Le bombardement de la Corée du Nord est une campagne militaire américaine qui s’inscrit dans le contexte de la guerre de Corée.
Contexte Selon l'auteur britannique Ernie Trory dans un livre édité en 1984, lors d’une réunion en à Séoul, le chef de la mission militaire américaine en Corée (American Military Mission in Korea), le général William Lynn Roberts, déclara : THE INVASION OF NORTH KOREA, An extract from Churchill and the Bomb publié en 1970 par Ernie Trory, journaliste et politicien de la République démocratique allemande : ..
Trois mois plus tard, en , le même commandant des forces armées américaines en Corée déclare : THE INVASION OF NORTH KOREA, An extract from Churchill and the Bomb by Ernie Trory : ..
Néanmoins, la guerre de Corée débuta officiellement, selon l’Organisation des Nations unies., le lorsque les forces armées de la Corée du Nord franchirent à leur tour le , qui divisait alors le pays en deux, et envahirent la Corée du Sud – en réponse à ces nombreuses incursions des troupes « sudistes » soutenues par les États-Unis. Le président américain Harry S. Truman décida d’endiguer « l’expansion communiste » en Asie orientale US Enters the Korean Conflict ce qui prend par surprise les communistes. Ceux-ci avaient en effet prévu une inaction américaine pour la Corée comme l'analyse Henry KissingerVoir Diplomacy d'Henry Kissinger, vo , notamment (« Aux communistes, analysant la région à l’aune des intérêts américains, il ne parut pas plausible que l’Amérique opposerait une résistance au bout d’une péninsule dès lors qu’elle avait concédé la majeure partie de l’Asie continentale aux communistes ; tandis que l’Amérique, percevant le défi en fonction des principes, était moins préoccupée par l’importance géopolitique de la Corée […] que par le symbolisme que représentait le fait de laisser une agression communiste sans opposition. »).. Ainsi, le , les troupes onusiennes, menées principalement par les forces américaines, entrèrent officiellement en guerre, en soutien au gouvernement de Corée du Sud dirigé par l’américaniste Syngman Rhee..
Déroulement des bombardements sur le territoire nord-coréen vignette|Plusieurs B-29 américains de la BG(M) de la United States Air Force larguant des « tapis de bombes » sur la Corée du Nord en 1951 vignette|Bombardement d’un pont transfrontalier entre la Corée du Nord et la Chine, en novembre 1950, par un AD-3 de la Marine américaine.
Au cours des 37 mois de ce conflit, les forces armées des États-Unis du Commandement des Nations unies en Corée ont employé de bombes dont pour l'USAF. dont une bonne part dans des opérations de bombardements stratégiques. de napalm ont été également larguées..
Employé uniquement pour des bombardements conventionnels et des missions de reconnaissance, le Boeing B-29 Superfortress fut le seul bombardier stratégique américain à intervenir au cours de ce conflit. Cinq groupes de bombardement et un de reconnaissance du Strategic Air Command équipés de cet avion furent mis à la disposition du Far East Air Forces fin 1950.. Plus de de bombes furent larguées au cours des trois années de guerre. À partir de 1951, ces missions deviennent plus périlleuses pour les Américains à cause de l’apparition des MiG-15, pilotés par les Coréens, forçant l'USAF à n'opérer que de nuit. Au total, sont perdus, dont par les chasseurs nord-coréens. Ces bombardiers sont crédités, en 1976, avoir touché 27 avions nord-coréens..
1950 Dès , selon l’historien américain Bruce Cumings, des bombardements systématiques et d’une envergure encore inégalée à l’époque furent conduits par l’aviation américaine sur la majeure partie des villes nord-coréennes en vue de la destruction de ces villes et de leurs populations, civiles comme militaires.
Le napalm fut utilisé sur une plus grande échelle que plus tard pendant la guerre du Viêt Nam et ses dommages furent aussi plus importants, dû à la plus grande concentration de la population en Corée du Nord.
Bruce Cumings écrit : « La ville industrielle de Hŭngnam fut la cible d’une attaque majeure le , au cours de laquelle de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua de bombes sur la Corée du Nord le , un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B-17 pendant la Seconde Guerre mondiale. Fin août, les formations de B-29 déversaient de bombes par jour sur le Nord. Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin , les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm.. »
Le , un officier américain donne l’ordre à l’armée de l’air « que soient oblitérées les villes suivantes : Chongsong, Chinbo et Kusu-DongArchives nationales américaines, dossier , boîte 6175, dépêche de George Barrett, 8 février 1951.. »
Le , cinq formations de B-29 larguèrent des centaines de tonnes de napalm sur une zone rectangulaire identifiée au radar, près du front. On trouve un ordre similaire le .
Le , on trouve dans ces mêmes archives la simple mention : « Onze villages incendiés »Archives nationales, RG338, dossier KMAG, boîte 5418, journal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950..
De juin à fin , les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm sur des villes et villages nord-coréensThe New York Times, 31 juillet, 2 août et ..
Le , soixante-dix-neuf B-29 déversèrent de bombes incendiaires sur la ville de Sinuiju, la « rayant de la carte », selon un message du lieutenant général George Stratemeyer adressé au général MacArthurMacArthur Archives, RG6, box 1, Stratemeyer to MacArthur, 8 November 1950; Public Record Office, FO 317, piece , Bouchier to Chiefs of Staff, 6 November 1950; piece , 25 November 1959 sitrep.. vignette|Un North American P-51 Mustang largue deux bombes au napalm sur un complexe industriel nord-coréen en 1951. Avion abattu le 13 septembre 1951 par des MiG-15 de la Force aérienne populaire de Corée.
1951 Début , le général Ridgway ordonna à l’aviation de cibler la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires »Bruce Cumings, The Origins of the Korean War, tome II, Princeton University Press, 1990, ; New York Times, 13 décembre 1950 et 3 janvier 1951. L’objectif fut accompli les 3 et . À mesure que les Américains se retiraient de Corée du Sud, au parallèle, il menèrent une politique de la terre brûlée ; les villes de Uijeongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud furent incendiées après le passage des troupes. thumb|La ville nord-coréenne de Wonsan attaquée par des bombardiers B-26 américains de la cinquième force aérienne, 1951 Le , après que la République populaire de Chine eut placé de nouvelles forces près de la frontière nord-coréenne et que les soviétiques eurent stationné deux-cents bombardiers sur les bases aériennes de MandchourieLes documents rendus publics après l’effondrement de l’Union soviétique ne semblent pas corroborer cette information. Selon les historiens, les Soviétiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette importance à l’époque, contrairement à ce que pensaient les services de renseignement – en raison peut-être d’une désinformation efficace de la part des Chinois. (d’où ils pouvaient potentiellement frapper les bases américaines au Japon), le général MacArthur demanda une « force atomique de type jour J » afin de conserver la supériorité aérienne sur le théâtre coréen..
1952 Dès l’automne de l’année 1952, il ne restait, d’après l’état-major américain, plus aucune « cible majeure » à bombarder en Corée du NordConrad Crane, American Airpower Strategy in Korea, University Press of Kansas, Lawrence, 2000, .. Les bombardements dits « conventionnels » commencèrent à se tarir.
Bombardement de Pyongyang
De 1950 à 1952 la capitale de la Corée du Nord fut intégralement rasée sous plus de américaines, ce qui représente une bombe par habitant à l’époque..
Le à 10h30, l’attaque de quatre-vingt-deux appareils américains sur la ville est responsable d’une grande partie de la destruction de la capitale bien que, selon un câble officiel déclassifié du conseil de sécurité de l’ONU., les militaires américains auraient eu conscience, avant son attaque, que la capitale n’abritait pas d’objectif militaire majeur. Ce câble en provenance du gouvernement nord-coréen demandait également l’assistance des Nations unies pour « retenir l’agresseur américain » contre d’importantes pertes civiles coréenneshttps://histoireetsociete.wordpress.com/2017/07/06/les-americains-ont-oublie-ce-que-nous-avons-fait-en-coree-du-nord/.
Bilan Conrad Crane écrivit à la demande de la U.S. Air Force un historique de la stratégie aérienne durant la guerre de Corée. Il y indique que l’armée de l’air américaine « provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. » Un tableau établi par l’auteur soutient que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hŭngnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %.
Le tableau ci-dessous indique les résultats d’une évaluation conduite par l’U.S. Air Force du pourcentage de destruction de villes et nœuds de transport touchés des bombardements, tel qu’indiqué dans son ouvrage :
Ville % de destructionConté de Musan 5 % Conté de Sonbong 5 % Anju 15 % Sinŭiju 50 % Kimch’aek 50 % Chongju 60 % Kanggye 60 % Haeju 75 % Pyongyang 75 % Kyomipo (Songnim) 80 % Hamhung 80 % Chinnamp’o 80 % Wonsan 80 % Hŭngnam 85 % 90 % Sariwon 95 % Hwangju (comté de Hwangju) 5 % Najin (Rashin) 97 %. Kunu-dong 100 % Sinanju 100 %
Témoignages Le général d’aviation américain Curtis LeMay déclara, après le début de la guerre : « Nous avons en quelque sorte glissé un mot sous la porte du Pentagone disant : « Laissez-nous aller là-bas (...) incendier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord — elles ne sont pas très grandes — ça devrait régler les choses. » Eh bien, on nous a répondu par des cris — « Vous allez tuer de nombreux civils », et « c’est trop horrible ». Pourtant, en trois ans (...), nous avons incendié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (...). Sur trois ans, on arrive à le faire passer, mais tuer d’un coup quelques personnes pour régler le problème, beaucoup ne peuvent pas l’encaisser.. »
Le général américain William F. Dean, qui fut capturé par les forces nord-coréennes après la bataille de Daejeon, en , déclara qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit que « des gravats ou des ruines couvertes de neige ».
Au sein de l’armée américaine, on a pu constater une certaine division sur l’emploi systématique et en très grande quantité de la bombe au napalm sur des objectifs civils comme militaires nord-coréens. Des pilotes américains ont avoué dans plusieurs articles et interviews ne pas considérer que l’envoi de tracts aéroportés sur la population civile consistait en un avertissement efficace avant un bombardement«Air War in Korea», dans Air University Quarterly Review 4, , automne 1950, , et «Precision bombing», dans Air University Quartely Review 4, , été 1951, ..
Réactions internationales et écrits a posteriori Politiques Winston Churchill déclara vers la fin de la guerre de Corée à des officiels américains, au sujet des bombes au napalm utilisées : « lorsque le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en «aspergerait» toute une population civile, .. »
La Cour pénale internationale n'existant pas au moment des faits, les États-Unis ne furent jamais traduits en justice pour crime contre l'humanité pour ce massacre de civils..
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