thumb|Bovins dans un pâturage de Pologne.
Le pâturage est traditionnellement un espace à base de prairies naturelles dont les herbes et les plantes sont consommées sur place par les animaux herbivores ou omnivores. Il peut désigner aujourd'hui toute Larousse agricole, article " pâturage", .
La pâture, le pacage, ou encore le pâquis, le pâtis, le pasquage, le pasquier, le pastural, la pasture... désignent sous diverses modalités une pâture, c'est-à-dire au sens ancien une « source de nourriture végétale » consommée sur place par un troupeau bovin, ovin, caprin, porcin... divaguant, conduit ou laissé libre dans un espace délimité par l'Homme. Les termes, parfois désuets ou péjoratifs selon les régions françaises, correspondent à une prairie naturelle, parfois plus ou moins arborée et forestière, plus ou moins humide, qui sert directement de pâturage nourricier, en français moderne.
Les réseaux ouverts de pâturages sont appelés parcours.
Pastoralisme désigne l'utilisation traditionnelle des pâturages et parcours par les bergers et leurs troupeaux, très variée selon les pays.
Présentations étymologiques et évolutions sémantiques vignette|Pâturage avec Yaks, Tibet.
Les termes « pâture » et « pâturage », appartenant à la famille de mots du verbe latin pascĕre, signifiant paître, sont polysémiques en françaisLe verbe latin décliné en pasco à la première personne de l'indicatif présent, pāvi au parfait, pastum au supin, pascěre à l'infinitif présent, a de nombreuses significations. D'abord « faire paître, mener paître, faire l'élevage, élever des bêtes » ce qui est la tâche des pasteurs des divers troupeaux d'un domaine, ensuite de manière générique « nourrir, entretenir, alimenter » et enfin selon deux sens métaphoriques, « nourrir, développer, faire croître » et « repaître, réjouir » outre les emplois poétiques (donner en pâture, paître, brouter, ruminer). Dictionnaire latin-français Gaffiot. Ils apparaissent dans le Livre des Rois en 1190, par évolution et adaptation du mot latin classique féminin pastūra,æ, signifiant "l'action de paître, de brouter une pâture". Ce dernier mot latin, de sens initial assez restreint mais étendu lorsqu'il est passé en bas-latin, provient de pastus, us, de genre masculin, signifiant la pâture (espace de nourriture herbeuse), la nourriture des animaux, l'alimentation végétale de l'homme, et dans un sens étendu, la nourritureDictionnaire latin-français Gaffiot. Cette extension sémantique s'est préservée dans les langues romanes, et en particulier en français.
Le verbe ancien français pasturer, à l'origine du verbe pâturer, est attesté vers 1130-1160 dans le roman d'EneasDictionnaire étymologique Dauzat, Dubois, Mitterand, Larousse. Le mot ancien français pasturage, formé par suffixation de pasture, signifie le fait de pâturer, d'être à la pâture ou encore d'en avoir le droit. En effet, pour mener les bêtes à la pâture, il faut posséder des droits de pâturages et avoir un droit d'usage ou un contrat en bonne et due forme, en conséquence payer suivant diverses modalités ou échéances, aux seigneurs. L'ancien français pasture possède aussi d'autres significations, en particulier le pâturon, la corde avec laquelle on attache le cheval par le pâturon (du latin pastoria), ou toute corde ou système technique pour attacher l'animal et le laisser paître.
Le mot pacage, du bas-latin pascuaticus provient du mot latin pascuum, signifiant pâturage, c'est aussi un substantif du verbe pascere signifiant paîtrePacage par le TLF. Le pacage désigne originellement en français les herbages sauvages ou adéquatement préparés où le paysan va nourrir et engraisser les bestiaux et éventuellement la volaille. Le mot pâtis est attesté en ancien français en 1119 sous la forme pastiz, produit de l'évolution du latin populaire pasticium du latin classique pastus, désignant la pâture, de la même famille que pascere. Le mot pâquis, plus commun dans l'est de la France, possède la même origine que celle de pâtis. Selon le trésor de la langue française, il s'agirait d'une variante dialectale par croisement avec pasquier « pâturage », attesté en 1251 dans le dictionnaire Godefroy, du latin populaire pascuarium « pâturage » attesté vers 955-985, il provient de l'ancien français paaquis attesté en 1284, et ne prendrait qu'en 1671 sa forme définitive pâquisPâquis par le TLF. Le terme pacage(s), souvent au pluriel, s'applique à des espaces étendus, souvent en statut d'indivision, qui ont régressé du fait de l'emprise foncière ou ont été abandonnés... Ce sont ainsi souvent des pâturages non entretenus. vignette|Animaux en pâturage Le terme pacage, polysémique à l'instar de pâturage, a été au généralisé à l'élevage piscicole ou au mode de nourriture piscicole, avec par exemple le pacage lacustre.
L'usage du substantif de genre masculin pâtis, attesté depuis 1740 ou à la fin du avec la forme pastis, est largement préservé par la microtoponymie paysanne, mais dévalorisé par son contenu nutritif à l'instar du pastural, il s'agit aujourd'hui d'un mot vieilli et régionalPâtis par le TLF. Cette dévalorisation en "terres incultes" concerne souvent les terres laissées exclusivement aux pâturages. Ce jugement généraliste déclassant tout ce qui n'est pas cultivable ou proprement cultivé obéit à des critères agricoles de l'époque.. La bonne gestion collective de cet espace herbacé justifie les pâtis communaux reconnus après la Révolution. Mais le mot a servi relativement tôt, peut-être avant le malgré l'adjectif gras qui qualifie les riches pâtis fabuleux de La Fontaine, et surtout le , à indiquer une terre inculte, des landes ou des friches, bref de maigres pâtures sur lesquelles les paysans laissaient paître par défaut leur gros ou petit bétail. En ce sens précis, le pâtis se distingue du pâturage, source de nourriture herbacée plus noble. Ainsi, les grands espaces de pâtis semés de bois et de buissons, d'épines après l'exode rural, se nomment parfois pacage (voir Broussailles). Ces pâtis ou parcelles de pacage étaient attribués par l'autorité seigneuriale ou communautaire et permettaient de créer un espace de prairie naturelle pour les troupeaux communautaires ou de particuliers.
Le substantif pâquis a été encore plus facilement oublié, alors qu'il est également préservé par la micro-toponymie actuelle de l'est de la France. En Lorraine, au , le pâquis est un espace ouvert, c'est-à-dire une partie du finage nommé "campagne", la plupart du temps une terre pauvre, laissée à la pâture, un pâturage placé sous le statut juridique de l'indivision, notamment communautaire ou propre aux communs, et placée après la Révolution sous l'égide communaleJean-Pierre Husson, La Lorraine des Lumières, voyages dans les temporalités et les territoires, éditions Vent d'Est, 2016, 310 pages. . En particulier Lexique pp 291-294.. Mais les pâturages ne sont pas seulement des champagnes ou pays ouverts, autrefois ils incluaient les friches, les communaux, les landes, les bruyères, les bois ouverts, les milieux humides parfois arborés qui n'étaient pas ou plus aménagés en prairies humides ou de fauche...
Vocabulaire L'adjectif pastoral, les mots pâtre ou pastoureau, tout comme pastourelle en art et pastorat en religion, sont associés au sens originel latin, aux vocables pâture et pâturage.
L'éleveur emploie à la fin du plus familièrement l'expression "mettre au pâturage" ou "lâcher dans les prés". Il faut signaler que le pâturage, parfois qualifié par l'adjectif naturel, représente fréquemment une prairie de qualité moyenne dans les exploitations productivistes du , la plupart du temps jugée insuffisante pour assurer l'engraissement des animaux destinés à la boucherie ou pour alimenter les vaches productrices de lait. En effet, la gestion des pâturages est un art difficile, le plus souvent perdu avec la mécanisation et la perte des techniques traditionnelles, demandant une présence et surveillance constante de l'éleveur. Les pâturages artificiels ou améliorés sont constitués de plantes fourragères que l'éleveur sème, ce dernier peut alors faire paître sur place ou couper pour affourager à l'étable ou aux bêtes maintenues en stabulation. La première mise au pâturage d'un jeune animal herbivore, autrefois nommé élève, nécessite un assez long temps d'apprentissage pour bien savoir brouter, ainsi le veau à peine sevré apprend en regardant, en imitant, les vaches adultes du troupeau qui font son éducation pratique, l'éloignant par instinct des zones déjà pâturées, souvent souillées de bouses, potentiellement toxiques. Un savoir éthologique, fruit de lointaine accoutumance à vivre-ensemble et observations partagées, des anciens éleveurs, il est vrai souvent mutiques et peu enclins à s'exprimer en conférences ou par écrit, a été retrouvé en partie par la démarche scientifique. Même pour les animaux, savoir pâturer ou brouter reste une technique qui s'apprend essentiellement par transmission de savoir.
Les pâturages sont bizarrement qualifiés par l'adjectif accidentel, du point de vue de l'agriculture intensive, comme si le troupeau s'était échappé pour accomplir d'irrémédiables dégâts, ainsi les pâturages accidentels désignent au ce qui était autrefois la jachère ou versaine, le chaume après la moisson, le parcours des prairies naturelles ou artificielles, voire des champs de céréales couchés ou non récoltés.
Histoire et techniques herbagères paysannes
Le pâturage désigne l'espace où l'éleveur fait paître le bétail en certains moments de l'année. Il existe le vieux pâturage caractérisé par une pâture itinérante, à diverses fréquences annuelles, par un type de pâture à rythme pendulaire réversible, impliquant la sortie du troupeau aux alentours de l'étable d'hiver, puis vers les mayens ou pâturages de mai en moyenne montagne, pour culminer vers la saint Jean sur les estives d'altitudes, alpages ou chaumes, avant de redescendre, ou encore de manière plus évoluée par une pâture régulée et tournante, évitant le surpâturage. Le temps de repos nécessaire à la repousse de l'herbe est variable selon les lieux et les saisons. En moyenne approximative, sur les bons pâturages, un mois en avril, de l'ordre de deux semaines au mieux en mai, plus de 25 jours en juin et juillet, plus d'un mois en août avec une herbe plus courte, plus de deux mois en automne et plus de quatre durant les hivers douxMarcel Lachiver, opus cité.. Il reste qu'il est difficile de généraliser un modèle ou une représentation pertinente, tant la diversité des pâtures et pacages ou des climats étaient autrefois importantes, couvrant des espaces d'étendues pierreuses ou sableuses, des chaumes quasi-désertiques à herbes rapidement sèches à des zones humides et fraîches ou pâtis à végétation luxuriante comprenant grands arbres, haut herbage et étangs à roselière, ou encore des marais méridionaux fréquentés en période froide et insalubres et mortels en période estivale.
L'éleveur peut programmer une chaîne de pâturage (appelée aussi rotation de pâturage) : il élabore un circuit de pâturage en fonction des possibilités de ressources (composition, stade de développement) par rapport à la végétation disponible. Le type de sol, l’exposition, l’accès à la ressource, la présence de zone de repos, de point d’abreuvement, le faciès de végétation, la taille du troupeau, l’état de sortie souhaité, dictent son choix quant à l'utilisation successive des parcelles au cours de la campagne..