son mariage désastreux avec la nièce du roi, Jeanne de Bar. Leur union n'a produit aucun enfant, de sorte que le roi a autorisé dès le le comte de Surrey à désigner n'importe quel héritier à son gré, pourvu qu'il ne déshérite aucun enfant éventuel né de son union avec son épouse. Au printemps de l'année 1313, le roi demande au yeoman William Aune d'extraire la comtesse de Surrey du château de Conisbrough, où elle résidait jusque-là, et de l'amener à sa cour. De ce fait, à compter de , Jeanne de Bar réside à la Tour de Londres, alors que son époux vit ouvertement avec sa maîtresse Maud de Nereford. Outré par un tel comportement, le clergé d'Angleterre menace dès le mois de John de Warenne d'excommunication s'il ne reprend pas son épouse légitime. Le comte de Surrey refuse de se soumettre et, bien que le roi ait tout fait pour empêcher la sentence, est excommunié par l'évêque de Chichester John Langton. À la suite de cette décision, une bagarre inconvenante s'ensuit entre les partisans du comte et ceux de l'évêque.