vignette|An Jung-sik (1861-1919). Hymne parmi les arbres, encre sur papier, 1910 vignette|Jarre de lune. Porcelaine à glaçure blanche, 'pleine lune'. Dynastie Joseon. . H. . British Museum. vignette|La famille tigre. Rouleau vertical, encre et couleurs sur soie, H. . Fin . Période Joseon. Cleveland Museum of Art vignette|Yun Du-so (1668-1715). Autoportrait, v. 1700, encre et couleurs sur papier. H. .Collection privée, Corée

Lart coréen recouvre l'ensemble des arts pratiqués sur le territoire de la Corée depuis la Préhistoire, et à l'époque contemporaine cela concerne aussi l'importante diaspora coréenne, résidant plus ou moins temporairement hors de Corée.

Le concept occidental d'art, (), misul, n'est introduit qu'en 1911., dans une Corée qui venait d'être annexée (le ). Mais plusieurs traditions, qu'elles aient été populaires, de tout temps, ou savantes, ont valorisé les objets que l'Occident qualifie d'art. Dans cet article, le concept d'art est employé dans son sens le plus large.

La Préhistoire de la Corée commence vers avec les premiers sites paléolithiques. Vers avant l'ère commune (AEC), la poterie apparait en plusieurs sites très distants. Au Néolithique coréen (sans agriculture intensive), la céramique la plus connue de cette période dite « de la céramique Jeulmun » (8000-1500 AEC) porte un décor réalisé, en grande partie, au peigne ou par hachures régulières. Ce sont souvent des formes simples, coniques, décorées de haut en bas. Réalisés sur une très longue période, les 300 pétroglyphes de Bangudae (6000-1000 AEC) montrent, de manière tout à fait exceptionnelle, la pêche à diverses espèces de baleines et autres animaux marins. À l'âge du bronze, qui commence avec la période de la céramique Mumun (env. 1500-300 AEC), quelques miroirs sont déposés dans des tombes avec un décor caractéristique des steppes. On découvre aussi de belles jarres à contenir les réserves. Car vers 1500, la culture en rizière inondée se développe. Au AEC, des Coréens migrent dans l'archipel japonais de la période Yayoi, au cours d'un épisode froid. Ils apportent leur savoir faire en matière de rizières et les formes des céramiques s'hybrident au contact des deux communautés. Sur la péninsule, la culture du poignard de bronze produit des « copies » de ces poignards, ou dagues, des substituts taillés dans une roche souvent marbrée, énigmatiques. On les trouve également dans l'archipel. C'est en outre la grande époque des dolmens coréens (entre 2000 et 400 AEC), petits mais les plus nombreux au monde. La technologie du fer voit le jour ensuite vers 300 AEC. La Corée, riche en minerais, saura mettre à profit son commerce avec l'archipel - période Yayoi (800 AEC - 250 EC), puis période Kofun (250 à 538) - ce qui va créer pour plusieurs siècles des tensions dans toute la région.

Au cours des premiers siècles de notre ère, avec les guerres qui opposent les Trois Royaumes de Corée (57 AEC - 668 EC) (Koguryo, Baekje et Silla) et la confédération de Gaya la migration des Coréens reprend vers l'archipel, le royaume de Yamato étant lui-même en train de se constituer au cours de la période Kofun. Pendant cette longue durée les grès constituent une céramique de luxe. Elle prend, de façon tout à fait exceptionnelle, la forme d'un cavalier sur sa monture. Les peintures préservées sont rares. Mais l'ancien royaume de Koguryo abrite de très nombreuses tombes à peintures murales, aux couleurs intenses, dans un style proche de leurs voisines, en Chine. Ensuite, lorsque Silla unifie la Corée (668-918 env.), le bouddhisme, venu par la Route de la soie, apporte la pratique des petits bronzes pour la dévotion privée. Les Coréens en transforment les modèles, et ensuite transmettent leur interprétation au Japon de la période d'Asuka (538 à 710).

Le royaume de Goryeo (918-1392), au contact des Song (960-1279), en Chine, produit les plus beaux céladons de l'époque, incrustés selon une technique inventée en Corée. Les amateurs chinois apprécient ces objets de grand luxe. C'est un marché en pleine expansion. Le royaume se couvre alors de fondations bouddhistes, temples, monastères. Quelques peintures en couleurs sur soie en gardent le souvenir, avec des Bodhisattvas aux vêtements somptueux. Cette période s'achève dans d'énormes destructions perpétrées par les Mongols (campagnes de 1232 à 1258), avec la déportation de populations entières.

La période Joseon (1392-1910), dure sept siècles. Elle est brisée en deux par les guerres (1592-1644) et connait donc deux temps. Le premier, , est une sorte de Renaissance comme l'Occident en a connu. Le néoconfucianisme au pouvoir conduit à des mesures radicales, vie sobre, luxe proscrit, le bouddhisme considérablement réduit. Les lettrés, dans leurs peintures au lavis d'encre, s'inspirent de modèles chinois avec bonheur. Sur le plan artistique, les potiers doivent se renouveler complètement. Ils mettent au point les grès buncheong (au ) qui conviennent parfaitement à la simplicité recherchée. Le savoir faire des potiers va attirer l'attention de l'élite japonaise, au point que le Japon va déporter pratiquement tous ces potiers sur leurs îles, à la fin des invasions japonaises de 1592-1597 (guerre d'Imjin). La seconde période suit la reconstruction, et couvre la fin du . Jusqu'à la fin du , c'est une période de prospérité et de paix. C'est la grande période de la porcelaine blanche peinte ou immaculée. Par ailleurs, les réalisations des jésuites à la cour de Pékin donnent aussi des idées aux Coréens. Ceux-ci interprètent la perspective centrée, le clair-obscur, la nature morte, dans leur culture de lettrés et aussi dans la peinture décorative. Les peintres professionnels de l'art populaire, minhwa, intègrent tout cela et développent une grande vivacité graphique, en particulier dans les images de tigres que l'on colle sur la porte pour protéger sa maison. Pour les lettrés, le paysage tel qu'il est vu, et non plus idéalisé à la manière chinoise, et aussi les scènes de la vie quotidienne montrent tout l'intérêt de cette période pour l'étude du réel et un esprit d'innovation certain. Enfin, le s'enlise dans les désordres causés par l'égoïsme des puissants. Mais c'est encore une période de riches productions artistiques. La Corée est annexée par le Japon en 1905.

Au , les valeurs occidentales sont introduites massivement. C'est d'abord le terme misul, art, avec le naturalisme, déjà entrevu dès le . C'est surtout la peinture à l'huile avec tout son potentiel, dans le modelé naturaliste, dans la couleur, avec les jeux de matières plus ou moins épaisses. Les artistes coréens, formés à Tokyo, communiquent ce « bagage » moderne en Corée, mais le public conserve longtemps son attachement aux formules traditionnelles. Les années 1950 voient de nombreux artistes coréens à Paris, puis le mouvement s'internationalise. Mais la plupart se déplace vers Tokyo. Une grande vague d'art abstrait monochrome, ou de paysagisme abstrait, s'impose jusqu'à la fin des années 1970. Les années 1980 voient, par réaction, l'Art minjun qui veut s'adresser à tous, avec des images immédiatement « lisibles », engagées contre le pouvoir autoritaire des années 1980. Dans le même temps, une part grandissante des artistes coréens intègre la dynamique créatrice du champ élargi de l'art, avec de nouveaux moyens bien sûr, mais pas seulement. Dans cette nouvelle génération d'artistes, le créateur de l'Art vidéo est un Coréen, Nam June Paik, et son succès est planétaire. Lee Ufan a un rôle essentiel sur la scène internationale dans la fondation de Mono-ha, au Japon en 1968. À la génération suivante, Kimsooja, avec un esprit tout aussi dégagé des conventions, aborde des sujets aussi graves que la migration et utilise la vidéo, l'art textile et la performance. Les artistes coréens de renom international sont légion. Tandis que d'autres artistes, en Corée et dans la diaspora, reprennent le pinceau et l'encre dans le contexte du monde actuel.

Histoire et arts : vue d'ensemble Préhistoire

La péninsule présente des sites du Paléolithiques remontant à AEC, appartenant à une population de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs qui traversent un long Paléolithique ancien (env. –). qui se prolonge dans le Paléolithique moyen. Sur cette très longue durée, le travail de la pierre taillée est sobre, limité essentiellement à quelques grands enlèvements, efficace. Ces Paléolithiques réalisent aussi de nombreux polyèdres et des sphères, par un travail bien plus long. Le résultat ressemble, pour les plus travaillés, à des bolas.

Au Paléolithique récent (40.000 - 10.000) on voit surtout apparaitre, dans les outils, des roches qui viennent de très loin, comme l'obsidienne dans des endroits forts éloignés de ce type de matériaux, noirs, brillants, tranchants. Les représentations, humaines ou animalières sont très rares, avec incisions et percements "figuratifs".

À partir de - : pour la suite de cette partie. des poteries sont réalisées par des chasseurs-collecteurs, considérés comme Néolithiques bien qu'ils pratiquent, mais fort peu, la culture du millet. Aucune véritable hiérarchie sociale, qui caractérise habituellement le Néolithique, n'apparait pendant cette période de la céramique Jeulmun. Les poteries témoignent d'une grande originalité, avec, en particulier, des motifs appliqués qui structurent le volume à grands traits, en produisant des divisions régulières fortes. Plus tard, ce sont des motifs « au peigne » (d'où le terme « Chulmun ») qui en couvrent la surface, bien que les potiers aient utilisé aussi d'autres outils pour leurs décors et pratiquent les hachures régulières. Par ailleurs, dans le contexte d'un site coquiller, sur une île au large de Pusan, on a découvert un étrange « masque » façonné dans une coquille, et tout à fait semblable à des coquillages de ce type trouvés dans l'île de Kyūshū. Le niveau, daté (C14) d'environ 5000 AEC, comportait des fragments de poterie du Jomon ancien du nord-est de Kyushu.. La pratique des bracelets de coquillages se retrouve aussi dans les deux populations. Il existait, donc, entre pêcheurs, des relations avec l'archipel dont témoigne cette première figure, bouche ouverte.

vignette|180px|centré|Masque. Coquille L.. Tongsam-dong niveau 3 vers 5000 AEC.Musée national de Corée.

Les 300 pétroglyphes de Bangudae (6000-1000 AEC) constituent un ensemble exceptionnel qui semble correspondre à un mode de vie sans agriculture, page 28.. Il présente des scènes de chasse aux cétacés et autres animaux marins, en bateau, propre à cette époque et à cette région, sur la façade est de la Corée. Parmi ces animaux les cétacés sont nombreux, dont la baleine franche du Pacifique-Nord, la baleine à bosse, la baleine grise, le cachalot ; on découvre aussi les tortues marines, les pinnipèdes et des poissons comme le saumon. Les gravures sont obtenues par piquetage et par raclage de la paroi schisteuse, au bord de cette rivière, à proximité de la confluence avec un fleuve, lequel se déverse dans la mer à quelques kilomètres de là.

La céramique la plus répandue vers 4000-3000 AEC, dite Jeulmun classique, présente des formes simples et un léger décor incisé, tracé au peigne, pour une part. Les combinaisons de motifs incisés montrent souvent la grande habileté des potiers à composer des registres superposés avec divers gestes simples et réguliers. Le Chulmun tardif (2000 à 1500) voit une baisse de l'importance de la consommation de fruits de mer et un renforcement des installations à l'intérieur des terres, ce qui rend la population plus dépendante des plantes cultivées. Entre autres techniques, celle-ci se met à pratiquer une agriculture itinérante sur brûlis, et il semble que la culture du riz apparaisse. C'est le Néolithique final. Mais aucune hiérarchie sociale n'est apparue au cours de cette très longue période, en Corée.

vignette|Miroir de type steppique, en bronze moulé, D. . Environs de Pyongyang. Période Gojoseon, début de l'âge du fer. Musée national de Corée

Nord de la péninsule et contacts