Le royaume des Asturies fut la première entité politique chrétienne établie sur la péninsule Ibérique après la chute du royaume wisigoth (qui suivit la mort du roi Rodrigue à la bataille de Guadalete) et la conquête musulmane de la péninsule Ibérique.
Durant ses premières décennies, le territoire du royaume se limite à la côte cantabrique et à ses régions environnantes. Plus tard, les rois asturiens entreprennent une expansion vigoureuse qui, au début du Xe siècle, atteint le Douro.
Le royaume perdura de 718 à 924, lorsque Fruela II accéda au trône du royaume de León.
Les origines indigènes du royaume des Asturies
Le royaume des Asturies eut pour territoire les parties occidentale et centrale de la cordillère Cantabrique, en particulier les Pics d'Europe et l'aire centrale des Asturies, où eurent lieu les principaux évènements politiques et militaires pendant les premières décennies du royaume. D'après les descriptions de Strabon, Dion Cassius et d'autres géographes gréco-romains, ces terres étaient habitées à l'aube de l'ère chrétienne par divers peuples, parmi lesquels on peut citer : les Vadiniensi, qui habitaient les Pics d'Europe et qui se déplacèrent progressivement vers le sud aux premiers siècles de notre ère, comme en témoignent de nombreuses stèles cantabres. les Orgenomesques qui demeurent sur la côte orientale des Asturies. les Sælini qui occupent la vallée de la Sella. les Lugons, dont le territoire s'étend entre la Sella et le Nalón et qui ont pour capitale Lucus Asturum (Lugo de Llanera) les Astures proprement dits qui habitent la partie intérieure des Asturies située entre les communes actuelles de Piloña et Cangas del Narcea. les Pésiques qui occupent les côtes occidentales des Asturies, entre l'embouchure de la Navia et la ville actuelle de Gijón.
thumb|left|300px|Photographie du lago del Valle (Somiedo). On peut noter les remarquables cabanas de teito, semblables aux habitations des antiques Astures
Les informations que nous apportent les géographes classiques au sujet de la filiation ethnique de ces peuples sont confuses : Ptolémée mentionne que les Astures habitaient la partie centrale des Asturies actuelles, qui s'étend entre la Navia et la Sella, plaçant à l'est de ce fleuve la frontière avec le peuple des Cantabres. Cependant, au , Julius Honorius désigne dans sa Cosmographia la source de l'Èbre comme étant le territoire des Astures (sub asturibus). Quoi qu'il en soit et en laissant de côté les détails relatifs aux frontières entre les différentes ethnies cantabres, Strabon lui-même observait dans sa Geographia que tous les peuples du nord de l'Espagne, depuis les Galiciens jusqu'aux Vascons, avaient une culture et des modes de vie similaires.
Il existe également des témoignages selon lesquels ni les Lugons ni les Pésiques ne s'identifiaient à l'origine aux Astures : ainsi dans le Parrochiale Suevorum on fait la distinction entre Astures et Pésiques, comme s'il s'agissait de deux tribus différenciées et sur une pierre trouvée dans la commune de Piloña — la Pierre des Ungons — est mentionnée la frontière entre les Lugons et les Astures. Il semble donc qu'il n'existait aucune identité supratribale à laquelle adhéraient les tribus du futur territoire asturien.
Toutefois cette situation commença à évoluer au Bas Empire et pendant les périodes des invasions germaniques : le combat d'abord contre les Romains et ensuite contre les Vandales Hasdings et les Wisigoths forgea peu à peu une identité commune aux peuples des futures Asturies. À ce sujet, plusieurs fouilles archéologiques ont permis de trouver des restes de fortifications aux alentours du Camp de la Carisa (Lena). Les experts considèrent que cette ligne défensive, située stratégiquement dans la haute vallée du río Caudal — passage naturel d'entrée aux Asturies depuis la Meseta — prouve l'existence d'une résistance organisée au sein de laquelle tous les habitants des Asturies actuelles durent forcément coopérer. En ce sens, les mêmes spécialistes ont découvert à la Carisa deux niveaux archéologiques distincts, le premier correspondant aux Guerres cantabres et le second à la période 675-725, pendant laquelle eurent lieu l'expédition du roi wisigoth Wamba contre les Astures et la conquête des Asturies par Musa.
L'identité asturienne qui se forge progressivement va se cristalliser définitivement après le couronnement de Pélage, la victoire à Covadonga et la consolidation par la suite du royaume des Asturies. À ce sujet, la Chronique d'Albelda qui fait l'éloge des succès de Covadonga affirme qu'après cette bataille (Par la divine providence naquit le royaume des Asturies).
Histoire du royaume Occupation musulmane et révolte asture thumb|Pélage, vainqueur à Covadonga et premier roi des Asturies.
left|thumb|229x229px|La péninsule Ibérique au plus fort de l'avancée omeyyade. vignette|Conquête musulmane de 711 à 718
Au cours de la conquête musulmane de l'Espagne, les principales villes et centres administratifs de la Péninsule tombent progressivement aux mains des troupes musulmanes. La domination des régions centrales et méridionales, telles que les vallées du Guadalquivir ou de l'Èbre, pose très peu de problèmes aux nouveaux arrivants, qui s'appuient sur les structures administratives wisigothes existantes, d'origine romaine. Cependant, dans les montagnes du nord, les centres urbains sont pratiquement inexistants et la soumission du pays devra se faire vallée après vallée. Les musulmans ont souvent eu recours aux prises d'otages pour s'assurer la pacification du territoire conquis.
Après la première incursion de Tariq ibn Ziyad qui en 711 atteignit Tolède, le vice-roi yéménite d'Ifriqiya, Musa ibn Nusayr, franchit l'année suivante le détroit de Gibraltar et mène avec succès une opération massive de conquête qui l'amène à capturer entre autres les villes de Mérida, Tolède, Saragosse et Lérida. Dans la dernière phase de sa campagne militaire il parvint jusqu'au nord-ouest de la Péninsule où il réussit à prendre possession des villes de Lugo et Gijón. C'est à cette date que la chronique d'Alphonse III place l'apparition de Pélage et la légendaire bataille de Covadonga, dont les grottes auraient vu une victoire sur les troupes musulmanes.
vignette|Vue du site archéologique du Camp de la Carisa, sur le Mont Curiechos.
, sur le Picu Homón — près du Puerto de la Mesa — et à la Carisa (située à environ plus à l'est), sur la commune de Lena, qui domine les vallées du Huerna et de Pajares, une équipe d'archéologues a effectué des excavations qui leur ont permis de mettre au jour des fortifications. D'après les données fournies par la datation au carbone 14, elles furent construites entre la fin du et le début du . Les spécialistes considèrent qu'il est très probable que la construction de cette ligne défensive eut comme objectif d'empêcher les musulmans d'entrer dans les Asturies par les cols de la Mesa et de PajaresLe lien entre les restes de la muraille et le Roi Pélage est une . vignette|Symbole préhéraldique des Asturies. Si l'aspect légendaire de la bataille de Covadonga est indéniable, il n'en reste pas moins que le faible nombre des conquérants musulmans favorise l'émergence d'une entité politique indépendante dans la région qui avait résisté aussi bien aux Romains qu'aux Wisigoths, les montagnes asturiennes. Les premiers rois des Asturies se donnent eux-mêmes alternativement le titre de princeps (prince) et de rex (roi) et ce n'est qu'à l'époque d'Alphonse II que ce dernier titre se consolide définitivement. À ce propos, le titre de princeps est traditionnel parmi les peuples indigènes du nord de l'Espagne et son usage se constate dans l'épigraphie cantabre, dans laquelle apparaissent des expressions telles que Nícer, Príncipe de los Albiones. L'auteur asturien Juan Noriega fit de lui un des principaux acteurs de son roman historique La Noche Celta (La Nuit Celte), qui a pour scène le camp fortifié de Coaña. (sur une inscription située sur la commune de Coaña) et Doviderio, Príncipe de los Cántabros. (sur une pierre vadiniense de la municipalité de Cistierna, León). En réalité, le royaume des Asturies surgit comme une emprise sur les peuples de la Corniche Cantabre qui avaient résisté aussi bien aux Romains qu'aux Wisigoths et qui n'étaient pas disposés à se soumettre aux diktats des OmeyyadesJoseph Pérez, Histoire de l'Espagne, Fayard 1996 . L'immigration des gens originaires du sud qui avaient fui Al-Andalus, influença le royaume asturien de la culture wisigothe. Cependant, encore au début du dans le testament d'Alphonse II, des reproches sont faits aux Wisigoths qu'on accuse de la perte de l'Hispanie. Les chroniques sur lesquelles sont fondées les connaissances de l'époque, toutes écrites du temps d'Alphonse III quand l'influence wisigothe était déjà importante, sont la Chronique Ad sebastianum, la Chronique Albeldense, et la Chronique Rotense.
Pendant les premières décennies le contrôle asturien sur les différentes régions du royaume reste assez limité, devant être constamment renforcé par des alliances matrimoniales avec d'autres puissantes familles du nord de la Péninsule Ibérique : ainsi Ermesinde, fille de Pélage, s'unit à Alphonse, fils de Pierre de Cantabrie. Et les enfants d'Alphonse, Fruela et Audesinde firent respectivement de même avec Munia, une Basque originaire d'Alava et avec Silo, un chef local pésique de la région de Flavonavia (Pravia).
Après la mort de Pélage en l'an 737, son fils Favila est élu roi. D'après les chroniques, il fut tué par un ours lors d'une des démonstrations de valeur normalement exigées de la noblesse de l'époque.
vignette|Péninsule Ibérique en 757
Expansion initiale thumb|300px|right|Sur la photographie le célèbre pont Romain de la localité de Cangas de Onís, première capitale du royaume des Asturies. Alphonse succéda à Favila et hérita du trône des Asturies grâce à son mariage avec la fille de Pélage, Ermesinde. Alphonse naquit probablement à Tritium Magallum (Tricio, La Rioja), où siégeait son géniteur Pierre, Duc de Cantabrie. La Chronique d'Albelda raconte qu'Alphonse partit des terres de la Rioja aux Asturies pour se marier à Ermesinde. La mort de Favila rendit possible son accession au trône ainsi que l'arrivée au pouvoir d'une famille qui deviendrait l'une de plus puissantes du royaume des Asturies : la Maison de Cantabrie. Si effectivement Alphonse ne se rendit à la cour de Cangas que par principe, il est avéré qu'après le dépeuplement progressif de la Meseta et de la vallée moyenne de l'Ebre, où se situaient les principales places fortes du Duché de Cantabrie comme Amaya, Tricio ou la ville de Cantabria, les descendants du duc Pierre se retirèrent des terres de la Rioja vers la région cantabre. Là-bas s'écrivirent avec le temps les destins du royaume des Asturies.
Ce fut Alphonse qui entama l'expansion territoriale du petit royaume chrétien depuis son territoire originel des Pics d'Europe, en avançant vers l'ouest jusqu'à la Galice et vers le sud par d'incessantes incursions dans la vallée du Douro, prenant villes et villages et en déplaçant ses habitants vers les régions plus sûres du Nord. Ceci provoqua le dépeuplement stratégique de la Meseta, créant ainsi le Désert du Douro comme protection contre de futures attaques musulmanes.