Les guerres Liège-Brabant sont une série de guerres dans les , entre la principauté de Liège et le duché de Brabant et leurs alliés. La série de treize ou quatorze batailles débute par le siège de Maastricht en 1204 (dans la région liégeoise le point de départ est le sac de Liège en 1212) et s'achève le avec la trêve de Booienhoven. Ces guerres avec la guerre de Succession du Limbourg (1283-1289), la guerre de succession de Looz (1336-1366) et la guerre de succession du Duché de Brabant (1355-1357) ont permis au Brabant et à Liège d'acquérir des territoires clés. Cependant, c'est le Brabant qui ressort comme la principale puissance régionale du pays mosan de ces luttes. Durant cette période, la principauté de Liège est le théâtre d'un autre conflit civil : la guerre des Awans et des Waroux (1296-1335).
Historique Principauté de Liège La principauté de Liège, qui émerge de l'ancien diocèse de Maastricht, acquiert à la fin du des droits seigneuriaux : l'évêque devient à partir de ce moment prince-évêque. La principauté laïque est beaucoup plus petite que le diocèse de Liège, mais est un facteur important dans la région frontalière entre la France et l'empire allemand. Vers 1200, la principauté acquiert le comté de Moha, territoire revendiqué par Henri Ier de Brabant. Le comté de Looz, qui sera définitivement annexé à la principauté de Liège au , était déjà sous influence liégeoise à cette époque. Par contre, l'influence principautaire sur Maastricht déclina en faveur du duché de Brabant. Au début du , ces facteurs dégradèrent les relations entre le Brabant et Maastricht d'une part et Liège et Looz d'autre part. Les princes-évêques et les Bonnes Villes de Liège et de Looz s'unissent contre l'expansion du Brabant dans la zone Meuse-Rhin.
Duché de Brabant Le duché de Brabant est créé à la suite de l'association du comté de Brabant, du comté de Louvain et du comté de Bruxelles vers 1085. Au cours des siècles, le duché s'étendit de façon constante et en particulier dans le nord et l'est. Ces expansions viennent se heurter à la principauté de Liège qui avait également des allégations sur différents territoires du pays mosan. On perçoit un début de confrontation territoriale entre les deux rivaux lors de la bataille de Florennes en 1015. Vers 1200, le Brabant acquiert une position stratégique avec la double seigneurie de Maastricht. En 1244, le duché reçoit Heerlen et le comté de Dalhem. Le prestige du Brabant s’accroît rapidement après sa victoire à la bataille de Worringen en 1288 et l'acquisition du duché de Limbourg. Dans la même période, le Brabant acquiert aussi la seigneurie de Rolduc. Un peu plus tard, le comté de Fauquemont est lui aussi annexé. Le Brabant est alors en possession de trois Pays d'Outremeuse.
Les guerres Dans la série de guerres entre la principauté de Liège et le duché de Brabant, cinq phases peuvent être distinguées, comportant chacune plusieurs batailles. Au cours de ces périodes, les pays ne sont pas en permanence en guerre les uns avec les autres. Pour la plupart des auteurs, on compte treize à quatorze conflits armés : 1204, 1212-1214, 1255-1257, 1267, 1273, 1276, 1291, 1295, 1303-1304, 1331-1335, 1337-1338, 1343-1344, 1356-1357 et 1377-1378. Les années qui suivirent furent relativement calmes marquées par des trêves fragiles, des négociations de paix ardues et même des alliances temporaires et des conflits avec d'autres ennemis.
Dans le conflit Liège-Brabant le statut de double seigneurie de Maastricht a joué un rôle important. L'accroissement de l'influence des ducs de Brabant dans la gestion de la ville a été contestée par les princes-évêques de Liège et le comte de Looz. Maastricht a été assiégée au moins cinq fois en cinquante ans. D'autres sujets de discordes portaient sur le comté de Moha, le comté de Looz et les villes de Saint-Trond et de Malines. En ce qui concerne Looz, un incident en 1190 illustre la précarité de la situation : lors de la diète de Schwäbisch Hall le duc de Brabant est appelé en tant que seigneur féodal du comté de Looz, le comté désigna alors rapidement l'évêque de Liège en tant que seigneur. Une autre difficulté apparaissait pour certaines zones appartenant territorialement aux ducs de Brabant, elles relevaient du diocèse de Liège et devaient donc reconnaître l'évêque de Liège en tant que leur chef spirituel. Cela concernait notamment la province néerlandaise du Brabant-du-Nord et les alentours de la ville de Louvain.
Première phase (1204-1214)
Vers 1200, les luttes pour la succession dans le Saint-Empire romain entre les Hohenstaufen et les Welf ont des conséquences dans le Pays mosan. Ils se disputaient les faveurs du prince-évêque de Liège et du duc de Brabant. En , le roi Otton IV donne au duc Henri Ier de Brabant la partie de la ville de Maastricht qui appartenait encore à l'Empire, le comté de Vroenhoven et les Terres de rédemption. Cette donation comprenait également la tutelle sur les riches chapitre de Saint-Servais à Maastricht et doyenné de Meerssen. En 1204, le roi Philippe de Souabe, qui à l'époque possédait réellement les pouvoirs d'empereur du Saint-Empire, confirme ce don qui ignore complètement les droits ancestraux des évêques de Liège dans cette région.
L'évêque Hugues de Pierrepont est mécontent de l'arrivée au pouvoir des ducs de Brabant à Maastricht. L'irritation de Pierrepont est alimentée par le duc de Brabant qui autorise la population maastrichtoise à élever des fortifications autour de la ville, probablement composé de remparts en terre avec une palissade en bois le tout entouré de douves. En 1204, le prince-évêque et son vassal, le comte de Looz, vont à Maastricht et détruisent le pont sur la Meuse et les nouvelles fortifications puis occupent la ville quelque temps avec leur armée.
Peu de temps après 1204, l'évêque de Liège et le comte de Loon se réconcilient avec le duc de Brabant et s'engagent à réparer le pont. En 1206, l'évêque Hugues de Pierrepont se réconcilie avec Philippe de Souabe. L'évêque accepte la participation du duc de Brabant dans la gestion de Maastricht, ce qui peut être considéré comme le début de la double seigneurie de Maastricht. En fait, cette situation existait déjà entre les évêques de Liège et les rois allemands. En tant que coseigneur de Maastricht et gardien de Saint-Servais, Henri Ier de Brabant travailla intensément pour la ville. Auparavant, il avait promis sa fille de neuf ans Marie de Brabant en mariage au rival de Philippe de Souabe, Otton IV. En 1204, en raison du ralliement d'Henri au camp des Hohenstaufen l'engagement fut reporté. Après la naissance du fils d'Henri , Henri II de Brabant, en 1207, il a été convenu que celui serait marié avec la fille de Philippe, Marie de Souabe. En 1208, Philippe est assassiné et immédiatement Henri se réconcilie avec Otton. Le mariage entre ce dernier et Marie de Brabant est remis sur les rails.
Du 3 au , Liège et la Hesbaye sont mises à sac par les troupes du duc Henri Ier de Brabant qui a bénéficié de l'absence de la noblesse liégeoise. Les églises ont particulièrement subi les ravages des pillards brabançons. Le chapitre cathédral de Liège publie un règlement imposant à toutes les églises du diocèse de déposer leurs reliques et crucifix au sol pour dénoncer la honte de ces actes.
En 1213, le duc Henri souhaita piller Liège à nouveau mais rebroussa chemin lorsqu'il vit les murailles imposantes que les Liégeois avaient érigées entretemps. Il est poursuivi par Hugues de Pierrepont et les milices liégeoises et battu lors de la sanglante bataille de Steps. À partir de ce moment, le comté de Moha est rattaché à la principauté de Liège (bien que le Brabant ne le reconnaisse qu'en 1227), tout comme un certain nombre de châteaux dans le comté de Looz. Le un accord de paix intervient entre Liège et le Brabant. Le de cette année le mariage de l'empereur Otton IV et Marie de Brabant est célébré par l'évêque Hugues de Pierrepont dans l'église Saint-Servais. Mais deux mois plus tard, les Liégeois combattent du côté des Français contre Otto IV et le duc du Brabant (alliés aux Flamands et aux Anglais) lors de la bataille de Bouvines. Dans la même année, le pont sur la Meuse de Maastricht est à nouveau détruit par les Liégeois.
Deuxième phase (1255-1276) Entre 1255 et 1257, une lutte entre Liège et le Brabant éclate à nouveau. En 1255, Arnoul IV de Looz aide à soumettre des habitants de Liège, de Saint-Trond et de Huy qui se sont révoltés contre le prince-évêque Henri de Gueldre.
Après la mort de Henri III de Brabant en 1261, il apparaît dans les pays mosan un vide de pouvoir. En effet, son successeur Henri IV n'est âgé que de dix ans et est aussi mentalement déficient. Sa mère, Adélaïde de Bourgogne, assure la régence et convainc ce dernier d'abdiquer en mai 1267 en faveur de son frère Jean , qui est alors lui aussi mineur. Le prince-évêque de Liège, Henri de Gueldre, profitant de la confusion dans le Brabant, cherche à récupérer son influence sur Malines en 1266 mais ce ne fut pas un succès. En 1267, il fit de même à Maastricht, où les évêques de Liège, depuis le siège raté de 1204, devait tolérer le partage du pouvoir avec les ducs de Brabant. Il y supprime la cosouveraineté et s'en proclama le seul souverain.
L'évêque de Liège craignait moins le duc de Brabant que son vassal Dirk II de Valkenburg. Henri de Gueldre eut le soutien de son frère, le comte Otton II de Gueldre. Ensemble, ils sont victorieux de la bataille de Maastricht malgré une opposition féroce de Dirk de Valkenburg. En renversant le thing brabançon et la potence, l'évêque prouve qu'il est désormais seul maître. Après deux ans, il dut cependant accepter le retour au pouvoir des ducs de Brabant à Maastricht car les citoyens de Liège et d'autres Bonnes Villes s'étaient retournés contre lui. En 1284, le statut de double seigneurie de Maastricht est inscrit dans un traité constitutionnel, lAdle Caerte complété par la Doghter Caerte en 1356. Ce condominium Liège-Brabant perdura jusqu'en 1794, bien que les ducs de Bourgogne en 1430 puis les États généraux en 1632 succédèrent aux comtes de Brabant.
Troisième phase (1291-1304) En 1291 et 1295, de nouveaux combats opposent Liégeois et Brabançons. En 1296, la guerre des Awans et des Waroux éclate à Liège dont les combats ravagèrent la Hesbaye. Dans la même année, les citoyens liégeois de Maastricht se révoltent car ils se sentent victimes de discrimination de la part de l'écoutète brabançon et des échevins. Les Liégeois luttent contre les Brabançons mais en minorité ils furent contraints de prêter serment d'allégeance au duc de Brabant. En 1297, le prince-évêque Hugues de Chalon décida alors d'assiéger Maastricht. Henri de Luxembourg proposa une médiation, ce qui est accepté de part et d'autre. Il est alors décidé d'en revenir à la situation précédente réglementée par la charte de 1283 : l'évêque de Liège et le duc de Brabant sont coseigneurs. L'évêque de Liège est le seigneur de l'ancienne ville, c'est-à-dire de la paroisse Notre-Dame et du village de Sint-Pieter, patrimoine de Saint-Lambert. Le duc de Brabant est seigneur du reste de la ville et de Wyck. Ce traité, dont le texte exact est inconnu, a été considéré par les Liégeois habitant Maastricht comme une défaite.