Le robot sexuel (« » en anglais, ou « sexbot ») est une version encore hypothétique de robot, anthropomorphique ou non, destiné à permettre une certaine connexion émotionnelle humain-robot Ian Yeoman et Michelle Mars, « Robots, men and sex tourism », Futures, , , 2012, . et à gratifier son utilisateur d'un plaisir sexuel. L'inventaire des robots sociaux de 2002 ne mentionne aucun robot sexuel T. Fong, I. Nourbakhsh et K. Dautenhahn, A Survey of Socially Interactive Robots: Concepts, Design, and Applications, The Robotics Institute (Université Carnegie-Mellon), 2002 . et, en 2017, ils ne sont encore que des mannequins plus ou moins mécanisés dotés d'une expressivité et d'une conversation très limitées.

Le thème est d'abord évoqué par la science-fiction. et semble peu à peu se concrétiser.

De nombreux travaux scientifiques et techniques visent à permettre à d'autres types de robots de déchiffrer le comportement de l'être humain et d'interagir avec lui de manière plus fine ; c'est un domaine de recherche en pleine expansion depuis la fin du , qui intègre l'intelligence artificielle et vise à améliorer l'interface homme-machine. S'ils étaient dotés d'une intelligence artificielle assez sophistiquée et de moyens de procurer du plaisir sexuel, les robots sexuels pourraient profondément interagir avec la vie affective et déclencher des réactions d'empathie et émotionnelles fortes M. Coeckelbergh, « Artificial companions: Empathy and vulnerability mirroring in human-robot relations », Studies in ethics, law, and technology, 4(3), 2010. et peut-être nous éloigner de la nature et nous rapprocher d'un monde plus « virtuel ».

La plupart des sociétés progressistes acceptent ou tolèrent la sexualité sous de nombreuses formes et variétés, ce qui laisse penser que l'arrivée de robots sexuels y est possiblement imminente. Leur potentiel d'utilisations futures pose déjà des questions morales et éthiques, voire juridiques nouvelles (ou repose des questions très anciennes faisant écho au mythe grec de Pygmalion et Galatée).

En , un rapport publié par la estime que très peu de gens ont pu avoir des contacts avec un robot sexuel et qu'ils sont donc fantasmés ou imaginés d'après la science-fiction et l'imagerie dessinée ou le cinéma, mais une demande et un commerce existent : des maisons closes de poupées sexuelles se sont ouvertes en Asie et une en Espagne.. On vend une quantité croissante de tels robots dans le monde, ce qui laisse supposer qu'un marché émerge pour les robots sexuels.

Enjeux L'évolution rapide de l'informatique et des capteurs, ainsi que sa convergence avec les progrès de la robotique molle et de la neurologie, laisse envisager que de tels robots pourraient bientôt être capables de mieux imiter l'humain, voire de le dépasser comme source de plaisir physique. Les coûts et avantages pour les individus et la société sont encore difficile à estimer, mais de nombreux auteurs s'interrogent. , se demande par exemple Marmion en 2016J.F Marmion, « Est-il prudent de tripoter son robot ? », Sciences humaines , 2016, ..

Selon un rapport de 2017, les robots sexuels en cours de développement sont presque tous des représentations très érotisées ou à caractère pornographique du corps humain ou de partie de corps humain (très majoritairement féminins).

Leur design dominant pourrait conduire à l'apparition d'une nouvelle catégorie ontologique, matérialisant des fantasmes situés entre le vivant, le virtuel et l'inanimé. Ils pourraient avoir des vertus thérapeutiques, mais dans les années 2010 la plupart des projets médiatisés s'inscrivent plutôt dans le contexte commercial et les suites ou évolutions du cybersex et autres « technosexualités » émergentes (dites « »).

Des philosophes, éthiciens ou auteurs en sciences sociales estiment qu'il est temps d'étudier comment les humains réagiront à de tels compagnons, potentiellement « intelligents », apprenants, parfois très personnalisables et toujours disponibles, et sur la manière dont in fine ces robots pourraient changer la sexualité humaine, la notion d'intimité (« cyber-intimité » qui n'exclut pas la solitude ou la « cyber-solitude »Nadia Veyrié, « Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines », Sciences et actions sociales , 3 mai 2017, ..) ou notre empreinte énergétique et écologique. Pour R. Mackenzie (2015), selon qui les sexbots pourraient être de prochains partenaires sexuels (sous forme d'avatars notamment), le statut éthico-juridique de ces robots R. Mackenzie, « Sexbots : nos prochains partenaires », Multitudes, (1), ..

Les enjeux sont aussi économiques ; en 2017, le marché des « technologies du sexe » (« ») vaudrait déjà trente milliards de dollars, et celui de la pornographie pourrait atteindre des dizaines de milliards de dollars par an.

Histoire et prospective thumb|upright|Le robot Maria du film Metropolis de Fritz Lang (1927).

Le robot sexuel pourrait trouver des racines dans le passé avec divers types de jouets sexuels ou avec les « épouses hollandaises » qui désignaient au Japon des poupées et jouets sexuels qui auraient été utilisés par les marins hollandais venus commercer avec le Japon au Takatsuki Yasushi 高月靖, Nankyoku ichi go densetsu dacchi waifu kara rabu dôru made tokushu yôto aigen ningyô zengoshi, 南極1号伝説 ダッチワイフからラブドールまで 特殊用途愛玩人形の戦後史 (Pôle sud : « Des épouses hollandaises aux love doll. Histoire des poupées spécialement faites pour être adoptées et chéries »), Tôkyô, Basilico, 2008..

D'abord évoqué par divers auteurs de science-fiction, le robot sexuel proprement dit est tantôt envisagé comme un sextoy plus ou moins élaboré, une poupée sexuelle robotisée plus ou moins sophistiquée, ou encore comme un véritable androïde intelligent, « robot social » doté d'une capacité à simuler des sentiments (voire dans certains scénarios à éprouver de « vrais » sentiments, comme dans le jeu vidéo Detroit: Become Human) ou à y répondre, y compris sur le plan sexuel.

L'apparition de tels robots est selon divers auteurs une évolution inévitable de la robotique et des jouets sexuels existants, s'inscrivant dans le domaine de la cybersexualitéCedric L, L'amour et le sexe avec les robots sont inévitables, Numerama, 16 octobre 2007..

Une confirmation socio-économique de cette tendance semble déjà visible dans l'industrie du sexe. Certains auteurs estiment qu'elle pourrait peut-être pour partie se substituer à la prostitution (ou en devenir une forme nouvelle ? également asymétrique du point de vue sentimental) K. Richardson, « The asymmetrical 'relationship': parallels between prostitution and the development of sex robots », ACM SIGCAS Computers and Society, , , 3 septembre 2015, . et aussi s'inscrire dans la continuité de ce que Rambukkana & Gauthier (2017) dénomment en 2017 le marché de l'. D'autres, comme Agnès Giard notent qu'une partie de ces robots pourraient avoir d'autres usages que sexuels : des poupées de latex puis de silicone ou de vinyle (dites « love dolls » ou « rabu dôru », « ラブドール » en japonais) sont déjà ..

En 1996, RealDoll (issu de la société Abyss Creations) lance un marché international de poupées sexuelles dites « réalistes » et de taille humaine. Ces poupées sont largement médiatisées par la culture populaire ; d'abord presque toutes féminines avant que n'apparaissent quelques modèles masculins, avec possibilité pour le client de personnaliser des poupées transgenres.

Une décennie plus tard, en , Henrik Christensen, du Réseau européen de recherche en robotique, déclarait au Sunday Times que (inaccessible sans abonnement)..

En 2010, une poupée sexuelle dénommée « Roxxxy » produite par la société américaine True Companion, dotée d'une certaine capacité à interagir grâce à des réponses préenregistrées et à répondre vocalement à quelques stimulis tactiles, a été présentée lors d'un salon professionnel à Las Vegas. Une variante masculine a été mis sur le marché, dénommé « Rocky ».

En 2014, David Levy, joueur d'échecs et auteur d'un ouvrage intitulé Love and Sex with Robots, estime dans une interview accordée au journal Newsweek que . Il estime que cela se déroulera vers le milieu du .

En 2015, Matt McMullen (créateur du RealDoll) déclare qu'il a l'intention de créer des poupées sexuelles ayant la capacité de tenir des conversations.. Sinthetics commercialise des poupées sexuelles masculines dotées d'un pénis érectile réaliste (avec diverses options de pénis, au choix du client ou de la cliente). En 2017, cette compagnie affirme vendre autant de poupées masculines que féminines. En 2017, L' peut prendre et quelques autres simulent des orgasmes et/ou adoptent des personnalités préprogrammées ou parlent Jane Wakefield, A sex doll that can talk - but is it perfect Harmony?, BBC News, 15 mai 2017., et un fabricant affirme que son système d'intelligence artificielle peut observer les réactions du corps pour y répondre en synchronisation, s'allonger et accentuer un orgasme… mais aucun de ces robots n'est capable de marcher ni de vraiment imiter l'être humain.

Discussions philosophiques et éthiques Mackenzie note que les économies d'échelle et les avantages sanitaires devraient facilement faire admettre des robots doués d'une certaine sensibilité au service des humains dans l'industrie et le domaine du soin (dont pour prendre soin des personnes âgées, d'infirmes et des handicapés mentaux), et pour accomplir des tâches que nous ne souhaitons pas assumer, en particulier pour remplir certains services sexuels en tant qu'assistant sexuel.

Ces robots pourraient aider à résoudre certaines pathologies sexuelles, mais peut-être aussi créer une nouvelle forme d'addiction sexuelle où l'humain pourrait devenir dépendant de robots (éventuellement avatars), peut-être bientôt capables de le manipuler car dotés d'une intelligence artificielle.

Kathleen Richardson qui enseigne l'éthique robotique à l'université de Montfort (Leicester) craint que cette forme de robophilie n'appauvrisse les relations interhumaines, à la suite d'une confusion des émotions feintes du sexbot avec des émotions vraies. Une confusion supplémentaire et éthiquement problématique pourrait résulter des capacités prochaines de la technique à imiter fidèlement le visage, le corps et/ou la voix ou certaines mimiques de personnages existant réellement (une star, un partenaire décédé, son enfant, etc.).

Divers auteurs notent que des humains semblent pouvoir nouer des relations affectives avec un robot même s'il n'a pas d'apparence humaine. Ainsi, des enfants parlent facilement de leurs Tamagotchis (gadgets électroniques interactifs qui furent d'abord une petite console puis un objet connecté demandant à être nourri, lavé et soigné comme un petit compagnon animal virtuel) comme de « créatures » et non comme de robots. Il en va de même pour le petit jouet robotique Furby (1998), une petite peluche robotisée, animée et interactive, qui réclame aussi des soins ou pour AIBO, le petit robot en forme de chien mis sur le marché par Sony en 1999. Du côté de la psychologie évolutionniste, Helen Driscoll de l'Université de Sunderland pense qu'un humain peut tomber amoureux d'un robot. David Levy, chercheur en intelligence artificielle arrive aux mêmes conclusions en 2008, dans un essai intitulé : Love and sex with robots.

Cette hypothèse amène alors à se poser des questions sur nos croyances en la technologie, notre perception de l'amour, de l'intimité, de l'adultère, de l'infidélité « par » avatars, etcRambukkana Nathan (2015), Fraught Intimacies : Non/Monogamy in the Public Sphere.. ; elle questionne aussi notre rapport à la vie et à la mort et au deuil (vis-à-vis d'un robot qui ne vieillit pas physiquement, ou qui pourrait tomber définitivement en panne).