Le , l’ambassadeur du royaume de Belgique à Athènes Rémy Baert et le ministre des affaires étrangères du royaume de Grèce Evangelos Averoff-TossizzaA l’époque, la Grèce était un État monarchique dirigé par le Roi Constantin II signaient à Athènes un accord entre la Belgique et la Grèce concernant l’émigration de travailleurs grecs en Belgique en vue d’être occupés dans les charbonnages.

Cet accord fait suite à la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie houillère, notamment wallonne. Les travailleurs grecs sont recrutés dans leur pays d’origine et envoyés en Belgique pour répondre à ce besoin de main-d’œuvre. Cet accord fait partie d’un ensemble de conventions d’échange de main-d’œuvre conclues entre la Belgique et notamment, l’Italie, l’Espagne, le Maroc, la Turquie ou la Yougoslavie.

Situation socio-économique

Contexte socio-économique en Grèce, 1945 - 1957 thumb|Villageoises de Thasos en 1958 : l'émigration permet de faire vivre les familles restées au pays. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce se trouve dans un état de totale destruction parce que l’occupation allemande y a été une des plus féroces, meurtrière et des plus destructrices en Europe. Durant le conflit, la Grèce a perdu 8 à 9 % de sa population (à titre de comparaison, en France cette perte représente 1,5 %), la production agricole est inférieure de plus de 50 % à ce qu’elle était en 1939, et la moitié des ouvriers et paysans sont au chômage.

Au drame de la Seconde Guerre mondiale s’ajoute la guerre civile (1947-1949) dont le bilan est très lourd. En effet, la pays compte au moins , détruits, plus de suspects de sympathie avec la rébellion déplacés vers les banlieues des villes et à de gauche sont déportés vers des camps de concentration, situés sur des îles (Makronissos, Ágios Efstrátios)O. Delorme, « L’économie grecque, l’intégration européenne et l’euro », intervention au colloque du 15 avril 2015, « L’euro est-il soutenable ? Le nouveau test de la Grèce », Fondation Res Publica. Ainsi, alors que l’Europe occidentale se reconstruit et bâtit son État social dans une période de prospérité, la Grèce, totalement ruinée, sort à peine d’un état de sous-développement.

Dans les années 1950 – 1960, la Grèce connaît un développement économique « extrêmement vigoureux ». Konstantinos Karamanlis, Premier ministre de 1955 à 1963, a pour seul mot d’ordre : prospérité. Mais la croissance économique se fait de manière inégalitaire et dans un régime politique qui reste autoritaire.

L’exode rural est très important et le développement industriel est insuffisant pour l’absorber. Ainsi, l’émigration constitue la soupape de sécurité qui permet de réguler les tensions internes. Plus de un million d’hommes quittent la Grèce entre 1950 et 1970, dont plus de 70% pour l’Allemagne.

Contexte socio-économique en Belgique 1945 - 1957 thumb|Mines de charbon de Souvret (province de Hainaut) avant leur fermeture en 1967. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Belgique est confrontée à un déficit charbonnier qui entrave sa reconstruction. En effet, les industries métallurgiques et du textile ne pouvaient répondre aux demandes par manque de charbonA. Martens, Les immigrés, flux et reflux d'une main-d'œuvre d'appoint - la politique belge d'immigration de 1945 à 1970, Édition Vie Ouvrière, Presses Universitaires de Louvain, Louvain, 1976, ..

Cette pénurie de charbon résulte du manque de mineurs : les ouvriers belges acceptent de moins en moins de descendre dans le fond de la mine. Dans un premier temps, la Belgique a recours aux prisonniers de guerre allemandsPh. Sunou, Les prisonniers de guerre allemands en Belgique et la bataille du charbon, 1945 - 1947, Musée royal de l'armée, Bruxelles, 1980. . En 1945, prisonniers allemands sont occupés dans les minesM. Alaluf, Les immigrés dans la société wallonne, Les registres de l’intégration, Institut Destrée, 1996.. À partir de , les prisonniers de guerre allemands doivent être libérés sans pour autant que les ouvriers belges soient disposés à descendre dans le fond des mines. Ainsi, la Belgique doit chercher de la main d’œuvre dans d’autres pays européens.

En , la Belgique signe un protocole d’accord avec l’Italie qui connait une crise économique désastreuse avant le miracle économique italien des années 1950. Il est prévu que travailleurs italiens viennent travailler dans les mines belges, en échange du droit à de charbon par mineur et par jour, payés au prix plein par l’ItalieA. Morelli, L'appel à la main-d'œuvre italienne pour les charbonnages et sa prise en charge à son arrivée en Belgique dans l’immédiat après guerre, BTNG-RBHC, XIX, 1988, 1-2, .. Entre 1946 et 1948, répartis en 85 convois arrivent dans les 5 bassins miniers en Belgique. En 1954, on compte Italiens sur les vivant en BelgiqueS. Panceira et B. Ducoli, Immigration et marché du travail en Belgique. Fonctions structurelles et fluctuations quantitatives de l’immigration en Belgique, Période 1945 – 1971, Courrier hebdomadaire du CRISP, 1976/3, , 1976, -37.. La « bataille du charbon » a été gagnée par la Belgique, mais le prix humain fut lourd, particulièrement parmi les ouvriers italiens : environ 800 morts dans les catastrophes minières, 136 brûlés vifs à Marcinelle, des dizaines de milliers d’invalides, victimes d’accidents ou de la silicose, des milliers de familles désagrégées ou dispersées »E. Steenwinckel, L’emigrazione degli italiani in belgio, ED. Institut technique de l’État, 1967, . À titre d’exemple, le , lors de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle, 262 mineurs trouvent la mort, parmi ceux-ci 136 étaient italiens. Sous la pression de ses ressortissants immigrés, le gouvernement italien a arrêté l’émigration vers les mines belges, en 1956 et ne permettra sa reprise que sous les garanties qui seront définies dans le nouveau protocole signé à Rome le .

La Belgique est alors obligée de se tourner vers d’autres zones de recrutement et conclut de nouvelles conventions bilatérales, notamment avec l’Espagne le , la Grèce le , le Maroc le , la Turquie le , la Tunisie le , l’Algérie le et la Yougoslavie le . En 1954, le président de la Communauté Hellénique de Bruxelles, M. Kokkinos, originaire de Kalymnos et marchand d’éponges à Bruxelles, fait venir 90 Grecs, originaires du Dodécanèse, travailler dans les mines belges, mais à ses frais. En 1954, son fils Sakellarios Kokkinos est embauché par la Fédération charbonnière de Belgique et incite son employeur à entamer des négociations avec les autorités grecques pour l’embauche de travailleurs grecs, dans les mines belges.

Termes de l’accord bilatéral entre la Belgique et la Grèce vignette|337x337px|Contrat de travail type En 1954, avant la signature de l’accord bilatéral entre la Belgique et la Grèce, le , concernant l’émigration de travailleurs grecs en Belgique en vue d’être occupés dans les charbonnages, grecs vivaient en Belgique. En 1920, ils étaient au nombre de 530, en 1930, , en 1938 et en 1947 S. Panceira et B. Ducoli, Immigration et marché du travail en Belgique. Fonctions structurelles et fluctuations quantitatives de l’immigration en Belgique, Période 1945 – 1971, Courrier hebdomadaire du CRISP, 1976/3, , 1976, -37..

L’accord conclu entre les deux gouvernements prévoit que : Le Gouvernement belge informera le Gouvernement hellénique du nombre de travailleurs grecs dont l’occupation pour le travail au fond dans les charbonnages belges est autorisée par le Gouvernement belgeArt. 1. de l'Accord ; L’engagement des travailleurs se fait par contrat individuelArt. 2. de l'Accord ; Avant tout recrutement de candidats- travailleurs, les autorités belges fournissent aux services compétents grecs la documentation relative aux conditions de travail, aux salaires, aux avantages sociaux et aux obligations respectives découlant du contrat de travailArt. 3. de l'Accord ; Les candidats au départ ne peuvent être âgés moins de 23 ans et plus de 35 ansArt. 4. al. de l'Accord ; Toutefois, cette limite d’âge peut être portée à 45 ans pour les candidats qui ont acquis l’expérience du travail souterrain dans les mines de charbonArt. 4. al. 2 de l'Accord ; Les autorités grecques doivent attirer, spécialement, l’attention des candidats sur le fait qu’il s’agit du travail au fond d’une mine de charbon et que, par conséquent, sont susceptibles d’être sélectionnés uniquement des travailleurs jouissant d’une bonne santé et ayant accompli leur service militaire ; Pour attester de leur bonne santé, les candidats doivent subir un premier examen médical par des médecins désignés ou agrées par la Fédération charbonnière de Belgique, à l’endroit où a lieu leur sélection professionnelle ; par la suite les travailleurs trouvés en bonne santé et aptes pour le travail du fond dans les charbonnages se présenteront au Pirée, porteurs d’une fiche médicale. À leur arrivée au Pirée, les candidats passent un second examen médical à l’intervention de médecins désignés par la Fédération charbonnière de Belgique et ceux d’entre eux qui seront jugés sains et aptes signeront le contrat de travail individuel et partiront en BelgiqueArt. 5. de l'Accord ; Les frais des sélections médicales sont supportés par la Fédération charbonnière de BelgiqueLettre du 12 juillet 1957 signée à Athènes par l'ambassadeur R. Baert ; Par ailleurs, ne peuvent être inscrits, dans les listes pour le départ, les personnes qui ont fait l’objet de condamnations pénales non bénignesArt. 2 3. al. 2 de l'Accord. Sont considérées comme condamnations bénignesLettre signée le 12 juillet 1957 à Athènes par l'ambassadeur R. Baert : Les condamnations à la seule peine d’amende ; Les condamnations pour contraventions ; Les condamnations pour délits involontaires ; Les condamnations pour délits volontaires consistant en une peine de réclusion non supérieure à un an ; La Fédération charbonnière de Belgique assume tous les frais de transport des travailleurs aptes au départ, depuis la Grèce jusqu’au lieu de travail en Belgique ; Les ouvriers grecs, sélectionnés en Grèce, munis de leur contrat de travail dûment signé, sont transportés en Belgique par chemin de fer ; À chaque convoi composé d’au moins 80 travailleurs, le gouvernement grec désigne un convoyeur qui accompagne le convoi depuis le point de départ prévu jusqu’à un point en dehors de la frontière grecque à partir duquel la Fédération charbonnière de Belgique assurera le relais du convoyeur belgeArt. 2 1. al. 3 de l'Accord; Les travailleurs sont munis d’un passeport individuel et l’ambassade de Belgique y apposera le visa d’établissement en BelgiqueArt. 2 3. de l'Accord; L’ouvrier grec une fois en Belgique, sur son lieu de travail, les charbonnages ont 14 jours pour introduire une demande de permis de travail. Le gouvernement belge délivrera un permis de travail dès que l’ouvrier grec sera mis au travail dans le fond des mines de charbonArt. de l'Annexe au contrat type de travail entre charbonnages belges et ouvriers ; Les charbonnages belges assurent aux mineurs grecs, vivant seuls, un logement convenable et une nourriture conforme, autant que possible, à leurs habitudes alimentaires. Par ailleurs, les employeurs belges assurent l’hébergement, l’assistance médico-pharmaceutique et, le cas échéant, l’hospitalisation de l’ouvrier grec dès son arrivée en Belgique, jusqu'au moment où il commencera à bénéficier des prestations de l’assurance maladie-invaliditéArt. 3 de l'Accord ;