thumb|Voiture en flammes à Strasbourg, en 2005.|alt=Photo couleur d'un grand feu. Les émeutes urbaines dans les banlieues françaises sont des violences urbaines généralement définies comme un trouble à l'ordre public violent et collectif, avec une coordination minimale, dans des banlieues de grandes agglomérations françaises à partir de la fin des années 1970, et plus précisément au sein de leurs grands ensembles.
En 1979, la première émeute urbaine française considérée comme telle a lieu à la Grappinière, près de Lyon (Rhône). La première couverte par des médias d'envergure nationale se déroule en 1990, toujours en banlieue lyonnaise, et marque le début des émeutes dans le reste de la France, et en particulier en Île-de-France. Les plus médiatisées à ce jour étaient les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, exceptionnelles par leur durée et leur ampleur, jusqu'aux émeutes de 2023.
Ces violences urbaines ont donné lieu à des réactions politiques et sociales : politique de la ville, opérations de rénovation urbaine, création des zones urbaines sensibles, entre autres. Elles ont aussi fait l'objet de nombreuses analyses sociologiques visant à identifier les causes communes aux troubles, à commencer par le .
Définition Il n'existe pas de définition académique des termes et . Les définitions proposées se rejoignent sur l'idée d'un trouble à l'ordre public violent et collectif, avec une coordination minimale.. Elles impliquent aussi l'expression d'un malaise social et excluent, entre autres, le hooliganisme ou les en manifestation, dont l'origine des infractions n'est pas la même.. Une des caractéristiques des émeutes urbaines est qu’elles .
La définition communément acceptée des est limitée aux quartiers urbains relevant de la politique de la ville en périphérie des grandes agglomérations françaises et commençant à la fin des années 1970.. La est considérée comme ayant eu lieu en 1979 dans la cité de la Grappinière, en banlieue de Lyon..
Dès 1993, les violences urbaines françaises sont classées par la direction centrale des Renseignements généraux en huit paliers, dont deux qui relèvent de l'émeute.. Le septième palier des violences urbaines est caractérisé par l'émeute urbaine rapide, spectaculaire et violente mais sans lendemain, avec saccage d'un quartier sans organisation préalable. Le huitième palier, quant à lui, inclut les saccages et pillages, agressions de particuliers, et affrontement entre les émeutiers et les forces de l'ordre..
La répartition géographique des actes violents recoupe la carte de l'urbanisation française, avec des foyers d'émeutes essentiellement situés en région parisienne, dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Nord, ainsi que dans les régions lyonnaise et grenobloise.
Historique
Avant les émeutes, le malaise des grands ensembles
Les émeutes urbaines françaises trouvent leurs origines dans les grands ensembles, ces bâtiments construits pendant les Trente Glorieuses pour accueillir des populations en difficulté financière, souvent immigrée.
Dès le , les endroits où se rassemblent les personnes pauvres sont mis en cause par d'autres qui craignent l'éclatement de la nation. Les cités HLM ne font pas exception et sont considérées comme des ghettos, espace de réclusion et d'exclusion. Les , groupes sociaux accusés de nuire d'abord aux quartiers populaires, puis aux grands ensembles quand on les y envoie, deviennent une question récurrente, sont de plus en plus liés à des tensions parfois violentes.
Dès 1959, la polémique sur le mal des grands ensembles commence avec la publication des travaux de quatre experts dans la revue L'Habitation. Des revues généralistes commencent à qualifier les grands ensembles de , le ministre de la Construction Pierre Sudreau les rejoint sur ce point.
Années 1970 et 1980 en banlieue lyonnaise vignette|La Grappinière à Vaulx-en-Velin.|alt=Phot de deux grands immeubles, sur fond de ciel bleu.
Les premières émeutes urbaines considérées comme telles ont lieu en 1979 dans le quartier de la Grappinière à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon.. Des habitants du quartier se soulèvent contre les forces de l'ordre en condamnant le dont ils estiment être victimes, en particulier les jeunes d'origine maghrébine..
En 1978, le maire de la ville voisine de Villeurbanne, Charles Hernu, obtient le permis de démolir la cité Olivier-de-Serres, qui contient 336 logements habités par , en la qualifiant de .. Des affrontements ont lieu dans ce quartier en 1979 et 1980..
De juillet à , de violentes émeutes éclatent dans le département du Rhône, d’abord aux Minguettes, un quartier de Vénissieux, puis à Villeurbanne et à Vaulx-en-Velin.. France Inter indique qu'il s'agit de la première émeute urbaine en France.. C'est en tout cas la première émeute urbaine retransmise en direct au journal de 20 heures.. Un gendarme en civil et un CRS sont blessés ; des centaines de voitures sont incendiées.. Les événements attirent l'attention du pays sur le .. De leur côté, les maires locaux et le ministre de l'Intérieur Gaston Defferre appellent à la répression policière pour combattre le banditisme.
Durant l'été 1983, de nombreux contrôles policiers sont conduits aux Minguettes. Toumi Djaïdja, président de l'association locale SOS Avenir Minguettes, qui a entre autres organisé une grève de la faim contre les violences policières et l'impunité des auteurs de crimes racistes, aide un jeune attaqué par un chien policier ; il est atteint par une balle... Bernard Grasset, préfet de Police de Lyon, affirme que l'auteur du tir n'est pas inquiété par la justice parce qu'il a fait usage de son arme en légitime défense ; il est aussi le premier homme politique français à publiquement reconnaître les violences policières. Djaïda est transporté d'urgence à l'hôpital, gravement blessé au ventre. L'événement inspire à Djaïda l'organisation de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, qui va de Marseille à Paris d'octobre à , sur le modèle de la marche du sel de Gandhi et des mouvements noirs aux États-Unis pour la défense des droits civiques.
Le , un jeune habitant de Vaulx-en-Velin paralysé des deux jambes, Thomas Claudio, passager sans casque d'une moto lancée à vive allure, meurt en percutant le sol consécutivement à une chute causée par un freinage brusque du conducteur, qui lui aussi sans casque (et sans permis et assurance) a perdu par nervosité le contrôle du véhicule après avoir vu une voiture de police. À la suite de l'événement, des affrontements ont lieu entre des habitants et la police entre minuit et deux heures du matin.. Ils reprennent le lendemain, quatre journalistes et sept pompiers sont blessés, des incendies sont déclenchés et le centre commercial Intermarché est pillé. Des témoins parlent de provocations par des personnes extérieures à la ville qui veulent affronter la police et piller les magasins. Le maire, Maurice Charrier, et les commerçants dénoncent la lenteur de l'intervention des forces de police.. Pendant trois jours, les émeutes sont retransmises à la télévision et estampillées et . Le mardi après-midi, les émeutes sont considérées comme terminées, mais le témoignage du pilote de la moto au journal télévisé dans lequel il affirme que la voiture de police a provoqué l'accident volontairement provoque une reprise des incidents pendant la nuit, malgré la présence de . Les violences s'étendent aussi aux villes environnantes, en particulier Meyzieu et Décines. À partir du lundi et dans la semaine qui suit, les émeutes font trois fois la une du Monde et de Libération, quatre fois celle du Figaro, deux fois celle de L'Humanité et du Parisien. Les hebdomadaires Le Nouvel Observateur, L’Express et Le Point annoncent l’événement en couverture. Il s'agit de la première couverture dédiée à des émeutes urbaines en dehors de la presse régionale et des mentions de moins de deux minutes au journal télévisé.. Les trois jours d'émeute sont à l'origine de dégâts matériels évalués à .
Début des années 1990 : de la banlieue lyonnaise à la France entière
En , à Chanteloup-les-Vignes, des émeutes secouent la ville.. Deux bandes rivales, l'une de Chanteloup-les-Vignes, l'autre d'Achères, s'affrontent à coups de barres de fer et de battes de baseball. Un groupe de trente se bat, blessant trois personnes et brisant de nombreuses vitrines et des pare-brises de voitures. Un voisin affirme avoir tiré quelques coups de feu en l'air pour les éloigner. Le maire de Chanteloup, Pierre Cardo, constate que les forces de l'ordre n'arrivent pas à maîtriser la guerre des bandes. Des CRS sont envoyés en renfort.. La ville est surnommée dans le journal télévisé de France 3..
En , à Sartrouville, trois vigiles ont une altercation avec quelques jeunes qui sont sortis du magasin Euromarché sans y faire d'achats. Une bagarre éclate et un des vigiles, Kamel Zouabi, abat Djamel Chettouh, , d'une balle dans la poitrine. Chettouh meurt dans la voiture des vigiles sur le chemin de l'hôpital.. L'événement est suivi d'émeutes dans son quartier, la Cité des Indes, et d'autres quartiers les rejoignent, en particulier des habitants d'Argenteuil et de Nanterre. Le maire se rend sur place, mais est accueilli sous les cris de , il est renvoyé par la police.. Une cinquantaine de CRS vient en renfort vers une heure du matin. Deux jours plus tard, au centre-ville de Sartrouville, un magasin de meubles est incendié et et sont blessés. Le maire Laurent Wetzel qualifie les victimes de . Les trois vigiles d'Euromarché sont condamnés, cinq ans plus tard, pour ..
En , un habitant de Vaulx-en-Velin, Mohamed Bahri, , est tué par balles à Crémieu par les gendarmes alors qu'il fonçait sur eux au volant d'une BMW volée.. Sa mort est suivie de trois nuits d'émeutes lors desquelles des coups de feu sont tirés sur un commissariat et sont brûlés ou endommagés.. Les gendarmes ayant tiré bénéficieront d'un non-lieu pour avoir agi en état de légitime défense.
Le , Mourad Tchier est tué d'une balle dans le dos par un brigadier-chef du commissariat de Vénissieux après avoir tenté de s'échapper à pied d'une voiture volée, après une course-poursuite. Pour sa défense, le brigadier-chef affirme s'être ... Pendant plusieurs jours, à Bron, une cinquantaine d'habitants du quartier se bat avec des policiers.. Le procureur de Lyon demande l'ouverture d'une information pour rechercher les causes de la mort de Mourad Tchier, ce qui est interprété par le public comme une tentative de protéger le policier. Le , sa famille porte plainte pour homicide volontaire et le policier est mis en examen. En 1994, un rapport d'Amnesty International condamne l'inaction de la justice qui a mis en examen le brigadier-chef mais n'a pas instruit la plainte déposée par les parents de Tchier. Le juge invoque une surcharge liée à l'affaire du gang des ripoux de Lyon pour expliquer son retard.
Le , un habitant du quartier de Mézereaux, à Melun, est victime d'un accident sur une moto volée à la suite d'un contrôle de police.. Le décès est suivi de trois jours d'émeutes..
En 1994 Dans la nuit du 26 au , sur le parking d'un hôtel de Val-de-Reuil, près de Rouen, deux gendarmes surprennent trois personnes en flagrant délit de vol de voiture. Un gendarme tire sur la voiture, mais les voleurs s'échappent. Vers deux heures du matin, le cadavre d'Ibrahim Sy est retrouvé devant la gendarmerie d'Oissel ; il y a été déposé par ses deux camarades. La mort déclenche de violentes émeutes dans le quartier des Sapins de Rouen, d'où Sy est originaire. Les émeutes durent trois jours. Les images des émeutes servent en partie au générique de début du film La Haine. En , la famille de Sy porte plainte pour meurtre contre X. En , Amnesty International fait part de ses doutes sur la pertinence de la légitime défense.