est une mangaka japonaise, née le à Tokyo où elle est morte le . Son œuvre la plus célèbre est le manga humoristique , une histoire située en Mandchourie où une jeune fille doit s'occuper d'un petit garçon espiègle.
Après un apprentissage auprès du mangaka Katsuji Matsumoto, Ueda publie ses premiers mangas en 1937 ; comme son mentor, elle dessine principalement des mangas humoristiques, aussi bien dans les magazines Magazines pour filles ; ils proposent à l'origine divers contenus (articles, littérature, mangas), avant que la plupart d'entre-eux ne se spécialisent dans la publication de mangas vers la fin des années 1960. que dans la presse généraliste. Avec sa consœur Machiko Hasegawa, elle est l'une des rares femmes mangakas à avoir commencé sa carrière avant la Seconde Guerre mondiale tout en ayant réussi à connaître le succès après-guerre.
Elle a grandi dans l'empire du Japon, entre la Mandchourie et le Japon ; son expérience de vie heureuse sur le continent colonisé, et par contraste les affres de l'évacuation de la Mandchourie qu'elle a vécues, ont profondément marqué son œuvre, particulièrement joyeuse et lumineuse.
Elle meurt d'une défaillance cardiaque à l'âge de , alors qu'elle travaille sur le manga depuis trente-cinq ans.
Biographie Jeunesse, 1917-1935 Toshiko Ueda est née le à Tokyo, mais ses parents l'emmènent vivre à Harbin en Mandchourie, quelques jours seulement après sa naissance. Le père de la famille Ueda est un homme d'affaires prospère qui travaille avec la société des chemins de fer de Mandchourie du Sud ; Toshiko Ueda grandit ainsi à Harbin avec ses deux parents, une grande sœur, un petit frère et un serviteur et apprend à parler aussi bien le japonais que le chinois. Lorsque Ueda termine l'école primaire en 1929, sa mère l'amène à Tokyo pour la scolariser dans .
Lors de sa scolarité à Tokyo, Ueda découvre dans les pages du magazine la série manga de Katsuji Matsumoto ; elle décide alors de devenir elle aussi une dessinatrice de manga.. Il s'agit d'un choix particulièrement inhabituel pour une femme de l'époque, et son père voit cette décision d'un mauvais œil.
Début de carrière, 1935-1943 À l'âge de , en 1935, Ueda parvient à rencontrer Matsumoto par l'intermédiaire d'une connaissance de son frère, et elle le convainc de la prendre comme apprentie. Grâce à cet apprentissage, elle est finalement invitée à dessiner des illustrations pour le , magazine scolaire de Shōgakukan, puis elle publie en 1937 sa première série manga dans le . Ceci fait d'elle l'une des toutes premières femmes mangakas, avec Machiko Hasegawa qui a débuté deux ans auparavant.. Sa première œuvre terminée, Ueda dessine ensuite la série dans le quotidien pendant une année.
Après la fin de la publication de , elle intègre un atelier de croquis de style occidental pour parfaire sa technique ; elle y étudie pendant trois ans auprès des peintres Junkichi Mukai et Conrad Meili. Elle continue ensuite à créer des illustrations et mangas pour différents magazines, vivant seule à Tokyo. Toutefois en 1943 sa santé se détériore, et le dessinateur de presse Hidezō Kondō lui explique qu'elle serait et qu'elle devrait d'abord ; elle décide alors de rejoindre sa famille à Harbin pour y travailler et ainsi engranger une expérience de vie.
Intermède, 1943-1951 vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'une armée qui pénètre dans une ville, acclamée par la foule.|Les troupes soviétiques défilent dans la ville de Harbin, le . À Harbin, Ueda travaille dans la société des chemins de fer de Mandchourie du Sud, puis dans un journal local, tout en dessinant divers posters, mais la vie de l'autrice change brusquement lorsque le , l'Armée rouge attaque la Mandchourie ; les forces japonaises stationnées sur place se font rapidement écraser par les communistes. Les soviétiques se retirent ensuite pour laisser la 8 armée de route de Mao Zedong investir la Mandchourie ; face à la répression maoïste, la famille Ueda trouve refuge chez des amis chinois qui les hébergent jusqu'en 1946, après quoi ils sont contraints de fuir. Les Ueda tentent de revenir au Japon, mais le père de la famille est capturé par les maoïstes, qui l'accusent d'être un criminel économique de guerre ; il sera exécuté après quelques jours de détention, mais le reste de la famille Ueda ne l'apprendra que trois ans plus tard.
De retour au Japon en 1946, elle doit subvenir aux besoins de sa famille ; elle est engagée par la radio publique NHK pour travailler avec la section du commandement suprême des forces alliées afin de vanter la démocratie souhaitée par les États-Unis. À côté de ce travail, elle dessine des illustrations et des mangas, comme ou , pour le magazine à partir de 1949. En 1951, le cesse d'être publié, et la NHK lui demande de partir travailler aux États-Unis, ce qu'elle refuse, provoquant sa démission. Elle se marie alors, mais ne parvient pas à accepter son nouveau rôle de femme au foyer ; elle divorce très rapidement, retrouvant ainsi son indépendance.
Suite et fin de carrière, 1951-2008 Constatant qu'il est désormais tout à fait possible pour une femme de vivre de ses mangas grâce à l'exemple de Machiko Hasegawa, devenue particulièrement célèbre avec sa série , Ueda retourne à son activité de départ : dessiner des mangas. Ainsi en 1951 elle publie le manga dans le magazine . Elle publie ensuite entre 1955 et 1961 dans les pages du magazine Ribon ; la popularité de l'œuvre est suffisamment importante pour que son héroïne devienne la mascotte du magazine le temps de sa publication..
En parallèle de , l'autrice dessine pour le magazine Club entre 1957 et 1962. La série rencontre un succès encore plus important et devient l'œuvre représentative de Toshiko Ueda ; là encore l'héroïne du manga est choisie pour être la mascotte du magazine.
Forte de ces deux succès, elle dessine ensuite de nombreux mangas dans les magazines ainsi que dans la presse généraliste, toujours avec un certain succès. La notoriété acquise n'empêche toutefois pas Ueda de se sentir quelque peu dépassée par sa consœur Hasegawa. Finalement, Ueda se concentre uniquement au dessin de la série , publiée à partir de 1973 dans la revue , un magazine d'art de vivre pour femmes âgées.
Elle meurt le d'une défaillance cardiaque à l'âge de , alors qu'elle travaille toujours sur .
Œuvre Des mangas lumineux L'œuvre de Toshiko Ueda est décrite comme lumineuse, énergique et humoristique ; la mangaka raconte qu'elle a appris de son rapatriement depuis la Mandchourie que l'humour est le principal nutriment de l'esprit.
Ses mangas sont essentiellement des tranches de vie, à tendance humoristique ou éducative ; l'autrice explique que pour élaborer de telles œuvres, elle doit se maintenir au courant de l'actualité, en allant de la politique ou du sport, jusqu'au prix des produits de supermarché. Elle lit ainsi de nombreux journaux et passe beaucoup de temps à faire les boutiques et à discuter avec des personnes afin de capter des sujets potentiels.
Du fait que le titre de la plupart de ses œuvres soit construit à partir du nom du personnage principal auquel est ajouté un suffixe honorifique , Ueda gagne dans l'industrie le surnom de , d'après le suffixe .
Style Ayant commencé le dessin de manga avant la guerre sous le patronage de Katsuji Matsumoto et de peintres au style occidental, Ueda appartient à une école pré-datant celle d'Osamu Tezuka ; son style se démarque nettement des autres mangas des années 1950, ou non, qui s'inscrivent globalement dans le style dynamique de Tezuka. Le journaliste Kanta Ishida souligne qu'elle possède néanmoins sa propre façon de dépeindre les traits dynamiques.
L'artiste Yoshitomo Nara note quant à lui l'influence des peintres chez qui elle a étudié, donnant à son trait un aspect , et bien plus que la plupart des mangas des années 1950. Nara rapproche ainsi les traits de la mangaka aux courbes de certaines sculptures comme celles d'Auguste Rodin..
Toshiko Ueda précise qu'elle cherche à rendre ses dessins vivants et elle considère que ses traits doivent être inimitables, car ils constitueraient l'énergie vitale de l'œuvre.
Mémoires de Mandchourie vignette|alt=Photographie noir et blanc d'une rue avec de nombreux passant et une automobile.|Le cœur cosmopolite de Harbin dans les années 1920. La Mandchourie, en tant que lieu d'une enfance heureuse mais aussi celui de la mort de son père, est une région importante dans l'œuvre d'Ueda ; l'autrice ne retournera jamais dans la région, même si elle a visité plusieurs fois la Chine après la guerre.
L'œuvre principale de la mangaka, , est située en Mandchourie lors de la domination japonaiseL'époque exacte dépeinte dans le manga n'est pas clairement définie : la Mandchourie passe sous domination économique japonaise après la guerre russo-japonaise (1904-1905), puis devient l'état fantoche de Mandchoukouo en 1932. ; la région y est dépeinte comme prospère, heureuse et cosmopolite. Les personnages principaux, Fuichin et Li Chu, sont chinois tandis que les autres personnages de l'œuvre sont majoritairement chinois ou russes, et très peu japonais. Yoriko Kume, universitaire en lettres japonaises, voit dans cette œuvre une tentative pour l'autrice de transcender la réalité en offrant un univers idyllique où les conflits entre nations et où les malheurs de la colonisation n'existent pas. Yoshitomo Nara y voit quant à lui une forme d'humanisme, un monde d'enfants qui ne connaissent pas encore les préjugés.
En dehors des mangas, Ueda témoigne de son histoire en 1995 dans l'ouvrage (Ma Mandchourie)., dans lequel divers autres mangakas, comme Tetsuya Chiba ou Fujio Akatsuka, racontent leurs expériences de la région et du rapatriement. Ueda participe aussi à l'élaboration du roman d'Ineko Sata en dessinant les croquis préliminaires ; Sata est une amie de la famille Ueda et a conçu ce roman à partir de l'histoire de la famille en Mandchourie.
Distinctions De son vivant, Ueda voit son œuvre primée à trois reprises.. Elle reçoit ainsi le prix Shōgakukan en 1959 pour et , puis deux fois le prix de l'Association des auteurs de bande dessinée japonais, avec le d'excellence en 1989 pour et le du ministre de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie en 2003 pour l'ensemble de sa carrière.
En outre, Ueda a été cinq fois membre du jury pour le prix du manga décerné par le quotidien .
Noms de plume Née , l'autrice a utilisé tout au long de sa carrière trois noms de plume, qui se lisent tous , mais dont l'orthographe diffère : : principalement utilisé dans les magazines ; : principalement utilisé dans les journaux ; : utilisé plus tardivement.
Postérité Toshiko Ueda est, avec sa consœur Machiko Hasegawa, l'une des rares femmes mangakas à avoir commencé sa carrière avant la guerre ; malgré cela, sa carrière est restée dans l'ombre de celle de Hasegawa et ainsi peu d'études ont été réalisées sur Ueda ou son œuvre, au point que certaines biographies sur l'autrice considèrent qu'elle a commencé sa carrière après la guerre.
Pour autant, l'importance de la mangaka dans le segment du manga lors des années 1950 et 1960 ne fait pas de doute ; ainsi lors de la seconde moitié des années 1950, jouit d'une popularité similaire à celle de Princesse Saphir d'Osamu Tezuka. De par son statut de pionnière et de par l'influence qu'elle exerce sur le manga de l'époque, certains commentateurs, comme le journaliste Kanta Ishida, la considèrent comme la .
Elle exerce en outre une influence directe sur des mangakas tels que Fumiko Takano. ou Motoka Murakami, qui lui dédie notamment , un manga biographique en qui retrace la vie de l'autrice, publié entre 2013 et 2017 dans le .
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie . . . . . . .
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