En psychanalyse, la régression est le processus inhérent à l'organisation libidinale qui fait en sorte que les fonctions parvenues plus loin dans leur organisation, peuvent facilement aussi, en réponse à une frustration de la satisfaction libidinale recherchée, revenir à l'un de ces stades antérieurs, en mouvement rétrograde. Ce processus produit et anime le retour d'un fonctionnement ou d'un état psychique plus avancé à un niveau dépassé, à des modalités défensives dépassées ou encore le retour aux premiers objets de la libido.

Définition En latin, la « régression » (regressio) signifie « retour », ou aussi « marche en arrière »Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), Entrée « Régression » (article de Martine Myquel), 2005, ., et selon Marília Aisenstein et puis dans Aisenstein M. Des régressions impossibles? in Revue française de psychanalyse, 4/1992, PUF, .

D'après le Dictionnaire international de la psychanalyse (2002/2005), : M. Myquel, ici citée, considère en effet que la « régression » en psychanalyse . En 1992, dans le numéro de la Revue française de psychanalyse qui faisait suite au colloque de Deauville (1991) de la SPP sur le thème de la « régression », C. Janin et D. Ribas s'interrogeaient déjà dans exactement les mêmes termes :Janin C., Ribas D., 1992, Argument, La régression, Revue française de psychanalyse, 4/1992, PUF, . Selon Marilia Aisenstein, la régression ; elle . Et, continue M. Aisenstein, elle serait , mais il faudrait différencier la régression favorisée par la cure, virtuelle et toujours au service du moi, des comportements régressifs pathologiques, et même des désorganisationsAisenstein M. Des régressions impossibles? in Revue française de psychanalyse, 4/1992, PUF, .

Le concept chez Freud

Le paradigme du rêve Le processus de la régression apparaît très tôt, dans la théorie freudienne, comme le mécanisme qui produit et explique les phénomènes de l'hallucination et du rêveFreud S., 1897-1902, lettre à Fliess 9/12/1899, La naissance de la psychanalyse, PUF, 1986, .. Dans L'Interprétation du rêve, Freud revient au concept de la régression pour appuyer ses hypothèses concernant, d'une part, le travail du rêve et, d'autre part, les processus pathologiques des psychonévroses ; il formule la définition suivante: Freud, 1900, p. 461. Il précise en 1901 que Freud S., 1901, Psychopathologie de la vie quotidienne, PBP, Payot, Paris, 1990, .. Dans un ajout de 1914 au texte de L'Interprétation du rêve de la première édition de 1900, dont rendent compte Laplanche et Pontalis en 1967.En 1967, Laplanche et Pontalis citent Freud dans l'édition « nouvelle et augmentée » et le tirage d'alors de la traduction de Meyerson de L'interprétation des rêves, d'après leur note bibliographique (1 b)., Freud, afin de décrire le caractère régrédient de la figurabilité dans le travail du rêve[Freud 1900] Sigmund Freud (trad. I. Meyerson), L'interprétation des rêves, Paris, PUF, février 1987, , Nouvelle éd. révisée: trimestre 1967 éd. (1re éd. 1926), , , est amené à différencier les différentes modalités qui composent le concept de régression dans les termes suivants :

Le paradigme de l'organisation de la libido

Freud utilise ce même concept pour élargir son développement libidinal, examinant l'organisation de la sexualité infantile et ses implications dans les processus psychopathologiques chez l'adulteGribinski M., 1987, Préface, in Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, pp. 9-20.. Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, il précise : Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, p. 192. En 1910, il soumet une description de ces processus chez l'adulte comme résultant d'une double régression Freud S., 1910, Cinq leçons sur la psychanalyse, PBP Payot, Paris, 1992, .. Concernant les processus pathologiques des psychonévroses, Freud propose d'expliquer par ce concept, d'abord la paranoïa, puis toute maladie psychique et confirme l'idée que la maladie est une régression dans l'évolutionFreud S.-Karl Abraham: Correspondance 1907-1926, Gallimard, Paris, 1969, 26/07/1907, .. d'introduction à la psychanalyseFreud S., 1916-1917, Conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1999, pp. 431-453., intitulée « Points de vue sur l'évolution et la régression. Étiologie » il appuie cette démarche sur l'association de la régression au mécanisme de la fixation : la névrose résulte d'une fixation de la libido sexuelle, fixation qui peut entraîner la libido à régresser vers ce point de fixationFreud S., 1913, « La disposition à la névrose obsessionnelle », in Névrose, Psychose et Perversion, Paris, PUF, 1973, .. Cette concomitance de la régression et de la fixationFreud S., 1916-1917, Conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1999, Freud l'avait signalé depuis les Trois essais sur la théorie de la sexualité au sujet des perversionsFreud S., 1916-1917, Conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1999, .. Déjà dans les Trois essais (1905), : la psychopathologie ne ramène pas seulement .. Dans les Conférences d'introduction à la psychanalyse, le lien entre régression et fixation est explicité, suggérant l'existence d'une disposition structurale de l'appareil psychique à la régression, à savoir une fonction structurante constitutive du psychisme, selon la formule de Robert BarandeBarande R.? Le problème de la régression, Rapport au Colloque de Deauville, in Revue française de psychanalyse, n° 4, 1966, t. 30, p. 401.

Un concept purement descriptif En 1917, dans les Conférences d'introduction à la psychanalyse, Freud se montre réticent à l'idée d'accorder un statut métapsychologique à la régression, car elle ne peut être située topiquement dans l’appareil psychique comme le refoulement, dit-il, en y voyant d'ailleurs Freud, 1917, p. 435..

Processus de régression La régression se déploie selon trois modalités, sur trois registres: la régression topique, quant aux systèmes psychiques : ; la régression temporelle quant à l'évolution dans le temps : ; la régression formelle de la pensée au sens des processus primaires impliqués dans la figuration, à l'instar du paradigme du rêve, signifiant une perte de l'élaboration secondaire du travail psychique.

Ces trois modalités de la régression se rejoignent, en ce qu'un système psychique implique une période de maturation et des modalités de figuration psychique plus ou moins secondariséesFreud 1967, p. 466.. La théorisation du concept de processus originaire, par P. Aulagnier en particulierAulagnier P. (1975). La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé, Paris, PUF ., certes postérieure à la théorie freudienne, en donne un exemple, puisqu'elle consiste en l’hypothèse des origines du fonctionnement psychique dans lequel la seule figuration possible est le très élémentaire pictogramme .

Régression formelle

La régression formelle de la pensée est la plus ordinaire selon les travaux de Freud sur le travail et l'état du rêve, et pour qualifier ces états et phénomènes, il utilise même l'expression « prototypes normaux d'affections pathologiques »Freud S., 1917, Complément métapsychologique à la théorie du rêve, Gallimard, 1940, p. 125.. Il s'agit d'une régression, d'un passage d'un fonctionnement en processus secondaires à un fonctionnement moins élaboré que Freud a rapproché au caractère régrédient du travail du rêve marqué par « une grande vivacité sensorielle »Freud S. 1900, L'interprétation des rêves, PUF, 1967, .. Dans ce texte, Freud montre comment cette régression passe d'un travail psychique en processus secondaires à un travail en processus primaires. Les associations, par exemple, perdent en qualité des processus secondaires, et les représentations se manifestent par leurs composantes sensorielles. Les modes de figuration habituels sont remplacés par des modes de figuration dépassés. Il y a un passage du fonctionnement selon l'identité de la pensée à un fonctionnement selon l'identité de perception : Ibid, p. 137.. Si la régression du fantasme de désir à l’hallucination sont les mécanismes essentiels du rêve, ils sont aussi présents dans des états pathologiques et Freud évoque toute la trajectoire qui va des psychonévroses à la schizophrénie.

Régression temporelle

La régression temporelle implique un retour à un état psychique qui a été connu, dans le passé. Freud dans le Complément métapsychologique du rêveFreud S., 1917, Complément métapsychologique à la théorie du rêve, Gallimard, 1940, p. 126. définit la régression temporelle chez les états psychonévrotiques comme . La première précise-il, concerne le fonctionnement du moi qui retourne jusqu'au stade de la satisfaction hallucinatoire du désir, alors que la deuxième, dans le sommeil, retourne jusqu'au narcissisme primitif, tout investissement libidinal du monde extérieur étant retiré sur le moi propre.

En effet, la psyché a connu, dans le passé, un fonctionnement qui ne sera jamais complètement abandonné, mais qui s'exprime sous de nombreux aspects : par exemple l'identification, la relation d'objet et par excellence les stades psychosexuels.

La régression temporelle dans l'organisation du moi est retour d'une identification à un objet antérieur, qui avait dans le passé servi de modèle. Si le Moi s'édifie par identifications successives, cette régression implique directement un appauvrissement du Moi, qui renonce à une partie de son édification. Dans la névrose obsessionnelle, on peut décrire une régression quant au choix d'objet, depuis l'objet hétérosexuel à l'objet homosexuel.

La régression dans les stades libidinaux implique un développement de l'enfant passant nécessairement par différents stades : le stade oral, le stade anal, le stade phallique (ou stade urétral), et après la période de latence le stade génital. La sexualité infantile se voit partielle, : les pulsions, indépendantes, cherchent chacune leur propre plaisir et il n'y a pas d'activité sexuelle centralisée - combien moins de sexualité centrée sur le génital. La régression sera dans ce cas passage à un stade antérieur, par exemple du stade phallique au stade anal. La régression au stade anal caractérise la névrose obsessionnelle.

La régression dans la relation d'objet implique une évolution dans le temps du rapport à l'autre. Ce rapport est dans un premier temps partiel, il est relation au sein plus qu'à la mère, et ne peut assumer l'ambivalence, c'est-à-dire le mélange d'intérêt et de dégoût pour un même objet pulsionnel. Un modèle serait donc l'évolution de relations partielles, dans lesquelles tout mauvais est attribué au dehors, à la relation à un objet transitionnel, ni interne ni externe mais demeurant à la limite, jusqu'à une utilisation de l'objet lui reconnaissant une vie propre. La névrose obsessionnelle maintient quant à la relation d'objet la possibilité d'une ambivalence, puisque le père y est tant haï que adoré.

Régression topique

Le point de vue topique de la métapsychologie désigne la description du fonctionnement mental comme mettant en jeu différentes topos, qu'il s'agisse de systèmes tels l'inconscient, le préconscient, la conscience- fonctionnant selon différents principes - ou d'instances, ces dernières représentant le ça, le moi, le surmoi, la censureFreud, Complément, pp. 128-146.. Cependant le terme d'instance met plus l'accent sur le point de vue dynamique puisque ces instances exercent une action, et ce qui est déterminant pour le sujet c'est le conflit entre instances psychiques.