Les sols de Bretagne sont formés grâce à la pédogénèse. Un ensemble de processus physiques, chimiques et biologiques a formé en Bretagne une diversité de types de sols. Ces sols bretons ont notamment évolué au cours du Quaternaire et au cours de la période récente, et ont un rôle comme interface dans l’environnement.
Les sols, couches meubles de à d’épaisseur en moyenne, sont le résultat de l’action de processus diversifiés et de facteurs longs. Ces milieux complexes et organisés sont multifonctionnels et vivants. Leurs propriétés sont variables dans le temps et dans l’espace, mais ne sont pas renouvelables à l’échelle humaine. Les sols sont soumis à de multiples dégradations et pressions. Ces altérations affectent la qualité des sols et leur capacité à remplir leurs fonctions. La mise en œuvre des programmes d’inventaire et de surveillance des sols bretons permet progressivement de dresser un diagnostic régional de leur état et d’esquisser les tendances évolutives de leur qualité.
L'état des connaissances En Bretagne, les sols présentent une faible diversité, selon une analyse de la diversité mondiale des sols, menée par une équipe australienne. Les sols de Bretagne ont des caractéristiques communes, telle que leur haute concentration en limon et leur acidité. Cependant, les variations à courtes ou moyennes distances, par exemple à l’échelle des versants, sont significatives, bien que difficiles à retranscrire sur des cartes globales. Ces variations ont des implications directes sur la qualité agronomique des sols, mais également vis-à-vis de leur rôle environnemental, notamment comme interface avec l’eau et l’air.
Noms vernaculaires des sols Les agriculteurs bretons utilisaient, jusqu’à une période récente, tout un ensemble de termes vernaculaires, permettant de différencier les sols en fonction de leur qualité agronomique. Les désignations des sols en breton ont été recueillies dans le Finistère par Coppenet et Yézou et sont synthétisées dans le Tableau 1. L’analyse de ce tableau montre que les agriculteurs distinguaient des sols au sein d’un paysage selon différents critères, notamment leur fertilité, leur épaisseur, leur engorgement en eau, mais aussi leur texture. Ils percevaient ainsi des variations dans les propriétés des sols qui avaient des incidences sur leur mise en valeur et ils cherchaient à adapter leurs cultures et leurs pratiques à ces variations. +Terres acides sur granite Douar skañv : terre légère ou peu profonde Douar treut : terre maigre, peu ou mal fertilisée, à faible potentiel Douar tirien : terre de pâture Douar land : terre de sommet, caillouteuse, inculte Douar ludu : terre sur granite, très riche en matière organiqueTerres cultivées humides Douar yen : terres cultivées humides se réchauffant lentement au printemps Douar gleb : terres humides de bas de pente Douar pri : terre humide et argileuse difficile à travaillerBonnes terres profondes sur granite ou schiste Douar gwiniz : terre à blé Douar tomm : terre chaude Douar tu : terre se travaillant bien Douar pounner : terres argileuses ou limoneuses, lourdes et collantes comparées aux terres sur graniteSols humides et tourbeux des fonds de vallée Douar touarc’hen : terre de tourbière Douar pri : terre de glaise Douar yen : terre humide et froide Douar lagenn : terre de boueLimons très profonds du nord Finistère Douar pounner : terres limoneuses profondesSols du littoral, dune Douar treaz : terre de sable
Sols marécageux Yeunn : marais Tableau 1 : Recueil de noms vernaculaires en breton désignant différents types de sols. Liste non publiée établie en 1961 par M. Coppenet, directeur de la station d’Agronomie INRA de Quimper et N. Yézou, ingénieur à la direction des Services agricoles du FinistèreComm. Person. de L. Duval, L. Le Corre et F. Vertès, INRA Quimper.
Inventaires pédologiques depuis 1945 La cartographie des sols a connu en France un essor important entre 1945 et 1975 en parallèle à l’intensification de l’agriculture. Les pédologues des Chambres d’Agriculture, des établissements d’enseignement agronomique et agricole, de l’INRA, de bureaux d’études ont alors réalisé de nombreuses cartes pédologiques. En Bretagne, comme dans les autres régions, ces démarches ont permis d’accroître les connaissances locales en lien notamment avec des thématiques agricoles, mais leur homogénéisation s’avère aujourd’hui difficile, car les échelles de travail et les méthodologies employées étaient très différentes d’une étude à l’autre. alt=Inventaire des cartes pédologiques existantes|vignette|Figure 1 : Inventaire des cartes pédologiques existantes en Bretagne aux échelles du 1/10 000 au 1/100 000 En parallèle à ces travaux, des programmes nationaux de cartographie ont été initiés en respectant une méthodologie plus uniforme. Ainsi, en 1968, sous l’impulsion du service d’Etude des Sols et de la Carte pédologique de France, un programme de cartographie exhaustive à l’échelle du 1/100 000 intitulé Connaissance Pédologique de la France a été initié. En Bretagne, la coupure à 1/100 000 de la feuille de Janzé a été publiée. Des cartes plus locales en lien avec des problématiques agronomiques ont ensuite été réalisées. Deux opérations ont permis d'accroître les connaissances dans ce sens. Tout d’abord, les secteurs de référence pour le drainage, conduit au cours des années 1980. Ils consistent en la cartographie des sols à l’échelle du 1/10 000 d’une zone représentative d’une petite région agricole. Des cartes départementales des terres agricoles (CDTA) à 1/50 000 ont également été réalisées et visaient à planifier l’usage des sols. En Bretagne, cinq secteurs de référence drainage et sept CDTA ont vu le jour.
Malgré cela, la connaissance de la répartition des sols et de leur évolution restait relativement faible en Bretagne. Aux échelles allant du 1/ au 1/, la couverture pédologique de la région n’est pas exhaustive (Figure 1) et est inégale selon les départements. En effet, à peine la moitié de la région est couverte à ces échelles.
Depuis les années 1990, le développement et la disponibilité accrue des Systèmes d’Information géographique (SIG), de méthodes statistiques et de données spatialisées ont profondément modifié les approches de cartographie des sols. Parallèlement, le contexte est devenu favorable au développement d’une nouvelle dynamique régionale sur les sols avec : En 2001, la création du Groupement d’Intérêt Scientifique sur les Sol (Gis Sol) qui réunit des représentants des Ministères chargés de l’Agriculture et de l’Environnement, de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), de l’Agence de l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME), de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et de l'Institut Géographique National (IGN). Le Gis Sol a pour missions de constituer et gérer un système d'information sur les sols de France et répondre aux demandes des pouvoirs publics et de la société au niveau local et national. En 2002, la Commission Européenne, dans sa communication « Vers une stratégie thématique de protection des sols » (CE, 2002) a reconnu l’importance et la vulnérabilité des sols, identifiant 8 menaces pesant sur les sols : l’érosion, la contamination, la diminution des teneurs en matières organiques, la salinisation, le tassement, la diminution de la biodiversité des sols, l’imperméabilisation, les glissements de terrain et les inondations. En 2003, le Conseil Scientifique de l’Environnement en Bretagne publie un document intitulé « Gestion des sols et apports de déchets organiques en Bretagne » (CSEB, 2003), qui remet les sols au cœur des préoccupations régionales.
Le programme Sols de Bretagne initié en 2005 L'acquisition de connaissance sur le sol a connu un nouvel élan en Bretagne à partir de 2005, avec le lancement du programme Sols de Bretagne coordonné par AGROCAMPUS OUEST. Il s’agit de décliner régionalement deux programmes nationaux coordonnés par le Gis Sol : Réseau de Mesures de la Qualité des Sols (RMQS) et Inventaire, Gestion et Conservation des Sols (IGCS). Le RMQS vise à évaluer et suivre l’évolution de la qualité des sols, et IGCS à inventorier et cartographier les sols et à constituer les bases de données correspondantes. IGCS est multi échelle, mais la priorité nationale est mise sur Référentiel Régional Pédologique (RRP) à l’échelle du 1/250 000. Les unités figurées regroupent plusieurs types de sols dont les contours ne sont pas délimités mais dont l’organisation spatiale et les caractéristiques sont précisées dans la base de données. alt=Logo du programme Sols de Bretagne|vignette|Logo du programme Sols de Bretagne Le programme Sols de Bretagne a vu le jour grâce au concours financier de l’Etat, de la Région Bretagne et des quatre Départements bretons, et à l’appui scientifique et technique des Chambres d’Agriculture de Bretagne, de l'Université de Rennes 1 (UMR CNRS Ecobio) et d’AGROCAMPUS OUEST, UMR INRA SAS.
Les objectifs du programme sont multiples : Compléter et organiser les informations sur les sols bretons Les cartes préexistantes en Bretagne couvrent un peu moins de la moitié de la superficie de la région. En complément, des données continuent d'être acquises sur le terrain pour constituer une base de connaissances de la variabilité spatiale des sols. Le volet cartographique (IGCS) de Sols de Bretagne ne vise pas à remplacer les études à des échelles détaillées, mais à organiser la connaissance des sols en la structurant sous la forme d’une base de données valorisable au niveau régional et départemental, et à fournir des références (type de sol, succession des sols dans le paysage, données analytiques, potentialités agronomiques…) pour les études pédologiques locales. Inversement, celles-ci pourront être intégrées et ainsi enrichir progressivement les connaissances acquises au cours du programme. De plus, des techniques innovantes de cartographie numérique des sols permettent d'affiner la connaissance des sols à partir des données existantes. Mettre en place un réseau de surveillance de la qualité des sols La modification ou la dégradation des sols et de leurs fonctions constituent un risque majeur à surveiller. Le RMQS, calé sur un réseau de mailles carrées de 16 km de côté, au centre desquelles des descriptions de sol et des analyses de terre seront réalisées tous les 10 ans ou plus, permettra de dresser un état des lieux de la qualité des sols français et d’en suivre la qualité. La première campagne de mesures a été menée sur les 109 sites bretons entre 2005 et 2007 et la seconde a débuté en 2017.
En Bretagne, un programme complémentaire du RMQS a été proposé et réalisé par l’Université de Rennes 1 UMR CNRS Ecobio dans le cadre du programme de développement, validation et application de bioindicateurs soutenu par l’ADEME. Il s’agit du programme RMQS BioDiv Bretagne qui vise à acquérir des données sur la composante biologique des sols des sites du RMQS. Des informations sur ce programme sont disponibles sur le site internet EcobioSoil. Communication et diffusion des informations Pour améliorer la visibilité du sol et redonner sa place au sol dans les processus de production agricole, l’aménagement du territoire et la protection de l’environnement, il est essentiel de communiquer efficacement vers les utilisateurs potentiels des sols et des données. Le site internet Sols de Bretagne facilite l'accès du plus grand nombre aux informations sur le sol depuis 2006, en proposant des données, des outils et des liens.
Le programme Sols de Bretagne se poursuit actuellement. Après une première phase (2005 à 2012) marquée par l'acquisition d'information et la constitution des bases de données, une seconde phase (2013-2017) a permis la diffusion des données, et la période à venir se concentrera principalement sur l'intégration des données pédologiques aux outils d'aide à la décision dans les domaines de l'agronomie et de la gestion durable des territoires.
La formation et l'évolution des sols