Le privilège blanc, ou privilège de la peau blanche, est une thèse selon laquelle les personnes blanches bénéficieraient sans s'en rendre compte dans les pays occidentaux de privilèges sociaux, sociétaux, politiques ou économiques, qui ne seraient pas accordés aux personnes non blanches dans le même contexte, ce qui constituerait un . L'expression est utilisée pour la première fois en 1988 par l'universitaire américaine Peggy McIntosh, professeur d'anglais.

Ces effets se ressentiraient dans un contexte professionnel, éducatif et personnel. Le concept de privilège blanc implique aussi le fait, pour le groupe privilégié, de se considérer comme étant la norme.

Développé principalement aux États-Unis et utilisé dans certaines universités pour les sciences sociales et les humanités, cette notion de privilège blanc a ensuite été reprise dans des contextes différents, notamment dans le monde anglo-saxon et dans les anciennes colonies européennes.

Des concepts académiques ou militants comme la Théorie critique de la race et la blanchité s'appuient sur cette notion pour analyser l'impact du racisme sur les individus (ou les groupes) socialement construits comme blancs.

Critiqué, le privilège blanc se fonde sur une approche subjective, ne disposant pas de fondement scientifique.

Définition L'idée de privilège blanc a des définitions très variées, mais se distingue généralement du racisme par le fait qu'elle est passive.. Quelques définitions : .. .. .. Selon la géographe et urbaniste américaine Laura Pulido, .. Selon l'anthropologue français Ary Gordien, la définition du privilège blanc peut se résumer comme le fait, pour certains groupes catégorisés comme blancs, de ne pas être confrontés au racisme, et d'avoir des avantages qu'ils n'ont pas gagné par leurs efforts personnels, mais dont ils ont hérité et qui peuvent potentiellement les mettre dans une position de domination..

Histoire du concept

L'expression « » est utilisée pour la première fois en 1988 par la professeur d'anglais Peggy McIntosh dans un « extrait de document de travail » ou un article intitulé « » (« Le privilège blanc et le privilège masculin : une vision personnelle des correspondances remarquées au cours de travaux en études de genre » Lien vers le texte.) et publié par le laboratoire d'études féministes de Wellesley College, financé par la Mellon Foundation, dans un recueil collectif : , puis dans « » (1989) (« Le privilège blanc : déballer le sac à dos invisible »)"White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack." (excerpt from Working Paper #189, "White Privilege and Male Privilege: A Personal Account of Coming To See Correspondence Through Work in Women's Studies" (1988), Wellesley College Center for Research on Women, Wellesley, Massachusetts.). afin d'exprimer la thèse selon laquelle les personnes blanches bénéficieraient sans s'en rendre compte dans les pays occidentaux de privilèges sociaux, sociétaux, politiques ou économiques, qui ne seraient pas accordés aux personnes non blanches dans le même contexte, ce qui constituerait un « ensemble invisible d'avantages non mérités ».

Le texte se présente comme une chronique personnelle et empirique (non scientifique ) dans laquelle Peggy McIntosh détaille quarante-six situations dans lesquelles sa couleur de peau lui aurait ouvert des portes dans la vie (elle a alors cinquante ans)..

Dans son article, Peggy McIntosh avait fait une liste de quarante-six privilèges blancs, parmi lesquels se trouvent une estime de soi différente, un statut social par défaut plus élevé, un meilleur pouvoir d'achat, un meilleur accès au marché du travail et une plus grande liberté de circulation et d'expression.

Peggy McIntosh, née Margaret Vance Means en 1934, est une militante féministe et antiraciste, issue d'une famille de la haute bourgeoisie blanche américaine (). Elle est la fille de Winthorp J. Means, directeur du département des télécommunications des Laboratoires Bell, propriétaire de plusieurs brevets pour la téléphonie numérique qui lui assurent une fortune confortable ; elle passe son enfance à Summit dans le New Jersey, fait des études Université de Radcliffe où elle obtient un doctorat d'anglais. Ses fiançailles avec le Dr Keneth McIntosh sont annoncées dans le carnet du New York Times.

Avant les années 1970 Dans son livre de 1935 , W. E. B. Du Bois évoque le concept d'un « salaire psychologique » pour les travailleurs blancs.. Ce statut spécial diviserait les travailleurs en poussant les travailleurs Blancs mal payés à se sentir supérieurs aux Noirs mal payés.. Il identifie le suprémacisme blanc comme un phénomène global, y compris dans les pays à majorité de couleur par voie du colonialisme.. Il écrit par exemple. :

En , Jean-Paul Sartre écrit dans Orphée noir que . Plusieurs auteurs, dont la philosophe française Séverine Kodjo-Grandvaux.. et le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne. y voient un précurseur de la notion de privilège blanc.

À partir de 1965, s'appuyant sur la constatation de W. E. B. Du Bois et inspiré par le mouvement afro-américain des droits civiques, l'écrivain et militant publie plusieurs articles et analyses du , du et du , qui pousse les à .. Le pamphlet, (littéralement, « angle mort blanc »), qui contient un essai d'Allen et un essai de l'historien , est publié à la fin des années 1960. Il se focalise sur le combat contre le et influence beaucoup les (SDS) et certaines franges de la Nouvelle gauche. Le , le relate que le Bureau national des SDS appelle à Noel Ignatin (Ignatiev) and Ted (Theodore W.) Allen, "'White Blindspot' and 'Can White Workers Radicals Be Radicalized?'".. En 1974 et 1975, Allen étend son analyse à la période coloniale, ce qui mène à la publication de . (1975) qu'il étoffe dans , en deux volumes publiés en 1994 et 1997..

Années 1970 à 2000 En 1988, le terme dans les cercles académiques après la publication d'un article de Peggy McIntosh, professeure d'anglais et directrice de séminaires de la , intitulé « ». Dans cet article, McIntosh décrit son expérience personnelle et affirme un « privilège blanc » en étudiant les relations entre les différentes hiérarchies sociales dans lesquelles être opprimé dans une hiérarchie ne compense pas un privilège injuste dans une autre. Dans les années qui suivent, la théorie de l'intersectionnalité gagne en importance avec des afroféministes, Kimberlé Williams Crenshaw en tête, soutenant que les femmes noires subissent une oppression différente du privilège masculin subi par les femmes blanches, en raison de leur privilège blanc.

L'essai empirique de McIntosh est toujours régulièrement cité par les chercheurs et par les journalistes actuels..

En 2003, Ella Bell et Stella Nkomo remarquent que ..

Années 2010 Le film Dans sa critique du film MTV de 2015 , le journaliste, romancier et professeur d'anglais fait la remarque suivante : . Commentant que , Hsu qualifie ce changement de conséquence étrange de l'ère Obama. Il ajoute que parler de blanchité n'est ..

Le film lui-même, produit et réalisé par le lauréat du prix Pulitzer Jose Antonio Vargas, est un documentaire qui suit plusieurs adolescents qui parlent de leur blanchité devant la caméra, ainsi que de leur opinion au sujet du privilège blanc. À un moment du film, Vargas interviewe une étudiante en université qui soutient que le fait de ne pas avoir reçu de bourse étudiante lui vient du racisme antiblanc, jusqu'à ce que Vargas souligne que les étudiants blancs ont . Dans une critique, une journaliste du interviewe Ronnie Cho, à la tête du département des affaires publiques de MTV, qui soutient que , et qu'ils seraient donc plus ouverts à une discussion sur le privilège blanc. Il note aussi que la génération Y, et éventuellement la génération Z, sont une génération . Ronnie Cho argumente ensuite, expliquant que ces aspirations . Plus loin dans la même critique, la journaliste, Amy Zimmerman, remarque que ..

Années 2020 (critiques et controverses) France En France, le concept de privilège blanc est ; son emploi suscite des polémiques. et beaucoup de controverses..

Alice Krieg-Planque, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication, estime pour sa part que le terme a le mérite de susciter le débat. Selon elle, l'héritage ségrégationniste des États-Unis diffère trop de l'héritage colonial en France pour assurer la bonne . Elle lui préfère la notion, elle aussi importée des États-Unis, d'intersectionnalité..

Selon Ary Gordien, anthropologue au CNRS, l'existence d'un privilège blanc en France est une hypothèse de recherche que beaucoup d'éléments semblent prouver à priori. Il faudrait donc selon lui faire comme W. E. B. Du Bois l'a fait aux États-Unis, et mener en France une recherche systématique pour montrer où, comment et en quoi il y a un privilège blanc. Il considère qu'une des limites de la notion est son caractère trop globalisant et généralisateur, qui ne tient pas compte des contextes ou des classes sociales. L'autre limite qu'il perçoit est la dichotomisation des sociétés entre Blancs et Noirs, .

Pour Manuel Boucher, professeur de sociologie à l'université de Perpignan, ..

Axes de recherche

Les théoriciens de la critique de la race comme et affirment que la blanchitude a été historiquement davantage traitée comme une propriété que comme une caractéristique raciale, c'est-à-dire comme un objet avec une valeur intrinsèque que des institutions sociales et légales se doivent de protéger.. Les lois et mœurs sur les couleurs, de l'apartheid et des lois Jim Crow aux préjugés sur les couples mixtes, servent à conserver les avantages et privilèges des Blancs. C'est pour cette raison que les recherches sur les relations interraciales se concentrent généralement sur les désavantages subis par les minorités plutôt que sur les avantages fournis aux Blancs..

Norme Le concept de privilège blanc implique aussi le fait pour le groupe privilégié de se considérer comme la norme...

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Réception et critiques Certains critiques affirment que l'utilisation du concept de blanchité gomme les autres inégalités, en particulier celle de classe.. D'autres avancent que les privilèges sociaux sont bien interconnectés avec la couleur de peau, ce qui requiert une analyse complexe et poussée pour identifier l'importance de la couleur de peau sur le privilège. Les critiques du privilège blanc proposent des définitions alternatives de blancheur de peau, insistant sur les différences de traitement entre les populations et personnes blanches et suggérant qu'être blanc n'est pas une notion incluant tous les Blancs. en raison de différences de couleur et d'ethnicités à l'intérieur de groupes.

Pour le chroniqueur américain David Marcus, le concept a pris naissance lorsqu'il n'y a plus eu besoin de lutter contre les discriminations racistes institutionnelles, mais cette « théorie des privilèges », étendue à d'autres catégories, est dangereuse car elle autoriserait des revendications de la part des catégories concernées en muselant les catégories bénéficiaires..

Dans son article (« Expliquer le privilège blanc à une personne blanche fauchée ») dans , Gina Crosley-Corcoran affirme qu'elle était d'abord hostile à l'idée d'être privilégiée parce que sa peau blanche ne l'avait pas empêchée d'être pauvre, jusqu'à sa lecture de l'essai de Peggy McIntosh. D'après Crosley-Corcoran, .. D'autres journalistes remarquent que le rattachement du privilège blanc aux milieux académiques peuvent provoquer une incompréhension et une réaction défensive des Blancs, y compris parce que le concept de privilège blanc a explosé d'un coup via les réseaux sociaux avec des campagnes comme ..

Dans une interview de Cory Weinberg pour , des chercheurs qui étudiaient le privilège blanc en paix depuis des décennies affirment être pris de court par la soudaine hostilité des critiques de droite depuis 2014.