L'Adagio en do mineur et rondo en do majeur pour harmonica de verre, flûte, hautbois, alto et violoncelle, K. 617, est une œuvre de musique de chambre de Wolfgang Amadeus Mozart composée à Vienne et achevée le .
Mozart l'écrit pour , virtuose aveugle de l'harmonica de verre, qui la crée le au Kärntnertortheater. Il laisse inachevée, pour la même formation musicale, la Fantaisie en do majeur K. 616a. Il compose également, pour harmonica seul, l'Adagio en do majeur K. 356.
Composition Mozart inscrit l'œuvre à son catalogue autographe à la date du , sous le titre Adagio und Rondeau für Harmonica, 1 flauto, 1 oboe, 1 viola, e Violoncello. Il y recopie les deux premières mesures de l'adagio puis les quatre premières du rondo.
Le manuscrit autographe ne porte aucun titre d'ensemble, et Mozart désigne l'harmonica par le mot français « Harmonique ».
La Fantaisie en do majeur K. 616a Un fragment autographe conservé au Mozarteum de Salzbourg, intitulé Fantasia, réunit les mêmes instruments. Il s'agit du fragment K. 616a. Écrit en do majeur, il s'interrompt après douze mesures. L'édition critique le date des environs du 23 mai 1791.
Alfred Einstein, puis Hellmut Federhofer, y voient le début abandonné de l'œuvre, que Mozart aurait remplacé par l'introduction en mineur, les deux débuts partant d'un même arpège ascendant. Georges de Saint-Foix y voyait au contraire, en raison de son titre, un projet différent.
Création Marianne Kirchgäßner séjourne à Vienne au printemps 1791, au cours d'une tournée qu'elle accomplit en compagnie de l'éditeur Heinrich Philipp Bossler. Elle joue sur un instrument construit par le maître de chapelle de Karlsruhe Joseph Alois Schmittbauer.
Le , elle signe un avis dans la Wiener Zeitung. Elle y remercie le public de l'accueil reçu lors de son académie du 10 juin au Burgtheater et annonce une nouvelle académie au Kärntnertortheater avant son départ pour Berlin. Elle promet d'y jouer « un quintette de concert tout nouveau et fort beau, accompagné d'instruments à vent, de M. le maître de chapelle Mozart ». Elle y défend son instrument, le plus noble de tous selon elle, qui n'éveille pas des sentiments mélancoliques et tristes, mais joyeux, doux et élevés. L'avis est répété le 17 août et fixe l'académie au vendredi . C'est au cours de ce concert que l'œuvre est jouée pour la première fois.
Sources et publication L'autographe de la partition est conservé à la British Library, sous la cote Zweig MS 61. Il compte huit feuillets, soit seize pages, dont quinze écrites. Mozart y a écrit avec trois encres différentes. À la fin du rondo, une mention à l'encre rouge pâlie, « 230 Takt », est vraisemblablement de sa main. Une copie ancienne de la partie d'harmonica, d'une main inconnue, est jointe au manuscrit. Celui-ci a appartenu à Johann Anton André, puis à ses héritiers, avant de passer à Stefan Zweig, pour finalement entrer à la British Library.
Le 8 juillet 1799, Georg Nikolaus Nissen, agissant au nom de Constanze Mozart, adresse l'œuvre à Breitkopf & Härtel avec d'autres manuscrits. Le réviseur de la maison avait pris la pièce pour une composition ancienne et déjà gravée. Nissen rectifie : c'est le quintette avec harmonica, composé le 23 mai 1791, et il n'a été exécuté qu'une seule fois et ne se trouve entre les mains de personne.
L'édition paraît à la fin de la même année, en parties, sous le titre Quintetto per l'Armonica o Forte Piano con l'accompagnamento d'un Flauto, Oboa, Viola e Violoncello, avec la mention « N:o 2 del retaggio del defunto », série posthume dont le numéro 1, le concerto pour piano K. 503, avait été gravé aux frais de la veuve.
L'œuvre est reprise dans les Œuvres complettes de Wolfgang Amadeus Mozart, publiées par Breitkopf & Härtel en 1802, dans le cahier XII, sous le titre III Trios et 1 Quintetto pour le Piano forte. Federhofer relève que toute mention de l'harmonica de verre y a disparu. L'œuvre circule ensuite sous forme d'arrangements pour piano à quatre mains, dont celui de Xavier Gleichauf en 1833.
Réception Le compte rendu de la première édition paraît dans l'Allgemeine musikalische Zeitung du . Le recenseur, anonyme, y voit la seule composition de Mozart pour l'harmonica et écrit que Kirchgäßner l'a jouée « souvent et volontiers » au cours de ses voyages. Il observe que chacune des idées importantes est exposée d'abord par l'harmonica seul, puis reprise par les seuls instruments d'accompagnement, les cinq instruments ne se rejoignant que rarement. Il oppose également la mélancolie de la première partie à la sérénité de la seconde. Il juge la partie d'harmonica difficile mais exécutable, et trouve que, jouée au fortepiano, elle fait bien moins bel effet tout en restant fort agréable à entendre.
Kirchgäßner reprend l'œuvre à Londres en 1794, lors des concerts donnés par Johann Peter Salomon, puis à Vienne en 1806.
Dans l'édition critique, Federhofer juge qu'une exécution de fortune au piano ou à l'harmonium ne rend pas justice à l'effet sonore singulier voulu par Mozart. Pour Jean et Brigitte Massin, « il s'agit presque davantage d'un concerto pour harmonica que d'un quintette véritable ».
Structure La pièce se compose de deux sections enchaînées. L'adagio sert d'introduction. Il se termine par une demi-cadence et s'enchaîne sans interruption avec le rondo. La numérotation des mesures est continue d'une partie à l'autre : Adagio, à , en do mineur, mesures 1 à 58. Allegretto, à , en do majeur, mesures 59 à 288. Début de l'Adagio, mesures 1 à 5 (d'après l'édition de la Neue Mozart-Ausgabe)Le rondo s'ouvre avec l'harmonica seul, avant que les quatre autres instruments ne reprennent seuls le motif. Mozart n'inscrit que l'indication Allegretto sur la partition autographe. L'indication Rondeau est ajoutée dans l'édition proposée par la Neue Mozart-Ausgabe.
Début du Rondo, mesures 59 à 63 (d'après l'édition de la Neue Mozart-Ausgabe)La partie d'harmonica est notée sur deux portées en clé de sol, sauf aux mesures 3 et 4 de l'adagio, écrites en clé de fa. Mozart ne descend jamais au-dessous du fa de la troisième mesure de l'adagio, qui était, selon toute apparence, la note la plus grave de l'instrument joué alors par Kirchgäßner. Le rondo ne porte aucune nuance dans l'autographe, pas plus que la copie ancienne de la partie d'harmonica. Les nuances indiquées par les éditions modernes proviennent toutes de la première édition de 1799. L'ambitus utilisé, trois octaves de fa à fa, reste inférieur à l'ambitus courant de l'instrument. Le recenseur de 1800 relevait déjà que certains traits, comme les passages en triolets du rondo, tombent mal sous la main. Les deux sources autographes divergent sur le rondo. Sur la partition, Mozart écrit Allegretto et indique une mesure à quatre temps alors qu'il renseigne dans son catalogue thématique une mesure à deux temps avec l'indication Allegro. Le mot Rondeau ne figure que dans le titre qu'il donne à l'œuvre. L'édition critique retient la mesure du catalogue et le tempo de la partition, jugeant que la pièce, pensée à deux temps (alla breve), serait trop rapide jouée allegro.
L'interprétation de la pièce dure en moyenne un peu plus de 12 minutes et demie.
Notes et références
Articles connexes Adagio en do majeur pour harmonica de verre
Liens externes Partition et appareil critique dans la Neue Mozart-Ausgabe
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