Susan Elizabeth Howe, née le à Boston dans l'État du Massachusetts, est une peintre, poète, professeure d'université, essayiste et critique littéraire américaine, appartenant au mouvement avant-gardiste et postmoderne américain.

Biographie

Jeunesse et formation

gauche|vignette|Fanny Howe. Susan Howe est la fille de , une immigrée irlandaise, romancière, dramaturge, critique de théâtre et scénariste, metteur en scène et productrice de cinéma qui s'est installée à Boston en 1935, et de Mark de Wolf Howe, un juriste. Le couple Manning-Howe a eu trois filles : Fanny, Susan et Helen Howe (à ne pas confondre avec sa tante la fille de ). La personnalité des parents influence fortement le développement des goûts esthétiques et des compétences littéraires et artistiques de leurs filles.

En 1933, Mark de Wolf Howe est admis au barreau du Massachusetts, la famille Howe s'installe à Boston, puis il est nommé en 1937, professeur de droit à l'. Après sa nomination à l'université Harvard en 1945, la famille s'installe dans le Massachusetts à Cambridge. gauche|vignette|BrattleTheatre. L'enfance de Susan Howe est marquée par les événements de la Seconde Guerre mondiale ; elle visitait le zoo de Buffalo le jour de l'attaque de Pearl Harbor. Elle subit l'absence de son père qui participe au conflit en mettant en place des gouvernements militaires en Afrique du Nord, Italie et France. Durant le conflit, sa mère Mary Manning Howe donne des cours d'art dramatique au Radcliffe College puis rejoint le voisin.

Susan Howe suit ses études secondaires à la de Chestnut Hill à proximité de Boston dont elle sort diplômée en 1955. Cette même année, elle part en Irlande pour suivre un an de cours au Gate Theater de Dublin, où sa mère avait fait ses débuts. Elle y apprend la comédie et le métier de décoratrice.

De retour aux États-Unis, elle tente une carrière d’actrice en travaillant pour un théâtre de New York, mais sans succès convaincant, aussi décide-t-elle de changer d'orientation et en 1957, elle pose sa candidature auprès de la de Boston qui l'accepte. En 1961, Susan Howe y obtient un Master of Fine Arts.

Carrière

Peintre (1961-1974) gauche|vignette|upright|David von Schlegell. vignette|upright|Charles Olson. Après ses études universitaires, en 1961, Susan Howe, commence une carrière d'artiste peintre, elle connait une notoriété qui lui permet d'exposer ses œuvres dans diverses galeries d'art, dont celle tenue par Jill Kornblee à Manhattan.

Cette même année 1961, Susan Howe épouse le peintre . Après la naissance de leur fille Rebecca à Boston, ils partent vivre à un an Londres. De retour aux États-Unis, ils s'installent à Cambridge, où Susan Howe donne des cours d'arts visuel dans une école pour filles.

En 1964, la famille déménage à New York. Là Susan Howe fait la connaissance des acteurs de l'avant-garde minimaliste et du pop art de New York : John Cage, Robert Morris, Ellsworth Kelly, Andy Warhol, Richard Serra.

Ces rencontres vont influencer et modifier sa composition de ses œuvres, elle commence à incorporer des mots soit en les peignant, soit par des collages. Choix esthétiques qui la conduit à s’intéresser à la poésie expérimentale.

En 1965, elle fait la connaissance du sculpteur et artiste plasticien minimaliste , relation qui conduit à la rupture d'avec Harvey Quaytman, ils divorcent en 1966. En vivant avec David von Schlegel, Susan Howe rencontre ses collègues Donald Judd, Carl André, Robert Grosvenor et Ronald Bladen. en observant David von Schlegel qui fait des sculptures en mariant des matériaux industriels briques, plexiglas, bois, aluminium, Susan Howe commence à faire des livres artistiques où elle mêle des aquarelles avec des photographies et des listes de mots. Pratique qui la conduit à réaliser des artbooks où chaque page est une hybridation de textes et de dessins, créations qui suscitent l'intérêt de Charles Olson.

Poète vignette|upright|James Joyce. gauche|vignette|upright|Samuel Beckett.

Premiers recueils de poèmes (1974-1980) Sur les conseils de Charles Olson, Susan Howe se lance dans la poésie, elle se fait connaître par la publication de son premier recueil de poèmes Hinge Picture en 1974, par la petite maison d'édition Telephone Books dirigée par la poète , ensemble de poèmes inspirés par les œuvres de Ad Reinhardt, Virgil Finlay et de Robert Lax. s’ouvre par une citation issue issue du Green Book de Marcel Duchamp, un ensemble de clichés photomécaniques réalisés à partir de compositions faites sur papier ou par des assemblages d'objets récupérés dans des poubelles.

Les deux livres qui suivent,The Western Borders et Secret History of the Dividing Line sont deux longs poèmes entrecoupés par de courtes poésies.

The Western Borders commence par une évocation de l’Irlande et l'invocation de sandycove qui est une allusion à un épisode du roman Ulysse de James Joyce, long poème qui est comme la voix d'un narrateur qui s’immobilise, comme paralysé avant de reprendre dans le style de Samuel Beckett. Le titre de est choisi parce que pour Susan Howe, la rencontre du lecteur avec le texte est comparable avec la rencontre du colon face à la sauvagerie de l'Ouest américain. Pour elle, la colonisation du Nouveau Monde est précaire parce que toujours à la limite entre civilisation et sauvagerie, le connu et l'inconnu, l'organisé et le chaos.

Le second livre fait référence au récit de William Byrd II, , une chronique de 1728, où William Byrd narre les démêlés entre les habitants de la Virginie et de la Caroline du Nord pour fixer une frontière définitive entre les deux territoires. Incertitude reprenant celle des frontières exposées dans The Western Borders. La couverture de Secret History of the Dividing Line est illustrée par une page issue du traité The Practice of Perspective or, an Easy Method of Representing Natural Objects According to the Rules of Art, écrit par le mathématicien français Jean Du Breuil, illustration faites de lignes séparatrices, de diagrammes de lignes et de rangées d'arbres donnant divers point de fuite selon les perspectives. Illustration de la venue de Christophe Colomb et qui induit des points de vue culturels différents des peuples autochtones, mettant ainsi le doigt sur les frontières s'appuyant sur des mensonges cachés.

Percée (1980-1990) vignette|upright|Charles Bernstein. gauche|vignette|upright|Rachel Blau DuPlessis. Avec la publication de The Liberties, Pythagorean Silence et de la Defenestration of Prague, Susan Howe attire l'attention de , Charles Bernstein et de Ron Silliman, tous les trois sont des représentants du mouvement poétique et rédacteurs de la revue .

Dans ces trois recueils, Susan Howe brise l'image du consensus américain pour donner accès aux zones obscures de l'histoire, les voix anonymes qui n'ont pu s'articuler, celles des femmes, des peuples autochtones, des minorités religieuses et autres voix réprimées. Voix qui surgissent du silence. Selon la critique littéraire . Comme elle le souligne, c'est son féminisme qui lui permet de faire place à toutes les personnes marginalisées, celles dont on ne connait rien, sur lesquelles on n'a rien écrit, celles effacées, exclues, reléguées dans les zones d'ombre de l'histoire, au delà des points de fuite.

Dans la préface de Pythagorean Silence, Susan Howe précise son style d'écriture poétique : variation de la typographie des mots, l'espace entre chaque mot pour suggérer des variations de la voix, des interprétations, des variations de vocabulaire pour rythmer la lecture en plus des rimes, inscrire l'oralité expressive du langage sur l'espace d'une page. D'où les rapprochements de son style avec l'improvisation du Jazz.

Pythagorean Silence s'ouvre une section faisant référence à un souvenir d'enfance de Susan Howe, celui où elle visitait avec son père le visite qui s'est faite le même jour de l'annonce de l'attaque nippone sur Pearl Harbour. Elle écrit ce souvenir en faisant part de toutes les associations qui se sont entrechoquées et qu'elle a pu faire ce jour-là comme le massacre des Innocents par le roi Hérode, ses méditations tourne autour de ce souvenir, le reprennent pour exprimer le plus profond de son expérience, médiations, selon le critique , semblables aux soliloques d'Hamlet, chaque page est structurée pour faire lire et entendre ses méditations. gauche|vignette|Emily Dickinson.|upright vignette|Thomas Wentworth Higginson.|upright

My Emily Dickinson En 1985 Susan Howe publie son premier essai de, My Emily Dickinson, dont l'écriture oscille entre la poésie, la prose et la critique littéraire, procédé qui brise les limites des conventions de la critique universitaire. Elle compare son approche d'Emily Dickinson aux liens qu'entretenait Henry David Thoreau à la rivière Concord, lieu privilégié de son inspiration. Pour Susan Howe, Emily Dickinson est sa rivière Concord à elle, dans la mesure où ses écrits sont un flot charriant différents éléments comme le Calvinisme incarné par les écrits de Mary Rowlandson, de Jonathan Edwards, de Cotton Mather, la littérature britannique du des sœurs Brontë à Elizabeth Barrett et Robert Browning, les auteurs classiques de la littérature britannique comme Shakespeare, Milton et le radicalisme de l'abolitionniste Thomas Wentworth Higginson. Ce qui expliquerait pour Susan Howe, le choix d'Emily Dickinson de ne pas être publiée. Le regard jeté par Susan Howe révèle Emily Dickinson et l'Emily Dickinson révélée révèle Susan Howe.

Reconnaissance (1980-1987) En 1981, Susan Howe est la lauréate de l'American Book Award décerné par la récompensant son recueil de poèmes Secret History of the Dividing Line. Elle reçoit le même prix en 1986 pour son essai My Emily Dickinson. En 1985, Susan Howe fait partie des dix poètes américains invités à participer au qui se tient à Vancouver dans la province canadienne de la Colombie-Britannique, elle y est à nouveau invitée en 1987, mais cette fois-ci en tant qu'artiste en résidence et en 1988, elle reçoit une bourse de chercheuse enseignante auprès de l'université d'État de New York à Buffalo.

Consécration (1999-2018) La qualité de son œuvre la fait admettre dans deux des plus prestigieuses sociétés littéraires américaines, en 1999 à l'American Academy of Arts and Sciences et en 2001 à l'Academy of American Poets et sera récompensée par trois des plus grands prix littéraires décernés à des poètes : le Bollingen Prize en 2011, la médaille Robert Frost en 2017 et le Griffin Poetry Prize en 2018.

Carrière universitaire À partir de 1988, elle commence une carrière d'enseignante dans diverses universités américaines plus particulièrement à l'université d'État de New York à Buffalo où elle tient la chaire de poésie jusqu'à sa retraite en 2007.

En 2008, l'université de Chicago lui offre la chaire Pearl Andelson Sherry Memorial Poetry Reading and Lecture pour faire régulièrement des conférences.

En 2009, l' lui offre la bourse Anna-Maria and Stephen M. Kellen Fellowship, pour qu'elle vienne donner des conférences à Berlin.

Vie privée En 1961, Susan Howe épouse le peintre Harvey Quaytman, le couple divorce en 1966, ils ont deux filles Emma, et la peintre (Rebecca Howe Quaytman).

À partir de 1967, elle vit avec l'artiste plasticien , ils se marient en 1976, ils sont unis jusqu'au décès de David von Schlegel en 1992, ils ont un fils l'écrivain .

Elle épouse en troisièmes noces le professeur de philosophie , ils restent unis jusqu'au décès de Peter Hare en 2008.

Susan Howe vit à Guilford (Connecticut).

Archives Les archives de Susan Howe sont déposées et consultables à la Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits de l'université Yale dans le Connecticut et à la bibliothèque de l'université de Californie à San Diego.

Œuvres Recueils de poèmes

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, , , , , , Livre couronné par le Griffin International Poetry Prize en 2018, ,

Romans et essais , , , ,

Articles

Années 1974-1999 , , , , , , ,