Louis Archinard, né le au Havre et mort le à Villiers-le-Bel, est un général français de la Troisième République, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Considéré avec Lyautey, Gouraud, Gallieni et Mangin comme une des , il contribue de manière importante à l'extension de l'empire colonial français en Afrique occidentale.

Au cours d'une longue carrière coloniale, il fait preuve de qualités d'organisation, notamment comme colonel commandant supérieur du Soudan français entre 1888 et 1893. Lors de la conquête militaire, ses méthodes violentes sont néanmoins critiquées en métropole. Il réalise l'œuvre esquissée par Joseph Gallieni et a pour élèves notamment Jean-Baptiste Marchand et Charles Mangin, mais aussi Joseph Joffre, sous ses ordres pour la construction d'une ligne de chemin de fer entre Kayes, la capitale de la région depuis 1892, et Bamako. Placé ensuite à la tête du Corps d'armée des troupes coloniales de 1904 à 1911, membre du Conseil supérieur de la guerre de 1911 à 1914, il exerce au début de la Première Guerre mondiale le commandement d'un groupement de divisions de réserve. Nommé en 1915 inspecteur des dépôts des troupes coloniales et désigné en 1917 pour exercer les fonctions de chef de la mission militaire franco-polonaise, il rend à la cause des Alliés des services importants, ce qui lui vaut d'être décoré de la médaille militaire en 1919.

Biographie Famille Louis Archinard est né le au Havre, fils de Louis Archinard, directeur d'une école protestante, et de Sophie Cattelain, institutrice... Il fait ses premières études au lycée de sa ville natale et en sort avec le titre de bachelier en 1866.. Il entre à l’École polytechnique (promotion X 1868), d’où il sort le comme sous-lieutenant au régiment d’artillerie de marine..

Cochinchine (1876-1878) Il est en mission en Cochinchine entre 1876 et 1878

Campagne au Soudan (1880-1884) Il est nommé inspecteur des études à l’École polytechnique en 1879. puis rejoint en les territoires du Haut-Fleuve (qui deviendront Soudan français en 1890) à la demande de Borgnis-Desbordes. Il mène plusieurs campagnes permettant à la France de poursuivre sa pénétration coloniale et d'étendre son empire. Il rentre en France en .

Commandant supérieur du Haut-Fleuve puis du Soudan français (1888-1893) En , il est nommé commandant supérieur du Haut-Fleuve, au Sénégal, en remplacement du lieutenant-colonel Gallieni.

Les territoires du Haut-Fleuve (succession de postes le long du fleuve Sénégal) sont constitués en colonie dépendant du gouvernement général du Sénégal par décret du et ont pour chef-lieu la ville de Kayes.

Il débarque à Saint-Louis avant de se rendre à KayesT. Tervonen, Les Otages, .. En , il fait détruire le fort de Koundian, qui appartient à Ahmadou Tall, fils d'Oumar TallT. Tervonen, Les Otages, ..

Il est promu officier de la Légion d'honneur en .

Le , il s'empare de SégouT. Tervonen, Les Otages, ..

Dans cette ville, Louis Archinard emmène avec lui comme prisonnier Abdoulaye, un des deux jeunes fils d'Ahmadou Tall.. Ils embarquent tous les deux pour Bordeaux le , puis le militaire confie l'enfant à des connaissances à ParisT. Tervonen, Les Otages, .. Après des études à Saint-Cyr, Abdoulaye Tall meurt en France à l'âge de 20 ans en 1899T. Tervonen, Les Otages, .. À Segou, Louis Archinard prend également possession de plus de 400 manuscrits (ouvrages de théologie, de droit musulman, de piété, exemplaires du Coran,...) qu'il expédie en France.. Il attribue aussi une femme à un officier sénégalais, Mamadou Racine SyStéphanie Soubrier, « Tirailleur sénégalais et premier capitaine noir de l'armée française : Mamadou Racine Sy », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, consulté le 21 avril 2026..

En 1891, Louis Archinard continue la campagne contre les dernières places de l'empire Toucouleur. Cette période est marquée par de grandes violences coloniales. Ces violences sont évoquées dans les rapports du lieutenant-colonel Archinard et dans la presse où des cadavres décapités à la suite d'exécutions sommaires apparaissent. La "stratégie Archinard" jugée brutale et violente est fortement critiquée dans la presse.

Par décret du , le Soudan français est créé au sein de la colonie du Haut-Fleuve avec un gouvernement militaire après la conquête de Ségou. Le lieutenant-colonel Louis Archinard en est le commandant supérieur. Un décret du donne au commandant supérieur la tutelle sur les services administratifs. Enfin par décret du , le Soudan français devient une colonie autonome. Kayes, jusqu'alors chef-lieu du Haut-Fleuve, en est la capitale et Louis Archinard, qui devient colonel en , en est le premier gouverneur (la fonction de capitale est transférée de Kayes à Bamako le , selon le choix du général Edgard de Trentinian).

Louis Archinard fait le siège de Djenné et rentre dans la ville le .. À la fin de cette année, il est relevé du commandement des troupes alors qu'il se trouve en France pour recevoir des soinsT. Tervonen, Les Otages, ..

Pendant ces cinq années, le bilan d'Archinard est considérable. Il renforce les troupes ; le chemin de fer, les routes, les productions et l'économie progressent. L'empire d'Ahmadou Tall, chef des Toucouleurs, est détruit en 1890 et Samory Touré est contraint de signer en 1887 un traité de protectorat sur les zones de la rive gauche du fleuve d'où il est expulsé en 1889 avec annexion des territoires. Le travail accompli par Archinard pour aménager et occuper le cours supérieur du fleuve est important, notamment l'avancement des travaux du chemin de fer vers Bamako, le développement des cultures (notamment du coton), l'organisation de l'enseignement avec les écoles publiques, etc. La chambre de commerce de Kayes est créée en 1892 et comprend des commerçants de différentes origines dont des Africains du Sénégal et du Soudan. Finalement, l'administration est organisée avec des postes permanents et des territoires d'administration indirecte contrôlés par de nouveaux chefs ralliés à la FranceJacque Serre, « Louis Archinard (1850-1932) - créateur de la colonie du Soudan, artisan de l'occupation des régions situées entre les fleuves Sénégal et Niger » in Hommes et destins, Editions L'Harmattan, pp. 15-16..

Commandant de la brigade de Cochinchine (1897-1899) En France, Louis Archinard est promu général de brigade en puis il part en Indochine et commande la brigade de Cochinchine de à .

Commandant du Corps d'armée des troupes coloniales et membre du CSG 285px|thumb|Le général passant en revue les troupes polonaises à Sillé-le-Guillaume.

Général de division en 1900, puis commandant de la à Perpignan, il commande le Corps d'armée des troupes coloniales de 1904 à 1911.

Il est nommé au Conseil supérieur de la guerre (CSG) en 1911 et y reste jusqu'en 1914.

En , il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur.

Première Guerre mondiale En 1917, il est chargé de créer l'armée polonaise en France.

Le , il est décoré de la médaille militaireMichel Wattel et Béatrice Wattel (préf. André Damien), Les Grand'Croix de la Légion d'honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Paris, Archives et Culture, 2009, p. 40..

Dernières années Louis Archinard participe à faire ériger à Reims en 1924 le Monument aux héros de l'Armée noire, en hommage aux tirailleurs sénégalais qui ont défendu la ville de Champagne pendant la Première Guerre mondiale..

Le général Archinard prend sa retraite à Villiers-le-Bel, où il meurt le .. Ses obsèques ont lieu au temple protestant du Havre, le . Y assistent notamment le ministre de la Défense François Piétri et le général Henri Gouraud.. Il est enterré au cimetière Sainte-Marie du Havre, division, allée 6, place 2. Dans le caveau familial est également enterrée Naba Kamara, une enfant qu'il avait ramenée d'Afrique, la fille d’un chef bambara mort au cours de la prise de Djenné, et qui a vécu au Havre jusqu'à sa mort en à l'âge de 43 ansT. Tervonen, Les Otages, ...

thumb|285px|La tombe de Louis Archinard au cimetière Sainte-Marie du Havre (Seine-Maritime).

Dans sa nécrologie publiée au lendemain du décès d'Archinard, le quotidien Excelsior estime que le général « figurera avec Lyautey, Gouraud, Gallieni et Mangin parmi les plus pures gloires coloniales de la ».

Honneurs et critiques

Hommages Il est élu membre de l'Académie des sciences coloniales lorsque celle-ci est créé en 1922 et il reçoit un hommage lors de l'exposition coloniale de 1931.

Une statue de lui est érigée à Ségou au Mali. La Société des Messageries africaines donne son nom à un bateau qui navigue sur le fleuve Niger.

Une rue du Général-Archinard porte son nom à Paris, proche de l'ancien musée de la France d'outre-mer, près de la Porte dorée, sur le site de l'exposition coloniale de 1931.

En 1930, le maréchal Lyautey lui rend hommage par ces mots devant la Société de l'histoire des Colonies, résumant ainsi l'œuvre accomplie par Archinard au Soudan de 1888 à 1893 :

Le , à l'occasion de son anniversaire, l'Académie des sciences d'outre-mer lui rend hommage.

Critiques

Au Mali en 2024, dans une démarche de critique des hommages colonialistes, la rue qui portait son nom à Bamako est rebaptisée du nom d'El Hadj Cheick Oumar Tall qui est un grand résistant

Grades : sous-lieutenant : lieutenant : capitaine : chef d'escadron : lieutenant-colonel : colonel : général de brigade : général de division

Postes

11/09/1883: État-major du Haut-Sénégal 17/10/1884: Régiment d'artillerie de marine 13/04/1885: commission d'expérience de Bourges 09/07/1885: inspection générale de l'Artillerie 19/03/1888: direction de l'artillerie du Tonkin 17/05/1888: État-major du Haut-Fleuve au Sénégal 15/09/1891: Régiment d'artillerie de marine 08/02/1892: inspection générale de l'Artillerie 27/08/1892: commandant supérieur du Soudan 02/12/1893: régiment d'artillerie de marine 18/07/1895: directeur de la défense au Ministère des Colonies 23/05/1896: président du Comité technique militaire colonial. 03/10/1897: commandant de la brigade de Cochinchine 24/11/1900: adjoint à l'inspecteur général de l'Artillerie de marine 30/11/1900: inspecteur général permanent des troupes de l'Artillerie de Marine puis 01/01/01 de l'Artillerie coloniale. 19/12/1900: inspecteur général permanent de la défense des côtes en ce qui concerne les ouvrages de la Marine 21/12/1900: membre du comité technique de l'artillerie 03/04/1901: membre du Comité technique du Génie et du Comité technique des Troupes coloniales 30/12/1901: commandant de la Division d'Infanterie et des subdivisions de région de Narbonne, de Perpignan, de Carcassonne et d'Albi 14/10/1904: commandant du Corps d'Armée des Troupes Coloniales 04/09/1911: membre du Conseil Supérieur de Guerre et commandant du groupement de divisions de réserve de mobilisation. 02/08/1914: commandant du Groupement de divisions de réserve. 02/09/1914: inspecteur général des dépôts des troupes coloniales de la zone des armées. 11/02/1915: placé dans la section de réserve. 18/10/1915: en mission. 18/11/1915: replacé dans la section de réserve. 06/06/1917: chef de la mission militaire franco-polonaise. 15/07/1919: replacé dans la section de réserve.

Décorations Décorations françaises () , remise le 14 juillet 1914 par le président Raymond Poincaré Grand officier (), remise par le président Armand Fallières Commandeur (), remise le 14 juillet 1903 par le général Pédoya Officier (), remise le 30 juillet 1889 par le général Dard Chevalier (), remise le 15 octobre 1881 par le général Frébault

avec agrafe "SOUDAN" 50px Grand-croix de l'Ordre du Nichan el Anouar

Décorations étrangères 50px Croix de la Valeur polonaise () 50px Croix d'argent dans l'ordre militaire de Virtuti Militari ()

Références

Bibliographie Martine Cuttier, Portrait du colonialisme triomphant - Louis Archinard 1850-1932, Panazol, Éditions Lavauzelle, 2006