Uranium, le scandale de la France contaminée est un reportage télévisé réalisé par Emmanuel Amara et Romain Icard, pour l'émission française de télévision d'investigation Pièces à conviction, présentée par Élise Lucet, diffusé le sur France 3.

Le documentaire pointe de supposées défaillances dans la gestion des mines d'uranium et usines de traitement du minerai de France métropolitaine, utilisées pour alimenter le programme nucléaire civil et militaire national. Le propos cible les responsabilités techniques, administratives et politiques, à l'échelle locale comme à l'échelle nationale.

Plusieurs sites et régions sont évoqués dans ce reportage, dont les anciennes mines du Limousin ou la contamination du stade Jean-Laville de Gueugnon et du village de Saint-Pierre, dans le Cantal.

À sa diffusion, le reportage suscite une polémique, en raison des soupçons qu'il fait peser sur la sûreté des anciens sites miniers et sur la responsabilité de l'entreprise Areva et de l'État dans ce dossier. Il génère d'importantes conséquences médiatiques et a des répercussions politiques et administratives en ce qui concerne la gestion pratique et l'assainissement des anciennes installations.

Synopsis Le reportage se découpe en 3 parties principales.

Première partie vignette|Le stade Jean-Laville de Gueugnon, dont le parking est présenté comme contaminé, est le premier lieu concerné par une pollution radioactive à être présenté dans le reportage. vignette|L'Arroux à Gueugnon, près de l'emplacement où est tournée la séquence avec Élise Lucet. Le reportage commence avec une courte introduction d'Élise Lucet, tournée sur le terrain à Gueugnon (Saône-et-Loire), en bord de l'Arroux, dans une zone où la radioactivité fait crépiter un compteur GeigerCette séquence est tournée au bord de la route départementale 238, à la sortie sud-ouest de Gueugnon en direction de Rigny-sur-Arroux, sur la rive gauche de l'Arroux.. En guise de sommaire, une série d'extraits vidéo compose ensuite le condensé des séquences à venir.

Élise Lucet effectue son retour à l'écran, au volant d'une voiture, se garant sur un parking situé à Gueugnon, supposément radioactif, face au stade de football de la ville. Un technicien de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), Christian Courbon, effectue ensuite des mesures sur ce terrain utilisé par les supporters, mettant en évidence une forte contamination radioactive, révélée par un récent rapport de la CRIIRAD. Des réactions de la population, d'un ancien employé de l'usine de traitement de minerai de la Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) et de riverains d'un parcours de santé établi à proximité de déchets radioactifs sont filmées.

Une voix off rappelle ensuite que les pollutions de ce type concernent un grand nombre de régions françaises, pour un total de 300 millions de tonnes de matières radioactives. Des images de déversement de boues radioactives tournées par le journaliste et militant Thierry Lamireau en Limousin en 1992 (Uranium en Limousin) sont ensuite diffusées. La physicienne nucléaire Monique Sené met ensuite en cause le sentiment d'impunité du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et de la COGEMA dans ces pratiques. Jean-Claude Zerbib, ancien employé du CEA, relaie cette accusation.

Le reportage se poursuit à Saint-Pierre (Cantal), village ayant accueilli une usine de production de minerai, dont un ancien employé relate les manquements. Des images d'une interview d'un ancien mineur de la division minière de la Crouzille en Haute-Vienne, tournées par la CRIIRAD, sont ensuite diffusées, pointant le manque de protections du personnel face aux risques d'irradiation et l'absence de suivi sanitaire. Est ensuite évoquée une étude de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) mettant en évidence la surincidence de cancers chez les anciens mineurs.

De retour à Gueugnon, le reportage présente Christian Courbon en train d'effectuer de nouvelles mesures, révélant des taux d'irradiation supérieurs à la norme en bord de rivière, nécessitant des mesures de protection. En caméra discrète, un responsable d'Areva déclare s'en remettre à une décision préfectorale ; le commentaire précise que l'entreprise s'est tout récemment engagée à interdire l'accès à la zone contaminée du parking.

Deuxième partie vignette|Vue de l'espace de loisirs de Saint-Pierre, bourg dont plusieurs installations se trouvent sur un terrain contaminé. vignette|Cet accès à l'ancienne mine d'uranium des Bois Noirs, à Saint-Priest-la-Prugne, est filmé dans le reportage, comme ne présentant pas des garanties de sécurité suffisantes. Le journaliste ouvre le portail à l'aide d'une simple carte bancaire. La séquence commence à Paris, où Élise Lucet rappelle en voix off qu'Areva, en dépit de son engagement à agir, n'applique pas le principe de précaution, et qu'Anne Lauvergeon, présidente du directoire de l'entreprise, a décliné toute invitation à réagir. Élise Lucet pose donc ses questions à Jacques-Emmanuel Saulnier, porte-parole de la société ; ils échangent au sujet du principe de précaution, du rôle des autorités dans la détermination des règles, manipulent un échantillon de sable prélevé sur site sur lequel est appliqué un radex et débattent des doses tolérées.

Le reportage se poursuit à Saint-Priest-la-Prugne (Loire) et Laprugne (Allier), où Arlette Maussan effectue bénévolement des mesures de la radioactivité sur des routes dont le remblai est composé de matériaux modérément radioactifs (« stériles »), et rapporte ses résultats à un élu local, désireux de voir Areva s'impliquer dans le nettoyage. Un ancien employé de la COGEMA rappelle que la Direction départementale de l'équipement utilisait ouvertement les stériles pour ses travaux. Certains bâtiments privés sont également construits sur des remblais contaminés. Arlette Maussan signale que ses relevés, communiqués aux autorités, ne suscitent pas de réaction concrète car concernant des mesures certes supérieures à la radioactivité naturelle mais conformes aux normes. Philippe Ledenvic, directeur de la Direction régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement Rhône-Alpes (DRIRE), assure que le respect des normes est assuré, ce à quoi la voix off rétorque que le seuil observé localement est différent de celui qui est préconisé à l'échelle internationale. Bruno Chareyron, ingénieur de la CRIIRAD, effectue à son tour des mesures sur le parking d'un club de ski de Laprugne, révélant une radioactivité certes faible mais très nettement supérieure aux seuils naturels, pouvant causer des risques à long terme. La DRIRE conteste ensuite la pertinence de mesures effectuées au sol. Bruno Chareyron, dans son laboratoire de Valence, confirme la radioactivité des cailloux du parking de Laprugne.

La voix off rappelle que 170 millions de tonnes de stériles ont été générées en France. À Saint-Pierre (Cantal), une partie du village est établie sur le site d'une ancienne mine, soit de résidus, effacée par d'importants travaux de paysagisme. Un habitant présente une aire de repos et un lotissement créés sur l'ancienne mine, terrain propriété d'Areva rendu accessible au public, et rapporte que du concentré d'uranium a été laissé sur place, recouvert de seulement dix centimètres de terre. La contamination des maisons au radon, dont la norme est dépassée 25 fois, est évoquée par une ancienne riveraine.

Le reportage continue en Limousin, connu pour avoir abrité les principales mines d'uranium de France, et met en cause la potabilité de l'eau de la ville de Limoges, dont les réserves (comme l'étang de la Crouzille) sont pour partie en aval des anciennes mines des monts d'Ambazac. Il avance qu'un rapport de la CRIIRAD commandé par la Ville n'a jamais été divulgué, car mettant en évidence des apports problématiques en radionucléides. La municipalité estime avoir fait pression sur la COGEMA pour que des travaux de curage soient réalisés dans l'optique de contrer les apports radioactifs, mais le reportage estime que les contaminations n'ont été que différées, faute de détournement des ruisseaux incriminés : Bruno Chareyron mesure à nouveau de la radioactivité dans un cours d'eau alimentant l'étang de la Crouzille en provenance des mines et Thierry Lamireau la confirme en présentant la mine ennoyée de Pény et en découvrant des boues retirées de l'étang à l'air libre. Christian Andres, responsable environnement d'Areva, présente toutefois le site de Bellezane, où ont été déposées des boues curées, comme modèle, ce qui est contesté par l'IRSN. Bruno Chareyron y démontre la faiblesse du suivi d'Areva (absence d'entretien de clôtures, traitement des eaux insuffisant). Le reportage démontre aussi la sécurisation défaillante de l'accès au site de stockage de Saint-Priest-la-Prugne.

Thierry Lamireau est filmé en train de présenter le site de Margnac, à Compreignac (Haute-Vienne), où de nombreux futs radioactifs ont été entreposés par la COGEMA, ce qui a poussé des associations du Limousin à intenter une action en justice, soldée par une relaxe d'Areva en 2005, en raison d'une législation imprécise voire favorable aux intérêts de l'industrie nucléaire.

Troisième partie vignette|La troisième partie du reportage aborde principalement la dimension politique du dossier (ici Charles de Gaulle visitant une installation nucléaire en 1963). La troisième séquence du reportage s'ouvre à Paris, dans les locaux de l'Autorité de sûreté nucléaire, où Élise Lucet s'entretient avec son président, André-Claude Lacoste. Ce dernier reconnaît que l'ASN a d'abord concentré ses efforts sur la gestion des déchets de l'activité nucléaire, avant d'y associer les déchets miniers, et concède un « temps de retard », affirmant toutefois qu'« il n'y a pas de situation dangereuse actuellement en France » et qu'il n'est pas nécessaire de clôturer l'ensemble des sites faisant l'objet de suspicions. Il assume également l'absence d'étude épidémiologique sur l'exposition aux faibles doses de radiation, considérant qu'il est impossible de repérer les effets de doses si faibles. Élise Lucet interroge ensuite les auteurs de l'enquête, Romain Icard et Emmanuel Amara, qui reviennent sur le secret d'État imposé autour des questions nucléaires, sur la connaissance que certains acteurs politiques ont du sujet et sur le fait que les contrôles n'auraient commencé que très tardivement.

Le reportage revient sur le rôle de Pierre Desgraupes au sein du Conseil supérieur de la sûreté et de l’information nucléaires, dont le rapport en 1991 alertait les pouvoirs publics sur la dangerosité des déchets miniers, notamment sur leur forte teneur en radium 226, et sur l'absence coupable de plan de gestion. Jean-Claude Zerbib estime que les autorités se sont intéressées à l'uranium, en négligeant les produits de sa chaîne de désintégration, et parle de « non-sens scientifique et technique ». À l'aide d'un spectromètre, Bruno Chareyron démontre qu'un échantillon prélevé dans l'ancienne mine de Bellezane, en Haute-Vienne, est très pauvre en uranium, mais bien plus riche en , polonium ou thorium.

Le reportage évoque ensuite les limites de la loi Bataille, votée en 1991, pour encadrer la gestion des déchets radioactifs, mais qui ne prend pas en compte la gestion des résidus, ce que semble méconnaître Christian Bataille, qui découvre l'importance des « enfants » de l'uranium. Il est rappelé que Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD élue députée en 1997, a à son tour produit un rapport. L'intéressée relate avoir eu des difficultés à imposer son travail au sein de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques et le rejet sans discussion de son rapport.