D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? est une des œuvres les plus connues de Paul Gauguin. Peinte à Tahiti en 1897-1898, elle est conservée au musée des Beaux-Arts de Boston (Massachusetts, États-Unis).
Histoire
Contexte Gauguin entreprend un premier voyage à Tahiti dès 1891, en quête d'une société fondée sur d'autres valeurs que celles de la société européenne et occidentale. Il s'y installe définitivement en 1895. L'île isolée en plein océan Pacifique est le terrain d'un profond renouvellement de son art où le climat, la végétation, les paysages, le rapport entre l'Homme et la Nature, les mœurs et les mythes païens offrent de nouvelles thématiques à l'artiste. Avec cette œuvre mesurant de hauteur et de longueur, Gauguin l'essentiel de ses thématiques tahitiennes.
Propriétaires En 1898, le peintre envoie le tableau à George-Daniel de Monfreid à Marseille. La toile est ensuite déposée chez le marchand Ambroise Vollard et exposée l’hiver 1898. Elle est vendue au collectionneur bordelais Gabriel FrizeauFrançoise Taliano-des Garets, La Vie culturelle à Bordeaux, 1945-1975, Presses universitaires de Bordeaux, Talence, 1995 , p. 14. en 1901, est remise en vente en 1913. La toile est ensuite dans les mains du collectionneur norvégien Jørgen Breder Stang qui l'avait acheté à la galerie parisienne Barbazanges. Elle est ensuite acquise au marchand Alfred Gold par la galerie Marie Harriman à New York en 1936. Le musée des beaux-arts de Boston en a fait l'acquisition auprès de cette galerie le pour 80 000 dollars.
Le tableau est aujourd'hui exposé au musée des beaux-arts de Boston () dans la collection Tompkins, qui fait partie de la galerie Sidney and Esther Rabb (qui expose des œuvres d'art européennes créées entre 1876 et 1950).
Composition Le , Gauguin décrit le tableau en ces termes pour sa première photographie : « À droite, un enfant qui vient de naître, à gauche, une vieille femme avec un oiseau symbolique, présage de mort prochaine. Entre ces extrêmes de la vie, l’humanité aimante et agissante. Et dans ce cadre terrestre, une statue symbolisant la divinité inhérente à l’humanité. »
Le tableau se lit de droite à gauche, et se divise en trois groupes principaux de personnes illustrant les questions posées dans le titre. Les trois femmes avec un enfant représentent le début de la vie, le groupe du milieu symbolise l'existence quotidienne des jeunes adultes, et dans le dernier groupe, d'après l'artiste, « une vieille femme approchant la mort apparaît réconciliée et résignée à cette idée » ; à ses pieds, « un étrange oiseau blanc tenant en sa patte un lézard bleu , représente la futilité des mots. » L'idole bleue (déesse de lune Hina réinventée) à l'arrière-plan représente apparemment ce que Gauguin décrivait comme « L'au-delà »..
14 figures humaines sont représentées (13 et un bébé) et 7 animaux : deux oiseaux (un lézard sous les griffes d'un oiseau), une chèvre, deux chats et un chien. Derrière ce regroupement, un paysage de mangroves, lagon et montagnes. La présence d'animaux rappelle la création du monde et le paradis originel.
Analyse L'inventaire des éléments du tableau rend son interprétation compliquée et non-définitive, et renvoie à son titre sous forme de 3 questions.
Certains éléments et motifs sont issus d'autres œuvres peintes quelques années auparavant. La femme âgée à gauche est une reprise de l'Eve Bretonne peinte en 1889 (ou de la momie chachapoya au musée de l’Homme à Paris). L'enfant au centre mangeant un fruit est issu de Nave Nave Mahana (Jour délicieux), peint l'année précédente.
thumb|upright=2.75| Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?. Musée des Beaux-Arts (Boston).
Gauguin explique dans une lettre à son ami Monfreid les circonstances de l'élaboration du tableau : « il faut vous dire que ma résolution (de suicide) était bien prise pour le mois de décembre. Alors j'ai voulu, avant de mourir, peindre une grande toile que j'avais en tête et, durant tout le mois, j'ai travaillé jour et nuit dans une fièvre inouïe [...]. L'aspect est terriblement fruste [...]. On dir (« dira » ?) que c'est lâché, pas fini. Il est vrai qu'on ne se juge pas bien soi-même mais cependant je crois que non seulement cette toile dépasse en valeur toutes les précédentes mais encore que je n'en ferais jamais une meilleure ni une semblable. J'y ai mis là, avant de mourir, toute mon énergie, une telle passion douloureuse dans des circonstances terribles et une vision tellement nette, sans correction, que le hâtif disparaît et que la vie surgit [...]. Les deux coins du haut sont jaune de chrome avec l'inscription à gauche et ma signature à droite, telle une fresque abîmée aux coins et appliquée sur un mur or. »
Critiques En , André Fontainas écrit dans le Mercure de France : « Dans le large panneau que M. Gauguin expose, rien, pas même les deux souples et pensives figures qui y passent tranquilles et si belles, ou l’évocation habile d’une idole mystérieuse, ne nous révélerait le sens de l’allégorie, s’il n’avait pris soin d’écrire dans un coin au haut de la toile : “D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?” ». Gauguin répondit dans le même journal « Mon rêve ne se laisse pas saisir, ne comporte aucune allégorie ».
Postérité Le tableau fait partie des « 105 œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le musée imaginaire de Michel Butor..
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Âges de la vie Baigneuses à Tahiti, une des huit toiles dérivées de celle-ci.
Liens externes
Catégorie:Tableau de Paul Gauguin Catégorie:Tableau des années 1890 Catégorie:1897 en France Catégorie:1898 en France Catégorie:Tahiti dans la peinture Catégorie:Sommeil dans la peinture Catégorie:Chat dans la peinture Catégorie:Chèvre dans la peinture Catégorie:Chien dans la peinture Catégorie:Oiseau dans la peinture Catégorie:Reptile dans la peinture Catégorie:Fruit dans la peinture Catégorie:Sculpture dans la peinture Catégorie:Œuvre de Paul Gauguin aux États-Unis Catégorie:Œuvre conservée au musée des Beaux-Arts (Boston) Catégorie:Collection de Jørgen Breder Stang