La Picardie (en picard : , prononcé [pika(ː)rdi]) était, durant l'Ancien Régime, une région située au nord-ouest de la France, bordée par la Manche. Les premières mentions de cette province datent du Moyen Âge : elle connaît sa première existence officielle au à travers la nation de Picardie de l'université de Paris, et rentre dans l'administration française au . Contrairement à des régions comme la Normandie, la Bretagne ou la Champagne, la Picardie ne fut jamais érigée en duché, comté, ou principauté, et les définitions de la Picardie fluctuèrent ainsi au cours des siècles du fait de l'ancienne instabilité politique de la zone qu'elle recouvre.

Par exemple pendant l'Ancien Régime, la Picardie est en général définie par treize pays traditionnels. Cette description de la Picardie, que l'on retrouve au et au dans les mémoires et compte-rendus de la société des antiquaires de Picardie, et de la Société historique de Haute-Picardie, s'étend de Senlis jusqu'à Calais, de Soissons et Laon jusqu'à Abbeville et Boulogne-sur-Mer.

Chez des historiens et des géographes comme Robert Fossier, Albert Demangeon ou Philippe Pinchemel, on substitue à la Picardie d'Ancien régime l'idée d'une Picardie ethnique, qui comprendrait donc Senlis et Soissons, que la tradition populaire attribuait historiquement à la Picardie en raison de leur parler, et dont la limite septentrionale serait la frontière linguistique avec le flamand, s'étendant donc sur Calais et Tournai.

Géographie

Localisation

Gouvernements généraux et particuliers La province de Picardie était bordé au nord par le comté d'Artois et la province de Flandre françaiseLa province de Flandre française contenait l'ancien comté de Cambrésis et l'ancien comté de Hainaut., à l'est par la province de Champagne, au sud par la province d'Île-de-France, et à l'ouest par le duché de Normandie.

Départements et régions L'ancienne province se situe sur les départements de la Somme, du Pas-de-Calais, de l'Aisne et de l'Oise. Quelques communes font partie aujourd'hui du Nord, du Val-d'Oise et des Ardennes.

Géologie et relief La Picardie se caractérise sur le plan géo-morphologique par l'omniprésence de la craie dans sa partie septentrionale et par le calcaire du bassin parisien dans sa partie méridionale.

Albert Demangeon, dans sa thèse sur la Picardie, appelle la plaine picarde le grand plateau de craie s'étendant de Beauvais jusque Lens et Lille, d'Abbeville et Montreuil jusque Vervins et Laon, et passant par Cambrai, Arras, Saint-Quentin et Amiens. Cette plaine s'étend pour l'essentiel sur les départements de la Somme, du Pas-de-Calais, et sur des parties non négligeables de l'Oise, l'Aisne et du Nord. centré|vignette|435x435px

Géographie humaine La Picardie se caractérise par l'importance numérique de sa population rurale et l'absence de très grandes agglomérations. La ville la plus importante est Amiens avec habitants ( hab. pour la communauté d'agglomération Amiens Métropole). L'économie de l'ancienne province de Picardie reposait très largement sur l'agriculture : céréales, plantes tinctoriales ou textile qui alimentaient une industrie textile à la fois urbaine et très répandue en milieu rural. Toponymie « Picard » désigne des hommes avant de désigner un territoire. À la fin du , le mot « Picard » apparaît pour la première fois dans un texte avec la mention de la mort de « Guillaume le Picard » en 1098 au cours de la première croisade..

Au , les étudiants des diocèses de Beauvais, Noyon, Amiens, Laon, Arras, Thérouanne, Cambrai, Tournai, ainsi qu'une partie des diocèses de Liège et d'Utrecht de l’Université de Paris sont regroupés dans un groupe appelé « nation picarde », basé sur des critères linguistiques.

Le mot signifie en picard « piocheur », au sens de laboureur. Les Parisiens appelaient « piocheurs » tous les agriculteurs vivant au nord des zones forestières du Senlisis et du Valois (où les paysans étaient bûcherons).

À Paris, le néologisme fit florès parce qu'il associait en un jeu de mots la pique et une province réputée pour sa hardiesse militaire (sa milice s'était illustrée à Bouvines en 1214, quelques années avant l'apparition du mot). Il perdura dans ce sens les siècles suivants à cause du caractère montré par les Picards, du genre « tête de pioche », dans leur attachement aux libertés communales acquises par les villes drapières défendues par une milice bourgeoise.

Définition, délimitation et décomposition La définition des territoires composant la Picardie est variable au cours du temps, les descriptions viennent différer d'une époque à une autre, voire au sein d'une même époque.

Moyen Âge La première description géographique de la Picardie nous est due à Barthélémy l'Anglais, celui-ci inclut alors les villes d'Amiens, Arras, Beauvais, Tournai et Thérouanne. Son traducteur, Jean Corbechon, rentre dans une description plus précise à la fin du , dans laquelle il inclut les villes de Saint-Quentin, Clermont, Douai, Abbeville, Noyon, Saint-Omer ou Béthune. Paradoxalement, les deux dernières villes mentionnées seront décrites vers les époques moderne et contemporaine comme faisant partie d'une section traditionnelle de l'Artois intitulée Artois et composé des bailliages de Béthune, Aire et Saint-Omer, par opposition à un Artois dit , c'est-à-dire roman, composé du reste du comté, et où le dialecte local fut de tout temps le picard.

Jean Lestocquoy écrit dans son Histoire de la Picardie que

De même, de 1347 à 1558, les anglais appelleront leur enclave de Calais et du Calaisis.

On atteste de manière sûre qu’Arras est considérée comme ville de Picardie à cette époque, on peut lire chez Jean Froissart :Ou encore :Du au , Arras fut un centre culturel important, la ville s'élève au rang de capitale littéraire de la Picardie à cette époque.

Au , le poète François Villon parle de . Le calendrier de , rédigé à Tournai en 1507, indique par ailleurs que .

Temps modernes vignette|250px|Carte de la Picardie royale du , détourée commune par commune. vignette|Liste des pays de Picardie dans Provinces et pays de France de Benjamin Guérard. Après le Moyen Âge tardif, vers la Renaissance et le , on qualifie désormais de Picardie tout ce qui appartenait au roi de France et qui se situait au sud des anciens Pays-Bas, et le terme de Picardie se . Albert Demangeon l'appelle la Picardie royale dans sa célèbre thèse La Plaine picarde. Tandis que l'Artois, la Flandre romane, le Hainaut et le Cambrésis, étaient vues après leur annexion comme des ., bien qu'elles fussent intégrées au royaume de France, et fassent également partie du domaine picard. Ces dernières restèrent séparées par une frontière à la fois douanière et fiscale du reste du royaume par ce que l'on appelait alors les cinq grosses fermes, et dont la Picardie « royale », « non étrangère » par opposition, faisait partie

La Picardie, à l'instar de plusieurs autres provinces, était subdivisée en Haute et en Basse-Picardie. La carte de 1694 de Jean-Baptiste Nolin nous donne la décomposition suivante : en Haute-Picardie : l'Amiénois, le Beauvaisis (qui contient le Pays de Bray picard et le Pays de Thelle), le Laonnois, le Noyonnais, le Santerre, le Soissonnais, la Thiérache, le Valois (qui contient une partie du Multien) et le Vermandois ; en Basse-Picardie : le Boulonnais, le Calaisis, le Ponthieu (qui contient le Marquenterre) et le Vimeu. Cette définition est partagée avec le Dictionnaire universel de la France de Robert de Hesseln. Elle est aussi reprise par Auguste Janvier dans sa Petite Histoire de Picardie. centré|vignette|Extrait du Dictionnaire universel de la France par Robert de Hesseln.

L'agrégée de lettres et docteur d’État Françoise Morvan conforte par ailleurs cette description de la Picardie dans sa préface aux Contes de Picardie d'Henri Carnoy, publiée en 2016.vignette|232x232px|Carte de l'Artois gauche|vignette|

À cette définition à treize pays, s'ajoutent plusieurs définitions incluant aussi l'Artois en Picardie à la même époque. On peut citer Charles du Fresne du Cange et Pierre Nicolas Grenier, ou encore l’Armorial de La Planche. On peut aussi remarquer dans ce dernier que les comtés de Flandre gallicane et d'Artois, ainsi que les châtellenies de Hainaut, y sont présentés comme des . Adrien de Valois, dans Notitia Galliarum ordine litterarum digesta, inclut dans la Picardie le Ternois en plus des treize pays cités plus haut. Il y détaille aussi ce qu'il appelle le Senlisien, à savoir pays de Senlis, il décompose aussi le Beauvaisis en Vendelais, pays de Breteuil, en Chambliois, pays de Chambly, et en Bray. Aux , plusieurs descriptions du Hainaut notent que cette région s'appelait antérieurement la Picardie inférieure. vignette|Carte complète de la Province de Picardie comprenant l'Amiénois le Beauvaisis, le Boulonnais, le Calaisis, le Laonnois, le Noyonnais, le Ponthieu, le Santerre, le Soissonnais, la Thiérache, le Valois, le Vermandois et le Vimeu et réalisée par Auguste Janvier

Époque contemporaine

Définition géographique En 1905, Albert Demangeon publie une thèse sur la Picardie qu'il intitule La Plaine picarde, cette thèse, restée célèbre, est considérée dès sa publication comme un modèle de géographie régionale. Michèle et Jean Sellier notent en 1973 dans leur Guide politique de Picardie qu'. Demangeon définit la Picardie comme étant la vaste étendue de plaine de craie, s'étendant du Boulonnais à la Thiérache, du pays de Bray à la Flandre. À la Picardie d'Ancien Régime se substitue chez Demangeon une Picardie géographique, dans laquelle figure les cinq départements de la Somme, de l'Oise, du Pas-de-Calais, de l'Aisne et du Nord, en partie ou en totalité. La Plaine picarde s'étend donc sur le Cambrésis, le Beauvaisis, l'Amiénois, le Ponthieu et le Vimeu, mais encore l'Artois dans sa majeure partie, le Vermandois et le Laonnois dans sa moitié nord. Le Valois et le Soissonnais, quant à eux, ont une agriculture similaire à celle de la bien qu'ils en soient géologiquement distincts.

Définition linguistique Demangeon écrit d'abord que Et il énonce Jacques de Wailly note en 1968 dans son ouvrage Le folklore de Picardie qu'on doit, avec Demangeon,

Robert Fossier, dans son Histoire de la Picardie, partage la même idée qu'Albert Demangeon :Philippe Pinchemel écrivait à ce sujet dans Visages de la Picardie, qu'il existe trois Picardie : selon la linguistique, selon la géographie, et enfin la Picardie royale, il écrit donc :

Définition culturelle et humaine

À travers les différentes définitions de la Picardie, on observe une multitude de pays traditionnels cités comme des pays picards ou de Picardie. À l'époque moderne, la province de Picardie se voit définie, dans le contexte militaire et politique de cette époque, selon treize pays du Valois jusqu'au Calaisis, du Boulonnais jusqu'au Soissonnais, neuf sont dits de Haute-Picardie, et quatre de Basse-Picardie. Huit de ces pays relevaient du gouvernement de Picardie, et cinq de celui d'Île-de-France, circonscriptions administratives alors en vigueur.

Le géographe Albert Demangeon indique qu'il arrive que l'on désigne comme wallon un pays picard, il en tient l'exemple de l'Artois wallon, et dans cet concernant les pays liés à la Picardie, il écrit : L'expression de est, par exemple, aussi employée par Robert Loriot pour qualifier le Hainaut ; de même, Corblet cite le Tournaisis parmi les pays de la Picardie du Moyen Âge tardif.

Histoire

Un axiome primordial à prendre en compte, lorsque l'on analyse la Picardie, est qu'elle ne fut jamais érigée en duché ou en comté : ses frontières ne furent ainsi jamais véritablement fixées et fluctuèrent à chaque époque en fonction des aléas politiques.

La première trace attestée de la Picardie se situe à l'extrême fin du , lorsqu'un « Guillaume le Picard » meurt à Jérusalem. centré|sans_cadre La romanisation et l'installation de Germains