La guerre anglo-égyptienne ( al-āḥalāl al-Brīṭānnī al-Miṣr) est un conflit militaire qui a lieu en 1882 entre les forces égyptiennes d'Urabi Pacha et le Royaume-Uni. Elle fait suite au soulèvement nationaliste d'Urabi Pacha contre le khédive Tawfiq Pacha et débouche sur la mainmise britannique en Égypte.

Contexte

En 1878, un officier de l'armée égyptienne, Ahmed Urabi (alors connu en anglais sous le nom d'Urabi Pacha), se mutine et tente un coup d’État contre Tawfiq Pacha, khédive d'Égypte et du Soudan, d'abord pour des raisons de disparités de rémunération entre Égyptiens et Européens. L’Égypte est à cette époque un territoire quasiment autonome de l’Empire ottoman mais reste quand même symboliquement rattaché au sultan ottoman qui est considéré comme calife de l’Islam. En , les gouvernements français et britannique envoient une « note conjointe » au gouvernement égyptien, dans laquelle ils déclarent reconnaître l'autorité du khédive. Le , des navires de guerre britanniques et français arrivent au large de la côte d'Alexandrie. Toutefois, la France se retire par la suite et ne participe pas au débarquement d'une force armée, les crédits de guerre n'ayant pas été votés au Parlement.

Le débat sur les motifs de l'invasion Du fait de l'absence d'information définitive sur ce point, les raisons de l'envoi d'une flotte de guerre britannique sur la côte d'Alexandrie restent un sujet de débat historique.

Dans leur essai Africa and the Victorians (1961), Ronald Robinson et John Gallagher soutiennent que l'invasion britannique a été ordonnée afin de supprimer les risques d'anarchie que la révolte d'Ahmed Urabi représentait, ainsi que pour protéger le contrôle européen et britannique sur le canal de Suez, indispensable au maintien des relations avec l'Inde britannique..

A. G. Hopkins rejette la thèse de Robinson et Gallagher. En s'appuyant sur des documents originaux et des sources de seconde main, il estime qu'Urabi ne présentait pas un réel danger pour le canal de Suez, et que ses troupes n'étaient pas des « anarchistes », mais plutôt des gardiens de la loi et de l'ordre. Au contraire, il estime que le cabinet britannique de William Gladstone recherchait d'abord à protéger les intérêts des investisseurs britanniques en Égypte, et à entretenir sa popularité interne. Hopkins met en évidence les investissements britanniques croissants massivement en Égypte dans les années 1880, en partie du fait de la dette du khédive pour financer la construction du canal de Suez, ainsi que les liens étroits qui existaient entre le gouvernement britannique et le secteur économique. Il estime que cette volonté de protéger les intérêts économiques britanniques coïncidait avec le souhait, au sein du parti libéral, de rivaliser avec la popularité du parti conservateur par une politique étrangère active. Hopkins cite une lettre d'Edward Malet, le consul général britannique en Égypte à l'époque, à un membre du cabinet Gladstone, dans laquelle il présente ses félicitations pour l'invasion : « Vous avez combattu pour toute la Chrétienté, et l'histoire le reconnaîtra. Si je puis me permettre, vous avez également donné au parti libéral un nouveau mandat de popularité et de pouvoir. ».

John Galbraith et Afaf Lutfi al-Sayyid-Marsot confirment la thèse de Hopkins, bien que leurs arguments se concentrent sur la manière dont certaines personnes au sein de l'administration bureaucratique du gouvernement britannique ont utilisé leurs positions pour faire apparaître l'invasion comme l'option préférable aux yeux du cabinet Gladstone. Ils décrivent d'abord les intrigues d'Edward Malet, qui s'attache à dépeindre à ses supérieurs le gouvernement égyptien comme instable.. Selon l'analyse de Galbraith et al-Sayyid-Marsot, Malet pensait naïvement qu'il pourrait convaincre les Britanniques d'intimider l’Égypte par une démonstration de force, sans aller jusqu'à une invasion et une occupation en bonne et due forme. Ils insistent également sur le rôle de l'amiral Beauchamp Seymour, qui, dans ses télégrammes de réponse au gouvernement, appuya en faveur des bombardements en exagérant le danger que représentaient les forces d'Urabi pour ses navires.

Déroulement de la guerre Ordre de bataille britannique

Commandant : lieutenant-général Sir Garnet Wolseley Chef d'état-major : lieutenant-général Sir John Adye Infantry Division (lieutenant-général GHS Willis) Armoured Infantry Brigade (major-général HRH le duc de Connaught) Battalion, Grenadier Guards Battalion, Coldstream Guards Battalion, Scots Guards Infantry Brigade (major-général Gerald Graham VC) Battalion, The Buffs (Royal East Kent Regiment) Battalion, Royal Irish Fusiliers (Princess Victoria’s) Battalion, Royal Irish Fusiliers (Princess Victoria’s) Battalion, York and Lancaster Regiment Troupes divisionnaires Royal Hussars (Queen Alexandra's Own) (2 squadrons) Battalion, Duke of Cornwall's Light Infantry Regiment A Battery, Field Brigade, Royal Artillery D Battery, Field Brigade, Royal Artillery 24 Field Company, Royal Engineers 12 Company, Army Commissariat and Transport Corps 1 Bearer Company, Army Hospital Corps (Half) 3 Field Hospital, Army Hospital Corps Division (lieutenant-général sir Edward Hamley) (Highland) Infantry Brigade (major-général sir Archibald Alison) Battalion, Highland Light Infantry Battalion, Black Watch (Royal Highlanders) Battalion, Cameron Highlanders Battalion, Gordon Highlanders Brigade (major-général sir Evelyn Wood VC) Battalion, Royal Sussex Regiment Battalion, Royal Berkshire Regiment (Princess Charlotte’s) Battalion, South Staffordshire Regiment Battalion, King’s Shropshire Light Infantry Regiment Troupes divisionnaires Hussars (2 squadrons) Battalion, King’s Royal Rifle Corps I Battery, Field Brigade, Royal Artillery N Battery, Field Brigade, Royal Artillery 26 Field Company, Royal Engineers 11 Company, Army Commissariat and Transport Corps 2 Bearer Company, Army Hospital Corps (Half) 4 Field Hospital, Army Hospital Corps 5 Field Hospital, Army Hospital Corps Contingent indien (major-général sir Herbert Macpherson VC) Battalion, Manchester Regiment Battalion, Seaforth Highlanders Bengal Infantry Punjab Infantry 29th Baluch Infantry 7 (Mountain) Battery, Northern Division, Royal Garrison Artillery Cavalry Division (major-général sir Drury Curzon Drury-Lowe) (Heavy) Cavalry Brigade (général de brigade sir Baker Creed Russell) Household Cavalry Composite Regiment (3 squadrons issus respectivement du Life Guards, du Life Guards et du Royal Horse Guards) Dragoon Guards Dragoon Guards (Bengal) Cavalry Brigade (général de brigade H. C. Wilkinson) Bengal Cavalry Bengal Cavalry Bengal Lancers Troupes divisionnaires N Battery, A Horse Brigade, Royal Horse Artillery Mounted Infantry Battalion 17 Company, Army Commissariat and Transport 6 Field Hospital, Army Hospital Corps Troupes de l'armée Naval Brigade Battalion, Royal Marine Light Infantry G Battery, B Horse Brigade, Royal Horse Artillery F Battery, Field Brigade, Royal Field Artillery H Battery, Field Brigade, RFA C Battery, Field Brigade, RFA J Battery, Field Brigade, RFA T Battery, Field Brigade, RFA Royal Marine Artillery 1 Battery, London Division, Royal Garrison Artillery 4 Battery, London Division, RGA 5 Battery, London Division, RGA 5 Battery, Scottish Division, RGA 6 Battery, Scottish Division, RGA Train A (Bridging) Troop, Royal Engineers C (Telegraph) Troop, RE Railway Troop, RE 8 Field Company, RE 17 Field Company, RE 18 Field Company, RE A Company, Queen’s Own Madras Sappers and Miners I Company, QOMS&M 8 Company, Army Commissariat and Transport Corps 15 Company, ACT Corps Auxiliary Company, ACT Corps 2 Bearer Company, Army Hospital Corps 1 Field Hospital, AHC 3 Field Hospital, AHC 7 Field Hospital, AHC 8 Field Hospital, AHC Army Post Office Corps (M Company 49th Middlesex Rifle Volunteers)

Le bombardement britannique

vignette|300x300px|Bombardement d'Alexandrie Le , alors que les flottes de guerre britanniques et françaises mouillent au large d'Alexandrie, une émeute anti-chrétienne y cause la mort de cinquante Européens. Le colonel Ahmed Urabi ordonne à ses forces de réprimer l'émeute, mais les Européens fuient la ville, pendant que l'armée d'Urabi commence à la fortifier. La flotte française est réticente à engager des hostilités directes, mais, après le rejet d'un ultimatum ordonnant la cessation de l'armement de la ville, les navires de guerre britanniques la bombardent le pendant plus de dix heures. Puis la ville est occupée par les troupes de marine. Aucun navire n'est perdu, mais une grande partie de la ville est détruite par les incendies allumés par les obus explosifs, ou par les troupes d'Urabi tentant de la détruire avant qu'elle ne tombe aux mains des Britanniques.. Tawfiq Pacha, qui avait déplacé sa cour à Alexandrie depuis le début de la révolte, proclame qu'Urabi est un rebelle et le démet officiellement de ses fonctions au gouvernement.

Le , les forces britanniques débarquées dans la ville se montent à environ , sous les ordres de sir Archibald Allison. Le , un millier d'hommes supplémentaires débarquent..

La réplique d'Urabi Urabi réplique en obtenant une fatwa des cheikhs d'Al Azhar, qui condamne Tawfiq Pacha comme traître à son pays et à sa religion, et qui absout tous ceux qui le combattent. Urabi déclare en outre la guerre au Royaume-Uni et met en œuvre la conscription. Il se retranche à Kafr el-Dawwar avec environ , bloquant ainsi la route entre Alexandrie et Le Caire..

Bataille de Kafr el-Dawwar

Le , cette bataille oppose une armée égyptienne commandée par Ahmed Urabi et des forces britanniques sous les ordres de sir Archibald Alison. Celui-ci quitte Alexandrie vers Le Caire début août. Il se heurte aux retranchements d'Urabi le soir du 5. Bien que les Britanniques parviennent à faire refluer des Égyptiens supérieurs en nombre, l'offensive n'est pas décisive. La tombée de la nuit et l'arrivée de renforts égyptiens amènent sir Alison à ordonner une retraite en bon ordre. Il présente ensuite son mouvement comme une simple reconnaissance en force, destinée à vérifier des rumeurs de retraite de l'ennemi et à reconnaître ses positions. Au contraire, Urabi fait de cette action une offensive d'ampleur qu'il a repoussé, et Le Caire est bientôt plein de rumeurs d'un échec britannique. Quoi qu'il en soit, le résultat en est que les Britanniques abandonnent tout espoir qu'ils auraient pu avoir d'atteindre Le Caire par le nord, et qu'ils décident plutôt de déplacer leur base d'opérations à Ismaïlia...

Les renforts britanniques vignette|300x300px|Le théâtre des opérations : Alexandrie et le delta du Nil (1882)

Wolseley arrive à Alexandrie le avec de nouvelles troupes, y compris des troupes du génie comprenant des pontonniers, du génie ferroviaire et des unités de transmission. Il conçoit cette campagne avant tout comme un défi logistique, car il pense que les Égyptiens n'opposeront pas une grande résistance.. Deux jours après son arrivée, il feint de rembarquer pour la baie d'Aboukir mais débarque en fait à Port-Saïd, d'où il occupe facilement Ismaïlia le sans résistance..

Bataille de Tel el-Kebir vignette|300x300px|Tel El Kebir

Les troupes de Wolseley à Ismaïlia se montent à environ , et le génie s'emploie à réparer la ligne de chemin de fer de Suez. Un petit détachement est envoyé le long d'un canal secondaire jusqu'au village de Kassassin, où il arrive le . Là, il est attaqué par des forces supérieures en nombre, commandées par Urabi. Les deux bataillons de quatre canons tiennent leur position jusqu'à l'arrivée de renforts de cavalerie lourde, qui leur permettent de lancer une contre-attaque, obligeant Urabi à reculer de huit kilomètres avec de lourdes pertes.