La Fantaisie en fa mineur pour orgue mécanique, K. 608, est une œuvre de Wolfgang Amadeus Mozart composée à Vienne et achevée le .
Mozart l'inscrit à cette date dans son catalogue autographe sous le titre Ein Orgelstücke für eine Uhr (« un morceau d'orgue pour une horloge »). La désignation d'« orgue mécanique » en est une appellation moderne.
Cette œuvre est la deuxième des trois pièces commandées par le comte pour son cabinet viennois de figures de cire, avec l'Adagio et allegro en fa mineur K. 594 et l'Andante en fa majeur K. 616. Elle est rattachée au mausolée élevé par le comte à la mémoire du maréchal Ernst Gideon Freiherr von Laudon, où une musique funèbre était jouée chaque heure.
Diffusée dès 1799 dans un arrangement pour piano à quatre mains, elle connut au XIXᵉ siècle une postérité considérable et fut transcrite pour des effectifs très variés(en) Neal Zaslaw, « Wolfgang Amadè Mozart's Allegro and Andante ("Fantasy") in F Minor for Mechanical Organ, K. 608 », dans Jon Newsom et Alfred Mann (dir.), The Rosaleen Moldenhauer Memorial: Music History from Primary Sources. A Guide to the Moldenhauer Archives, Washington, Library of Congress, 2000, p. 327-340, [lire en ligne].
Composition L'œuvre figure dans le catalogue autographe de Mozart à la date du 3 mars 1791, soit trois mois après la K. 594 et deux mois avant la K. 616.
La lettre du , dans laquelle Mozart ne cache pas son aversion pour un travail d'automate, a souvent été rattachée à cette œuvre. Selon Neal Zaslaw, Ludwig Misch et Wolfgang Plath ont montré que si Mozart s'y plaint de l'aigu de l'instrument, il travaillait vraisemblablement sur une pièce telle que le délicat Andante K. 616, noté sur trois portées en clé de sol. Au contraire, avec une portée de basse supplémentaire et un ambitus descendant une quarte plus bas, la Fantaisie K. 608 ne peut pas être la pièce dont parle la lettreTexte original (Zaslaw 2000) : « K. 594 and 608, on the contrary, come down to us […] notated on three treble staves plus a bass staff and requiring an instrument with a range of three-and-a-half octaves extending a fourth lower in the bass than the instrument for which K. 616 was intended. ».
Le mausolée Laudon À la mort du maréchal Laudon le 14 juillet 1790, le comte Deym fait édifier dans la Himmelpfortgasse, à Vienne, un mausolée où l'effigie de cire du militaire repose dans un cercueil de verre. Le mausolée ouvre au public le 23 mars 1791 et la Wiener Zeitung du 26 mars 1791 annonce qu'une musique funèbre y est entendue à chaque heure, renouvelée chaque semaine, et que celle de la semaine en cours est de Mozart. Otto Erich Deutsch y reconnaît lAdagio et allegro K. 594.
La rotation semble avoir rapidement cessé au profit de la seule musique de Mozart. Une annonce de la Wiener Zeitung du 17 août 1791 loue une musique funèbre du célèbre Kapellmeister et un guide descriptif publié en 1797 précise qu'elle dure huit minutes et surpasse, par sa précision et sa pureté, tout ce qui fut jamais tenté dans le genreTraduction anglaise de Zaslaw : « Every hour a suitable funeral music, especially written for the purpose by the unforgettable composer Mozart, is to be heard, which lasts eight minutes and in precision and purity surpasses anything that was ever attempted to be suitably applied to this kind of artistic work. ».
Zaslaw estime que les pièces K. 594 et K. 608 étaient toutes deux destinées au mausolée : toutes deux en fa mineur, d'un style grave, de forme A-B-A, pour une durée de huit à neuf minutes et portant le titre de fantaisie. Il juge en outre que c'est la K. 608, et non la K. 594, qui resta durablement associée au monument d'après la description qu'en a laissée Ignaz von Seyfried dans une lettre de 1813.
Helmut Kowar, du Phonogrammarchiv de l'Académie autrichienne des sciences, désigne l'instrument du mausolée comme une Flötenuhr, une horloge à flûtes. L'instrument et son cylindre, qui portait la pièce de Mozart, sont perdus depuis 1821.
Sources et transmission La partition autographe de la Fantaisie K. 608 est perdue. Des trois pièces pour orgue mécanique, seul l'autographe de lAndante K. 616 existe toujours (conservé au Mozarteum de Salzbourg). Dans sa lettre du , adressée à l'éditeur Johann Anton André qui s'enquérait des manuscrits, Constanze Mozart répond point par point à la liste des œuvres du catalogue qui manquent à l'éditeur, et mentionne « un morceau d'orgue pour une horloge » qui serait en possession du comte Deym.
Les deux principales copies de l'œuvre ont une notation sur quatre portées et sont conservées à la Bibliothèque Jagellonne de Cracovie et à la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne. La première provient de la succession de Ludwig van Beethoven et fut longtemps tenue pour un autographe de Mozart. Une expertise d'Alfred Einstein, datée du 6 août 1930, réfute l'attribution à Mozart, invoquant la forme de la clé de sol et le tracé du quart de soupir. Cette copie, disparue après la guerre, est retrouvée au milieu des années 1980 parmi les fonds de l'ancienne Preußische Staatsbibliothek. alt=Page de musique manuscrite notée sur deux portées|gauche|vignette|Première page du manuscrit sur deux portées conservé à la Bibliothèque du Congrès. Une troisième source, dont la notation est sur deux portées et qui semble destinée à un seul exécutant, est conservée à la Bibliothèque du Congrès et comprend un certain nombre de corrections et passages inachevés. Zaslaw observe qu'à partir de la mesure 118 certains passages sont injouables à deux mains mais que les nuances indiquées montrent que l'arrangeur avait à l'esprit un pianoforte équipé d'un pédalier, et non un orgue. Le rapport critique de la Neue Mozart-Ausgabe attribue cet arrangement à Maximilian Stadler. Zaslaw, qui répond à une expertise de Robert Haas proposant Stadler ou Franz Xaver Süßmayr, juge une telle attribution infondée, l'écriture n'étant identifiable ni comme celle de Stadler ni comme celle de Süßmayr.
Publication et postérité L'édition originale paraît à Vienne chez Johann Traeg en 1799, sous la forme d'un arrangement pour piano à quatre mains intitulé Fantaisie à quatre mains pour le Piano-Forte. Un arrangement pour quatuor à cordes paraît la même année. Dans sa lettre adressée à Johann Anton André du , Constanze Mozart précise que cet arrangement à quatre mains n'est pas de Mozart mais de Johann Mederitsch, dit Gallus.
L'œuvre est reprise dans les Œuvres complettes de Wolfgang Amadeus Mozart publiées par Breitkopf & Härtel en 1800, dans le cahier VIII, puis dans l'Alte Mozart-Ausgabe (série 10, n° 19). En septembre 1799, une critique anonyme rédigée dans l'''Allgemeine musikalische Zeitung relève plusieurs divergences entre l'édition de Traeg et une copie manuscrite que son auteur dit avoir sous les yeux.
Une édition parisienne gravée par Richomme paraît en 1803. Muzio Clementi publie un arrangement à deux mains chez Artaria en 1805.
En 1813, Ignaz von Seyfried, qui vient d'orchestrer l'œuvre, laisse dans une lettre une description enthousiaste. Il y évoque le sujet de fugue savamment écrit dans le style sévère, la violente modulation vers fa dièse mineur qui saisit l'auditeur, la tendresse de l'andante en la bémol majeurTraduction anglaise de Zaslaw : « A thousand varying emotions were aroused by that (I might almost call it) terrifying Allegro, with its artful fugue subject in the strict style. The listener is startled at the violent modulation to F sharp minor[...]. The lovely, so tenderly expressed Adagio [recte Andante] in A flat major is music of the spheres[...]. The repeat of the opening Allegro catapults us back into troubled human existence. ». Il affirme également que la Fantaisie fut composée pour le Père Primitivus Niemecz, bibliothécaire à Esterháza et constructeur d'horloges à orgue. Cette lettre a été découverte par . Wolfgang Plath doutait pour sa part que Mozart eût désigné un prêtre par le mot « horloger ». Kowar affirme que Niemecz piqua lui-même cette pièce sur le cylindre de l'horloge à flûtes du mausolée en 1791.
Beethoven, qui possédait l'œuvre, recopia la dernière partie de la fugue, à partir de la mesure 171, sur un feuillet aujourd'hui conservé dans une collection privée américaine. Ferruccio Busoni en donnera plus tard une transcription pour deux pianos. Zaslaw signale enfin deux œuvres s'en inspirant : la Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains de Franz Schubert, composée en 1828, et l'octuor à vent en si bémol, op. 156 de Franz Lachner, de 1859 et inspiré de landante.
Structure La pièce en fa mineur se compose de trois sections enchaînées : Allegro, à , en fa mineur, 74 mesures. Andante, à , en la bémol majeur, mesures 75 à 158. Tempo primo, à , en fa mineur, mesures 159 à 222.Début de l'Allegro, mesures 1 à 4 (d'après l'édition de la Neue Mozart-Ausgabe)L'allegro s'ouvre sur des accords en rythmes pointés, à la manière d'une ouverture à la française. Le sujet de la fugue entre à la mesure 13.Sujet de la fugue, mesures 13 à 19 (extrait)À la mesure 57, la musique module brusquement vers fa dièse mineur, une tonalité très éloignée du ton principal. La critique de lAllgemeine musikalische Zeitung de septembre 1799 y voyait une faute d'impression et notait que le passage se termine par une cadence dans ce ton avant un retour vers fa mineur.
Début de l'Andante, mesures 75 à 80 (d'après l'édition de la Neue Mozart-Ausgabe)
Dans le tempo primo'', le sujet revient accompagné d'un contre-sujet, une écriture que la critique de 1799 jugeait digne de Jean-Sébastien Bach. Elle indique par ailleurs que, sur l'instrument d'origine, la pièce ne montait pas au-dessus du ré bémol ni ne descendait sous le do grave.
Les témoignages d'époque évaluent la durée d'exécution à 8 minutes selon la description du mausolée publiée en 1797, et à peine 9 pour la critique de 1799. L'orchestre mécanique construit par Strasser en 1801, conservé à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, joue la pièce en 7 minutes 53 secondes. Son interprétation actuelle dure en moyenne environ 11 minutes.
Notes et références
Articles connexes Adagio et allegro en fa mineur pour orgue mécanique, K. 594 Andante en fa majeur pour orgue mécanique, K. 616 Liste des œuvres pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart
Liens externes Partition et rapport critique dans la Neue Mozart-Ausgabe
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