Le palais de l'Élysée, dit l'Élysée et anciennement l'Élysée-Bourbon, est un ancien hôtel particulier parisien, situé au de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le de Paris. Il est le siège de la Présidence de la République française et la résidence officielle du chef de l'État depuis la République. Son actuel résident est Emmanuel Macron, président de la République depuis le .
Les médias utilisent par métonymie pour désigner les services de la présidence de la République.
Construit par l'architecte Armand-Claude Mollet en 1720 pour Louis-Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux, il est financé par le beau-père de ce dernier, Antoine Crozat, armateur négrier et homme le plus riche de France. En 1753, l'hôtel particulier est offert par à sa favorite, la marquise de Pompadour, puis devient le palais princier de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon . Ce dernier en fait en 1805 sa résidence impériale. Son neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française, y habite également à partir de 1848.
Histoire Hôtel du comte d'Évreux
Un comte sans hôtel parisien Après la mort de , en 1715, dont la fin de règne rime avec une certaine austérité, le régent du royaume, Philippe d'Orléans, délaisse Versailles au profit de Paris, entraînant avec lui la Cour, qui dès lors s'y fait construire comme les membres de la bourgeoisie divers palais et hôtels particuliers..
vignette|redresse|gauche|Le comte d'Évreux, commanditaire du palais de l'Élysée, peint par Hyacinthe Rigaud vers 1720.
La même année, Louis-Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux et gendre d'Antoine Crozat, première fortune de France, sollicite du Régent la capitainerie des chasses de Monceaux. Ce dernier aimant se moquer des courtisans désargentés lui rétorque : . La moquerie affecte directement le comte qui n'a pas de demeure parisienne digne de ce nom ; Saint-Simon disait d'ailleurs de lui : .
Le comte d'Évreux vend alors au célèbre banquier John Law son comté de Tancarville, en Normandie, pour (alors qu'il l'avait acheté dix ans auparavant à la duchesse de Nemours pour ) et rachète pour le marais des GourdesEn référence à la culture de cucurbitacées., terrain d'une trentaine d'arpents (une dizaine d'hectares). ayant jadis appartenu à André Le Nôtre. Le bien est situé entre l'actuelle rue du Faubourg-Saint-Honoré, alors simple chaussée bordée de masures au toit de chaume menant au village du Roule, et le Grand Cours (Champs-Élysées), lieu de promenade créé par Colbert dans l'axe des Tuileries (les lieux sont alors bien moins chers qu'à Paris même). Il n'y a alors encore aucun hôtel particulier, ce ne sont que jardins maraîchers, bois, pépinières et une léproserie, mais le projet de construction de la future avenue des Champs-Élysées va rapidement y amener architectes et aristocrates qui veulent quitter le centre-ville devenu trop exigu. L'ancien propriétaire du terrain, l'architecte et contrôleur des bâtiments du roi Armand Claude Mollet (futur architecte de et allié des Le Nôtre à qui il rachète le marais des Gourdes, jouant au spéculateur immobilier), prévoit dans le contrat de vente qu'il soit chargé d'y construire un hôtel destiné à la résidence du comte d'Évreux..
Financement grâce aux profits de l'esclavage colonial vignette|redresse|Le financier et armateur négrier Antoine Crozat, beau-père du comte d'Évreux et fournisseur d'une dot considérable de .
Pour s'assurer un train de vie en accord avec son rang, le comte d'Évreux, âgé alors de 33 ans, a épousé en 1707 Marie-Anne Crozat, 12 ans, la fille d'Antoine Crozat, homme d'affaires et armateur négrier toulousain considéré comme l’homme le plus riche de France au début du . Sa fortune est bâtie sur l'esclavage colonial et la traite négrière, et en particulier par la Compagnie de Guinée, société maritime ayant pour mission d’organiser depuis le port de Nantes, l'acheminement du plus grand nombre possible d’esclaves noirs vers la colonie de Saint-Domingue, et de remplacer sur l’île, le tabac par le sucre.. Les profits permettent à Antoine Crozat de fournir une dot considérable de . Selon Louis-Georges Tin : « sans la fortune d’Antoine Crozat, sans la traite négrière, le palais de l'Élysée n’aurait sans doute pas vu le jour ». Le 21 mai 2026, à l'occasion des 25 ans de la loi Taubira, la Fondation pour la mémoire de l'esclavage remet une plaque au président de la République. Celle-ci rappelle que la construction cœur historique du palais a été financée « par la fortune d’Antoine Crozat, amassée lorsqu’il était le principal acteur de l’économie esclavagiste de l’empire colonial français sous Louis XIV »Texte de la plaque : « Initialement édifié à partir de 1718 comme l’hôtel du Comte d’Evreux (Louis-Henri de la Tour d’Auvergne, 1679-1753), le cœur historique du Palais de l’Elysée a été financé par la fortune d’Antoine Crozat (1655-1738), son beau-père, amassée lorsqu’il était le principal acteur de l’économie esclavagiste de l’empire colonial français sous Louis XIV. Entre 1626 et 1848, 4 millions de personnes ont été réduites en esclavage dans les colonies françaises d’Afrique, des Amériques et de l’Océan Indien : 1,5 millions de personnes nées en Afrique et victimes de la traite et 2,5 millions de personnes nées en servitude dans ces colonies. La France leur rend hommage, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui se sont battus pour l’abolition de l’esclavage. Leurs combats ont permis à la République française de réaliser pleinement la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle porte depuis toujours. » ()..
Ce mariage arrangé répond au souci des nobles de la fin du règne de de trouver de l'argent, dépensé dans les fastes de la Cour et les guerres, et au désir des bourgeois de s'élever socialement. En mariant sa fille à un comte, Antoine Crozat s'ouvre ainsi les portes de l’aristocratie. Toutefois, regrettant ensuite son mariage avec une jeune fille aux origines plus modestes que les siennes, le comte la congédie le , le jour du bal de l'inauguration de l'hôtel à laquelle assiste sa maîtresse, la duchesse de Lesdiguières. L'épousée, désormais exclue de cette « folie » du comte où il reçoit ses maîtresses, demande la séparation, ce qui implique que son mari rende la dot à son beau-père. Le comte, enrichi par la spéculation sur le système de Law (notamment sur la Compagnie des Indes), la rembourse...
Remarquable édifice thumb|right|L'hôtel d'Évreux selon le plan de Turgot, vers 1737.Édifié entre 1718 et 1720 et décoré entre 1720 et 1722, l'hôtel d'Évreux, demeure imposante au milieu des modestes échoppes du faubourg Saint-Honoré, est aménagé selon les principes d'architecture en vogue à l'époque. Il y a un corps de bâtiment de deux étages, élevé sur un vaste sous-sol. Il reste l'un des meilleurs exemples du modèle classique ; il commence par un vestibule (rez-de-chaussée à colonnes, évidé pour que les visiteurs n'attendent pas sous la pluie) dans l'axe d'une cour d'honneur (de part et d'autre de cette cour arrondie, se trouvent deux murs à arcades, dissimulant les dépendancesÀ gauche du portail d'entrée, logement de Suisses, serre pour les orangers, bûcher, salle « du commun », cuisines, office ; à droite, second logement de Suisses, étable, forge, cour des remises et des écuries. et deux basses-cours réservées aux fournisseurs et aux travaux des domestiques), un corps centralSa façade sur cour a un avant-corps central couronné d’un fronton et deux avant-corps latéraux, ou pavillons, qui gardent la trace des ailes du château traditionnel de la Renaissance et abritent les escaliers montant à l'étage noble, son appartement de parade en rez-de-chaussée avec un grand salon qui, en son milieu, s'ouvre sur le jardin composé de quatre parterres rectangulaires entourés d'une charmille. double en profondeur et à trois degrés (rez-de-chaussée, étage noble et étage sous comble) et deux ailes en équerre de part et d'autre en simple rez-de-chaussée (le Petit Appartement plus facile à chauffer dans l'aile de gauche qui sert de petits appartements au comte, l’Appartement des Bains dans l'aile de droite). La vaste cour d'honneur est bordée de deux murs aveugles à arcades « en défoncé » surmontés d'une balustrade et s'ouvre sur un portail monumental à quatre colonnes ioniques supportant le blason du propriétaire. L'ordonnancement des lieux permet alors toutes les adaptations souhaitées par les propriétaires successifs. Il n'y a pourtant pas encore d'escalier d'honneur, mais uniquement des coursives et le premier étage n'est ni meublé ni décoré, le comte considérant que les travaux lui avaient assez coûté et que, vivant au rez-de-chaussée, de toute manière, le Régent ne voudrait pas visiter l'étage, mais se contenterait des salons d'apparat. En effet, contrairement aux hôtels particuliers de l'époque, qui comportent un rez-de-chaussée de réception, un premier étage pour recevoir des proches et de la famille et des appartements privés dans les ailes, le comte n'aménage que l’appartement de parade du rez-de-chaussée, par économie mais aussi parce qu'il était séparé de son épouse et sans enfant.
Les décors intérieurs, de style Régence, sont réalisés sous la direction de l'architecte Jules Michel Alexandre Hardouin qui remplace Armand-Claude Mollet en 1720. Ils proposent nombre de boiseries, fleurons, rosaces, dessus-de-porte ou rinceaux, et sont essentiellement dus au sculpteur Michel-Ange Slodtz.. Le décor des salons de réception, bien que modifié au cours des siècles, conserve l'essentiel de son aspect d'origine. L'abbé Antonini, en visite, déjà frappé par déclare en outre être étonné par .
L'architecte Jacques-François Blondel, notamment auteur des planches relatives aux palais et hôtels dans lEncyclopédie de Diderot et d'Alembert, sacre l'hôtel « plus belle maison de plaisance des environs de Paris ».
Comme il l'avait promis, le régent vient en personne apporter le brevet au comte, rajoutant en plus 140 toises ( carrés) de terrains pour le féliciter d'avoir relevé le défi. Cela permet d'agrandir le récent jardin à la française et de le fermer en demi-luneForme toujours actuelle, l'avenue Gabriel contourne à cet endroit le demi-cercle.. Le comte d'Évreux fut donc le propriétaire d'un hôtel admiré de tous ses contemporains.. jusqu'à sa mort en 1753.
Résidence de Madame de Pompadour
thumb|upright=1.2|Jardin et hôtel d'Evreux appartenant à Madame la marquise de Pompadour, vers 1750. En 1753, la marquise de Pompadour, une des favorites Louis XV, est charmée par l'édifice, et décide d'en faire l'acquisition. La vente a lieu le de la même année, au Châtelet de Paris. M. Lenote est curateur, M Melin, notaire ; une estimation est faite par l'architecte Desmaisons, elle se monte à . L'achat de la demeure est motivé, selon le marquis d'Argenson, par le statut chancelant de favorite (elle aurait ainsi un lieu où se retirer dignement en cas de disgrâce) ainsi que par sa situation géographique, à la porte de Paris (elle n'était en effet pas populaire auprès du peuple parisien). Néanmoins, elle n'y vit pas régulièrement, partagée entre sa vie à la Cour et ses visites à sa fille Alexandrine au couvent de l'Assomption dans la rue Saint-Honoré voisine ; le décès de cette dernière en 1754 ne l'invite pas à s'y poser, d'autant que des graffitis ornant les murs de l'hôtel, du type « maison de la putain du roi »Simone Bertière, « La Pompadour a-t-elle mené Louis XV à sa perte ? », émission Secrets d'histoire sur France 2, 25 novembre 2007., rappellent que les habitants de ce quartier populaire n'aiment pas la richesse arrogante qu'elle affiche ou son inconséquence lorsqu'elle conçoit un potager qui barre la circulation du Grand Cours (futurs Champs-Élysées).