La « rectite» est le terme désignant les maladies se manifestant au niveau du rectum avec un processus inflammatoire et/ou infectieux aboutissant à d'éventuels ulcères, fistules et nécroses (dans les formes graves). Une rectite est parfois associée à une pathologie du côlon sigmoïde ou de l’anus) ou à une ou plusieurs maladies vénériennesBensaude, R., Lambling, A., & Lagarde, J. (1935). La fréquences de différentes infections vénériennes chez les malades atteints de rectites présté-nosantes et de rétrécissements du rectum (d’après 133 observations personnelles). Bull. Soc. franç. Derm. Syph., 42, 627.Barré, A., Le Monnier, A., Fathallah, N., Aubert, M., Sultan, S., & de Parades, V. (2016). Infections anorectales sexuellement transmissibles (hors HPV). Hépato-Gastro & Oncologie Digestive, 23(9), 873-882. dont la prévalence augmente dans le monde, surtout chez les adolescents et les adultes jeunesElle peut être ischémique et nécrosante et peut être source de septicémiePoupon, R., Girodet, J., Sonsino, E., & Vilotte, J. (1974). Rectite ischémique nécrosante spontanée sans oblitération vasculaire. J Chir (Paris), 108, 241-252 ou à une incontinence anale. Quand elle est accompagnée d’ulcérations rectales chroniques et/ou de rectorragies (éventuellement pluriquotidiennes) elle implique pour le patient des transfusions globulaires et/ou un traitement martial (complémentation de l'alimentation en fer bio assimilable). Le traitement curatif des rectites radiques chroniques hémorragiques s'est considérablement amélioré depuis les années 1990Atienza P Prise en charge des conséquences des traitements des cancers gynécologiques: le cas des rectites radiques hémorragiques. Le traitement médico-instrumental en 2009..
Causes Parmi les causes les plus fréquentes figurent : des infections fongiques, bactériennes (par exemple induite par une syphilis, une chlamydiose Bauer, P., Brule, J., CATALAN, F., & Parnaud, E. (1984). Rectite à Chlamydia trachomatis d'immunotype G, associée à une ulcération anale ressemblant au chancre mou. Médecine et chirurgie digestives, 13(2), 121-122. ou une gonorrhée, avec éventuel écoulement de pus Gautier, E. L. et A. Jaubert: Un cas de rectite gonococcique proliférante et sténosante. Disparition de l’écoulement purulent et des gonocoques sous l’influence de la vaccination. J. d’Urol. 18, 146–149 (1924). Ref. Zbl. Hautkrkh, 16, 115. ) ou viralesRavaut, P., Levaditi, C., & Lambling, A. (1932). Présence du virus de la maladie de Nicolas-Favre dans les lésions d'un malade atteint d'ano-rectite ulcéro-végétante. MassonBellaïche, G., Choudat, L., Nouts, A., Le Pennec, M. P., Ley, G., & Slama, J. L. (1997). Rectite ulcérée et hémorragique à cytomégalovirus chez un patient immunocompétent. Gastroenterol Clin Biol, 21, 804. ou de conséquences d’actes médicaux traumatiques tel que la coloscopie De Ledinghen & al. (1996). Rectite après coloscopie. Attention au rinçage du coloscope!. Gastroentérologie clinique et biologique, 20(2), 215-216 ou un lavement fait avec de l’eau trop chaude Kalinsky, E., de Parades, V., Smadja, M., Bauer, P., Rakotomalala, L., Meary, N., & REZETTE, X. P. (1998). Ano-rectite aiguë après un lavement d'eau chaude. Gastroentérologie clinique et biologique, 22(4), 473-474. ou un produit allergisant tel que la mesalazine Boulain, T., Dorval, E. D., Furet, Y., Gillion, J. M., Duval, G., & METMAN, E. (1990). Réaction allergique aux lavements de mesalazine. Gastroentérologie clinique et biologique, 14(3), 288-289. . La localisation ano-rectale des infections sexuellement transmissibles concerne principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH) et De Parades, V., Bauer, P., Marteau, P., Chauveinc, L., Bouillet, T., & Atienza, P. (2007). Traitement non chirurgical des rectites radiques chroniques hémorragiques. Gastroenterologie Clinique et Biologique, 31(11), 919-928 (résumé). Depuis les années 2000, de nouveaux tests diagnostiques basés sur la détection et l'amplification de séquences spécifiques d’acides nucléiques ont rendu le diagnostic de ces maladies plus aisé. La pratique de la pénétration anale non protégée est un facteur de risque supplémentairePillonel, J. (2006). Numéro thématique : Infections sexuellement transmissibles et VIH: les comportements à risque toujours d'actualité !.. une origine iatrogène (médicamenteuse par exemple ; en cas d’abus de suppositoires contenant des produits antalgiques Chevrel, J. P., Vayre, P., Parc, R., Ferzli, G., & Keilani, K. (1994). Ano-rectite ulceronecrosante extensive par utilisation abusive de suppositoires contenant des produits antalgiques. Chirurgie, 120(6-7), 325-328 (résumé). une irradiation médicale (ou accidentelle) qui aurait affecté le rectum (lequel, comme le canal anal dans son ensembleMoreau-Claeys, M. V., & Peiffert, D. (2010). Dose de tolérance à l’irradiation des tissus sains: le canal anal. Cancer/Radiothérapie, 14(4), 359-362. est peu tolérant à l'irradiationBosset, J. F., Bontemps, P., & Courvoisier, P. (1997). Les complications rectales de la radiothérapie. Cancer/Radiothérapie, 1(6), 775-777.Kintzinger, C., Demoor-Goldschmidt, C., Abderrahmani, R., Paris, F., & Supiot, S. (2012). Toxicité rectale de la radiothérapie: signes cliniques, physiopathologie et prise en charge. Cancer/Radiothérapie, 16(5), 372-376., mais qui y est de plus en plus exposé par le développement des tumeurs et cancers pelviens et du rôle de la radiothérapie dans leur traitementBlanchard P & Chapet O (2010), Dose de tolérance à l'irradiation des tissus sains: le rectum. Cancer/Radiothérapie, 14(4), 354-358.) ; on parle alors (quand la source est connue) de rectite dite « radique » (c'est-à-dire induite par les radiations). Voir détails plus bas
Diagnostic Il repose sur l'observation clinique et l'analyse de prélèvements en surface ou de biopsie (respectivement par écouvillonnage rectal et/ou biopsie rectale)Pitche, P., Plinga, A., & Tchangaï-Walla, K. (1998). La lymphogranulomatose vénérienne (Lymphogranuloma venereum). Cahiers d'études et de recherches francophones/Santé, 8(3), 239-244. et il peut nécessiter une exploration endoscopique, par exemple pour une Rectite radique Vitaux, J., & Roseau, G. (1998). Rectite radique, un diagnostic endoscopique facile, un traitement parfois difficile. La Presse médicale, 27(24) .
Une possibilité de cancer du rectum (bien que rare) doit être évoquée face à une rectite ulcérobourgeonnanteTraore, H. A., Diarra, B., Pichard, E., & Diallo, A. N. (1988). Les aspects cliniques, endoscopiques et étiologiques des rectites dans le service de médecine interne de l'hôpital du point «G». À propos de 100 cas. Médecine d'Afrique noire, 35(2), 107-113..
Traitements Il est parfois chirurgical avec possible coagulationSaurin, J. C., Coelho, J., Lepretre, J., Chavaillon, A., Systchenko, R., & Ponchon, T. (1999). Rectite radique ou ectasies vasculaires antrales : effet de la coagulation au plasma argon. Gastroentérologie clinique et biologique, 23, A54-A54.
Le cas de la rectite radique (secondaires à une irradiation) Elle survient chez environ 5 à 10 % des malades ayant subi une irradiation pelvienne de Parades V, Bauer P, Girodet J, Marteau P, Parisot C, Atienza P. Traitement non chirurgical des rectites radiques chroniques. Gastroenterol Clin Biol 1998;22:688-96. en se manifestant généralement durant les deux premières années suivant l’irradiation, avec l'apparition d'un syndrome rectal et/ou de rectorragies (dans 1/3 des cas). Des rectorragies suivent l'apparition de télangiectasies et/ou d'une néo-vascularisation de la muqueuse rectale. sont des facteurs de vulnérabilité accrue, pouvant favoriser une rectite radique chronique.
Les traitements médicaux (corticoïdes, dérivés salicylés, acides gras à chaîne courte) ne sont pas efficaces Triantafillidis JK, Dadioti P, Nicolakis D, Mericas E. High doses of 5-aminosalicylic acid enemas in chronic radiation proctitis : comparison with betamethasone enemas. Am J Gastroenterol 1990;85:1537-8.Baum CA, Biddle WL, Miner PB Jr. Failure of 5-aminosalicylic acid enemas to improve chronic radiation proctitis. Dig Dis Sci 1989;34:758-60.Kochhar R, Patel F, Dhar A, Sharma SC, Ayyagari S, Aggarwal R, et al. Radiation-induced proctosigmoiditis. Prospective, randomized, double-blind controlled trial of oral sulfalazine plus rectal steroids versus rectal sucralfate. Dig Dis Sci 1991;36:103-7..
L'application locale de formaline à 4 % semble également efficace (peut être en agissant comme un caustique local provoquant une thrombose des vaisseaux responsables des saignements) mais implique très souvent une anesthésie loco-régionale (et une protection anale et périnéale pour éviter les fissurations anales)De Parades, V., Bauer, P., Bourguignon, J., Sultan, S., Thomas, C., Mory, B., ... & Atienza, P. (2000). Formaline dans les rectites radiques chroniques hémorragiques : résultats d'une étude prospective chez 21 patients. Gastroentérologie clinique et biologique, 24(2), A34-A34. et elle ne convient pas si les lésions radiques atteignent également le côlon sigmoïdeIsenberg GA, Goldstein SD, Resnik AM. Formalin therapy for radiation proctitis. JAMA 1994;272:1822. Roche B, Chautems R, Marti MC. Application of formaldehyde for treatment of hemorrhagic radiation-induced proctitis. World J Surg 1996;20:1092-5.. Ces rectites radiques pouvaient être traitées par électrocoagulation bipolaire et surtout par photocoagulation laser avec une efficacité proche de 80 %Taylor JG, DiSario JA, Buchi KN. Argon laser therapy for hemorrhagic radiation proctitis : long term results. Gastrointest Endosc 1993;39:641-4 Viggiano TR, Zighelboim J, Ahlquist DA, Gostout CJ, Wang KK, Larson MV. Endoscopic Nd : YAG laser coagulation of bleeding from radiation proctopathy. Gastrointest Endosc 1993;39:513-7. mais le matériel laser est coûteux et nécessite une bonne expérience tout en n’étant pas dénué de risques. L'électrocoagulation monopolaire endoscopique par plasma d'argon (APC) se fait sans contact avec le tissu traité (via un courant de haute fréquence appliqué au moyen d'un gaz argon ionisé) et il permet d’accéder à des lésions physiquement peu accessibles. Sa pénétration tissulaire réduite à 3 mm limite les risques de perforationJohanns W, Luis W, Janssen J, Kahl S, Greiner L. Argon plasma coagulation (APC) in gastroenterology : experimental and clinical experiences. Eur J Gastroenterol Hepatol 1997;9:581-7., sans montée de température à 100 °C comme dans l’électrocoagulation. Parfois (rarement) une sténose rectale (rétrécissement) est constatée après le traitementSaurin JC, Coelho J, Leprêtre J, Chavaillon A, Systchenko R, Ponchon T. Rectite radique ou ectasies vasculaires antrales : effet de la coagulation au plasma argon (résumé). Gastroenterol Clin Biol 1999;23:A54.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie De Parades, V., Bauer, P., Marteau, P., Chauveinc, L., Bouillet, T., & Atienza, P. (2007). Traitement non chirurgical des rectites radiques chroniques hémorragiques. Gastroenterologie Clinique et Biologique, 31(11), 919-928 (résumé). Barré, A., Janier, M., Sultan, S., Le Monnier, A., Aubert, M., Zeitoun, J. D., ... & de Parades, V. (2015). Infections sexuellement transmissibles ano-rectales: quoi de neuf en 2015 ?. Hépato-Gastro & Oncologie Digestive, 22(10), 919-928. Girodet, J., & Salmon, R. J. (1996). Les rectites radiques. Bull Fr Colo-Proctol, 2, 7-10. Herida, M., de Barbeyrac, B., Lemarchand, N., Scieux, C., Sednaoui, P., Kreplak, G., ... & Dupin, N. (2006). Émergence de la lymphogranulomatose vénérienne rectale en France, 2004-2005. Bull. Épidémiol. Hebd, 25, 180-182. Maroy, B. (1998). Traitement endoscopique d'une rectite radique hémorragique et ulcérée rebelle par une nouvelle technique d'électrocoagulation. Gastroentérologie clinique et biologique, 22(5), 556-557.