Les Fous du roi ou Tous les hommes du roi (titre de la première édition intégrale française) (titre original : All the King's Men) est un roman de Robert Penn Warren, publié pour la première fois en 1946. Le titre serait inspiré de deux vers de la comptine Humpty Dumpty (All the king's horses and all the king's men / Couldn't put Humpty together again).

En 1947, le roman remporte le Prix Pulitzer du roman. Il est adapté au cinéma en 1949 et en 2006, la première version décrochant l’Oscar du meilleur film. L’éditeur Modern Library classe le roman comme le meilleur roman de langue anglaise du . En outre, il est inclus par le magazine Time dans son classement des 100 meilleurs romans parus depuis 1923 et le Guardian le classe parmi les 100 meilleurs livres de langue anglaise. 

Résumé Le récit évoque l’ascension et le règne politique du gouverneur Willie Stark (appelé « le Boss »), un populiste cynique du sud des États-Unis dans les années 1930. Le narrateur du récit est Jack Burden, un journaliste politique devenu le bras droit du gouverneur Stark. La carrière du Boss est entrecoupée de passages où Jack raconte l’histoire de sa vie et met en avant ses réflexions philosophiques : . 

Historique et structure romanesque Le roman est au départ une pièce de théâtre en vers nommée Proud Flesh, écrite par Penn Warren en 1936. Dans cette pièce, un des personnages se nomme Willie Talos, en référence au personnage brutal du poème épique La Reine des fées écrit par l’anglais Edmund Spencer à la fin du . 

Warren a toujours déclaré que Tous les hommes du roi .

Les thèmes et les images Un des principaux thèmes du roman est le fait que toutes les actions ont des conséquences, qu’il est impossible pour un individu de n’être qu’un spectateur de sa vie, tel que le fait le personnage de Jack (d’abord en tant qu’étudiant faisant des recherches en histoire et, plus tard, en tant que journaliste sarcastique). Durant la Grande Dépression, la population entière abandonne toute responsabilité et s’en remet à des leaders charismatiques tels que Willie Stark. Ce dernier semble ainsi combler les désirs des personnages ou le prétendre. Son garde du corps par exemple, Sugar Boy, atteint de bégaiement, aime le Boss car ; Jack Burden ne peut se résoudre à coucher avec Anne Stanton, qu’il aime, alors que Stark le fait, etc. (C’est sous cet aspect que les personnages sont tous des « hommes du roi », en dehors de l’emprunt d’une phrase, le titre n’a rien à voir avec la comptine Humpty Dumpty. Il est en fait dérivé de la devise de l’homme politique et populiste américain Huey Long, dont la vie a inspiré celle du personnage de Willie Stark.) Mais ces succès par procuration sont tous condamnés à échouer, et Jack comprend qu’un homme doit  

Le roman explore des concepts calvinistes, tels que le péché originel (, dit Willie lorsqu’il lance Jack Burden à la recherche d’une information compromettante sur quelqu’un. ) et la corruption (, dit Willie lorsque ses méthodes brutales sont critiquées, ) Jack découvre qu’aucun homme n’est imperméable au péché sous certaines circonstances. Ainsi, dans sa recherche de ragots à propos du juge, commence-t-il par s’interroger dans quelles conditions un homme est amené à faire quelque chose de mal. Jack, Willie et Adam abandonnent tous l’Idéalisme lorsqu’ils comprennent que personne n’est innocent ou irréprochable. 

Un autre thème présent dans le roman et celui du « Grand Spasme ». Lorsque Jack Burden découvre par hasard que l’amour de sa vie, Anne Stanton, entretient une relation avec le gouverneur Willie Stark, il monte directement dans sa voiture et roule jusqu’en Californie afin de s’éloigner de cette liaison. La description par Jack de son voyage contient des références explicites ou indirectes à la notion de Destinée, ce qui est en quelque sorte ironique lorsqu’il revient convaincu par le « Grand Spasme ». 

Le « Grand Spasme » est un type particulier de nihilisme que Jack adopte durant son voyage vers l’Ouest : Lors de son retour de Californie, Jack conduit un vieil homme qui a un spasme involontaire au visage. Cette image devient une métaphore résumant l’idée En d’autres termes, la vie n’a pas de sens, tout action est justifiée par un réflexe inné et personne n’est responsable de ses choix ou de sa destinée. (Pour Jack, ce concept est confirmé lorsqu’il est témoin d’une lobotomie pratiquée par Adam Stanton.) La distance émotionnelle rendue possible par cette conception lui permet de se détacher de sa propre frustration concernant la relation entre Anne Stanton et le Boss, et lui permet en outre de supporter des circonstances qui lui étaient jusque-là insupportables.

Les événements successifs (dont la mort tragique du gouverneur Stark, celle de son ami proche Adam Stanton et du juge Irwin, le père de Jack) convainquent Jack que le « Grand Spasme » est un modèle insuffisant pour expliquer ce qu’il a vu de l’histoire. Finalement, il accepte sa part de responsabilité dans l’anéantissement de la vie de ses amis. 

Le roman se penche également à des thèmes œdipiens, alors que Jack découvre à la fois l’identité de son vrai père et combien il est responsable de sa mort. 

Le thème de l’identité du père et son effet sur le sentiment identitaire d’une personne est exploré à deux reprises dans le roman. D’abord grâce aux personnages d'Adam et Anne qui découvre l'identité de leur père (l’ancien gouverneur Stanton) qui avait aidé à étouffer une affaire de corruption. Ensuite lorsque Jack découvre que son père biologique est le juge Irwin, et non, comme il le pensait À chaque fois, cette découverte entraîne un bouleversement des considérations morales du personnage. 

Le Temps est un autre thème majeur du roman et, tout particulièrement, l’idée que chaque instant passé contient les racines du futur. Exploré en permanence au sein du roman, ce motif thématique explique que la narration ne soit pas chronologique. Ainsi le récit s'assure de mettre à l'avant plan l’évolution des personnages et les liens thématiques entre les périodes. 

Personnages

Willie Stark Le personnage central de Willie Stark (souvent simplement appelé « le Boss ») est soumis à une transformation radicale, passant d’un avocat idéaliste, piètre candidat au siège de gouverneur, à un gouverneur charismatique et puissant. À cette fonction, Stark va participer à diverses formes de corruption et construire une machine politique basée sur le mécénat et l’intimidation. Son approche de la politique lui fait de nombreux ennemis au sein de la Législature, mais ne détourne pas son électorat de base, qui répond avec enthousiasme à son comportement populiste. 

Le personnage de Stark est souvent décrit comme inspiré de la vie de Huey Long, ancien gouverneur de Louisiane et sénateur au milieu des années 1930. En 1935, Huey Long était au sommet de sa carrière lorsqu’il a été assassiné ; un an avant seulement Robert Penn Warren avait commencé à enseigner à l’université de Louisiane. Stark, tout comme Long, est tué à bout portant au Capitol par un médecin. Le titre du livre proviendrait de la devise de Long, ou de son surnom . 

Dans son introduction de l’édition publiée par Modern Library, Warren nie avoir écrit un livre faisant l’éloge de Huey Long ou de son assassinat, mais il reconnaît cependant l’influence qu’il a pu avoir sur le personnage de Willie Stark :  Une des tendances regrettables de notre époque et que l’accueil fait à un roman peut largement dépendre de sa pertinence journalistique. Même s’il n’est pas très élégant pour moi d’appeler cette tendance regrettable et de la contester, car la pertinence journalistique de Tous les hommes du roi avait certainement un rapport avec l’intérêt qu’il a suscité. Mon héros, cet homme politique, dont le nom est Willie Stark a rapidement été assimilé à l’ancien sénateur Huey P. Long… Un claire différenciation entre Huey Long et le personnage de fiction Willie Stark pourrait être apporté en examinant le nom de l’homme politique dans la pièce Proud Flesh, où il s’appelait à l’origine Talos, nom du personnage brutal et sans pitié du poème épique La Reine des fées écrit par Edmund Spencer. Mon idée s’est par la suite étoffée mais cette base est toujours restée, de sorte que, Willie Stark, est d’une certaine façon resté Willie Talos. Pour être plus explicite, Talos est une sorte de malédiction que la démocratie pourrait s’attirer. Le livre, cependant, n’a jamais supposé être un livre à propos de politique. La politique à simplement apporté le cadre d’une histoire dont les préoccupations à l’œuvre, quelle qu’elles soient, sont plus profondes. 

Jack Burden Jack Burden est le narrateur du roman, un ancien étudiant en histoire, journaliste et assistant personnel du gouverneur Willie Stark.

Son récit est poussé, d’une part, par la fascination du mystère qui entoure le personnage plus grand que nature de Willie Stark, et à la même échelle d’autre part, par sa lutte afin de découvrir les mécanismes dirigeant ce qui survient dans sa vie.

En narrant le récit, Jack mélange son histoire personnelle et celle, politique, du gouverneur Stark. Les récits parallèles qu’il fait de ces deux histoires créent un contraste saisissant entre le personnel et l’impersonnel. Alors que son ton cynique, détaché et souvent drôle suggère une tentative de se mettre en retrait des intrigues et passions des autres personnages, le contenu hautement personnel de sa narration laisse entendre qu’il a conscience qu’il ne peut complètement de retirer, lui et son histoire, de celle de Willie Stark. Et cela car son histoire, narré en parallèle, a influencé et modelé celle (tragique) de Willie Stark. 

En somme, le développement du personnage de Jack pourrait être grossièrement décrit comme une quête afin de s’éloigner de sa vision détachée, comme une série d’événement incontrôlables, de l’histoire humaines. En d’autres termes, on pourrait dire que ce personnage parcourt un chemin allant du refus de toute responsabilité personnelle jusqu’à son acceptation. Cependant, un trait de personnalité constant durant le développement du personnage de Jack est sa passion pour découvrir des vérités historiques. 

Anne Stanton Anne est l’amour d’enfance de Jack Burden et la fille du prédécesseur de Willie Stark, le gouverneur Stanton. De nombreux souvenirs sur la vie de Jack concernent les relations qu’il a eu avec Anne. Comme beaucoup des amis de Jack, Anne rejette le personnage de Willie Stark. Cependant, après la découverte d’une révélation bouleversante concernant un des écarts moraux de son père, Anne entretient une relation avec Willie Stark. 

Adam Stanton Adam est un médecin à succès, il est le frère d’Anne Staton et un ami d’enfance de Jack Burden. Jack voit Adam Stanton comme l’antithèse du gouverneur Stark, appelant Adam « un homme d’idées » et Willie « un homme d’action ». Plus tard, il décrit Adam comme étant poussé à Le gouverneur Stark engage Adam comme directeur de son nouveau projet, la construction d’un hôpital et d’un centre de soin. Poste qu’il refuse dans un premier temps, par rejet des inimitiés pour Willie Stark, avant d’être persuadé d’accepter par Jack et Anne qui remette en question sa supériorité morale. Cette transgression et les liens créés avec le gouverneur Stark se révéleront avoir des conséquences tragiques lorsque Adam apprendra, par le biais du gouverneur adjoint Tiny Duffy, que Willie Stark couche avec sa sœur. Adam dit d’ailleurs à Anne : Sa fierté détruite, Adam va à la rencontre du gouverneur au Capitole et lui tire dessus. Si l’on considère la possibilité que l’histoire de Willie Stark puisse être basée des faits réels, l’inspiration pour Adam Stanton serait le docteur Carl Weiss. 

Juge Irwin