L'histoire coloniale du Cameroun est une période de l'histoire du Cameroun allant de 1884, date de la signature du traité germano-douala, jusqu'en 1961, date de la réunification du pays. vignette|droite|Colonisation européenne de l'Afrique de l'Ouest vignette|droite|Expansion coloniale européenne de 1880 à 1913
Le Kamerun allemand
Période 1845 - 1884 vignette| : assaut des bateaux de guerre Bismarck et Olga contre le village de Lock Priso, un chef local qui n'a pas signé les traitésPublié dans la Illustrirte Zeitung, le 29 février 1885 . L'objectif des Britanniques est de développer leur commerce et de mettre un terme à l’esclavage dans la région, ce qui n'est pas du goût des chefs doualas de l'époque qui vont jusqu'à écrire à la reine Victoria pour lui signifier leur mécontentement.
Dans les années 1860-1870, les Français et les Allemands commencent à s'intéresser au Cameroun.
Le gouvernement allemand envoie Gustav Nachtigal négocier la mise sous tutelle allemande du Cameroun avec les chefs doualas. Deux traités en ce sens sont signés avec des chefs de l'estuaire du Wouri appelé Cameroon River par les Britanniques : les traités germano-doualas. Le premier de ces traités, qui date du , marque la naissance internationale du Cameroun moderne.
Le , le drapeau allemand flotte à Cameroon Towns devenu Kamerun pour les Allemands et plus tard Douala, et ce territoire devient sous protectorat allemand du Kamerun.
Période 1884 - 1922
Malgré l'opposition des chefs doualas, le protectorat allemand s'étend du lac Tchad au nord aux rives de la Sangha au sud-est. Le long de leur progression vers l'est, les Allemands se heurtent aux populations locales qui pensent leur commerce menacé.
L'Allemagne est en particulier intéressée par le potentiel agricole du Cameroun et confie à de grandes firmes le soin de l'exploiter et de l'exporter. Le chancelier Bismarck définit l'ordre des priorités comme suit : le marchand d'abord, le soldat ensuite. Ce serait en effet sous l'influence de l'homme d'affaires Adolph Woermann, dont la compagnie a implanté une maison de commerce à Douala, que Bismarck, d’abord sceptique sur l’intérêt du projet colonial, s'est laissé convaincre. De grandes compagnies commerciales allemandes (Woermann, Jantzen und Thoermalen) et compagnies concessionnaires (Sudkamerun Gesellschaft, Nord-West Kamerun Gesellschaft) s'implantent massivement dans la colonie. Laissant les grandes compagnies imposer leur ordre, l'administration se contente de les épauler, de les protéger, et de tenter d'éliminer les rébellions indigènes.
Le Kamerun Schutzgebiet est placé sous l'autorité d'un gouverneur représentant le chancelier du Reich et divisé en unités administratives dénommées postes et stations pour les plus petites, Bezirk (au sud) et Residentur (au nord) pour les grandes. vignette|gauche|Album photographique de Heinrich Dorsch, missionnaire allemand à Bali entre 1904 et 1910. Douala est tout d'abord choisie pour abriter la résidence des gouverneurs et le siège du gouvernorat (1885-1901), puis c'est le tour de Buéa (1901-1909), au climat plus frais, et choisie par le gouverneur von Puttkamer. L'éruption du Mont Cameroun qui a lieu en 1908 met prématurément fin au règne de Buéa. La résidence retourne à Douala, mais les Allemands se heurtent à la révolte des Doualas qui refusent de se laisser expulser de leurs terres. Considéré comme une zone d'exploitation, le protectorat du Kamerun est mis en valeur par ses nouveaux maîtres sur les plans agricole et infrastructurel. En agriculture, les Allemands créent de grandes plantations de produits d'exportation, cacao, café, banane, caoutchouc, huile de palme, dont la plupart sur les flancs du Mont Cameroun. Pour l'exportation des produits cultivés, les Allemands ouvrent de nombreuses routes, construisent des ports et surtout des chemins de fer. Ils mettent également en place les premières infrastructures télégraphiques, téléphoniques et radiotélégraphiques. vignette|Eugen Zintgraff et le fon Galega . Des révoltes éclatent dans les plantations et dans la région de Douala, jusqu'à la grève de l'impôt. Néanmoins, la maîtrise allemande n'est pas remise en cause par ces événements.
En dehors de la période de la signature du traité germano-douala, les Allemands rencontrent de la résistance et des révoltes dans leur tentative de conquête de l'arrière-pays du Cameroun. Les Allemands se font aider dans leurs conquêtes par des chefs traditionnels dont les plus célèbres sont le djanea Galega de Bali, le sultan Bamoun Ibrahim Njoya, et Charles Atangana, plus tard nommé Oberhaüptling (chef supérieur) des Yaoundé et Bane.
Ils atteignent néanmoins l'Adamaoua en 1899 et le lac Tchad en 1902, après des guerres meurtrières qui laminent les États foulbés et le royaume Mandara (déjà très affaibli contre les incessantes guerres contre les Peuls et le royaume du Kanem-Bornou). Seul le royaume bamoun, avec son souverain Njoya (1875-1933), évite la guerre en négociant avec les Allemands. Le sultan Njoya ouvre son pays aux innovations politiques et économiques proposées pour ne pas être démis de son pouvoir. En 1911, le territoire du Kamerun s'élargit d'une partie du Congo cédée par la France (le bec de Canard, car donnant accès au fleuve Congo)
vignette|Le Kamerun allemand avant et après le coup d'Agadir en 1911. Dans le sud forestier, l’armée allemande s’empare de Kribi le . En 1894, le Major Hans Dominik établit son poste militaire à Yaoundé puis des relations amicales sont établies avec plusieurs chefs comme Charles Atangana, Nanga-Eboko. L'Est est colonisé et pacifié seulement en 1907 par le major Hans Dominik.
En 1908, la capitale est transférée à Douala. En 1911, faisant suite au traité de Fès destiné à régler le litige sur le Maroc (voir article : Coup d'Agadir), les Français cèdent certains de leurs territoires d'Afrique équatoriale aux Allemands, que ces derniers baptisent aussitôt : Neukamerun (« Nouveau Cameroun »).
L'Allemagne envisage de se bâtir un grand empire africain, qui relierait, à travers le Congo, le Kamerun à ses possessions d'Afrique orientale. Le Congo belge, indique le ministre allemand des Affaires étrangères peu avant la Première guerre mondiale, est une trop grande colonie pour un trop petit pays. Pendant la Première Guerre mondiale au cours de laquelle le Cameroun est conquis par les forces franco-britanniques (l'entrée des troupes alliés à Yaoundé le marque la fin de la colonie allemande), la colonie allemande est partagée en deux territoires confiés par des mandats de la Société des Nations (SDN) en 1922, à la France (pour les quatre cinquièmes) : le Cameroun français ; et le reste au Royaume-Uni (pour les un cinquièmes) : le Cameroun britannique.
Le Cameroun français
Colonie allemande (1884-1916) La majeure partie du Cameroun constitue la colonie allemande du Kamerun, puis s'y ajoute le Neukamerun pour les territoires cédés par la France en 1911 après la crise d'Agadir.
Deux figures médicales importantes pour le traitement des maladies tropicales au Cameroun sont Hans Ziemann (1865-1939) et (1870-1937).
Période mandataire française (1916-1946)
vignette|Missionnaire français avec le sultan de Ngaoundéré en 1920. Une partie de l'ancien Kamerun allemand est confiée à la France par la Société des Nations au terme de la Première Guerre mondiale. Cette partie, la plus vaste ( km²), mais peu peuplée (environ d'habitants), est dirigée par un Haut-Commissaire, et placée sous le régime colonial de l'indigénat, qui consiste à laisser aux indigènes le soin de régler les problèmes qui ne concernent qu'eux par le biais de leurs autorités traditionnelles. La capitale du Cameroun français est transférée à Douala.
Pendant les vingt premières années de son mandat, la France doit notamment s'employer à liquider les rébellions de populations Kirdi dans le nord du Cameroun. Si la pacification de cette région s'accompagne de massacres et de pillages récurrents, la France, à la différence de l'Allemagne, pratique aussi une politique d'assimilation à l'instar de ce qui se passe dans ses autres colonies.
Dans les années 1920 et 1930, les autorités françaises entreprennent d'amadouer les chefs traditionnels de façon à se constituer un auxiliariat indigène susceptible de relayer leurs politiques auprès des populations sans nécessairement apparaître comme leurs instigatrices. Par le jeu de la nomination et de la destitution des chefs, une telle sous-traitance permet également de se départir de la responsabilité de certaines violences auprès de l'opinion extérieure et de la SDN (à laquelle la France doit rendre des comptes sur sa gestion). Les chefs traditionnels sont ainsi chargés de la collecte des impôts et du recrutement de main d’œuvre.
L'administration française, réticente à rétrocéder aux compagnies allemandes leurs possessions d'avant guerre, en réattribue certaines à des compagnies françaises. C'est notamment le cas pour la Société financière des caoutchoucs, qui obtient des plantations mises en exploitation pendant la période allemande et devient la plus grande entreprise du Cameroun sous mandat français. Les autorités coloniales françaises développèrent les cultures de rente, notamment les plantations de caoutchouc, de cacao, de bananes et d’huile de palme. De nombreuses routes sont construites pour relier les principales villes entre elles, ainsi que diverses infrastructures telles que ponts et aéroports. La ligne de chemin de fer Douala-Yaoundé, commencée sous le régime allemand, est achevée. Des milliers d'ouvriers sont déportés de force vers ce chantier pour y travailler cinquante-quatre heures par semaine. Les ouvriers souffrent également du manque de nourriture et de la présence massive de moustiques. En 1925, le taux de mortalité sur le chantier s'élève à 61,7 %. Les autres chantiers ne sont cependant pas aussi meurtriers, bien que les conditions de travail y soient généralement très dures.
La France cherche aussi à favoriser l'émergence d'une nouvelle classe indigène ; le ministère des Colonies indique en 1924 : « Il est de notre intérêt de créer une bourgeoisie agricole qui formera l’élément stabilisateur de la population et sera pour le gouvernement local un auxiliaire non négligeable. Il nous sera alors possible d'opposer aux éléments trop orientés vers les spéculations de l'esprit et volontiers enclins à adhérer aux idées extrémistes, une classe équilibrée... »
Après l'instauration du régime de Vichy et l'appel du général de Gaulle au combat contre l'Allemagne, l'administration française du Cameroun se montre hésitante. Les colons sont majoritairement favorables à Pétain, mais d'autres s'inquiètent d'un armistice qui pourrait conduire l'Allemagne à reprendre possession de son ancienne colonie. Au cours de la nuit du 25 au , débarquent le capitaine Leclerc et ses 22 hommes dans les marais de Douala qui rallient le détachement du capitaine Louis Dio (armée française régulière du Cameroun) à la cause de la France libre. Celui-ci revient de Fort-Lamy (N'Djaména) avec un détachement de tirailleurs sénégalais.
La ville et l'administration coloniale tombent rapidement aux mains du détachement Leclerc après le ralliement du détachement du capitaine Louis Dio et le le Général de Gaulle arrive à Douala pour préparer la prise du Gabon.
Le système instauré par la France libre s'apparente à une dictature militaire. Leclerc instaure l'état de siège sur tout le territoire et abolit presque toute liberté publique. L'objectif est de neutraliser tout sentiment potentiellement indépendantiste de sympathie pour l'ancien colonisateur allemand. Les indigènes connus pour leur germanophilie sont exécutés en place publique.
En matière de conscription, les autorités gaullistes adoptent rapidement des méthodes particulièrement brutales : arrestations collectives, rafles dans les quartiers indigènes, interpellations des pères pour obliger les fils à s'engager, etc.