vignette|redresse=1.8|Le concert de flûte de Frédéric le Grand à Sans-Souci, par Adolph von Menzel. Le roi de Prusse Frédéric II joue de la flûte au centre, face à Carl Philipp Emanuel Bach, assis au clavecin ; à droite, Franz Benda en costume noir et Johann Joachim Quantz adossé au mur; Carl Heinrich Graun est le quatrième homme en partant de la gauche.
L’École de Berlin (Berliner Schule, également appelée école de l'Allemagne du nord ou norddeutsche Schule) est l'école de musique préclassique (« Vorklassik » ou « Frühklassik » en allemandMichael Schneider (2005), notice du CD Georg Anton Benda - Harpsichord Concertos, La Stagione Frankfurt dir. Michael Schneider, cpo 777 088-2.) qui regroupe les musiciens, compositeurs et théoriciens qui, de 1732 à 1786 environ, furent attachés à la chapelle musicale du prince Frédéric à Ruppin et Rheinsberg puis à la Chapelle royale du roi de Prusse Frédéric II à PotsdamEncyclopédie Larousse : école de Berlin..
Constitué par Frédéric le Grand, un adepte du style galant, l'orchestre est devenu le centre de la vie musicale dans le nord de l'Allemagne et a compté jusqu'à 50 musiciens..
Le terme d'école de Berlin fut utilisé dès 1773 par le musicologue et voyageur anglais Charles Burney, puis par le poète et compositeur allemand Christian Friedrich Daniel Schubart dans les années 1780.. Burney écrivait en 1772 dans son Journal d'un voyage musical : Christoph Huntgeburth (septembre 2008), notice du CD Friedrich II - Die Flötenkonzerte, Ensemble Sans Souci Berlin dir. Christoph Huntgeburth, Studios Berlin SC 100 326..
Par les échanges fructueux entre les meilleurs musiciens de ce temps qui eurent lieu à Ruppin et à Rheinsberg de 1732 à 1739, la Berliner Schule a fait apparaître un style nouveau appelé Vermischten Geschmack, précurseur des grandes écoles que sont l'École de Mannheim et le classicisme viennoisGerhard Bauer (2009), notice du CD Friedrich II - Die Sinfonien, Ensemble Sans Souci Berlin dir. Christoph Huntgeburth, Studios Berlin SC 100 329.. L'école de Berlin a contribué à construire le style classique à peu près en même temps que l'école symphonique de Milan et que l'école préclassique de Vienne, mais avant l'École de Mannheim, même si un goût prononcé pour le contrepoint apparente encore certaines œuvres de Quantz, des frères Graun et de Benda à la musique baroque. Elle possède un style mi-galant, mi-sentimental mais, selon Günter Birkner et Félix Raugel, .
Mais, contrastant avec ce rôle pionnier, l'école de Berlin fut aussi le dernier bastion de la viole de gambe, avec pas moins de sept compositeurs pour cet instrument.
Historique Contexte Au , Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg, prince-électeur et margrave de Brandebourg consacre ses moyens financiers au redressement du Brandebourg, dévasté par la guerre de Trente Ans : les moyens restreints de l'État ne permettent donc à cette époque qu'une vie culturelle modeste, ce qui se traduit par les effectifs restreints de la chapelle de la Cour, qui ne compte alors que treize musiciens..
Son successeur, le prince-électeur Frédéric III de Brandebourg, prend en 1701 la dignité royale sous le titre de « roi en Prusse » et, devenu Frédéric Ier de Prusse, favorise le développement de la vie de cour.
Mais l'essor de la musique à la cour de Berlin est interrompu par l'avènement de son fils Frédéric-Guillaume Ier de Prusse, surnommé « le Roi-Sergent », qui ne donne guère de place aux arts et renvoie l'ensemble de l'orchestre royal le jour de son arrivée au pouvoir, pour des questions d'assainissement du budget de l'état.
Tout change cependant avec Frédéric II (roi de 1740 à 1786), très attaché à la poésie et à la musique. Frédéric aborde la musique pour la première fois à l'âge de sept ansJane Achtman (2008), notice du CD Feuer und Bravour, ensemble Musicke & Mirth, Ramée RAM 0803. mais l'intérêt pour la musique est renforcé chez le jeune prince, alors âgé de 16 ans, par la visite d'état de son père Frédéric-Guillaume Ier à Dresde en janvier- et par la visite faite en retour à Berlin en mai de la même année par Auguste II, dit « Auguste le Fort », prince-électeur de Saxe et roi de Pologne. Ces visites lui font découvrir le théâtre, l'opéra, des instrumentistes virtuoses comme Buffardin, Quantz, Pisendel et Sylvius Leopold Weiss, ainsi que ce qui sera « son » instrument, la flûte traversièrePeter Thalheimer (2012), notice du CD Johann Joachim Quantz - Flute Concertos, Les Buffardins, dir. Frank Theuns, Accent ACC 24258.. Cette rencontre marque le début d'une longue relation entre Frédéric et les musiciens de la Chapelle de la Cour de Saxe à Dresde, une cour qui est la première en Allemagne à cultiver le goût pour la flûte traversière française comme instrument virtuose. C'est lors de cette visite que Quantz aurait donné à Frédéric sa première leçon de flûte. Buffardin envoie ensuite sa première flûte à Frédéric, un cadeau du roi de Pologne. Lors de la visite d'Auguste II à Berlin, la reine de Prusse Sophie-Dorothée de Hanovre offre à Quantz de l'engager pour un salaire de 800 thalers mais le roi de Pologne refuse de se séparer de lui : un accord est cependant trouvé pour permettre à Quantz de se rendre deux à trois fois par an en Prusse pour donner des cours de flûte au jeune prince Frédéric, à l'insu du roi Frédéric-Guillaume.
Chapelle musicale princière de Ruppin et Rheinsberg vignette|droite|redresse=1| vignette|droite|redresse=0.7| Le mépris du « Roi-Sergent » pour la culture et la passion de son fils Frédéric pour la musique et la littérature créent de fortes tensions entre eux, amenant le prince héritier à pratiquer la flûte en secret.
En 1732, Frédéric, qui n'est encore que prince héritier, se voit confier le commandement d'un régiment basé à Ruppin, à au nord-ouest de Berlin.
Avec le soutien clandestin de sa mère, il commence à se constituer un orchestre privé à partir de 1732 à sa résidence de Ruppin, avec Johann Gottlieb Graun dès 1732, rejoint par Franz Benda, Georg Czarth et Christoph Schaffrath en 1733, Johann Georg Benda en 1734, Carl Heinrich Graun en 1735 puis Johann Gottlieb Janitsch en 1736......
À cause du manque complet d'intérêt du « Roi-Sergent » Frédéric-Guillaume Ier pour les arts et la musique, il n'existe aucune tradition musicale à la cour de Berlin au début des années 1730 : le Kronprinz Frédéric doit donc faire venir ses musiciens d'autres villes, principalement de Dresde où Schaffrath, les frères Graun et les frères Benda ont été formés ou ont travaillé.
À la fin de la période de Ruppin, l'orchestre du prince Frédéric compte 17 musiciens. Fréquemment invité à Ruppin, Johann Joachim Quantz dirige les premières compositions de Frédéric dès 1732.
En 1736, le Kronprinz et ses musiciens déménagent vingt kilomètres plus au nord, au château de Rheinsberg acheté en 1734 par le roi Frédéric-Guillaume Ier pour le Kronprinz en signe de réconciliation après le mariage du prince avec Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel-Bevern. Le théorbiste Ernst Gottlieb Baron rejoint l'orchestre du prince en 1737.. En 1738 Carl Philipp Emanuel Bach reçoit une invitation inattendue de la part de Frédéric et annule une tournée pour se rendre à l'invitation du prince, conscient qu'il ne peut infliger un refus au futur roi : il ne peut cependant pas recevoir des appointements officiels car Schaffrath est le claveciniste de la cour depuis 1734 et est donc payé jusqu'en 1740 par la bourse personnelle de Frédéric. Il restera au service de Frédéric pendant près de trente ans.
Durant toutes ces années à Ruppin et à Rheinsberg, Frédéric échange une importante correspondance avec sa sœur bien-aimée Wilhelmine de Bayreuth, qui partageait le même attachement à la musique et était elle-même compositrice.
La plupart des compositions de Frédéric datent de la période de Ruppin et Rheinsberg. Malheureusement, une grande partie de la musique composée à Rheinsberg fut la proie des flammes lors du grand incendie de 1740.
Chapelle royale de Potsdam Début de règne vignette|droite|redresse=0.7| vignette|droite|redresse=1| vignette|droite|redresse=0.8| Le , à l'âge de 28 ans, le Kronprinz monte sur le trône de Prusse sous le nom de Frédéric II et transporte sa cour à Potsdam près de Berlin.
Grand joueur de flûte et compositeur lui-même, le roi s'attache enfin en 1741 les services du grand spécialiste de cet instrument, Johann Joachim Quantz pour agrandir son orchestre et donner ainsi naissance à l'école de Berlin : Quantz reçoit le titre de « compositeur de la cour », un salaire annuel de 2.000 thalers et le privilège de ne rendre compte qu'au roi..
L'orchestre est ensuite complété avec l'arrivée du violiste Ludwig Christian Hesse en 1741, du violoniste Georg Anton Benda et du flûtiste Friedrich Wilhelm Riedt en 1742, du claveciniste Christoph Nichelmann en 1745, du violoniste Johann Philipp Kirnberger en 1751 et du claveciniste Carl Friedrich Christian Fasch en 1756 : l'orchestre comptera jusqu'à 37 musiciens Ingelborg Allihn (1992), notice du CD Musik am Berliner Hof - Music at the Berlin Court, Akademie für Alte Musik Berlin, Berlin Classics, 0115132BC..... En 1747, Frédéric commence à résider au palais de Sanssouci.
En 1744, l'orchestre avait cependant perdu Schaffrath, qui était passé au service de la princesse Anne-Amélie de Prusse, la plus jeune des sœurs de Frédéric II, probablement parce qu'il n'aimait pas l'idée d'être en concurrence aux claviers avec Carl Philipp Emanuel Bach.
Empfindsamer Stil À cette époque de transition musicale, Carl Philipp Emanuel Bach et son frère Wilhelm Friedemann Bach confient au musicologue Johann Nikolaus Forkel qu'ils . Carl Philipp Emanuel Bach réussit magistralement à mélanger des éléments stylistiques qu'il avait appris de son père avec les aspects du nouveau style musical pré-romantique appelé Empfindsamer Stil (style sensible) en Allemagne.
Dérive conservatrice du roi Mais, alors que les goûts artistiques de Frédéric étaient plutôt progressistes avant qu'il n'accède au trône, le roi . Il cultive un goût ultra-conservateur, ne laissant aucun espace d'épanouissement à des esprits novateurs comme Carl Philipp Emanuel Bach et leur refusant même une véritable reconnaissance.
Face aux goûts musicaux conservateurs du monarqueThomas Christensen, Nichelmann contra C.Ph.E. Bach - Harmonic Theory and Musical Politics at the Court of Frederick the Great, compilé par David Schulenberg dans The Late-Eighteenth-Century Composers - C.P.E. Bach, Ashgate Publishing, 2015, ., les compositeurs de la chapelle de la cour qui cherchent une opportunité de développer leur passion pour le goût nouveau la trouvent dans les nombreux cercles musicaux des familles aristocratiques et bourgeoises de Berlin et Potsdam. De son côté, Carl Philipp Emanuel Bach effectue à cette époque plusieurs tentatives pour trouver un poste en dehors de Berlin : c'est ainsi qu'il postule, en 1753, un poste à Zittau et, en 1755, le poste de cantor de l'école Saint-Thomas de Leipzig Peter Wollny (1988), notice du CD Die Auferstehung und Himmelfahrt Jesu Wq 240 - Osterkantate Wq 244 de Carl Philipp Emanuel Bach, Rheinische Kantorei et Das Kleine Konzert, Capriccio, 10 206/207.. Il est même possible que sa cantate de Pâques Gott hat den Herrn Auferweckt Wq 244 de 1756 ait été composée pour solliciter un tel poste.
Impacts de la guerre de Sept Ans sur la vie musicale à Berlin La guerre de Sept Ans (1756-1763) stoppe littéralement la vie musicale à Berlin : l'opéra est fermé, les grands concerts de la cour sont arrêtés et les musiciens doivent accepter un salaire réduit, voire aucun salaire à certains moments.