left|upright=0.5|thumb|Blason. thumb|Salle à manger.

Corpus Christi est un des 31 collèges de l'université de Cambridge au Royaume-Uni. Il a été fondé en 1352, ce qui en fait le des collèges de Cambridge dans l'ordre d'ancienneté.

Son nom complet est "Le Collège du Corpus Christi et la Bienheureuse Vierge Marie" (The College of Corpus Christi and the Blessed Virgin Mary), souvent abrégé en "Corpus", ou même, autrefois, en "Le Corps" (The Body). Il est le seul collège à avoir été fondé par des bourgeois de Cambridge et non par de riches et puissants hauts personnages.

Avec environ 250 étudiants de premier cycle et de troisième cycle, il est le deuxième plus petit des collèges traditionnels de l'Université (après Peterhouse).

Le Collège a traditionnellement connu de forts taux de réussite académique au sein de l'Université de Cambridge. Dans la table officieuse de Tompkins, qui classe les collèges par classe de diplômes obtenus par leurs étudiants de premier cycle, Corpus Christi était troisième en 2012, avec 32,4 % de ses étudiants de premier cycle à atteindre des résultats de première classe. La position moyenne du collège ces dernières années est entre la et la .

Corpus Christi est l'un des collèges de Cambridge les plus riches en termes d'actifs. Il dispose d'un trésor d'argenterie exceptionnel, étant le seul collège de Cambridge à n'avoir pas vendu son argenterie pendant la Révolution anglaise. La dotation de l'Ordre s'élevait à à la fin de et ses terrains et immeubles en pleine propriété étaient évalués à à la fin de l'exercice 2013.

Étymologie Corpus Christi, ou Corpus Domini, sont d’autres noms donnés à la Fête-Dieu, appelée aussi Fête du Saint-Sacrement, fête essentiellement catholique célébrée le jeudi qui suit la Trinité, c'est-à-dire soixante jours après Pâques. Dans l’Église catholique, le nom officiel actuel de cette fête est « Solennité du corps et du sang du Christ ». Cette fête est donc associée de près au dogme catholique de la transsubstantiation, dogme particulièrement contentieux pour les différentes branches du protestantisme, y compris l’Église anglicane, qui a aboli la Fête-Dieu, remplacée par une journée d’actions de grâce. Le collège, devenu anglican, a néanmoins conservé son nom et une partie des traditions liées à l’ancienne Fête-Dieu.

Historique Fondation La guilde de Corpus Christi fut fondée en 1349 par des bourgeois de Cambridge, William Horwode, Henry de Tangmere et John Hardy alors que la peste noire approchait inexorablement, dans le but de créer un collège et, sans doute de penser à l'avenir au lieu de juste attendre la mort. La même année, après le passage de l'épidémie qui emporta environ 1/3 de la population, cette guilde fusionna avec une guilde plus ancienne, la guilde de la Sainte Vierge Marie (Guild of the Blessed Virgin Mary), particulièrement décimée par la peste. Décidée à fonder un nouveau collège au sein de l’université de Cambridge, la nouvelle guilde acquit du terrain en centre-ville tandis que leur protecteur, Henry de Grosmont, duc de Lancastre, obtenait du roi Édouard III, en 1352, la licence nécessaire pour fonder ce nouveau collège. La construction des premiers bâtiments formant une simple cour (qui sera ultérieurement connue comme the Old Court) commença immédiatement, ce qui permit d’héberger dès 1356 un proviseur (master), deux professeurs (fellows) et une vingtaine d’étudiants. Les statuts du collège furent rédigés la même année. Le collège et la guilde fusionnèrent ensuite complètement, ce qui dota le collège d’un premier patrimoine en termes de domaine foncier et de revenus. Le collège hérita aussi des traditions cérémonielles de la guilde, dont la principale était d’organiser la procession annuelle de la Fête-Dieu à travers Cambridge, la journée se terminant par des agapes extravagantes. La Réforme protestante mit fin à la procession (en 1535), mais le collège continue à ce jour à organiser un dîner de gala le jour de la Fête-Dieu. Période médiévale Malgré sa première dotation, le collège resta relativement pauvre au cours de ses trois premiers siècles et ne construisit pas de nouveaux bâtiments - et conserva en bon état old court, véritable prototype des bâtiments universitaires anglais dont le principe fut reproduit pendant 6 siècles. N’ayant pas de chapelle en propre, les membres du collège allaient aux offices de l’église de la ville, toute proche, l’Église Saint-Bene't (ce nom inhabituel est une abréviation de Saint Benedict, donc Saint Benoît). Le collège utilisa le nom de Saint Bene't lorsque la référence au catholicisme contenue dans le nom de Corpus Christi devint trop lourd à porter, particulièrement pendant la période de la Réforme protestante. En 1376, le collège possédait 55 livres, et bien d’autres allaient lui être donnés ou légués au cours des siècles : 76 livres furent légués par Thomas Markaunt en 1439 et 12 par le master John Tytleshale en 1446, en attendant le legs majeur consenti au par l’archevêque de Canterbury Matthew Parker, le plus grand bienfaiteur du collège. Lors de la révolte des paysans de 1381, le collège fut attaqué et mis à sac par les habitants de la ville de Cambridge (accompagnés semble-t-il de quelques étudiants), maire de la ville en tête. Les assaillants pillèrent complètement le collège, le vidant complètement et emportant en particulier l’argenterie, et la charte du collège pour la brûler. Curieusement, cet événement eut lieu dans la semaine de la Fête-Dieu. Le collège, l’un des seuls à être ainsi dévalisé, avait sans doute été attaqué parce qu’il était propriétaire de nombreux biens loués. Il demanda 80 livres de dommages (soit environ livres actuelles).

Lors de la guerre des Deux-Roses en 1460, le collège se protégea contre toute nouvelle attaque en achetant les armements nécessaires.

La duchesse de Norfolk, Elizabeth Talbot, et sa sœur Éléonore Talbot firent des dons importants au collège dans les années 1460 et financèrent la réparation des bâtiments. A la même époque le proviseur (master) Thomas Cosyn fit construire la première chapelle du collège et un passage couvert entre Old Court et l’Église St Bene't. Au cours des siècles suivants, des chambres mansardées furent installées sous les combles pour augmenter le nombre d’étudiants.

Réforme protestante Bien que peu touché directement par les troubles religieux, le collège a compté des adhérents et des martyrs des deux partis. Parmi les plus notables du côté catholique, Richard Reynolds, exécuté pour avoir refusé de prêter allégeance à Henry VIII, et du côté protestant, William Sowode qui mit fin aux processions de la Fête-Dieu organisées par le collège, Thomas Dusgate et George Wishart, exécutés pour cause de protestantisme et finalement le réformateur et archevêque de Canterbury Matthew Parker, qui devint le proviseur et surtout le bienfaiteur du collège auquel il légua non seulement une collection exceptionnelle de manuscrits et livres anciens (la bibliothèque Parker) mais encore une riche vaisselle d’argent et son symbole, le pélican. Soucieux de la pérennité de son héritage, Parker avait prévu que si un certain nombre d’éléments de son legs (livres ou pièces d’argenterie) étaient détruits ou perdus, ce legs devrait passer à un autre collège, Gonville and Caius College, voire à un second, Trinity Hall, en cas de nouvelles pertes. Résultat, des représentants de ces deux collèges viennent régulièrement inspecter les collections pour vérifier s’il y a eu des disparitions. C’est l’une des raisons déterminantes qui ont fait que le collège de Corpus Christi est le seul qui n’ait jamais vendu ou fondu son argenterie.

En 1578, l’accroissement du nombre des élèves nécessita une chapelle plus grande. Mais celle-ci ne fut achevée qu’à grand peine en 1662 après avoir presque conduit le collège à la banqueroute. Parmi les donateurs on relève les noms de Nicholas Bacon, la reine Élisabeth et Sir Francis Drake.

Pour trancher les disputes à propos de la nomination du prochain proviseur, la reine Élisabeth imposa John Jegon en 1590, un bon choix puisqu’il sut trouver des ressources et régler la situation économique précaire du collège, notamment en instituant le statut de fellow commoners, sorte d’auditeurs libres qui pouvaient rester un an ou deux moyennant paiement.

Période de la Guerre civile et des rébellions jacobites (1688-1746) Exception parmi les autres collèges d’Oxford et de Cambridge, Corpus Christi put rester neutre durant la Guerre civile et échapper aux pires excès et violences de cette période. L’argenterie fut répartie entre les professeurs, cachée par eux pendant le conflit, et restituée à l’issue. Sur le plan religieux, l’envoyé de Cromwell, William Dowsing, ne trouva « rien à redire » lors de sa tournée d’inspection à Corpus Christi. L’Église Saint-Bene't eut moins de chance et connut une purge sévère pendant les années du commonwealth républicain (1649-1660).

Siècle des Lumières Le collège a continué à croître tout au long du et a formé plusieurs ecclésiastiques et savants éminents, y compris les soi-disant « bénédictins », une douzaine d'historiens, chartistes et archéologues bien connus parmi lesquels Richard Gough et William Stukeley. Dans les années 1740, l'archevêque Thomas Herring légua mille livres sterling pour la reconstruction du collège, ce qui provoqua plusieurs tentatives avortées pour commencer cette reconstruction. En 1770, Matthias Mawson, ancien proviseur de Corpus Christi et évêque d'Ely, a légué trois mille livres pour financer la démolition partielle et la reconstruction du collège, mais ce n'était pas suffisant. Ce n'est qu'en 1822 que, grâce aux 55 000 livres accumulées dans le fonds de reconstruction, William Wilkins, qui avait récemment achevé des travaux importants à Downing College, King’s College et Trinity College, fut chargé de bâtir, en style néo-gothique, ce qui allait devenir la nouvelle Cour (‘’New Court’’) au bout des cinq ans de travaux qui furent nécessaires. Sa construction a nécessité la démolition de plusieurs bâtiments, y compris la chapelle élisabéthaine. La chapelle actuelle à New Court fait partie de la construction du . L'achèvement de ‘’New Court’’ permit de faire passer le nombre des étudiants de 48 à 100. Période victorienne Au cours du , le collège s’est trouvé fortement associé au mouvement évangélique né du Grand Réveil. Dans les années 1860, sa popularité s’accrut au point qu’il se trouvait au rang des collèges de Cambridge en nombre d’étudiants. Pendant de nombreuses années, la majorité des diplômés de Corpus Christi poursuivait une carrière ecclésiastique dans l’Église anglicane. Mais la société et le cadre législatif évoluèrent rapidement au : les catholiques furent admis à entrer à l’université, l’éventail des matières enseignées s’élargit, les auditeurs libres (‘’fellow commoners’’) tombèrent graduellement en désuétude. En 1882, les professeurs (‘’fellows’’) furent autorisés à se marier, ce qui permit de professionnaliser l’enseignement qui, jusque-là, n’était qu’une étape entre les études et une nomination comme pasteur de paroisse. À partir des années 1880, le collège connut des difficultés, particulièrement dans l’enseignement théologique avec l’émergence de nouvelles institutions évangéliques, et le nombre des étudiants fut ramené à 50. C’est à cette époque que le sulfureux ‘’Chess Club’’ fut fondé ; malgré ce nom très respectable, il se fit essentiellement connaître par l’organisation de beuveries et d’orgies. Il devait être interdit, comme tous les autres clubs de ce type, dans les années 1980. Période édouardienne