Les Craignant-Dieu (au singulier en , phoboumenos ton Theon) sont, pendant la période du Second Temple, un groupe de « gentils », ou non-juifs, proches du judaïsme hellénistique sans être cependant convertis au judaïsme. Évoqués dans le Nouveau Testament (Épîtres de Paul, Évangiles, Actes des Apôtres), ils forment une communauté à part, majoritairement gréco-romaine, qui adhère à la foi monothéiste de la Torah mais n'est pas tenue de se soumettre à toutes les pratiques du judaïsme, dont la cacherout et surtout la circoncision.
C’est principalement dans le milieu des Craignant-Dieu que se développe le christianisme primitif.
Le centurion Corneille décrit en Actes 10 est l'un de ces Craignant-Dieu, comme l'est probablement Luc, auteur de l'Évangile selon Luc et des Actes. De nombreux Craignant-Dieu sont mentionnés dans les inscriptions de synagogues du monde hellénistique.
Histoire Le monothéisme juif, sa foi en un Dieu unique et créateur, ses rites et ses fêtes religieuses exercent à l'époque du Second Temple un attrait indéniable sur le monde gréco-romainMarie-Françoise Baslez, Bible et Histoire : Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio/Histoire, 1998, p. 273 sq.. Or, pour un « gentil » du , la conversion au judaïsme signifie l'adoption de coutumes qui en font un véritable « choix de vie » et impliquent entre autres la circoncision ; seuls les prosélytes proprement dits s'y conformentDaniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 532.. Les païens qui se limitent à un engagement partiel, les « sympathisants », se contentent d'observer Shabbat, de respecter certaines pratiques telles que les fêtes ou les prescriptions alimentaires, d'aller à la synagogue et de lire la Torah : on les appelle les « sabbatisants » ou « Craignant-Dieu ».
Dans le Nouveau Testament thumb|Le Baptême de l'eunuque, par Rembrandt (1626), musée du couvent Sainte-Catherine, Utrecht. Il semble difficile de déterminer si l'eunuque éthiopien qui lit le Livre d'Isaïe et demande le baptême au diacre Philippe en est un prosélyte ou un Craignant-DieuFrançois Brossier, « Corneille, le premier païen converti », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000, p. 264 sq.. Dans ce second cas, il s'agirait du tout premier baptême d'un païenMichel Quesnel, Baptisés dans l'Esprit, Cerf, 1985, p. 33.. Dans le cas contraire, le premier baptême d'un Craignant-Dieu est celui du centurion Corneille (Ac 10), qui est probablement un sympathisant grec du judaïsmeSimon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF/Nouvelle Clio, 2006 , p. 178.. Cet événement fait figure de « révolution » car, pour la première fois, « un païen est admis à part entière dans la communauté exclusivement juive des premiers chrétiens »Paul-Irénée Fransen, « Pierre qui passait partout », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000, p. 252..
Lorsque l'apôtre Pierre baptise Corneille à Césarée, il déplace le centre de gravité de l'Église de JérusalemDaniel Marguerat, « Les Actes des Apôtres », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 132.. Dorénavant, la communauté va s'organiser autour de deux pôles : Jérusalem, sous l'autorité de Jacques le Juste, « frère du Seigneur », et Antioche, où ces nouveaux adeptes de Jésus portent le nom de « chrétiens ».
Luc l'évangéliste Pour la recherche contemporaine, l'évangéliste Luc, auteur de l'Évangile selon Luc et des Actes des Apôtres, est selon toute probabilité un Grec cultivé, en sympathie avec la tradition juive, qui s'est rapproché de la Synagogue jusqu'à devenir un Craignant-Dieu, avant de suivre l'enseignement de JésusDaniel Marguerat, « L'Évangile selon Luc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 118.François Bovon, L'Évangile selon saint Luc, Labor et Fides, 1991, p. 27..
Bibliographie Marie-Françoise Baslez, Bible et Histoire : Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio/Histoire, 1998 Marie-Françoise Baslez (dir.), Les Premiers Temps de l'Église : De saint Paul à saint Augustin, Folio/Histoire, 2004 Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000 Simon Claude Mimouni, Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth, Bayard, 2015
Notes et références
Articles connexes Paul de Tarse Barnabé Douze Apôtres Concile de Jérusalem Origines du christianisme Racines juives du christianisme Histoire du christianisme Lois noahides
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