En philosophie, la notion de corps propre ou corps phénoménal désigne le corps humain tel que vécu et expérimenté. Il s'oppose au corps objectif, à savoir le corps physique et biologique. Le corps comme sujet percevant (corps propre) et le corps comme matière physique (corps objectif) forment les deux faces du corps humain. D'un côté, celui-ci peut être appréhendé depuis une perspective personnelle (première personne), en tant que véhicule de la subjectivité ; d'un autre côté, le corps peut être appréhendé depuis une perspective extérieure (troisième personne), en tant qu'objet spatiotemporel.
Cette double nature du corps est à l'origine de l'expérience des « sensations doubles » : si nos deux mains se touchent, il est possible de faire l'expérience de l'une et de l'autre à la fois comme ce qui touche et comme ce qui est touché.
L'origine du concept Dans le second livre des Ideen (Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures), Husserl situe le corps de l'homme dans l'entre-deux de la nature animale et du monde spirituel. Comme sujet effectif de la vie naturelle et le cadre qui la gouverne , écrit Rudolf Bernet. La notion de « corps propre » (on parle aussi de corps-chair en référence à son être incarné dans le monde) est au départ, l'expression utilisée par les philosophes pour désigner le corps avec son caractère « humain », par opposition au corps simplement envisagé sous un angle matériel. Les Allemands ont deux mots, ils distinguent la (la chair) du (corps). Dans un premier temps, le « corps propre » désignait donc la manière humaine de vivre notre corps, habité par une conscience et doté d’intentions, alors que le corps matériel n’est qu’une matière inanimée. Notre corps nous l'expérimentons comme faisant partie de nous-même. On appelle corps à la fois ce que l'on peut percevoir et ce sans quoi on ne peut percevoir. En tant que je peux le percevoir, mon corps est une chose dans le monde : c’est le corps objectif ; en tant qu’il est condition de ma perception, je ne peux le percevoir : c’est le « corps phénoménal ».
Les contours du concept Le corps, constate Maurice Merleau-Ponty, est avec moi, jamais devant moi. Contrairement aux objets, mon corps est rivé à sa perspective : il ne peut être vu d’un autre angle que celui sous lequel je le vois – autant que je peux le voir – effectivement. Pascal Dupond écrit . Le corps est notre lien avec le monde, Merleau-Ponty se propose de .
Le corps propre, écrit Frédéric Jacquet, est . Merleau-Ponty souligne que la perception est déjà « conscience » et que cette conscience reste néanmoins l'activité d'un corps, qui n'est pas le corps de la psychologie traditionnelle. , note Florence Caeymaex lire en ligne..
En devenant, selon un passage de Signes cité par Lucia Angelino, le concept de « corps propre » prend, chez Merleau-Ponty, une signification ontologique . Merleau-Ponty écrit :
La spatialité du corps propre
Dans Phénoménologie de la perception, le corps est considéré comme une structure qui elle-même structure le monde vécu (ou monde de la vie, la ). Il s'agit d'une structure, structurée et structurante, qui charge le réel . Cet ouvrage, majeur pour la pensée de Merleau-Ponty, consacre deux longs chapitres à l’espace.
L'espace anthropologique Merleau-Ponty, cherche à .
La pluralité des expériences . Merleau-Ponty regroupe ces espaces seconds , sous la notion commune d' « espace anthropologique ». D'autre part écrit Merleau-Ponty-, et le prétendu espace en soi, objectif, celui de la géométrie finira par être subsumé, sous l’espace primordial de la perception. Nous ne faisons pas (seulement) l'expérience de notre corps comme un objet externe que nous percevons ; mais nous le sentons comme étant nôtre, nous en souffrons comme une partie de nous. Le corps est le siège d'un ensemble de significations vécues, et pas uniquement une réalité matérielle au sens strict, qui conditionne toute notre expérience et notre existence : à la notion de corps matériel se substitue l’idée de corps propre, d’organisme qualifié par son appartenance à une destinée. Le « corps propre », va être conçu comme le centre d’où partent distances et direction-.
Si le corps est , Merleau-Ponty n'en subjective pas pour autant l'espace. écrit Miklós Vető.
La difficile résorption du conflit corps esprit Merleau-Ponty est conscient que, dans la Phénoménologie de la perception , ce conflit n'est pas dépassé écrit Pascal Dupond. Dans une note inédite rapportée par Pascal Dupond, Merleau-Ponty reconnaît . . De toute nécessité la corps vivant relève de divers ordre de l'être. Ainsi que l'écrit Pascal Dupond.
Le schéma corporel En provenance de la littérature neuropsychologique le « schéma corporel » était conçu au départ, comme une simple association d'images ayant pour but d'offrir un résumé de notre expérience corporelle ; il est repris par Husserl sous l'appellation d'« espace corporel ». Dans la Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty désubstantialise la notion de « schéma corporel ». Il ne s'agira plus d'une association d'images établie au cours de l'expérience mais d'une unité spatio-temporelle qui les précède et rend possible cette association. De plus avec la notion de « schéma corporel » ce n'est pas seulement chez Merleau-Ponty, l'unité du corps qui est visé mais c'est aussi cela qu'elle rend possible à savoir : l'unité de sens et l'unité de l'objet.
L'unité symbolique Le corps devient une forme (voir Gestaltpsychologie), c'est-à-dire un composé, dans lequel le tout est supérieur aux parties. Ainsi conçue -. En effet, « si mon corps peut être une “forme” et s’il peut y avoir devant lui des figures privilégiées sur des fonds indifférents », c’est précisément « en tant qu’il est polarisé par ses tâches, qu’il existe vers elles, qu’il se ramasse sur lui-même pour atteindre son but. Parce que chaque sens déploie un champ phénoménal différent l'expérience sensible est différente selon qu'il s'agisse d'une chose vue, touchée ou sentie. C'est la structure symbolique du corps qui permet de réunir et englober les parties hétérogènes, écrit Rudolf Bernet. La fonction symbolique autorise la multiplicité de perspectives soit de viser une chose comme une chose ou le terme invariant d'une infinité d'aspects-.
Merleau-Ponty comprend l'unité du corps et même l'unité du monde en « analogie » avec cette unité des divers sens-. .
La posture Le recours à la notion de « schéma corporel » recouvre une prise de conscience globale de notre « posture » dans le monde « inter-sensoriel ». Interprété dynamiquement . .
À noter que l'espace est pré-constitué avant toute perception. En effet pour l'auteur, contrairement à la tradition, . Il n'y a pas d'être qui ne soit situé et orienté, comme il n'y a pas de perception possible qui ne s'appuie sur une expérience antérieure d'orientation de l'espace. La première expérience est celle de notre corps dont toutes les autres vont utiliser les résultats acquis. cité par Rudolf Bernet.
Une fonction générale Dans l'extension de ce rôle attribué au « schéma corporel », le corps, en lieu, et place de la fonction de jugement, assume . Le corps, le sujet corporel, est à l’origine de la spatialité, il est le principe de la perception, sachant que le corps dont il est question n'est pas le corps matériel mais le « corps propre » ou phénoménal. Contrairement aux corps-objets qui se trouvent dans l’espace, et qui sont séparés les uns des autres par des distances, visibles à partir d’une perspective, le corps propre, n'est pas dans l'espace à une certaine distance des autres corps-objets mais constitue un centre d’où partent distances et direction. Bien que privé de toute visibilité notre corps propre est toujours là pour nous. , écrit Merleay-Ponty. En tant qu'elle ne se révèle qu'au sein d'une intentionnalité, d'un projet, la spatialité du « corps propre » est toujours « située » (correspond à une situation) et « orientée » ne correspondant donc pas à l'espace objectif qui lui est par définition homogène.
. L'expérience motrice ne passe pas par l'intermédiaire d'une représentation, comme manière d'accéder au monde elle est directe. Le corps connaît son entourage comme des points d'application de sa propre puissance (la direction qu'il doit prendre, les objets qu'il peut attraper). . écrit Pascal Dupond
. Cet acquis ou cette réserve de possibilités est une autre manière de désigner le «schéma corporel » c'est-à-dire .
Comme son corps, le sujet percevant possède son monde. Il le possède par . Ainsi l'acquisition d'une habitude autorise des réponses adaptées à des situations inédites se ressemblant par une certaine . Merleau-Ponty, prenant l'exemple de l'organiste, attribue au corps propre et non à l'entendement l'acquisition d'habitudes qui ont pour effet de dilater notre « être au monde ». La relation à autrui La notion de « corps propre » joue un rôle capital dans la vision merleau-pontienne de l'« intersubjectivité ». Pour Merleau-Ponty, . .
Motricité La notion de « corps propre » est étrangère à l'idée d'« enveloppe corporelle » de la tradition. . Toujours présent ce « corps propre » grandit au cours du temps car . Lucia Angelino écrit : .
. Dans le cercle de ce corps Merleau-Ponty s'attarde sur l'exemple d'un malade psychiatrique qui trouve aisément son nez si on lui demande de le saisir, mais qui est incapable de le viser si on lui demande de le montrer. L'auteur distingue ainsi, la fonction « saisir » de la fonction de monstration qui implique que les organes du corps relèvent moins d'une position objective dans l'espace géométrique que de leur situation dans le processus d'une action-. . Renaud Barbaras écrit .Ce qui est à retenir c'est selon Étienne Bimbenet .
Dans ses mouvements, le sujet ne se contente pas de subir l'espace et le temps il les assume activement et leur confère une signification anthropologique. Ainsi quel sens pourrait avoir les mots « sur », « dessous » ou « à côté » pour un sujet qui ne serait pas situé par son corps en face du monde. Il implique la distinction d'un haut et d'un bas, du proche et du lointain, c'est-à-dire un espace orienté. L'espace objectif, l'espace intelligible n'est pas dégagé de l'espace phénoménal orienté, au point que l'espace homogène ne peut exprimer le sens de l'espace orienté que parce qu'il l'a reçu de lui. . .
Le corps mesurant Alors que nos vues ne sont que des perspectives, Merleau-Ponty tente d'expliquer la perception de l'objet (qu'une table soit une table, toujours la même, que je touche et que je vois) dans son « aséité ». Il écarte le recours à la synthèse intellectuelle qui ne possède pas le secret de l'objet . -. Dans Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty écrit . , commente Lucia Angelino. Plus tard dans le Visible et l'invisible, Merleau-Ponty écrit .
Comme système d’équivalences (corporelles) tant spatiales que temporelles, le corps nous donne « le premier modèle des transpositions, des équivalences, des identifications qui font de l’espace un système objectif et permettent à notre expérience d’être une expérience d’objets, de s’ouvrir sur un “soi” ». Ici encore, l’origine du sens est encore expliquée avec des concepts provenant de modes de pensée dualistes où la distinction sujet-objet na pas complètement disparu. Avec le Visible et l'Invisible, on assiste à une radicalisation du concept, Pascal Dupond écrit .
L'expressivité du corps .
Mais comme le souligne Rudolf Bernet, . .
Merleau-Ponty écrit .
Le fondement naturel écrit Rudolf Bernet. écrit Étienne Bimbenet.
L'ordre symbolique