vignette|Écriteau du temple Dazhao, à Hohhot, à gauche du gros titre, écritures chinoise et mongole, à droite écritures mandchoue et tibétaine

La Mongolie sous la tutelle des Qing est une période pendant laquelle la dynastie Qing qui contrôlait l'empire chinois dirigeait les 4 aimags de la Mongolie-Extérieure (aujourd'hui Mongolie), y incluant le Tannu Uriankhai (aujourd'hui Touva), ainsi que les 6 ligues de la Mongolie-Intérieure (aujourd'hui région autonome de Mongolie-Intérieure). Elle a commencé en 1635 pour la Mongolie-Intérieure, lorsque Ejei Khan, dernier dirigeant de la dynastie Yuan du Nord, se rendit aux MandchousAnn Heirman, Stephan Peter Bumbacher- The spread of Buddhism, . La Mongolie-Extérieure, comprenant alors Tannu Uriankhai, est restée indépendante jusqu'en 1690, date de son invasion par les troupes du Khanat dzoungar. En 1691, les Qing ont chassé les dzoungars et pris le contrôle de la Mongolie-Extérieure. La tutelle Mandchoue sur la Mongolie prend fin avec la chute de la dynastie Qing en 1912 .

La dynastie Qing a contrôlé la Mongolie intérieure et extérieure pendant plus de . Pendant cette période, les souverains Qing ont établi des structures administratives distinctes pour gouverner chaque région. Ainsi, même si les Mandchous maintenaient un contrôle ferme en Mongolie intérieure et extérieure, les Mongols de Mongolie extérieure (Soit la partie du pays la plus éloignée de Pékin, la capitale des Qing) jouissaient d'un degré d'autonomie plus élevéThe Cambridge History of China, vol. 10, et ont également conservé leur propre langue et culture pendant cette périodePaula L. W. Sabloff- Modern mongolia: reclaiming Genghis Khan, ..

thumb|Carte des campagnes lors de la guerre Dzoungar-Qing thumb|Mongolie sur une carte de 1747 vignette|Camp de l'empereur Kangxi sur la Kerülen lors de la campagne de 1696. Histoire

Dès les premières années du règne de Nurhachi, les relations des Mandchous avec les tribus mongoles voisines sont cruciales dans le développement de la dynastie. Nurhachi échange des épouses et des concubines avec les Mongols Khalkhas dès 1594, et reçoit également des titres de leur part au début du . Il consolide également ses relations avec certaines parties des populations Khorchin et Kharachin de Mongolie Extérieure. Ils reconnaissent Nurhachi comme Khan, et en retour, les lignées dirigeantes de ces groupes reçoivent des titres décernés par Nurhachi et sont mariés avec des membres de sa famille élargie. Les premières relations entre les Jin postérieurs et les tribus mongoles se font donc dans le cadre d'une allianceMarriage and inequality in Chinese society By Rubie Sharon Watson, Patricia Buckley Ebrey, Tumen jalafun jecen akū: Manchu studies in honour of Giovanni Stary, Giovanni Stary, Alessandra Pozzi, Juha Antero Janhunen, Michael Weiers. Pour des raisons politiques, Nurhachi choisit de mettre l'accent sur les différences ou les similitudes entre les modes de vie des Mongols et ceux des autres groupes ethniques de son empirePerdue 2009, .. Nurhachi dit aux Mongols que "les langues des Chinois et des Coréens sont différentes, mais leurs vêtements et leur mode de vie sont les mêmes. C'est la même chose avec nous, Mandchous (Jušen) et Mongols. Nos langues sont différentes, mais nos vêtements et notre mode de vie sont les mêmes". Plus tard, Nurhachi précise que le lien avec les Mongols n'est pas basé sur une véritable culture commune, mais plutôt sur des raisons pragmatiques d'"opportunisme mutuel", ce qui se reflète dans ce discours à destination des Mongols : "Vous, les Mongols, vous élevez du bétail, vous mangez de la viande et vous portez des peaux. Mon peuple cultive les champs et vit de céréales. Nous ne sommes pas un seul pays et nous avons des langues différentesPeterson 2002, .". Lorsque Nurhaci déclare officiellement son indépendance de la dynastie Ming et proclame la Dynastie des Jin postérieurs en 1616, il se donne un titre de style mongol, consolidant ainsi ses revendications de chef suprême des peuples Mongols, en reprenant à son compte les traditions mongoles. Les bannières et autres institutions mandchoues sont des exemples d'hybridité productive, combinant des éléments mongols "purs" (tels que l'écriture) et des éléments chinois "Han". Les mariages mixtes entre familles nobles mandchoues et mongoles renforcent considérablement l'alliance entre les deux peuples. Huang Taiji, le fils et successeur de Nurhachi, élargit encore plus cette politique d'alliance matrimoniale, en utilisant les liens du mariage pour se lier davantage aux vingt-et-une tribus de Mongolie intérieure qui ont rejoint l'alliance avec les Mandchous. Malgré l'intimité croissante des liens entre les Mandchous et les Mongols, Ligden Khan, le dernier Khan Tchakhar des Yuan du Nord, s'oppose résolument au pouvoir croissant des Mandchous et se considère comme le seul représentant légitime de la tradition impériale mongole. Cependant, malgré sa détermination, Ligden est isolé car les raids qu'il lance régulièrement contre les Mongols des tribus Khorchins, Dörbets et Gorlos sont en grande partie responsable de leur décision de s'allier à Nurhachi, alors que le Khan des Yuan du Nord est allié aux Ming. L'incident de trop est le meurtre de 7 nobles Khorchins par des Khalkhas et des Tchakhars. Ligden entre donc en guerre contre les Jin postérieurs, mais ils subit plusieurs défaites lors de batailles dans les années 1620 et au début des années 1630, et finit par mourir en 1634. Son fils Ejei Khan finit par se soumettre à Huang Taiji en 1635 et remet le sceau impérial des Yuan à ce dernier, mettant fin aux Yuan du Nord. En retour, Ejei Khan reçoit le titre de prince (Qin Wang, 親王). Les Mongols de Mongolie Intérieure qui se sont rendus sont divisés en bannières administratives distinctes. Peu de temps après, les Mandchous fondent la dynastie Qing et prennent le contrôle de la Chine historique.

Ejei Khan meurt en 1661 et son titre passe à son frère Abunai. Ce dernier faisant preuve de plus en plus d'hostilité envers le régime mandchou des Qing, il est placé en résidence surveillée en 1669 à Shenyang et l'empereur Kangxi donne son titre à son fils Borni. Abunai fait profil bas pendant un temps, puis lui et son frère Lubuzung se révoltent contre les Qing en 1675 lors de la rébellion des trois feudataires, à laquelle se sont joints Mongols Tchakhars. Les Qing écrasent ces rebelles lors d'une bataille qui a lieu le , tuant Abunai et tous ses partisans. Le titre princier est aboli, tous les hommes de la famille royale Tchakhar sont exécutés même s'ils étaient nés de princesses mandchoues Qing, et toutes les femmes sont vendues comme esclaves, à l'exception des princesses mandchoues Qing. Dès lors les Mongols Tchakhars sont placés sous le contrôle direct de l'empereur Qing, contrairement aux autres ligues de Mongolie intérieure qui conservent leur autonomie.

Pendant ce temps, les Mongols Khalkhas de Mongolie extérieure, plus réticents à passer sous la domination de Qing, sont toujours indépendants, mais les événements vont les contraindre à changer leur politique vis-à-vis des Mandchous. En effet, Galdan Boshugtu Khan, petit-fils par sa mère Galdan Amin-Dara de Güshi Khan (khan du Khanat qoshot et roi du Tibet) envahit le Kokonor (actuel Qinghai) contrôlé par le Khanat qoshot, vers 1679, il s'y fait arrêter par les Chinois et Tibétains. Après sa libération grâce à son ami et deba (principal ministre), Sangyé Gyatso, il reçoit en dédommagement les titres de Boshugtu et de Khan de la part du dalaï-lama, (Lobsang Gyatso (1617 — 1682) . Il part ensuite à la conquête de la Mongolie-Extérieure en 1688. Au printemps 1690, il contrôle l'intégralité de la Mongolie-Extérieure et commence à avancer en Mongolie-Intérieure sur la route d'Ourga (actuelle Oulan-Bator) à Kalgan. En 1690, cependant, l'empereur mandchou Kangxi envoie contre Galdan une armée et de l’artillerie fournie par les jésuites et l'arrête à Oulan-pout’ong, à 80 lieues de Pékin. Après cette défaite, Galdan évacue la Mongolie extérieure, qui devient protectorat chinois après que les chefs Mongols aient accepté de se soumettre aux Qing lors du Qurultay de Dolon-nor en mai 1691. S'ensuit une réorganisation territoriale, avec la mise en place du « régime des ligues et bannières ». Le principal résultat de la guerre contre Galdan est donc l'intégration des Khalkhas dans l'empire, leurs trois khans étant officiellement intronisés dans les cercles internes de l'aristocratie Qing en 1694. Même ainsi, le contrôle mandchou sur la Mongolie reste contesté. En effet, des princes Mongols Khalkhas dirigés par le prince Chingünjav complotent avec Amursana, le Khan des Dzoungars, et déclenchent une rébellion contre les Qing en même temps que les Dzoungars. Les Qing finissent par écraser la rébellion et exécuter Chingünjav et toute sa famille, assurant ainsi définitivement leur contrôle sur la Mongolie extérieure.

Mais contrôler la Mongolie ne signifie pas contrôler tous les Mongols. Les Qoshots du Qinghai ne sont conquis qu'en 1723/24 et il faut attendre 1756/1757 pour que les Dzoungars soient finalement détruits et leur territoire conquis, à la fin de la guerre Dzoungar-Qing, pendant le règne de Qianlong. La pacification de l'ancien khanat Dzoungar débouche sur le génocide des Dzoungars. Les derniers Mongols à rejoindre l'empire sont les Kalmouks Torgud, qui retournent dans la région de l'Ili en 1771.

Après avoir conquis les Ming, les Qing ont identifié leur État comme étant la Chine (中國 Zhongguo), et l'ont appelé "Dulimbai Gurun" en mandchou. Quand les Qing ont vaincu les Mongols Dzoungars en 1759, ils ont proclamé que les terres des Oïrats avaient été absorbées par le royaume de "Chine" (Dulimbai Gurun), dans un mémorial rédigé en langue mandchoueDunnell 2004, .Dunnell 2004, .Elliott 2001, .. Ils ont exposé leur idéologie, selon laquelle ils réunissaient les Chinois non-Han "extérieurs" comme les Mongols Khalkhas, les peuples de Mongolie Intérieure, les Oirats (y compris les Tibétains, qui étaient alors sous la coupe des Khans Oirat) et les Han "intérieurs" (comprendre "de la Chine historique"), en une "famille" unie sous l'État Qing. Pour montrer que les divers sujets des Qing faisaient tous partie d'une même famille, ces derniers ont créé les expressions "Zhongwai yijia" (中外一家, "zones centrales et zones extérieures comme un seul royaume") et "neiwei yijia" (內外一家, "intérieur et extérieur des grands murs comme une seule famille"), pour transmettre cette idée d'une "unification" des différents peuplesDunnell 2004, .. Dans la version en mandchou d'un traité conclu avec l'Empire russe concernant les juridictions pénales respectives des deux États sur les hors-la-loi, les sujets des Qing sont appelés le "peuple du royaume central (Dulimbai Gurun)"Cassel 2011, .Cassel 2012, .Cassel 2011, .. Dans le récit officiel, rédigé en langue mandchoue, qu'il fait de sa rencontre avec Ayouki Khan, le Khan des Torguts, Tulisen, un diplomate Mandchou, dit que si les Torghout étaient différents des Russes, le "peuple du Royaume central" (dulimba-i gurun 中國, Zhongguo) était comme les TorghutPerdue 2009, .. Dans ce texte, l'expression "peuple du Royaume central" faisait explicitement référence aux Mandchous. Néanmoins, en raison des différents modes de légitimation des différents peuples de l'empire Qing, certains non-Han comme les Mongols se considéraient comme étant des sujets de l'État Qing mais en dehors de la Chine ou "Khitad".