vignette|Achille pendant la guerre de Troie, tel que représenté dans une ancienne peinture de poterie polychrome grecque (vers 300 ), au Musée national des antiquités de Leyde. Le héros (féminin : l'héroïne) est une personne réelle ou un personnage principal fictif qui, face au danger, combat l'adversité grâce à des exploits d'ingéniosité, de courage ou de force. Ils sont les premiers êtres humains de la littérature, une figure archétypale, un personnage modèle, qui réunit, en lui-même, les attributs nécessaires pour surmonter, de manière exceptionnelle, un certain problème de dimension épique. Du grec ἥρως (hērōs), en passant par le terme latin heros, le terme « héros » désignait à l'origine le protagoniste d'une œuvre narrative ou dramatique. Pour les Grecs anciens, le héros était placé dans une position intermédiaire entre les Dieux et les Hommes, étant, en général, fils d'un Dieu et d'un Mortel (Héraclès et Persée), ou vice versa (Achille). Ainsi, pour les Grecs de l’Antiquité, le héros avait une dimension semi-divine. Les antonymes de héros sont méchant, antagoniste (opposé au protagoniste) et anti-héros (l'antonyme de super-héros étant super-vilain).
Le type original de héros des épopées classiques accomplissait des actes au nom de la gloire et de l’honneur. Les héros postclassiques et modernes, en revanche, accomplissent de grands exploits ou des actes altruistes pour le bien commun plutôt que pour l’objectif classique de richesse, de fierté et de renommée. L'héroïsme qui aboutit au sacrifice de soi s'appelle le martyre. La guerre ou les aventures dangereuses sont l'occupation normale du héros. Il est entouré de nobles pairs et se montre magnanime envers ses partisans et impitoyable envers ses ennemis.
Les exemples de héros vont des figures mythologiques telles que Gilgamesh, Achille et Atalante aux figures historiques et modernes telles que Jeanne d'Arc, Giuseppe Garibaldi, Sophie Scholl, Audie Murphy et Vassili Arkhipov. À travers la bande dessinée, le cinéma et d’autres médias, la culture de masse a popularisé la figure des super-héros, qui sont des individus dotés d’attributs physiques extraordinaires comme un corps pare-balles, la capacité de voler, etc. Il s'agit notamment de Superman, Wonder Woman et Batman. Des décorations modernes utilisent également le mot « héros » dans leurs titres, comme la médaille du Héros de l'Union soviétique.
Étymologie vignette|Persée et la tête de Méduse dans une fresque romaine à Stabiae. Le mot héros vient du grec ἥρως (hērōs), « héros », en particulier celui comme Héraclès avec une ascendance divine ou qui reçut plus tard des honneurs divins. Avant le déchiffrement du linéaire B, la forme originale du mot était considérée comme *ἥρωϝ-, hērōw-, mais le composé mycénien ti-ri-se-ro-e démontre l'absence de -w-.
Selon l'American Heritage Dictionary of the English Language, la racine proto-indo-européenne est *ser, qui signifie « protéger ». Selon Eric Partridge dans le livre Origins, le mot grec hērōs « est similaire » au latin seruāre, qui signifie sauvegarder. Partridge conclut : « Le sens fondamental d'Héra et de héros serait donc celui de « protecteur ». Néanmoins, cette interprétation ancienne est devenue minoritaire, Pierre Chantraine considèrant déjà dans son Dictionnaire étymologique de la langue grecque que les données mycéniennes posent un problème décisif à cette ancienne dérivation par ser-Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque (1968–1980), nouv. éd. mise à jour, achevée par Jean Taillardat, Olivier Masson et Jean-Louis Perpillou, Paris, Klincksieck, 2009..
Robert S. P. Beekes rejette une dérivation indo-européenne et affirme que le mot a une origine pré-grecque. Héra était une déesse grecque dotée de nombreux attributs, notamment la protection, et son culte semble avoir des origines proto-indo-européennes similaires.
Caractéristiques vignette|Jeanne d'Arc est considérée comme une héroïne chrétienne médiévale de France pour son rôle dans la guerre de Cent Ans et a été canonisée comme sainte catholique romaine. L'apparition des héros dans la littérature marque une révolution dans la pensée qui s'est produite lorsque les poètes et leur public ont détourné leur attention des dieux immortels vers les hommes mortels, qui souffrent de la douleur et de la mort mais, les défiant, vivent vaillamment et pleinement et créent, car à travers son propres effort, un moment de gloire qui survit dans la mémoire de ses descendants.
Appréhendé différemment selon les époques, les courants esthético-littéraires, les genres et sous-genres narratifs, le héros est marqué par une projection ambiguë : d'une part, il représente la condition humaine, dans sa complexité psychologique, sociale et éthique ; d’autre part, il transcende la même condition, dans la mesure où il représente des facettes et des vertus que l’homme ordinaire ne peut pas atteindre mais aimerait atteindre – la foi, le courage, la volonté, la détermination, la patience, etc.
Il existe des cas où des individus sans vocation héroïque accomplissent des actions dignes du héros. Il y a aussi ceux dans lesquels des individus font preuve de vertus héroïques pour accomplir des exploits de nature égoïste, motivés par la vanité, l'orgueil, l'avidité, la haine, etc. C'est le cas des chasseurs de fortune (pirates, mercenaires, etc.). De telles exceptions ne les empêchent pas d'être admirés comme des héros ; cependant, ils seront mieux représentés dans l’archétype de l’antihéros. Dans la littérature classique, le héros est le personnage principal ou vénéré de la poésie épique héroïque célébrée à travers d'anciennes légendes d'un peuple, luttant souvent pour la conquête militaire et vivant selon un code d'honneur personnel.
Le héros peut être guidé par des idéaux nobles et altruistes – liberté, fraternité, sacrifice, courage, justice, morale ou paix. A terme, il recherchera des objectifs soi-disant égoïstes (la vengeance par exemple) ; cependant, ses motivations seront toujours moralement justes ou éthiquement acceptables, même si elles sont illicites. Le héros pouvait atteindre l'apothéose, l'élévation au statut de dieu. Le terme vient du grec Apotheoun, signifiant « faire un dieu », « déifier ». Le terme latin correspondant est consagratio.
Origine
Dans le monde indo-européen, la conception sous-jacente au terme de héros remonte à la préhistoire. Selon Jean Haudry, elle est liée initialement à la « traversée de l'eau de la ténèbre hivernale », à la « conquète du soleil » et à l'« obtention de l'année »Jean Haudry, Sur les pas des Indos-Européens : Religion - Mythologie - Linguistique, Yoran Embanner, 2022, p.66. Ainsi, la principale particularité d'Héraclès, par delà le foisonnement des cultes et des légendes, est sa conquête de l'immortalité, ce qu'il nomme la conquête de l'Année (Héra). Ses derniers travaux sont une victoire sur la mort et sa fin symbolise une conquête de l'immortalité solaireJean Haudry, La Religion cosmique des Indo-européens, Milan et Paris, Archè / Les Belles lettres, « Études indo-européennes », 1987, 208-214.. La concordance entre le grec Hēraklễs et le russe Jaroslav montre que la « conquète de l'année » s'est incarnée dans un personnage mythique.
Pour Venceslas Kruta, « la consécration du héros marque donc l’aboutissement du long processus de désagrégation de la société néolithique, où l’individu n’avait pas d’existence en dehors du cadre communautaire. Profondément enracinée, cette condition commencera probablement à être ébranlée, à la suite de l’impact d’idées nouvelles, dès la seconde moitié du millénaire avant J.-C.»Venceslas Kruta, L’Europe des origines, Paris : Gallimard, 1992, p.170
Par la suite, lors de la « société héroïque » (H. Munro Chadwick, The heroic age, Cambridge University Press, 1912, le but n'est pas l'immortalisation par la « voie des Pères », par le souvenir des ancêtres au sein du lignage, mais l'immortalisation par la « gloire impérissable » κλέος ἄφθιτον / kléos áphthitonNicole Loraux, Mourir devant Troie, tomber pour Athènes : de la gloire du héros à l’idée de la cité, p. 27-43. Contrairement à l'homme du commun, le héros choisit son destin, celui d'une vie glorieuse, mais brève. C'est le choix d'Achille, de Sigurd, de Cúchulainn et du Sanasar de l'épopée arménienneHaudry, ibid., 2022, p.67.
Un nouveau rapport s'établit entre les hommes et les dieux : il y a désormais des divinités protectrices non plus d'un lignage comme précédemment, mais d'un individu, le héros.
L'appartenance sociale de la société héroïque est, pour une part, contractuelle. Le compagnonnage est le substitut du lignage : les Fianna irlandais rompent tout lien avec celui dont ils sont issus. Les sociétés secrètes se multiplient. Les principales innovations historiques liées aux sociétés héroïques sont la constitution d'un compagnonnage royal qui avec le temps deviendra une cour ; la constitution de bandes de jeunes guerriers qui ont une divinité d'élection, Rudra en Inde, Apollon en Grèce Daniel E. Gershenson, « Apollo the Wolf-god », dans Journal of Indo-European Studies, Monograph 8, 1991., *Wōdanaz dans le monde germanique Kris Kershaw, The One-eyed God: Odin and the (Indo-)Germanic Männerbünde, JIES Monograph No. 36, Washington D.C., 2000 Haudry, ibid., 2022, p.68. Contrairement à la société lignagère qui était économe afin de préserver l'héritage familial, la société héroïque est prodigue : le seigneur doit rétribuer largement ses compagnons sur lesquels repose sa puissance, le personnel officiant qui lui assure la protection des dieux et les poètes qui assoient sa réputationHaudry, ibid., 2022, p.69.
Mise au second plan par la cité de l’Antiquité classique, qui pour l’essentiel prolonge la société lignagère, le Moyen Âge européen est pour une part le prolongement de ces conceptions.
Héros antiques
Les héros des temps antiques sont, soit mythiques, ayant une parenté directe avec le panthéon (c'est le cas d'Héraclès), soit légendaires, auquel cas ils sont fréquemment liés à un dieu tutélaire.
Le rapport est inversé : ce sont les hauts faits des hommes lors de leur vie qui les divinisent après leur disparition, les rendant immortels dans la mémoire de leurs héritiers.
mythologie gréco-romaine Ulysse, héros infortuné de l'Odyssée ; humain, il n'a pas de pouvoir, hormis son astuce (trait humain). Circé, puissante magicienne. Achille ; pouvoir : invulnérabilité, sauf sur son talon, sa faille. les héros éponymes sont ceux qui fondent, selon la légende, une ville à laquelle ils donnent leur nom (Romulus pour Rome) ; les épopées sont des récits mythologiques regroupant maints héros, telle l'épopée homérique de la guerre de Troie, l'Iliade, précédant l'Odyssée. Gilgamesh est le tout premier héros de notre histoire alors connu à ce jour, tiré de la culture mésopotamienne antique.
Héros médiévaux occidentaux
thumb|right|Sir Galahad, héros des légendes arthuriennes réactivé par le romantisme — tableau de George Frederic Watts (1888).
La fonction du héros évolue ; il devient, pour l'admiration des populations, relais de la fusion du pouvoir régulier et séculier réalisée en la personne du suzerain. Homme-lige, le héros donne donc par son geste de la légitimité à son seigneur.
Ses valeurs sont le courage et des vertus semblables à celles de la chevalerie; dirigeant ou inspirant les armées, ils leur servent de modèle.
mythologie celtique de l'île de Bretagne, d'Armorique et d'Anjou Roi Arthur, et ses Chevaliers de la Table Ronde : Légende arthurienne, légende sur l'absence de roi celtique, délaissant la terre dans les âges sombres; mythologie germanique Siegfried et l'Anneau des Nibelungen. Voir Légendes héroïques germaniques monde médiéval anglo-saxon Robin des Bois de Sherwood : légende sur l'absence du roi Richard Cœur de Lion, parti guerroyer en Terre sainte. monde médiéval espagnol Le Cid et ses hauts faits pour chaque camp pendant la Reconquista. monde médiéval franc (matière de France):