Le Vol de l'aigle est l'expression usuelle qui désigne le retour en France de depuis l'île d'Elbe après son premier exil, entre le et le , à partir duquel commence la période des Cent-Jours.

Déroulement

Départ de l'île d'Elbe vignette|Maquette de L'Inconstant, musée Saint-Remi de Reims. Au cours de ses 300 jours passés sur l'île d'Elbe, Napoléon active des réseaux civils et militaires et reçoit de France de nombreuses visites ; cela lui permet de se rendre compte d'une certaine déception des Français vis-à-vis de la Restauration, mais c'est surtout la crainte d'un débarquement allié et la peur d'être enlevé qui l'incite à partir.

Au cours du mois de , sept bateaux sont préparés pour accueillir l'Empereur et le millier d'hommes composant sa suite, dont les généraux Bertrand et Cambronne, ainsi que les armes et le matériel nécessaires. Le brick L'Inconstant, maquillé en navire britannique, est préparé pour accueillir Napoléon et une grande partie de ses soldats.

Le , des mouvements suspects lui ayant été signalés, le navire britannique le Partridge accoste sur l'île. Il la quitte peu après, mais son commandant, le capitaine Ady, rentre au port de Livourne et fait son rapport.

Le départ des sept navires a lieu le vers 21 heures. La flotte britannique, mise en alerte par le capitaine Ady, se met en route le 26 dans l'après-midi mais ne peut les intercepter..

Napoléon souhaite reconquérir son trône « sans verser une seule goutte de sang », il compte donc sur un ralliement massif des Français.

Débarquement à Golfe-Juan Le débarquement a lieu le à 13 heures. Napoléon est accompagné d'à peu près 1 200 hommes, et envoie un détachement composé de 25 soldats pour prendre Antibes, mais la ville refuse de se rendre et fait prisonniers les soldats. Après avoir installé son campement, l'Empereur envoie deux déclarations aux Français et aux soldats afin de justifier son retour. Il décide également de son itinéraire, renonçant à passer par la vallée du Rhône en raison des importantes garnisons qui s'y trouvent ainsi que de l'opinion provençale, majoritairement royaliste. Il choisit la route du Dauphiné.

Trajet de Golfe-Juan à Paris vignette|Proclamation du , Napoléon, par la grâce de Dieu, Empereur des Français, etc., etc., etc., : A L'Armée....Le jeudi , Napoléon I effectue le trajet de 63 kilomètres séparant Golfe-Juan de Séranon.. Le lendemain, l'ex-empereur rejoint Barrême où il dort. Le samedi, Napoléon arrive à Malijai ; Masséna, ancien maréchal d'Empire, passé au service du roi Louis XVIII, apprend le débarquement de « l'usurpateur » et en informe le roi par le télégraphe Chappe. Il envoie des troupes pour arrêter Napoléon, à la demande du roi. Des renforts le rejoignent le . Le comte d'Artois (futur roi Charles X) se rend à Lyon, accompagné par le général Macdonald. Le général Marchand, fidèle au roi, ordonne au bataillon du de ligne, commandé par Lessart (ou Delassart, suivant les versions), de marcher sur le défilé de Laffrey par lequel Napoléon doit passer.

Lessart commande avec le capitaine Randon (neveu du général Marchand) le régiment du de ligne dépêché pour arrêter « l'ogre corse ». Il rencontre la troupe de l'empereur à proximité de Laffrey, dans ce qui sera appelé « la prairie de la Rencontre ». Le colonel Raoul, dans le camp bonapartiste, avance vers le commandant royaliste et annonce : . Lessart répond : . Il confie à ses officiers : À ce moment, des civils qui suivaient la troupe bonapartiste traversent l'espace entre les deux camps et vont vers les troupes royalistes. Ils lisent aux soldats du roi une proclamation de l'Empereur :

Napoléon fait aussi un discours et prend à témoin les paysans qui le suivent :

Les soldats discutent entre eux pendant trois quarts d'heure. Lessard est paralysé. Randon intervient ; il choisit des soldats dans l'avant-garde, les fait avancer, les fait agenouiller et mettre en joue, et donne l'ordre de tirer. Aucun ne fait feu. Un soldat aurait dit : Le capitaine redonne l'ordre de faire feu. Le même soldat aurait déclaré :

Napoléon s'avance alors, seul, et demande aux soldats bonapartistes de reculer et de ne pas tirer. Il lance d'une voix forte : . Il s'avance encore, ouvre sa redingote et déclare : . Les cris de « Vive l'empereur » se font alors entendre ; le de ligne rejoint Bonaparte, doublant les effectifs de la troupe.

Le régiment de ligne, sur le chemin de Bonaparte par hasard, se rallie à lui peu avant Grenoble ; il est commandé par Charles de La Bédoyère, qui passe pour un royaliste alors qu'il est en réalité dévoué à l'Empereur. La Bédoyère dit à ses hommes : . Les soldats répondent « Pour lui ! ». Deux mille paysans se rallient aux troupes bonapartistes, avant l'entrée dans Grenoble.

vignette|L'entrée de Napoléon à Grenoble en 1815 par Alexandre Debelle exposé en 2020 au musée de Grenoble. Napoléon poursuit sa route vers Vizille, puis le plateau de Brié et Angonnes, et redescend vers Grenoble en empruntant la longue avenue d'Eybens afin d'arriver devant la porte de Bonne. Le colonel chargé de garder la ville refuse d'ouvrir ses portes. La Bédoyère monte sur un tertre et s'adresse aux militaires gardant la ville : . Les soldats ouvrent le passage aux bonapartistes. Bonaparte écrira : .

Le Maréchal Ney promet au roi de France de ramener Bonaparte à Paris « dans une cage de fer ». Le jeudi , le roi de Prusse apprend le retour de Napoléon ; Louis XVIII refuse son aide, ainsi que celle des autres puissances européennes.

Le roi d'Angleterre apprend à son tour le retour de « l'aigle » en France. Napoléon quitte Bourgoin à 15 heures, laissant aux autorités royalistes en place à Lyon le choix de demeurer sur place ou de partir. À Lyon, les troupes du roi commandées par son frère le comte d’Artois, le duc d'Orléans (futur Louis-Philippe) et le général Macdonald refusent d'attaquer les bonapartistes. Les commandants de l'armée quittent la ville le matin, suivis par le préfet Chabrol. Napoléon entre à Lyon, acclamé par une foule composée, notamment, de Canuts. Il reste deux jours à Lyon, reçoit les corps constitués de la ville, passe en revue des troupes sur la place Bellecour, rédige des décrets rétablissant son autorité (les « décrets de Lyon ») et instituant le retour du drapeau tricolore. vignette|Affiche royaliste à l'attention des habitants du Rhône. 7 mars 1815. vignette|Proclamation du général Sonjeon appelant les militaires à soutenir le retour de l'Empereur, 26 mars 1815.Le , Napoléon quitte Lyon à une heure du matin et, dans la matinée, arrive à Villefranche-sur-Saône ; il remonte la rue principale, acclamé, selon la chronique bonapartiste, par . Il parvient à Mâcon à 19 heures. Une adresse aux Lyonnais est placardée sur les murs de la ville. Les puissances européennes se réunissent à Vienne et déclarent « l'usurpateur » hors-la-loi. Le maréchal Ney, toujours à la poursuite de Napoléon, est tiraillé entre le roi et Bonaparte. Celui-ci lui envoie un message : . Ney, envoyé pour attaquer l'Empereur, dit qu'il . Il se rallie à Napoléon. Il fait afficher sa proclamation de Lons-le-Saunier, le même jour :

Ses soldats répondent : « Vive l'empereur ! »

Joachim Murat, roi de Naples et allié de Napoléon, décide de déclarer la guerre à l'Autriche. Le samedi , Napoléon reste à Auxerre. Il y rencontre le maréchal Ney à huis clos. Les témoignages divergent : les deux hommes auraient fortement haussé le ton. Napoléon aurait tancé le maréchal pour sa « défection » de 1814. Les troupes du maréchal Ney et celles de Napoléon ne s'affronteront pas. Les troupes impériales atteignent les hommes. Le ralliement de Ney fait impression à Paris. La Garde, aux ordres du maréchal Oudinot, rejoint Napoléon à Chaumont. À Auxerre, Bonaparte écrit à Marie-Louise sa troisième lettre depuis son départ de l'île d'Elbe.

Le dimanche , Napoléon atteint Pont-sur-Yonne ; Louis XVIII et son ministère quittent Paris. Le , Napoléon arrive à Paris. Le drapeau impérial flotte sur la ville. Le roi est à Abbeville. Dans la soirée, Bonaparte entre dans Paris, accueilli par une foule immense. Napoléon a reconquis son trône selon son objectif : .

Bibliographie

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Notes et références Notes

Références

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