La prend ses racines dans Nuremberg ou la Terre promise, de Maurice Bardèche, paru en 1948.

Elle prend son essor avec l'activisme de Robert Faurisson, dans les années 1970, et avec l'affaire du « détail » (1987), caractéristique de l'ambiguïté de Jean-Marie Le Pen et de son parti, le Front national, sur le sujet.

Les militants négationnistes se situent à l'extrême droite et à l'ultragauche de l'échiquier politique.

Historique Du sortir de la guerre à la fin des années 1970 Diverses formes de négationnismes commencent à se répandre en France immédiatement après la guerre. En , Jean Pouillon, dans un article paru dans la revue Les Temps Modernes reproche au procès de Nuremberg d'avoir colporté des « contes de bonne femme ». Maurice Bardèche, beau-frère et meilleur ami de Robert BrasillachSur le lien entre la parenté de Maurice Bardèche avec Robert Brasillach et son engagement après 1945 en politique et dans le négationnisme, voir et suiv. et note 1203., publie entre 1948 et 1950 deux livres intitulés Nuremberg ou la Terre promise et Nuremberg II ou les Faux monnayeurs. La thèse centrale de ces deux livres est que les Juifs sont responsables du déclenchement de la guerre et donc indirectement des crimes nazis. Bardèche est aussi le premier à réinterpréter les euphémismes utilisés par les nazis pour désigner leur entreprise d'extermination en expliquant que Extrait de Nuremberg et la Terre Promise, et cité par Nadine Fresco (article « révisionnisme » de l'Encyclopedia Universalis édition 1990 reproduit sur le site anti-rev). Voir aussi Maurice Bardèche sur le site PHDN.. Bardèche, qui se disait lui-même fasciste, est ainsi le Maurice Bardèche. L'autre précurseur du négationnisme français est Paul Rassinier. Instituteur communiste puis socialiste, pacifiste, résistant et déporté, il écrit en 1950 Le Mensonge d'Ulysse, le premier d'une série de livres destinés à présenter les témoignages des survivants du génocide juif comme des mensonges. Exclu de la SFIO, il continue son rapprochement avec les milieux d'extrême droite, jusqu'à être publié par Maurice Bardèche et à collaborer au journal RivarolLe site PHDN publie une série de pages sur Rassinier. Les informations biographiques proviennent notamment de l'article consacré par Nadine Fresco à Paul Rassinier dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, reproduit sur le site anti-rev..

De la fin des années 1970 à nos jours Ce négationnisme reste très confidentiel jusqu'à la fin des années 1970. Le , la publication par l'hebdomadaire L'Express d'un entretien avec Louis Darquier de Pellepoix, directeur du Commissariat général aux questions juives de 1942 à 1944, intitulé « À Auschwitz on n'a gazé que les poux », marque le début de ce qui devient l'« affaire Faurisson ». Robert Faurisson, ex-maître de conférences en littérature à l'Université Lyon-II, se considère disciple de Rassinier et proclame que le génocide nazi est un . Il envoie alors des lettres à plusieurs journaux et, le , Le Monde publie, accompagné de plusieurs réfutations, un article de Faurisson : <ref>Ce résumé doit beaucoup à l'article « révisionnisme » de lEncyclopedia Universalis édition 2004 de Nadine Fresco (reproduit sur le site PHDN). Voir aussi Les redresseurs de morts.</ref>. Robert Faurisson reçoit alors le soutien de Pierre Guillaume, qui commence en 1979 à utiliser le nom d'une librairie fermée depuis sept ans et à laquelle il avait participé : La Vieille Taupe.

Jean-Claude Pressac est un pharmacien qui s'est intéressé aux aspects techniques des chambres à gaz et, face à l'incohérence des données qu'on lui fournissait, s'est rapproché de Faurisson dans les années 1979-1980. Il rompt avec les thèses de Faurisson dès la fin de 1980. En fin de compte, ses travaux, par leur précision, ont surpassé les arguments techniques du « révisionnisme » de l'époque, c'est-à-dire de Faurisson, et ont procuré à son auteur une reconnaissance. Il s'est expliqué en ces mots sur sa démarche : . Jean-Claude Pressac, aujourd'hui décédé, devint commissaire du Musée d'Auschwitz.

En 1985, l'Université de Nantes délivre à un ingénieur agronome à la retraite, Henri Roques, un doctorat d'université qui récompense une thèse intitulée Les Confessions de Kurt Gerstein. Étude comparative des différentes versions, que l'auteur a rédigée en étroite collaboration avec Faurisson. La thèse fait ressortir les contradictions entre les différentes versions du témoignage du SS Kurt Gerstein en faisant largement référence à des auteurs, tel Paul Rassinier, qualifiés d'. La thèse ne nie pas l'existence des chambres à gaz mais, au cours de la soutenance orale, qui se tient devant un jury composé entièrement d'universitaires actifs dans la mouvance d'extrême-droite proche du GRECE, Roques n'hésite pas à extrapoler les conclusions de sa thèse vers la remise en cause de l'existence des chambres à gaz et la dénonciation de la , en se référant ouvertement à Faurisson. Cette thèse passe inaperçue, et il faut attendre pratiquement un an pour que l'affaire éclate dans les médias. Entretemps, Roques avait organisé sa propre publicité en insistant sur le « caractère explosif » de la thèse. Le diplôme de Roques sera annulé en pour vice de formeCommission sur le racisme et le négationnisme à l'université Jean-Moulin Lyon III, Rapport à Monsieur le Ministre de l'Éducation nationale, par Henri Rousso, septembre 2004, chapitre 4, Texte intégral en ligne.Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire. Un Eichmann de papier et autres essais sur le révisionnisme, Paris, La Découverte, coll. « Essais », 1987, , ..

En 1996, une autre affaire fait scandale. Roger Garaudy, ex-membre du bureau politique du PCF, converti au catholicismeRoger Garaudy, sur le site culturel Evene.fr puis à l'islam, publie dans le second numéro de la revue négationniste La Vieille Taupe, sorti en , Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, dont l'un des chapitres s'intitule « Le mythe des "six millions" (L'Holocauste) ». Après la révélation de cette publication par Le Canard enchaîné, Garaudy et Pierre Guillaume, éditeur de La Vieille Taupe, doivent affronter un procès. L'affaire prend une ampleur importante quand l'abbé Pierre, toujours très populaire en France, accorde son soutien personnel à Garaudy. L'abbé est convaincu de l'honnêteté de ce dernier, sans avoir par ailleurs lu son livre. À la même époque, la presse révèle les doutes de Marc Sautet, fondateur des cafés-philo, sur l'existence de chambres à gazLe Monde, 14 juin 1996, cité par Pierre Bridonneau, Oui, il faut parler des négationnistes, éd. du Cerf, 1997 . Avant-propos. Disponible en ligne.. Après plusieurs mois de controverses, l'abbé Pierre décide de se retirer provisoirement des médias et, le , Garaudy est condamné pour diffamation et contestation de crimes contre l'humanité. Garaudy, dans Les Mythes fondateurs, conteste l'application du terme de génocide : . Pour lui, les prisonniers des camps et les déportés sont morts en masse parce qu'ils étaient traités .

À l'extrême droite Sans jamais faire du négationnisme l'un de ses thèmes de campagne, certains responsables du Front national entretiennent une ambiguïté certaine dans leur rapport avec l'histoire du génocide juif commis par les nazis, au travers de déclarations minimisant ou relativisant l'utilisation des chambres à gaz. François Duprat, membre du bureau politique du FN de 1973 jusqu'à son assassinat (non élucidé) en 1978, était, comme le rappelle Valérie Igounet, l'Valérie Igounet, « Un négationnisme stratégique », Le Monde diplomatique, mai 1998..

Jean-Marie Le Pen, dans les années 1980, a tenu des propos équivoques sur l'existence des chambres à gaz. Le , il déclarait que leur existence « est un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale » et refuse de répondre à la question du journaliste qui lui demande s'il considère . Tout en admettant , il déclare aussi en 1986 que . Il qualifia de nouveau les chambres à gaz de à Munich, en . Il fut plusieurs fois condamné pour ces propos, notamment pour (en 1991 puis en 1997) et (1999).

En , Henri Roques déclare au journal Politis que . Il n'est pas démenti et assiste à l'université d'été du FN, « réservée » aux membres du partiLe Monde, 30 août 1992..

Le , Jean-Marie Le Pen qualifiait Maurice Bardèche de , à l'occasion des obsèques de celui-ci.

Condamné pour ou pour , Jean-Marie Le Pen a été condamné pour le , à la suite de son entretien accordé à l'hebdomadaire Rivarol, où il déclarait que « Le procès de Le Pen pour négationnisme renvoyé », nouvelobs.com, 8 juin 2007, et Le Pen condamné à trois mois de prison avec sursis et d'amende, latribune.fr, 8 février 2008.. Le Front national en tant que parti politique n'a jamais été poursuivi à ce titre.

Des responsables et élus du FN, comme le conseiller régional Georges Theil, ou Éric Delcroix, conseiller régional de Picardie, ont été condamnés en première instance et en appel pour des propos explicitement négationnistes au titre de la loi Gayssot. Martin Peltier, directeur de National-Hebdo, le journal officieux du FN, a lui aussi été condamné, le , pour , à la suite d'un article publié le . Malgré cette condamnation, il a écrit en 1998, dans National-Hebdo, que les Waffen-SS étaient avant tout des , coupables tout au plus de « Pour le directeur de la rédaction de "National Hebdo", les SS étaient des "patriotes" », Le Monde, 6 juin 1998. Dans le même numéro, National-Hebdo ouvrait ses colonnes à Robert Faurisson.

À l'ultragauche À la fin des années 1970, des anciens militants de l'ultragauche font de la critique bordiguiste de l'antinazisme un de leurs chevaux de batailleJean-Patrick Manchette, Alerte aux gaz ! (Contribution à la critique d'une idéologie ultra-sinistre), Charlie Hebdo 519, 22 octobre 1980 ; chronique reprise dans son livre Les Yeux de la momie, . Cette convergence avec Robert Faurisson est marquée en 1978 par la rencontre de ce dernier avec Pierre Guillaume, fondateur de la librairie La Vieille Taupe, fermée en 1972, et leur collaboration tout au long des années 1980 pour défendre et propager des thèses négationnistes.

En avait paru le premier numéro de La Guerre sociale, une revue animée par Dominique Blanc et issue de King-Kong international (voir : Communisme de conseils). Le soutien d'une certaine ultragauche à Robert Faurisson commence en par la diffusion par La Guerre sociale à Lyon d'un tract intitulé Qui est le Juif ?. Un deuxième tract est intitulé Les chambres à gaz hitlériennes sont-elles indispensables à notre bonheur ?. Ces textes sont repris dans Vérité historique et Vérité politique, un livre de Serge Thion publié aux éditions de La Vieille Taupe. Toujours en , un texte intitulé « De l'exploitation dans les camps à l'exploitation des camps » paraît dans La Guerre sociale. Il aurait été écrit initialement par Gilles Dauvé et corrigé par Pierre Guillaume. La Jeune Taupe, revue du groupe Pour une intervention communiste, développe également les thèmes de l'ultragauche faurissonienne à partir de 1980.

Un tract, Notre Royaume est une prison, est distribué à le . Plusieurs groupes ont participé à la rédaction de ce tract qui s'appuie sur l'ouvrage de Serge Thion et plagie dans certaines phrases le discours de Faurisson : Les amis du Potlatch, Le Frondeur, le Groupe Commune de Crondstadt, le Groupe des travailleurs pour l'autonomie ouvrière, La Guerre sociale, Pour une intervention communiste, ainsi que des révolutionnaires communistes sans sigle. À la suite de ce tract, Libération publie le « La Gangrène », un texte de militants de la première Vieille Taupe comme Jacques Baynac et Belà Elek qui s'en prennent à cette gangrène faurissonienne qui gagne rapidement sinon l'extrême gauche, du moins des individus dont on pourrait penser que leur passé était une garantie.

Valérie Igounet a tenté de résumer les articulations rhétoriques de ce qu'elle appelle le :