Le Rallye Safari 1978 (26th East African Safari), disputé du 23 au , est la cinquante-cinquième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la troisième manche du championnat du monde des rallyes 1978. C'est également la quatrième des dix-neuf épreuves de la Coupe FIA 1978 des pilotes de rallye, créée l'année précédente.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Créé en 1973 en remplacement du championnat international des marques, le championnat du monde des rallyes a pour cadre les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo ou le Safari. Onze manches sont inscrites au calendrier 1978, réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

La saison 1977 avait été le théâtre d'un duel entre les deux grands constructeurs Ford et Fiat, qui avait tourné à l’avantage du dernier. Cette année encore les deux marques seront présentes dans la majorité des épreuves, les Ford Escort RS affrontant une nouvelle fois les Fiat 131 Abarth. Après les deux premières manches, Fiat occupe la tête du championnat provisoire grâce aux places d'honneur obtenues au Rallye Monte-Carlo et en Suède, avec dix points d'avance sur son rival. Les deux protagonistes ont fait l’impasse sur la grande épreuve africaine.

Coupe FIA des pilotes Créée en 1977, la Coupe des pilotes entame sa deuxième année d'existence. Basée sur un système de points identique à celui du championnat du monde de Formule 1, elle prend en compte les résultats des onze manches mondiales ainsi que ceux de cinq rallyes du championnat d'Europe et de trois autres épreuves internationales. Premier lauréat, Sandro Munari a obtenu la coupe 1977 sur le tapis vert, après réclamation de la Scuderia Lancia entraînant la disqualification de l'équipage vainqueur du 'Total Rally South Africa 1977' au profit du pilote italienRevue Sport Auto - mars 1978.

L'épreuve thumb|upright=0.9|left|alt=1965|Joginder Singh et son frère Jaswant, victorieux en 1965.

Créé en 1953 en hommage à Élisabeth II, couronnée l'année précédente, le 'Coronation Safari' est un rallye sur piste organisé sur le territoire du Kenya. En 1960, l'épreuve fut étendue à la Tanzanie et l'Ouganda et rebaptisée 'East African Safari', une appellation qui sera conservée après l'indépendance et la création de la république du Kenya en 1963. La difficulté de son parcours en fait un des rallyes les plus réputés, assurant d'excellentes retombées commerciales aux constructeurs. Contrairement aux autres manches du championnat, le classement est établi sur la base de moyennes imposées entre les différents contrôles horaires jalonnant l'itinéraire. Vainqueur en 1965, 1974 et 1976, le Kényan d'origine indienne Joginder Singh détient le record de victoires de cette épreuve.

Le parcours thumb|upright|right|alt=KICC|Le KICC de Nairobi, traditionnel point de départ du Safari. départ : de Nairobi arrivée : à Nairobi distance : ( initialement prévus) surface : terre, boue et rocaille Parcours divisé en trois étapes, 75 contrôles horairesRevue L'Automobile - mai 1978

Première étape Nairobi - Nakuru - Maralal - Eldoret - Kitale - Nairobi, , du 23 au

Deuxième étape Nairobi - Mombasa - Kitui - Nairobi, ( initialement prévus), du 25 au

Troisième étape Nairobi - Nyahururu - Embu - Nairobi, , du 26 au

Les forces en présence Datsun thumb|upright=0.9|left|alt=Datsun 160J|La berline 160J groupe 2, nouvelle arme de Datsun, ici lors d'une épreuve européenne. Officiellement représentée par l’importateur kényan D.T. Dobie, la marque japonaise a engagé cinq voitures : trois coupés Violet 160J SSS groupe 2 et deux nouvelles berlines 160J PA10, également en groupe 2. Ces dernières disposent du même moteur quatre cylindres que les coupés (huit soupapes, 180 chevaux), mais sont un peu moins lourdes ( contre pour les anciens modèles). Les reconnaissances ont en outre démontré qu'elles se révélaient plus faciles à maîtriser sur terre ou dans la boue. Ces deux berlines sont confiées à Rauno Aaltonen et Shekhar Mehta, les trois coupés d'usine étant aux mains de Harry Källström, Zully Remtulla et Johnny Hellier. C'est le manufacturier Dunlop qui assure la monte pneumatique, proposant une largeur pour la terre et une plus étroite pour la boue. De nombreux pilotes privés représentent également Datsun, qui compte au total vingt-trois voitures inscrites.

Peugeot Désireux d'effacer ses échecs de l'année précédente au Kenya et en Côte d'Ivoire, le constructeur français a déployé d'importants moyens pour cette épreuve. L'équipe aligne trois coupés 504 V6 groupe 4 (moteur , deux triples carburateurs, 215 chevaux, ) pour Timo Mäkinen, Simo Lampinen et Jean-Pierre Nicolas, ainsi qu'une berline 504 groupe 2 (moteur deux litres à injection, 175 chevaux, ) confiée au pilote tanzanien Bert Shankland. L'assistance est assurée par un avion, quatre breaks, quatre berlines d'intervention et une berline de liaison. Les voitures sont équipées de pneus Michelin, spécialement retaillés pour la piste.

Porsche thumb|upright=0.9|right|alt=911 SC|La Porsche 911 SC groupe 4 de Waldegård. Avec les 24 Heures du Mans, le Safari est l’un des objectifs majeurs de Porsche cette saison. Le constructeur allemand a spécialement construit trois 911 SC groupe 4 (, moteur arrière six cylindres à plat, trois litres, 250 chevaux). Par rapport au modèle de base, la garde au sol a été relevée à , les points d’ancrage des suspensions (à course longue) ayant été particulièrement renforcés. Les essais de pneumatiques, menés avec Dunlop au Kenya, ont débuté en décembre et un pneu mixte terre/boue a été spécifiquement développé. La première des trois voitures a servi de mulet et effectué vingt mille kilomètres de reconnaissance aux mains de Björn Waldegård et de Vic Preston Jr, qui vont prendre le départ au volant des deux autres, juste rodéesRevue Auto hebdo - 30 mars 1978. L'équipe d'assistance, supervisée par Vic Preston Sr (ancien vainqueur de l'épreuve et père du pilote de la seconde 911), dispose de deux avions et de huit véhicules d'intervention.

Mercedes Après sa victoire dans le dernier Rallye Londres-Sydney, Mercedes-Benz effectue ici son entrée dans le championnat du monde des rallyes, par le biais de son importateur local. Le constructeur de Stuttgart engage quatre 280 E groupe 2 (, moteur six cylindres en ligne, , 200 chevaux) pour Joginder Singh, Andrew Cowan, Tony Fowkes et Sobieslaw Zasada. La monte pneumatique est assurée par Pirelli, avec trois types de gommes (piste sèche, terrain mixte et boue).

Déroulement de la course Première étape Nairobi - Nakuru Les 72 équipages s'élancent de Nairobi le jeudi , à partir de 14 heures, en direction du nord. Cette première partie du trajet est très roulante. Vic Preston, qui ne bénéficie pas d’une bonne position au départ (il porte le numéro quatorze), fait le choix d'attaquer d'emblée afin de dépasser un maximum de concurrents avant d'aborder les premières pistes pour éviter la poussière des voitures le précédant. Il est le seul à réaliser le trajet Nairobi - Nakuru dans le temps imparti, ayant doublé cinq équipages, et place sa Porsche en tête du classement général avec trois minutes d'avance sur la Datsun de Rauno Aaltonen et quatre sur la Porsche de Björn Waldegård. À ce stade de la course, les écarts ne sont pas significatifs et les favoris sont encore tous regroupés, le seul incident notable étant l'abandon de la Peugeot 504 de Rob Collinge, impliquée dans une collision quelques kilomètres après le départ.

+ classement à Nakuru Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Vic Preston Jr John Lyall Porsche 911 SC 4 0 min 2 Rauno Aaltonen Lofty Drews Datsun 160J PA10 2 3 min + 3 min 3 Björn Waldegård Hans Thorszelius Porsche 911 SC 4 4 min + 4 min 4 Timo Mäkinen Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 6 min + 6 min 4= Harry Källström Claes Billstam Datsun 160J SSS coupé 2 6 min + 6 min 4= George Barbour Rob Combes Ford Escort RS1800 4 6 min + 6 min 7 Simo Lampinen Henry Liddon Peugeot 504 V6 coupé 4 7 min + 7 min 7= Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 7 min + 7 min 9 Jean-Pierre Nicolas Jean-Claude Lefebvre Peugeot 504 V6 coupé 4 8 min + 8 min 10 Joginder Singh David Doig Mercedes 280 E 2 9 min + 9 min 11 Andrew Cowan Johnstone Syer Mercedes 280 E 2 16 min + 16 min 11= Sobieslaw Zasada Błażej Krupa Mercedes 280 E 2 16 min + 16 min

Nakuru - Eldoret La piste devient plus difficile en direction de Maralal, et Waldegård commence à imposer son rythme, prenant rapidement le commandement de l’épreuve. C'est bientôt la pluie que rencontrent les concurrents, et les premiers bourbiers vont coûter cher à l'équipe Mercedes, Joginder Singh, Andrew Cowan et Tony Fowkes perdant au moins une demi-heure à s'en sortir, tout comme Aaltonen qui dégringole de la deuxième à la dixième place. Après Maralal, les averses deviennent si fortes que les organisateurs augmentent de quatre heures les délais de mise hors course. À la neutralisation d'Eldoret, les deux Porsche de Waldegård et Preston sont largement en tête, avec une vingtaine de minutes d'avance sur les Datsun de Shekhar Mehta et Harry Källström, tandis qu'Aaltonen est remonté à la cinquième place juste devant les trois coupés 504 de Jean-Pierre Nicolas, Timo Mäkinen et Simo Lampinen, ce dernier se plaignant du mauvais fonctionnement de son moteur. Mercedes a perdu son pilote de pointe, Joginder étant resté bloqué dans la boue près du lac Baringo.

+ classement à Eldoret Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Björn Waldegård Hans Thorszelius Porsche 911 SC 4 1 h 48 min 2 Vic Preston Jr John Lyall Porsche 911 SC 4 1 h 50 min + 2 min 3 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 2 h 09 min + 21 min 4 Harry Källström Claes Billstam Datsun 160J SSS coupé 2 2 h 10 min + 22 min 5 Rauno Aaltonen Lofty Drews Datsun 160J PA10 2 2 h 13 min + 25 min 6 Jean-Pierre Nicolas Jean-Claude Lefebvre Peugeot 504 V6 coupé 4 2 h 14 min + 26 min 7 Timo Mäkinen Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 2 h 15 min + 27 min 8 Simo Lampinen Henry Liddon Peugeot 504 V6 coupé 4 2 h 21 min + 33 min 9 Zully Remtulla Nizar Jivani Datsun 160J SSS coupé 2 2 h 42 min + 54 min 10 Bert Shankland Brian Barton Peugeot 504 2 2 h 50 min + 1 h 02 min 11 Andrew Cowan Johnstone Syer Mercedes 280 E 2 3 h 08 min + 1 h 20 min 12 Tony Fowkes Klaus Kaiser Mercedes 280 E 2 3 h 14 min + 1 h 26 min 13 Yoshio Iwashita Yoshimasa Nakahara Datsun 160J SSS coupé 2 3 h 34 min + 1 h 46 min 14 Mike Kirkland Chris Bates Datsun 160J SSS coupé 2 3 h 36 min + 1 h 48 min 15 Sobieslaw Zasada Błażej Krupa Mercedes 280 E 2 3 h 52 min + 2 h 04 min

Eldoret - Nairobi thumb|upright=0.9|right|alt=Mercedes W123|Vainqueurs du dernier Londres-Sydney, Cowan et sa Mercedes ne connaissent pas la même réussite au Safari. Waldegård se montre une nouvelle fois le plus rapide sur le tronçon Eldoret - Kitale, où les routes sont plus sèches, augmentant considérablement son avance sur ses adversaires directs, alors que son coéquipier Preston perd quelques places après avoir endommagé sa suspension. Sur la piste conduisant à Kisumu, Waldegård gère son avance et lève un peu le pied sur les secteurs bosselés, contrairement aux pilotes Datsun qui attaquent et réduisent légèrement leur retard sur l'homme de tête. Le secteur de Narok étant impraticable à cause de la crue importante des rivières, le parcours est amputé d’une centaine de kilomètres, les concurrents rejoignant directement Nairobi en empruntant majoritairement des routes asphaltées. Waldegård achève cette première étape avec près de trois quarts d'heure d’avance sur les deux Datsun de Källström et Aaltonen, talonnés par Mäkinen, le plus rapide des pilotes Peugeot. L'équipe Mercedes a perdu une deuxième voiture, Cowan ayant noyé et endommagé son moteur au passage d'une rivière.