vignette|Atlas, 1797 (Gallica).
À la suite de la disparition du navigateur français Jean-François de La Pérouse en 1788 dans le Pacifique sud, plusieurs expéditions ont été menées en vue de retrouver les traces de ses navires.
Après des recherches longtemps restées vaines, c'est Peter Dillon qui finit par comprendre, en 1826, que l'expédition Lapérouse avait en réalité fait naufrage à Vanikoro, une île à l'est des îles Salomon. C'est donc là que se sont ensuite concentrées les investigations au cours des deux siècles suivants.
Recherches initiales Sans nouvelles de l'expédition Lapérouse depuis sa dernière escale de Botany Bay en Australie le , les savants français sont intervenus pour que l'Assemblée Constituante vote le lancement d'une expédition de recherche et pour que la Convention demande par décret l'impression des documents relatifs à l'expédition Lapérouse ; mais le contexte révolutionnaire ne permet pas que ces deux entreprises se déroulent de façon optimale. En ce qui concerne les recherches en mer, les deux navires, La Recherche et L'Espérance, ne sont pas faits pour naviguer de concert et la pharmacopée embarquée est insuffisante. ; quant au projet de publication, le décret de interdit les écrits contre-révolutionnaires, le ministre de la Marine Fleurieu est emprisonné, et ce n'est qu'en 1797 que parait la publication de Milet-Mureau, comme le rappelle la préface de l'édition de 2012.. La reconstitution des dernières semaines du périple de l'Astrolabe, privée de son commandant Paul Fleuriot de Langle, et de la Boussole se fera donc par bribes, au cours des siècles suivants, en s'appuyant sur des découvertes fortuites, grâce à la ténacité de plusieurs chercheurs passionnés par le mystère de cette disparition.
L'expédition d'Entrecasteaux
Une expédition part à la recherche de Lapérouse en septembre 1791. Dirigée par Antoine Bruny d'Entrecasteaux, elle part de Brest le avec deux frégates La Recherche et L'Espérance. Elle atteint l'île des Pins le ; puis le , l'expédition découvre une île nouvelle que d'Entrecasteaux baptise l'île de La Recherche. Or, c'est sur cette île (également appelée Vanikoro) que les survivants de l'expédition La Pérouse (et peut-être Lapérouse lui-même) avaient trouvé refuge. L'expédition poursuivit sa route vers Surabaya sans s'arrêter.
L'expédition de Du Petit-Thouars
En 1792, une nouvelle expédition est lancée à l'initiative d'Aristide Aubert du Petit-Thouars, mais celle-ci reste infructueuse.
Peter Dillon et d'Urville
vignette|gauche|upright=1.3|alt=Journal du médecin légiste, 1832.|Journal du médecin légiste, 1832. vignette|droite|upright=1.3|alt=Journal du médecin légiste, 1832.|Journal du médecin légiste, 1832. vignette|upright=1.5|alt=Dumont d'Urville : érection du monument La Pérouse à Vanikoro, Îles Salomon.|Dumont d'Urville : érection du monument La Pérouse à Vanikoro, Îles Salomon. Il faut attendre 1826-1827 pour que le capitaine marchand Peter Dillon découvre les restes du naufrage à Vanikoro, Îles Santa Cruz (Îles Salomon), au nord du Vanuatu. Il découvre la cloche de l'Astrolabe (le deuxième navire commandé par Fleuriot de Langle) et des pierriers de bronze qui avaient été conservés par les habitants. Quant à la Boussole, pas la moindre trace. Il apprend « comment deux grands navires s'étaient échoués par une nuit de grande tempête : l'un aurait coulé, l'autre se serait échoué et les survivants auraient pu s'installer sur un point de Vanikoro, nommé Paiou. Cinq ou six mois après, une partie des survivants seraient repartis à bord d'un petit bateau fabriqué avec les débris du grand. L'autre partie resta à Vanikoro, se mêla aux affrontements des indigènes. Le dernier des survivants serait mort peu avant la venue de Peter Dillon ».
vignette|alt=Statue de La Pérouse à Albi.|Statue de La Pérouse à Albi. À la suite de rumeurs, Jules Dumont d'Urville s'était également mis à la recherche des épaves ; il retrouve dans l'île de Tikopia « le Prussien Martin Bushart, le dernier survivant des équipages de la Pérouse ! » signalé par Dillon et met le cap sur Vanikoro où un indigène les conduit sur la ceinture de corail. « près de Païou, devant un lieu nommé Ambi, où, dans une espèce de coupée à un mille de la côte, à la profondeur de 4 ou , ils aperçurent des ancres, des canons, des boulets et de nombreuses plaques de plomb. La disposition des ancres faisait présumer que quatre d'entre elles avaient coulé avec le navire tandis que les deux autres auraient pu être mouillées. Ils achetèrent un croc de capon (grosse poulie), un bout de chaîne de paratonnerre, une mesure à poudre en cuivre, un pied d'instrument ou de fort chandelier, aussi en cuivre, un vase cubique du même métal, doublé en plomb, et enfin un saumon de fer pesant .
On retira ensuite du fond de la mer plusieurs autres objets : à savoir une ancre de fortement oxydée et recouverte d'une couche de coraux ; un canon en fonte dans le même état, un pierrier en bronze et une espingole en cuivre, beaucoup mieux conservés et portant, sur les tourillons, leurs numéros d'ordre et de poids ; un saumon de plomb, une grande plaque de même métal, des fragments de porcelaine, etc.
On construisit sur la côte, au fond du mouillage un prisme quadrangulaire en pierres, haut de deux mètres et surmonté d'une pyramide de même hauteur. Sur la face qui regarde la mer, on fixa une plaque de plomb avec cette inscription :
Dans les années qui suivent, deux autres explorateurs français passent par Vanikoro : Legoarant de Tromelin retrouve les ancres et les canons qui sont déposés, depuis 1884, au pied du monument dressé en l'honneur de La Pérouse par la ville d'Albi.
Les années 1960 Deux expéditions furent organisées par la Marine nationale de Nouvelle-Calédonie en 1958 puis en 1959, afin de remonter plus d'objets de l’Astrolabe et déterminer l'emplacement exact de la Boussole. Elles furent dirigées successivement par Pierre Anthonioz puis Haroun Tazieff..
Par des techniques de dynamitage, les plongeurs ont dégagé une partie de l'épave de la gangue de corail qui la recouvrait, d'objets ont pu être extraits : ancres, canons, monnaie... Cette seconde expédition fut filmée par Haroun Tazieff, et donna lieu à une conférence nommé "À la recherche des frégates de Lapérouse" au Musée national de la Marine de Paris, comprenant la projection des films en couleur.
En juin 1962, un plongeur néo-zélandais fixé à Port Vila accompagne Pierre Anthonioz dans son expédition. Reece Discombe prospecte le récif de part et d'autre du gisement de l'Astrolabe et repère rapidement, par de fond, des formes d'ancres et de canons pris dans le corail. Il remonte un plomb de sonde qu'il pense être de La Boussole.
En , Reece Discombe revient sur les lieux et il remonte des pierriers et une poulie de bronze. En mars, avec l'amiral de Brossard. de la Marine nationale, il retrouve beaucoup d'objets dont une partie est exposée au musée d'Albi, dont une cloche attribuée à La Boussole.
Les recherches de l'association Salomon thumb|upright|alt=Monument en hommage à La Pérouse à Vanikoro.|Monument en hommage à La Pérouse à Vanikoro.
L'Association Salomon., créée en 1981 par Alain Conan« Quand on a plongé (la première fois), j’ai le souvenir d’avoir sorti une assiette en étain. Il m’est venu en tête immédiatement l’idée de cette personne qui avait conçu cette assiette, la personne qui l’avait possédée ensuite et qui, tous les jours, la prenait dans ses mains pour déjeuner. J’avais quelque part l’impression de rentrer dans leur intimité et de faire partie un peu de l’équipage de La Pérouse. (A. Conan), se donne pour but de lever le mystère sur la fin tragique de l'expédition de La Pérouse. Pendant trente-cinq ans, près d'une dizaine de campagnes de fouilles ont été menées avec l'aide de la Marine nationale française qui a apporté un concours matériel et humain, et le ministère de la Culture qui a dépêché des équipes du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, le DRASSM : l’ensemble de la collection est propriété de la France et principalement en dépôt au Musée maritime de Nouvelle-Calédonie. Près de 90 % des objets inventoriés sont conservés au musée qui a traité dans son laboratoire tous les objets collectés par l’Association Salomon depuis 1999, soit une collection de plus de . À terre, ce sont les archéologues de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) qui ont œuvré dans un environnement matériel difficile.
Le projet et sa mise en œuvre Au début, Alain Conan met en place une équipe mixte avec des chercheurs australiens pour renforcer l'équipe locale.. « Ce n’est pas facile d’organiser des expéditions à Vanikoro, c’est loin de tout. Il n’y a pas d’aéroport, pas de route, peu de liaison maritime. Donc c’est une véritable entreprise qui doit se déplacer là-bas avec tous ses moyens : ses moyens logistiques, ses moyens financiers, ses moyens d’échanges, aussi son intendance (la nourriture, le matériel, etc.) »
Les qualités d'organisateur d'Alain Conan lui permettent par la suite de mener à bien plusieurs campagnes de prospection interdisciplinaires. Les recherches ont lieu en mer mais aussi à terre, avec l'aide des autochtones, à la recherche des traces des survivants : les relations entretenues avec la population locale, les autorités salomonaises, les chefs des villages et les habitants de Vanikoro vont d'ailleurs jouer un rôle important dans la découverte d'un campement des naufragés rescapés à Païou, au bord de la rivière Lawrence, pendant la quatrième campagne, en 1999..
Historique des recherches de 1981 à 1997 vignette|gauche|alt=Une importante commande de porcelaine de Chine, Musée maritime de Nouvelle Calédonie.|Une importante commande de porcelaine de Chine, Musée maritime de Nouvelle Calédonie. vignette|upright=1.3|alt=Graphomètre de l'Astrolabe trouvé en fouille et déposé au musée maritime de Nouvelle-Calédonie.|Graphomètre de l'Astrolabe trouvé en fouille et déposé au musée maritime de Nouvelle-Calédonie. vignette|upright=1.3|alt=Vaisselle chinoise trouvée sur l'épave de la Boussole et déposée au musée maritime de Nouvelle-Calédonie, ancienne muséographie.|Vaisselle chinoise trouvée sur l'épave de la Boussole et déposée au musée maritime de Nouvelle-Calédonie, ancienne muséographie. vignette|upright=1.3|alt=Service en étain et manches de couteaux en bois, exposés au Musée Lapérouse d'Albi.|Service en étain et manches de couteaux en bois, exposés au Musée Lapérouse d'Albi.
1981 Mise en place d’un chantier sous-marin sur le site de la faille où la Boussole s'est encastrée. Sont remontés, outre quelques belles pièces de vaisselle, une chaîne de paratonnerre en cuivre, des couverts en argent, des perles de verroterie, une marmite en cuivre. Les pièces sont authentifiées et inventoriées par un huissier à l’arrivée à Nouméa (Nouvelle-Calédonie).
1986 Seconde campagne de fouilles en collaboration avec les archéologues du Queensland Museum (Australie). À l’embouchure de la rivière Péou, mise au jour de traces de palissades. En mer, les plongeurs remontent des deux sites (fausse passe et faille), environ 500 objets qui seront traités et inventoriés en Australie. Les premiers ossements humains sont découverts dans la faille (quelques-uns ont été placés à l’intérieur du monument Lapérouse à Albi, ville natale du navigateur ; les autres se trouvent dans le monument La Pérouse érigé à Nouméa en 1988).
1990 Troisième campagne de fouilles en collaboration avec le centre ORSTOM de Nouméa, le Musée d’Honiara (Iles Salomon) et le groupe Valectra (EDF). sont relevés du site de la faille dont : cinq pièces du « quart de cercle de Langlois » confié à l’astronome Lepaute Dagelet, embarqué sur la Boussole ; une fourchette en argent aux armes du capitaine de vaisseau Anne, Georges, Augustin de Monti, embarqué le sur la Boussole ; une montre en or et argent commercialisée à Nice par Antoine Reverdit ; une collection importante de minéraux.