Joseph Epstein, dit Colonel Gilles, né le à Zamość (Pologne), alors dans l'Empire russe, et fusillé au fort du Mont-Valérien (France) le , est un militant juif communiste et résistant. Dirigeant des FTP-MOI à Paris, outre le surnom de colonel Gilles, il porte différents noms de guerre : Joseph Andrej, Joseph Estain, Joseph ou encore André Duffau.

Biographie Jeunesse polonaise, premiers engagements politiques et émigration en France Joseph Epstein appartient à une famille de culture yiddish. Il est né le à Zamość en Pologne.

Issu d'une famille juive polonaise aisée (son père est directeur d’une briqueterie), apparenté au grand écrivain yiddish Isaac Leib Peretz, Joseph Epstein fréquente le lycée de Zamosc mais, intéressé par les problèmes sociaux, il se lie avec les « ouvriers de son père pour les organiser dans leurs luttes revendicatives », affirme David Diamant (Combattants, héros et martyrs de la Résistance, p. 17). À la Faculté de droit de Varsovie, il se destine à devenir avocat puis il entre en contact avec les étudiants révolutionnaires et adhéra au Parti communiste avec sa sœur.

Dès son plus jeune âge, il participe, dans les rangs du Parti communiste de Pologne, à la lutte contre le gouvernement de Józef Piłsudski. Il poursuit par ailleurs des études de droit à l'université de Varsovie.

La police l’arrête lors d’une prise de parole devant une usine. Il connaît la prison pour menées révolutionnaires. Libéré sous caution, Epstein quitte la Pologne pour la Tchécoslovaquie d’où il est aussitôt expulsé. Comme de nombreux émigrés politiques polonais, il décide de gagner la France, Pays des Lumières et des Droits de l'Homme à ses yeux et rejoint des compatriotes à Tours (Indre-et-Loire) en 1931. Inscrit à la Faculté de droit de Tours, il doit quitter la région à la suite d’une intervention de l’ambassade de Pologne.

Avec sa femme Perla Grynfeld ou Paula Duffau, rencontrée à Tours en 1931, il part à Bordeaux où il termine ses études de droit en . Ses camarades étudiants le surnomment l'« Oracle ». Il se prépare à affronter le fascisme et s'organise politiquement. Il se structure en côtoyant les communistes et le Komintern et étudie De la guerre, de Carl von Clausewitz. Pour lui, la lutte contre le fascisme est imminente.

Guerre d'Espagne (1936-1939) Dès l’été 1936, Joseph Epstein se rend en Espagne pour combattre comme volontaire. Membre des Brigades internationales à leur création, il est grièvement blessé sur le front d’Irun et rapatrié en France. Pendant sa guérison, il participe à l'action de la compagnie maritime France-Navigation, laquelle est chargée du transport de l'aide à l'Espagne républicaine. Le Comité de secours au peuple espagnol en fait un de ses propagandistes jusqu’à son deuxième départ en Espagne, en . Désigné, à Albacete, comme commissaire politique auprès des Brigades internationales, il a, selon David Diamant, « exigé d’être envoyé au front ». Lieutenant, il commande une batterie d’artillerie dans le bataillon Dimitrov (brigade Anna Pauker) et, sous le pseudonyme de Joseph André, participe aux combats de l’Èbre. Cité à l’ordre du jour de la division, il devient capitaine.

Seconde Guerre mondiale (période 1940-1944) Engagé dans la Légion étrangère, il est fait prisonnier pendant la campagne de 1940. Il est envoyé dans un stalag en Allemagne, près de Leipzig, d'où il s'évade en et rejoint la lutte clandestine en France auprès des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Tout d'abord principal responsable, en 1942, des groupes de sabotage et de destruction (GSD) créés par les syndicats CGT dans les entreprises travaillant pour l'occupant, il prend la direction de l'ensemble des FTP de la région parisienne, en , sous le nom du colonel Gilles.. Il a l'idée d'engager des commandos de quinze combattants à Paris, permettant de réaliser un certain nombre d'actions spectaculaires qui n'auraient pas été possibles avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l'organisation clandestine depuis 1940. Il instaure ainsi une tactique de guérilla urbaine que mettent en œuvre les Francs-tireurs et Partisans et les FTP-MOI..

Dénoncé par un traître, il est arrêté en gare d'Évry Petit-Bourg, après de nombreuses filatures, le , en même temps que Missak Manouchian. Il est torturé pendant plusieurs mois. Atrocement blessé par les inspecteurs des Brigades spéciales, il évite les aveux précis, ne livre aucun nom, pas même son identité.

Il ne figurait pas sur l'Affiche Rouge car il avait un « physique de bon aryen », les yeux bleus et les cheveux blonds, parlait français sans accent. alors que l'enjeu idéologique était de jeter l'opprobre sur les judéos-bolcheviques métèques. Son allure et son image ne cadraient pas avec la propagande nazie et cette mise à l'écart fut une étape de son oubli après guerre.

Il est fusillé au fort du Mont-Valérien avec 28 autres résistants, le . Le jour de son exécution, il aide un camarade à s'évader du camion qui les conduit au peloton d'exécution..

Entre 1940 et 1944, ce sont par un peloton d'exécution allemand et 800 autres exécutés par la justice de Vichy. Joseph Epstein est un des FTPF exécutés par les occupants allemands le au Mont Valérien où il rejoindra les autres de la longue liste des tués au Mont-Valérien.

Lettres d'adieu Les lettres de Joseph Epstein représentent des documents d'archives pour connaître ce résistant.

Sous son commandement Selon David Diamant, Epstein est le principal responsable des groupes de sabotage créés par la CGT. Le Parti communiste français clandestin lui confie d’importantes responsabilités en raison de ses capacités militaires et intellectuelles, dans la Résistance et en fait, en , le successeur de Lucien Carré à la tête de l’ensemble des Francs-tireurs et partisans (FTP) de la région parisienne, sous le nom de « Colonel Gilles ». Dans ces fonctions, il innove la technique de guérilla urbaine en abandonnant les groupes de trois au profit de formations renforcées d’une quinzaine de combattants, pour attaquer à la grenade ou au pistolet, ce qui semblent avoir permis de moindres pertes chez les partisans. Cette stratégie permet de sauver des vies de résistants. (source : Résistants, Missak Manouchian. L'ENGAGEMENT DES ÉTRANGERS, numéro hors série, Le Monde, ) Il organise une série d’actions spectaculaires. Citons les plus marquantes : le , vers 8 heures, heure du petit déjeuner, protégé par des groupes de protection, un FTP lance une grenade à l’intérieur de la grande salle du café de l’Hôtel de la Terrasse, avenue de la Grande-Armée réservé aux officiers allemands ; trois soldats furent blessés, dont deux graves ; le , vers midi, place de l’Odéon, un combattant lança une grenade contre un détachement allemand d’une cinquantaine de soldats allemands, il y eut douze blessés dont cinq grièvement. René Rœckel (1909-1944), dit Rajac, lieutenant, au sein du détachement Alsace-Lorraine, commandant militaire de la région sud de Paris de à ..

Distinction et hommages nationaux vignette|Plaque 2 rue Labrouste (Paris).|175x175px , à titre posthume par le décret du .. La Place Joseph-Epstein ( de Paris) est inaugurée en 2004. En 2018, une plaque commémorative est apposée au 2 rue Labrouste ( de Paris), où il vécut.

Liste des membres du groupe Manouchian exécutés La liste suivante des du « groupe Manouchian » exécutés par les Allemands signale par la mention (AR) les dix membres que les Allemands ont fait figurer sur l'Affiche rouge.

Le nom de chacun des 23 est gravé sur la plaque de la crypte et cité avec la mention « Mort pour la France » lors de l'entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon le Cérémonie d'entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian..

vignette|Mémorial de l'Affiche rouge à Valence.

Celestino Alfonso (AR), Espagnol, Olga Bancic, Roumaine, 32 ans, seule femme du groupe, elle n'est pas fusillée mais décapitée en Allemagne le Joseph Boczov [József Boczor; Wolff Ferenc] (AR), Hongrois, - Ingénieur chimiste Georges Cloarec, Français, Rino Della Negra, Italien, Thomas Elek [Elek Tamás] (AR), Hongrois, - Étudiant Joseph Epstein, polonais, 32 ans, il est le supérieur de Missak Manouchian ; arrêté avec lui il est fusillé au Mont-Valérien le Maurice Fingercwajg (AR), Polonais, Spartaco Fontanot (AR), Italien, Jonas Geduldig, Polonais, Emeric Glasz [Békés (Glass) Imre], Hongrois, - Ouvrier métallurgiste Léon Goldberg, Polonais, Szlama Grzywacz (AR), Polonais, Stanislas Kubacki, Polonais, , interné à Fresnes un an auparavant, bien que fusillé avec eux il n'appartient pas au « Groupe Manouchian » Cesare Luccarini, Italien, Missak Manouchian (AR), Arménien, Arpen Tavitian, Arménien, Marcel Rajman (AR), Polonais, Roger Rouxel, Français, Antoine Salvadori, Italien, Willy Schapiro, Polonais, Amedeo Usseglio, Italien, Wolf Wajsbrot (AR), Polonais, Robert Witchitz (AR), Français,

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Dictionnaire des fusillés 1940-1944, Les Éditions de l'Atelier, Paris, 2015.

Filmographie L'Armée du crime de Robert Guédiguian, sorti en 2009. Joseph Epstein, bon pour la Légende de Pascal Convert, produit par Sodapéraga pour Arte. Les FTP-MOI dans la Résistance de Mourad Laffitte et Laurence Karsznia, produit par Images contemporaines.

Articles connexes Place Joseph-Epstein Main-d'œuvre immigrée Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée FTP-MOI de la région parisienne Affiche rouge

Liens externes

Epstein à sa femme et à son fils. Exposition sur le Groupe Manouchian à Ivry-sur-Seine. Joseph Epstein, une figure oubliée.

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