Le Quartier Saint-Jean Belcier est un quartier de Bordeaux qui fait l'objet d'un projet d'urbanisation. dans le cadre de l'opération d'intérêt national Bordeaux-Euratlantique, ce qui donne lieu à plusieurs aménagements comme la MECA (Maison de l'économie créative et de la culture) ou le pont Simone-Veil. Officiellement, le quartier fait partie de la subdivision Bordeaux Sud..

Situation Géographie Le quartier Belcier est le quartier le plus au sud de Bordeaux, sur la rive gauche de la Garonne ; il est enserré entre plusieurs installations ferroviaires et le quai de Paludate. Le quartier occupe une zone d'anciens marais, les palus, traversée d'affluents du fleuve, des esteys récemment canalisés.

Toponymie Le nom de Belcier renvoie à François de Belcier, chevalier seigneur de Saint-Germain, premier président du Parlement de Bordeaux de 1519 à 1544... Il fut chargé par François de rédiger la Coutume de Bordeaux en 1521..

Quelques noms de rues du quartier Belcier : rue d'Armagnac, rue Beck, rue Sarrette, rue des Terres de Borde, rue de Roullet.. La rue de Grammont porte le nom de l'armateur-négociant Jacques Barthélémy Grammont de Castera, propriétaire d'une demeure avec jardin anglais. Né à Biarritz le , il a exercé des fonctions administratives et politiques, comme président de la chambre de commerce de 1806 à 1809, conseiller général de la Gironde mais aussi maire de Bordeaux en 1815. Il meurt le . Jean d'Armagnac était, au , maître d'armes et propriétaire de terres sur cette partie du quartier. La famille De Borde possédait une propriété dont on retrouve certains éléments dès le . La première manufacture de porcelaine de Bordeaux a été établie en 1781 dans l'ancien château des terres De Borde. Charles Roullet est un avocat de la fin du qui fit carrière au Barreau de Bordeaux et devint premier président à la cour en 1838. Il est aussi connu pour être un homme sensible aux arts et aux lettres. Ferdinand Buisson a été directeur de l'Enseignement primaire et a reçu le prix Nobel de la paix en 1927.

Noms de rues d'origine gasconne et vietnamienne Rue de la Seiglière : terre à seigle.. Quai de Paludate : augmentatif de palud, marais. Caussade : chaussée, étymologie latine (munies, chaussées, ferrées).. Mascaret : mot occitan apparenté à masse ; « masse d’eau en forme de barre ». Vague qui remonte le cours du fleuve depuis son embouchure au moment des fortes marées d’équinoxe. Terres de Borde : Terrain utilisé pour l'agriculture, pour planter des cultures ou élever du bétail ; colonne vertébrale du développement du quartier avant l'implantation de la gare. Ces noms ont été donnés aux rues en référence à la présence de l'immigration d'origine vietnamienne. Il s'agit des rues Bac Ninh, Sontay et Saïgon, noms de villes au cœur de la conquête coloniale du Vietnam (expédition du Tonkin).

Histoire du quartier

vignette|alt=Carte de Bordeaux-Belcier.|Carte de Bordeaux-Belcier . Antiquité et Moyen Âge Aucun vestige antique n'a été mis au jour dans les paluds (paléochenaux de la Garonne ?), la colonisation médiévale de ces terres basses se serait donc faite ex nihilo..

Au Moyen Âge, le quartier est constitué de zones marécageuses ou paluds et se situe à l'extérieur des remparts de la ville. Certes, la Palu de Bordeaux., a été profondément modifiée par les travaux de drainage et d'urbanisation : c'est un espace mal connu qui a longtemps été considéré comme hostile. Néanmoins, à la fin du Moyen Âge, on remarque un certain engouement pour ces zones marécageuses côtièresLes palus sont des cuvettes situées à l’arrière du bourrelet alluvial, présentant des altitudes inférieures à celle du fleuve. Les eaux pluviales et continentales charriées par les ruisseaux descendant du plateau landais percent exceptionnellement le bourrelet, ce qui explique le caractère marécageux de ces zones dépressionnaires, comme l’existence d’un dense réseau hydrographique, surtout fait d’esteys au cours mal défini. Ces milieux inhospitaliers voire nauséabonds, comme en témoigne le nom du Prat-Pudent attribué à une partie de Paludate, offrent néanmoins d’intéressantes potentialités agricoles, avec leurs terres limoneuses et les facilités d’accès proposées par la Garonne. Au prix d’un constant travail de drainage, les palus peuvent être mises en valeur, une entreprise dont rendent compte les toponymes d’artigues relevés, pour les palus du nord de Bordeaux, à partir du milieu du . (Boutoulle, Les seigneurs des eaux, 2006, 175).. Les moines de Sainte-Croix sont pris d'une véritable frénésie de construction de moulins, pour répondre à l'énorme demande en mouture de la métropole, et ce aux dépens du domaine ducal voisin de Centujean à Bègles..

Le paysage de la palu à la fin du Moyen Âge comporte deux espaces, une zone utile de vignes et de prés, et une zone de marais en bordure du fleuve.. L’examen du plan cadastral ancien daté de 1846 laisse apparaître une circulation intense de l’eau de surface dans la plaine drainée par deux rivières principales, l’estey Majou au nord et l’Eau Bourde au sud, ainsi que par une multitude de petits cours d’eau, le Franc, la Moulinatte, le Cocut, le Tartifume, le Darbis et le Lugan. Les deux premiers ont été canalisés en fin de parcours..

Au sud de l'estey de Franc, se succèdent les embouchures d'autres esteys dont les cours sont reliés, à travers un labyrinthe de fossés, tantôt géométriques, tantôt sinueux. Leur réseau s’évase progressivement pour former un large cône à son contact avec la Garonne.. La rivière de Sainte-Croix traverse cette zone de sud au nord : il s’agit là probablement d’un canal artificiel (parallèle au tracé de l'aqueduc gallo-romain alimentant Burdigala en eau potable) creusé par les moines au Moyen Âge, ce dont témoigne la présence d'un moulin du ..

La mise en culture de ces terres basses girondines en prés et en vignes. se fait sous l'impulsion de seigneurs ecclésiastiques et de bourgeois bordelais entreprenants qui y aménagent des bourdieux à usage agricole après drainage des terres.. En souvenir de ce passé agricole et viticole, trois voies nouvelles du quartier seront dénommées Rue des Maraîchers, en prolongement de la rue d'Armagnac jusqu'au fleuve, Allée des Charrettes et Allée des Douelles...

Période moderne Le à Bordeaux commença sous de mauvais augures. Louis XIV n’aimait pas cette ville qui avait eu l’insolence de défier plusieurs fois l’autorité royale lors de la révolte de l’Ormée. D’autres révoltes suivirent contre la pression fiscale : droits sur le papier timbré, sur le tabac, sur les batteurs d’étain, qui furent violemment réprimées. Pour punir ses habitants de leurs humeurs, le roi fit bâillonner leur cité en faisant édifier en 1664 l’imposant second Château-Trompette dont les canons sont tournés vers le fleuve mais aussi vers la ville.

En 1709 la Garonne gela, un froid intense et la famine décimèrent la population.

Avec la mort de Louis XIV, survenue le , le climat politique changea et Bordeaux cessa d’être en quarantaine. Sous Louis XV des intendants remarquables furent envoyés en poste dans la capitale de la Guyenne.. D’abord Claude Boucher qui, trouvant une ville encore médiévale enfermée dans ses murailles, décida de la libérer, en créant la place Royale et le début de l’alignement d’une façade classique de prestige sur les quais, que son successeur Louis Aubert de Tourny mènera à bien… Celui-ci continuera à embellir la ville, remplaçant les vieilles portes par des portes monumentales, concevant des places reliées par des cours rectilignes ; cette modernisation urbaine inspirera, un siècle plus tard, le jeune baron Haussmann alors préfet de la Gironde, lorsqu’il deviendra préfet de la Seine.

Tous ces travaux ont un coût mais l’économie suit grâce au commerce avec les Îles ; le sucre brut de Saint-Domingue est raffiné en partie à Bordeaux dans seize raffineries installées dans les faubourgs sud, où le « chantier du Roi » installé le long de Paludate construit les navires des armateurs. Bordeaux devient alors le premier port du royaume. Tout ce renouveau génère de l’activité non seulement dans le bâtiment, des artisans ambitieux installent leurs fabriques hors les murs, faïencerie Jacques Hustin en limite du Jardin royal, verrerie de bouteilles Mitchell aux Chartrons, manufacture de porcelaine des Terres de Bordes, de Verneuilh et Vannier, au sud.

Cette embellie est interrompue par les désordres de la Révolution, suivis du Blocus continental imposé par Napoléon qui se révèle dramatique pour la vie du port.

L'hôpital de la manufacture a été édifié sur l'emplacement de l'ancien hôpital de l'Enquêteur ou hôpital de Limes, grâce à un legs de , en 1619, par Mademoiselle de Tauzia, veuve de M. de Brezets, conseiller au Parlement de Bordeaux.. L'architecte est probablement Jacques Lemercier ; Jacques Robelin, maître maçon, prend en charge le chantier à partir de 1656. Les travaux sont terminés en 1661. Il a rempli le rôle d'une maison de secours occupant les pensionnaires à travailler à des ouvrages manuelsCharles Braquehaye, Claude de Lapierre, maître tapissier du duc d'Épernon, fondateur des manufactures de tapisserie de Cadillac et de Bordeaux, , Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Section des beaux-arts, Typographie de E. Plon et Cie, Paris, 1892, session 16 (lire en ligne).Il y a une erreur : Jacques Robelin n'est pas le fils d'Adam, mais le frère.. Il accueille également les enfants trouvés.. Il comporte une apothicairerie.. En 1728, il est doté de six loges pour l'enfermement des aliénés. Il connaît des difficultés budgétaires considérables dues à une surpopulation chronique. De 1775 à 1784, l'afflux des enfants conduit les administrateurs à multiplier les démarches pour trouver des ressources et le Parlement de Bordeaux adresse un mémoire en ce sens à Necker.. Pendant la période révolutionnaire la paupérisation entraîne la fermeture des ateliers.

C'est en 1672 que furent aménagées les premières chaussées conduisant des quartiers des Chartrons et de Bacalan jusqu'au quai de Paludate, quand le port de Bordeaux vit se développer le commerce du sel, du poisson, des légumes et des fruits, ainsi que celui du vin..

vignette|alt=Pont en pierre remplaçant le pont en bois sur l'estey de Bègles.|Pont en pierre ayant remplacé le pont en bois sur l'estey de Bègles. En 1784 un devis (Archives départementales de la Gironde) confie à l'architecte Étienne Laclotte la construction d'un pont traversant l'estey de Bègles, d'un cimetière et d'une chapelle, annexe de l'église Sainte Croix. Le choix de cet architecte est motivé par le rôle de son frère, Pierre Laclotte, commerçant en bois, qui était à l'origine de l'urbanisation du quartier des Terres-de-Bordes et s'apprêtait en 1784 à réaliser un lotissement au nord du cours Saint-Jean. L'objectif était de desservir ce quartier lors des fortes pluies et des grandes marées en automne et en hiver. Les membres de la fabrique décidèrent de mettre fin à cet isolement en remplaçant la passerelle en bois au lieu-dit Pont-du-Guit par un pont en pierre dont on possède une représentation dans l'album d'Alfred Jaudouin (1823-1895)(« Guit » mot patois qui signifie canard.) Ce pont était établi à l'extrémité du Cours St Jean, pour traverser l'estey de Bègles, qui alors, faisait un coude, venait longer les bâtiments de la Manufacture (Les Enfants Trouvés) puis, faisant un autre coude, passait au pied de l'Hospice des Vieillards, longeait la rue Peyronnet, passait au pied de la Tour du Merle, puis sous les Maisons du Quai, pour débouler par l'aqueduc de la Calle du Marché des pierres dures, pour se jeter dans la Garonne.

Ce pont avait été établi pour relier le Cours Saint-Jean avec le faubourg très populeux dit des Terres de Bordes : il a été détruit pour faire place à la Gare, provisoire, puis définitive, aujourd'hui du Midi.