L'offensive de la Badiya a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle est lancée contre l'État islamique le par l'armée et les milices du régime syrien, alliés aux milices chiites pro-iranienne et à la Russie. Elle permet aux forces loyalistes de reprendre le contrôle du désert de Syrie (la Badiya) dans l'est du pays, puis de briser le siège de Deir ez-Zor en , avant de reprendre toutes les localités sur la rives ouest de l'Euphrate en .

Prélude L'offensive est lancée peu de temps après la conclusion, le , à Astana, d'un accord entre le régime et ses alliés d'une part, et les groupes rebelles de l'autre ; celui-ci prévoit l'instauration d'un cessez-le-feu par la mise en place de « zones de désescalade » dans les régions contrôlées par l'opposition, à l'ouest de la Syrie .. Avec cette trêve, le régime syrien tourne alors une partie de ses forces vers l'est du pays et le gouvernorat de Deir ez-Zor, tenu par l'État islamique : son objectif est prendre de vitesse les Forces démocratiques syriennes et l'Armée syrienne libre, soutenus par les États-Unis et la coalition, qui progressent contre les djihadistes dans cette région ; les premiers s'approchent alors de la ville de Raqqa au nord, tandis que les seconds avancent vers Boukamal au sud .

Forces en présence L'offensive est lancée par l'armée arabe syrienne, ainsi que par le Hezbollah et des milices chiites irakiennes encadrées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique. Ces troupes sont appuyées par l'aviation russe. La Russie engage également des mercenaires issus de sociétés militaires privées, comme Evro Polis et ChVK Wagner, dont les hommes sont chargés de la garde des installations pétrolières reconquises à l'EI .

L'armée syrienne engage principalement son corps d'armée ; ce dernier a été formé en , il est composé entièrement de volontaires équipés et conseillés par la Russie et est placé directement sous le commandement du général russe Valeri Assapov...

Le régime syrien forme également des milices tribales sunnites dans les régions reconquises .. Nawaf Bashir, un chef de la tribu des Bagharas à Deir ez-Zor, rejoint notamment le camp loyaliste après avoir rallié l'opposition en 2011 ; 600 membres de sa tribu intègrent alors les Forces de défense nationale, bien que d'autres combattent au même moment à Raqqa dans les rangs des Forces démocratiques syriennes.

L'Armée de libération de la Palestine participe également à l'offensive .

Du côté de l'État islamique, Le Monde indique que occuperaient le gouvernorat de Deir ez-Zor selon des sources pro-opposition locales.

Déroulement Début de l'offensive près du lac al-Assad, Palmyre et al-Tanaf, de mai à août 2017 thumb|upright=1.4|left|Carte des offensives loyalistes dans la région de Maskanah, entre le lac Jabbūl et le lac el-Assad, en mai et :

Le , le régime syrien annonce le début de son offensive ; son objectif est alors d'atteindre Deir ez-Zor, assiégée et occupée pour moitié par les djihadistes depuis 2014. L'attaque est lancée sur trois zones : au nord-est, dans la région entre Alep et Raqqa ; au centre, dans la région de Palmyre ; et au sud-est, vers al-Tanaf dans les régions désertiques près des frontières irakienne et jordanienne. Les combats ont lieu dans la Badiya, le désert de Syrie, une zone vaste de située à l'est des gouvernorats de Hama et Homs, au sud du gouvernorat de Raqqa et à l'ouest du gouvernorat de Deir ez-Zor.

Le , l'État islamique réplique en attaquant les villages d'Aqareb et Maboujé, dans l'est du gouvernorat de Hama. Les loyalistes contre-attaquent et reprennent ces deux localités le lendemain , au terme de combats ayant fait plus de 70 morts .

thumb|upright=1.4|left|Carte des offensives loyalistes près de la frontière irakienne, en mai et :

Sur le front sud, l'offensive vers le poste-frontière d'al-Tanaf s'arrête rapidement : le , l'armée syrienne et les milices chiites irakiennes sont repoussées par des frappes aériennes de l'armée américaine qui appuie les groupes de l'Armée syrienne libre basés dans cette région . Cependant, les loyalistes parviennent à atteindre la frontière irakienne le , au nord-est d'al-Tanaf empêchant ainsi les rebelles de poursuivre leur offensive contre les djihadistes à Boukamal .

En revanche, au nord, l'armée syrienne progresse contre l'État islamique : le , dans l'est du gouvernorat d'Alep, elle prend aux djihadistes l'aéroport de Jarrah, près de Dayr Hafir ; le , elle reprend la ville de Maskanah ; et le , elle entre dans le gouvernorat de Raqqa pour la première fois depuis plus d'un an . Le , au sud du lac el-Assad, les troupes loyalistes atteignent les lignes des Forces démocratiques syriennes, qui ont pris Tabqa et viennent de commencer la bataille de Raqqa . Cependant des heurts éclatent entre les deux forces : un bombardement du régime syrien touche d'abord les FDS dans la nuit du 7 au ; puis le , alors que les loyalistes arrivent aux portes de Resafa, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Raqqa, des échanges de tirs opposent soldats syriens et combattants kurdes . Le même jour, un avion Su-22 syrien est abattu par un avion F/A-18 Super Hornet américain .

Au sud, l'armée syrienne et les milices chiites longent la frontière irakienne et entrent le dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, près de Boukamal .

Le , menacées d'encerclement, les troupes de l'État islamique abandonnent leurs dernières positions dans le gouvernorat d'Alep..

vignette|upright=1.4|left|Carte des offensives loyalistes dans le désert syrien en :

À la mi-juillet, les forces loyalistes reprennent également le contrôle de plusieurs villages et plusieurs puits de pétrole à Wahab, al-Fahd, Dbaysan, al-Kassir, Abou al-Katat et Abou Katach, au sud de Resafa ; ainsi que du champ gazier de Haïl, près d'Al-Soukhna .

Le , l'armée syrienne atteint la ville d'Al-Soukhna, située à environ 70 kilomètres au nord-est de Palmyre . Au terme de combats ayant fait au moins plusieurs dizaines de morts, la ville est reprise le . Entre-temps, le , l'État islamique mène des contre-attaques sur plusieurs points à l'est du gouvernorat de Homs : en 24 heures, au moins cinq véhicules piégés explosent, 35 djihadistes sont tués, ainsi que 39 loyalistes en plus de 25 blessés .

Au nord, les troupes du régime continent d'avancer en longeant le fleuve Euphrate sur sa rive sud — la rive nord étant occupée par les Forces démocratiques syriennes — et arrivent le à moins de quatre kilomètres de la petite ville de , située à la frontière entre le gouvernorat de Raqqa et le gouvernorat de Deir ez-Zor .

Le , l'armée syrienne mène avec le soutien de l'aviation et d'hélicoptères russes une opération commando dans trois villages du nord-est du gouvernorat de Homs : selon l'OSDH, au moins six militaires syriens et 25 djihadistes sont tués dans ce combat .

Offensive sur Deir ez-Zor et prise de la poche d'Ouqayribat, de août à octobre 2017

thumb|upright=1.4|left|Carte des offensives loyalistes dans le désert syrien entre juillet et :

Le , des troupes du régime font leur jonction au nord-ouest de Palmyre et encerclent une partie des forces de l'État islamique dans une poche située dans la région d'Ouqayribat, à l'est de Hama et de Homs . Le , c'est au tour des forces engagées au sud de Raqqa et au nord d'Al-Soukhna d'effectuer leur jonction et d'encercler les djihadistes dans une deuxième poche au nord de Palmyre . Cette dernière est conquise peu après par les loyalistes. L'autre poche, défendue par , se réduit rapidement. Le village d'Ouqayribat est repris le ; selon l'OSDH au moins 35 combattants des forces du régime et 120 hommes de l'EI sont tués en 24 heures dans cette zone .

En revanche, à , l'armée syrienne essuie un revers : le les djihadistes mènent une contre-attaque qui cause la mort d'au moins 34 soldats du régime et qui repousse les loyalistes de plus de 30 kilomètres à l'ouest de la périphérie de Maadane . De violents combats continuent d'avoir lieu sur ce front, faisant au moins 145 morts en six jours selon l'OSDH, dont au moins 26 loyalistes et 36 djihadistes tués dans la journée du .

Le , l'armée syrienne fait une percée dans le désert et se rapproche de Deir ez-Zor par l'ouest, reprenant au passage le champ pétrolier d'Al-Kharata . Assiégée depuis 2014 par l'État islamique, la ville de Deir ez-Zor est alors peuplée de et défendue par commandés par le major-général Issam Zahreddine . En fin de journée, les troupes syriennes menées par le major-général Souheil al-Hassan arrivent à une dizaine de kilomètres de la base de la Brigade 137. Le , elles brisent le siège de Deir ez-Zor , puis celui de son aéroport le .

Alors que les combats se poursuivent à Deir ez-Zor, les troupes du régime avancent également au nord-ouest de la ville, le long de l'Euphrate ; le , elles reprennent la petite ville d'Ayyache . Le , les localités d'al-Masrab, al-Tabni, al-Turayif, al-Buwytiyah et Khan Zahra sont reconquises à leur tour . Enfin, le , les loyalistes reprennent ; toute la rive ouest de l'Euphrate, de Deir ez-Zor à Raqqa, est alors contrôlée par le régime .

Cependant le , les troupes de l'État islamique mènent une contre-attaque au sud d'al-Soukhna : elles reprennent le village d'al-Choula et coupent la route reliant Deir ez-Zor à al-Soukhna . Selon l'OSDH, au moins 73 soldats et miliciens du régime sont tués dans cette action ; l'État islamique revendique pour sa part une centaine de tués . L'agence Amaq de l'EI annonce également la capture de deux soldats russes et d'un Syrien à al-Choula ; une vidéo montrant les deux prisonniers russes est ensuite diffusée le . Selon le Hezbollah, l'axe routier est à nouveau sous contrôle le .

Les djihadistes continuent de lancer des attaques sur plusieurs points entre Al-Qaryatayn et Deir ez-Zor ; en quelques jours les combats font plusieurs centaines de morts . Les forces du régime parviennent à reprendre l'essentiel des postes occupés par les djihadistes, mais le , l'EI prend le contrôle de la ville d'Al-Qaryatayn, d'Al-Taybah située au nord d'al-Soukhna, et de la montagne Al-Dahik, au nord-est d'al-Soukhna . Plus de 200 soldats et miliciens du régime sont tués dans cette contre-offensive .

Les forces loyalistes continuent cependant de progresser dans la poche d'Ouqayribat, située à l'est de Hama et de Homs : le , elles parviennent à reprendre les derniers villages qui étaient tenus par l'État islamique dans le gouvernorat de Hama ; puis le , les derniers villages situés dans le gouvernorat de Homs sont repris à leur tour .

Offensive le long de l'Euphrate, de Deir ez-Zor à Boukamal, entre octobre et décembre 2017

thumb|upright=1.4|left|Carte des évolutions à la frontière irako-syrienne, fin octobre et :

Les forces loyalistes poursuivent l'offensive dans le gouvernorat de Deir ez-Zor : le , l'armée syrienne entre dans la ville de Mayadine . Cependant, les djihadistes contre-attaquent et repoussent les loyalistes hors de la ville le . Le , les forces du régime pénètrent à nouveau dans la ville, avant de la reprendre entièrement le 14 . Le , les loyalistes contrôlent la rive ouest de l'Euphrate de Mayadine à Deir ez-Zor .

Entre-temps, le , l'État islamique envoie depuis l'Irak dans le gouvernorat de Deir ez-Zor un millier d'hommes du bataillon « Karadich », composé de combattants ouzbeks, tadjiks, azéris et turkmènes en renfort .

Le , Al-Qaryatayn repasse sous le contrôle du régime ; les 200 djihadistes qui défendaient la ville se replient dans le désert . Ils laissent derrière eux les cadavres de 116 personnes, exécutées pendant les 20 jours où la ville a été sous leur contrôle .