Dom Jean Claire, dont le nom de naissance était Louis-Marie-Jean Claire, né à Tarbes le et mort à Solesmes le , est un moine bénédictin, musicologue grégorien, auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes.

Succédant aux études grégoriennes de Dom Eugène Cardine, il découvrit l'origine du chant grégorien et améliora la connaissance des chants liturgiques existant avant celui-ci.

Naissance et formation Jean Claire naît à Tarbes le .

La vocation de cet enfant, futur musicologue grégorien, s'annonce tôt. D'une part, il est capable de composer de petits airs à la âge de six ans. D'autre part, il se distingue déjà par son service en faveur de la liturgie. Quelle que soit la résidence de la famille, il assiste assidûment à la messe comme petit chanteur à la cathédrale de Tarbes, à l'église Saint-Joseph des Brotteaux de Lyon, puis à la basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours de Guingamp. Jean Claire exprime son désir d'entrer au Grand séminaire de Tarbes, mais son père, colonel, refuse cette proposition.

Arrivée à Solesmes Déviation vers Solesmes thumb|upright=1.1|Profondément impressionné par l'enregistrement monumental de Solesmes en 1930 sous la direction de Dom Gajard, le jeune Jean voulait entrer dans ce monastère. après, cela était lui qui décrocha un grand prix d'un disque du chant grégorien avec son interprétation sémiologique, en 1984. Jean Claire ne renoncera jamais à ce vœu. Toutefois, il lui faut attendre. Il décide d'étudier la philosophie, celle de Blaise Pascal. Après s'être inscrit au lycée Janson-de-Sailly à Paris, il se consacre à Pascal au sein du lycée Louis-le-Grand, en vue de préparer l'école normale supérieure. Mais, il subit, à cette époque, une santé affaiblie.

. Encore s'inscrit-il aux cours de l'Institut grégorien de Paris puis à la faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris. Il devient collaborateur d'un professeur du chant grégorien à l'Institut grégorien (Henri Potiron., celui-ci créa une chorale d'élèves au collège Sainte-Barbe, et était maître de chapelle de la paroisse de Saint-Thomas d'Aquin). Il se distingue également avec sa participation aux Grandes heures grégoriennes du anniversaire du motu proprio de saint Pie X, Inter pastoralis officii sollicitudes, tenues en 1943.

Finalement il frappe à la porte de Solesmes le . Il ne lui reste alors aucune hésitation ; sa profession de foi suit le .

Prêtre, consultant du concile Vatican II Le , Dom Jean Claire reçoit son ordination sacerdotale.

Le concile Vatican II s'avère ambivalent pour ce musicologue. En effet, le Saint-Siège le nomme certes, en 1964, consulteur du Conseil pour l'application de la constitution sur la liturgie, créé par le pape Paul VI. Toutefois, l'adoption de la langue vulgaire ainsi que du chant liturgique très simple n'a pas besoin d'une profonde connaissance de ce musicologue (bien qu'il reçoit filialement la réforme liturgique et n'a pas cherché à la contester)http://www.musimem.com/dom_jean_claire.htm Biographie de Don Jean Claire. D'ailleurs, Solesmes lance le projet d'un nouvel antiphonaire afin de poursuivre l'intention du concile et de s'adapter à la réforme, en envisageant l'approbation du Saint-Siège à l'avenir. Sous la direction de Dom Claire, un seul tome en édition critique, Liber hymnarius cum invitatoriis & aliquibus responsoriis, sortira en tant que volume II, en 1983 . Ce tome était effectivement nécessaire, étant donné qu'après ce concile, toutes les célébrations peuvent commencer avec un hymne.

En collaboration internationale, il n'hésite pas à soutenir les émissions de la Radio suisse romande.

Finalement, il succéde formellement à Dom Joseph Gajard en 1971, sans attendre le décès de ce dernier. Il devient non seulement maître de chœur de l'abbaye mais également directeur de la Paléographie musicale ainsi que des Études grégoriennes. À savoir, qu'il prend la responsabilité de la liturgie ainsi que des études du monastère. En conservant la spiritualité de son prédécesseur, il amplifie et revitalise, avec sa connaissance profonde et d'une manière différente, les activités monastiques auprès de son abbayeLa spiritualité de Dom Gajard concernant le chant grégorien était indiscutable, il est vrai toutefois que ce directeur manquait de qualité scientifique, par exemple sa rédaction de l'antiphonale monasticum (1934).

Sa collaboration à l'extérieur de l'abbaye continue : Dom Claire participe aux sessions grégoriennes, notamment tenues à l'abbaye Notre-Dame de Fontevraud, avec le chanoine Jean Jeanneteau († 1992) ainsi que Dom Eugène Cardine, afin de former les maîtres de chapelle de qualité : ce projet avait été lancé en 1975 à initiative de Jacques Duhamel, ancien ministre des affaires culturelles.

Ses découvertes au regard de l'origine du chant grégorien Modalité archaïque Chargé continuellement auprès de l'atelier de la Paléographie musicale, mais sous une longue direction de Dom Joseph Gajard († 1972), Dom Jean Claire peut se consacrer suffisamment à ses études. Nommé secrétaire de la Revue grégorienne en 1953, le musicologue de Solesmes y présente ses études, une trentaine articlesexemples : https://books.google.fr/books?id=gsQ-kUNCbhgC&pg=PA883. En consultant de nombreux manuscrits anciens, il découvre les trois modalités archaïques : sol la 3½ do ré mi 3½ sol la do ré 3½ fa sol la 3½ do ré ré mi 3½ sol la si 3½ ré mi Dans cette modalité archaïque, le demi-ton est toujours évité alors que le trihémiton (3 demi-tons) joue un rôle important. Cela explique pourquoi le chant grégorien demeure diatonique et différent de la musique de la Grèce antique. upright=2.8|thumb|center|Il est évident que la fonction du trihémiton, retrouvée par Dom Claire, reste si importante dans la composition grégorienne. En faveur du Sursum corda avant la préface, tous les quatre trihémitons en quilisma sont attribués aux syllabes accentuées :Sú(3½)rsum corda.Habé(3½)mus ad Dominum.Gratias agá(3½)mus Domino Deo nostro.Dí(3½)gnum et iustum est.

Cordes-mères Le musicologue Jean Claire alla plus loin : en approfondissant ses études, il trouve finalement les trois cellules-mères (plus fréquemment appelées cordes-mères) qui dirigent et déterminent directement la nature de la composition grégorienne alors que les huit modes traditionnels ne sont qu'une classification.

Rappelons que le chant grégorien fut composé, sans soutien de notation ni système do - ré - mi - fa, et ce sont les intervalles reliant les degrés voisins qui déterminaient la couleur de la mélodie. Étant donné que ses prédécesseurs restaient sous influence de la musique contemporaine, personne n'était capable de trouver ces trois cordes-mères. Les musiciens médiévaux qui bâtirent les huit modes, tardivement, non plus. sol 2½ la 3½ Do la 3½ do 2½ Ré do 2½ ré 2½ Mi

Il présente ses études au regard des modes grégoriens authentiques avec les dénominations mode archaïque, corde-mère et cellule-mère, dans une thèse L'évolution modale dans les répertoires liturgiques occidentaux II, auprès de la Revue grégorienne, tome 40-6 (1962), Daniel Saulnier (https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01277210/document) , note et 177.

Postérité En dépit de nombreuses découvertes et du travail de plusieurs chercheurs de qualité auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, les meilleures études grégoriennes achevées sont l'étude de Dom Jean Claire sur la modalité archaïque et celle de la sémiologie grégorienne par Dom Eugène Cardine, conclut Susan Rankin, musicologue et professeur de la musique médiévale de l'université de Cambridge - 23.

De même, l'avant-propos des actes du colloque « de chant grégorien » tenu en apprécia leurs études :

Les découvertes de Dom Claire permirent des avancées considérables pour les études scientifiques des chants anciens. Ainsi, avec l'étude approfondie du texte, la composition de l'hymne Te Deum, auparavant attribuée à saint Ambroise de Milan et à saint Augustin d'Hippone, fut correctement examinée. D'après l'analyse de Dom Daniel Saulnier, cette hymne se compose en effet de la première partie en corde-mère Ré, proche de la modalité archaïque, puis de celle de la corde-mère Ré dont les principaux degrés sont différents, et enfin, de la troisième partie avec la corde-mère Mi, très différente des deux parties précédentes. D'où, il est évident que cet hymne fut successivement composé, par au moins trois auteurs et compositeurs.

thumb|Quilisma dans le manuscrit Laon 239.thumb|Quilisma de neume sangallien. Sa découverte donna aussi une justification concrète à l'interprétation sémiologique établie, par Dom Cardine, pour le quilisma, faussement attribué auparavant à la voix vibrante : le demi-ton ne fonctionne, en fait, qu'en qualité d'ornement et de passage léger (le trihémiton (3½) y est en effet divisé par un ton et un demi-ton, donc passage léger). Cela explique que les deux systèmes complètement différents de neume, celui de Laon 239 et celui de neume sangallien, distinguaient pareillement cet ornement du trihémiton (normalement ré 2½ mi ½ fa ou la 2½ si ½ do). C'est pourquoi, depuis 2005, l'atelier de l'abbaye de Solesmes conserve toujours les signes de diminution y compris le quilisma, en dépit de la suppression de tous ceux des notes importantes. thumb|right|upright=1.5|Quilisma dans la notation en ligne, par exemple la 2½ si ½ do 2½ ré.

Distinctions Sa contribution académique et artistique lui valent plusieurs distinctions dont sa promotion en 1979 au grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres.

Avec son interprétation sémiologique, ce maître de chœur de Solesmes obtint, en 1984, le Grand Prix du disque de l'Académie du disque lyrique, pour l'enregistrement Noël, Messe du jour et Messe de minuit, premier grand prix accordé à un disque de musique ancienne.

Puis, l'Institut pontifical de musique sacrée à Rome lui octroya son doctorat honoris causa en 1986, en raison de la qualité de ses études.

Études approfondies concernant les chants antérieurs à la composition grégorienne Thomas d'Aquin et Media vita thumb|upright=1.2|Notation du Media vita en grégorien, avec versets. On peut y constater une trace du Trisagion. Les grandes qualités intellectuelles de Dom Jean Claire l'amenèrent à s'intéresser à la tradition liturgique de l'ordre des Prêcheurs durant le Carême, qui cachait les traces d'anciens chants sacrés avant la composition du chant grégorien. Le musicologue s'intéressa en particulier à une antienne, Media vita in morte sumus, chantée en tant que répons dans cette tradition. Un document du témoignait que cette antienne du Nunc dimittis fit pleurer saint Thomas d'Aquin, lors d'une célébration aux complies du Carême, au moment du verset Ne proicias nos in tempore senectutis (Ne nous rejette pas au tempe de la vieillesse). . center|thumb|upright=0.8|Saint Thomas d'Aquin. Il s'agissait de la première biographie de saint Thomas d'Aquin, écrite par Guillaume de Tocco (Dominicain, † 1323) et intitulée Ystoria sancti Thome de Aquino (L'histoire de saint Thomas d'Aquin, 1323). Profondément intéressé, le musicologue commença à étudier les antiennes réservées au Carême dans la tradition dominicaine.

Dans cette optique, un grand nombre de documents furent rassemblés à l'abbaye de Solesmes. Parmi ces manuscrits, Dom Claire put trouver finalement un trope introduisant au Trisagion de l'antique liturgie gallicane, en tant qu'indice de l'origine du Media vitahttp://www.publications.efrome.it/opencms/export/sites/efrome/documenti/C327_ORIGINES_LITURGIE_DOMENICAINE_MANUSCRIT_SANTA_SABINA_BOYLE_GY_INTRODUCTION.PDF . Celui-ci était exécuté avant que Charlemagne n'ordonne le remplacement du rite gallicane par le rite romain en 789.

Voici le texte du Trisagion trouvé dans un manuscrit

Avancement des études Dom Jean Claire établit une méthode concrète d'après des manuscrits sûrs pour les chants les plus anciens, comme celle de la restauration du chant grégorien tenue depuis les années 1850.