La franc-maçonnerie durant la Seconde Guerre mondiale est réprimée et interdite dans la majorité des pays européens. Elle fait l'objet d'une propagande anti-maçonnique dès l’avènement des premiers régimes totalitaires au début des années 1930. Elle subit des lois d’exception qui l'assimilent au complot juif et fait l'objet de persécutions durant la Seconde Guerre mondiale dans tous les pays européens qui subissent l'occupation nazie. À l'issue de la guerre, la franc-maçonnerie européenne quasiment anéantie met de nombreuses années à se reconstituer, à raviver le travail de ses loges maçonniques et à renouveler ses effectifs.

Durant cette période, de nombreux francs-maçons en France et en Europe entrent dans la clandestinité et mettent en œuvre ou rejoignent des réseaux de résistance. D'autres plus minoritaires et souvent par antisémitisme ou idéologie politique, choisissent, en reniant leur serment maçonnique, la voie de la collaboration. La simple appartenance étant motif de persécutions ou d'interdictions, de nombreux francs-maçons, résistants ou non, périssent durant cette période.

Historique Contrairement à sa traversée du premier conflit mondial où les obédiences s'engagent dans le soutien à leur nation respective, la franc-maçonnerie voit dans la première moitié du l'établissement en Europe de régimes autoritaires à des degrés divers et également d'États totalitaires qui l'amènent à sa quasi-disparition du continent européen. Ces totalitarismes finissent par réduire ou supprimer toutes libertés publiques par élimination de tous les systèmes de représentation citoyenne, la franc-maçonnerie faisant partie des premières victimes. Les dictatures, fascistes, nazies et communistes, vont systématiquement éradiquer loges et obédiences maçonniques dans des mouvements répressifs de grandes ampleurs. Le régime franquiste au travers d'un cléricalisme consanguin au régime, atteint des sommets dans la répression, en faisant de la franc-maçonnerie une cible privilégiée. Ainsi, de manière plus ou moins radicale, la franc-maçonnerie disparaît progressivement de l'Europe autoritaire à partir de 1919 avec la Russie des Soviets, en Allemagne avec son interdiction totale en 1934, jusqu'en 1939 avec l'avancée franquiste. Les invasions nazies qui commencent la Seconde Guerre mondiale ont pour conséquence finale de conduire à la destruction quasi-totale de la franc-maçonnerie européenne, les rares pays ayant échappé aux dérives autoritaires de leur régime, se retrouvant sous occupation nazie ou après leur défaite militaire sous la direction de régime collaborationniste qui œuvrent à son éradication. À la suite de ces périodes d'anti-maçonnisme et de persécution, la tradition maçonnique, qui dans certains pays européens remonte au , disparaît complètement.

Allemagne thumb|upright|Prisonnier 83-93516-0010, Carl von Ossietzky À l'arrivée d'Hitler au pouvoir en , l'antimaçonnisme et l'antisémitisme sont déjà largement installés dans la société allemande par les milieux conservateurs et les nazis qui dénoncent de concert un. L’incompatibilité entre l'appartenance à la franc-maçonnerie et au parti nazi est déclarée dès 1931 par Rudolf Hess. Pour répondre à cette montée de l'antimaçonnisme, les dirigeants des principales obédiences allemandes du courant dit donnent des gages au régime nazi en définissant leurs ordres comme des ordres chrétiens et en modifiant leur rituel pour introduire des références plus conformes à l'idéologie hitlérienne. Les trois grandes loges allemandes, la Grande Loge de Hambourg, la Grande Loge des trois globes et la Grande Loge nationale des francs-maçons d'Allemagne opèrent une mue vers des ordres germano-chrétien à connotation templière et assurent télégraphiquement Hitler de leur loyalisme. Après avoir rompu leurs relations avec les grandes loges étrangères, elles expulsent de leurs rangs les francs-maçons d'ascendance juive ou ayant soutenu la république de Weimar.

Malgré cette allégeance d'une partie de ses obédiences, la franc-maçonnerie allemande ne passe pas au travers des destructions que subira la franc-maçonnerie européenne quelques années plus tard. Dès , les premières violences envers ses membres commencent, ses biens sont spoliés, les arrestations et les déportations sont nombreuses. Toutes les grandes loges allemandes mettent fin à leurs activités. Une ordonnance signée par Hermann Göring en 1934 ordonne la dissolution de toutes les loges. Malgré des protestations auprès d'Hitler qui restent vaines, les grandes loges prussiennes tiennent leur dernière assemblée le 9 aout 1935. La documentation connue en 2018, dénombre -maçons morts à la suite de la répression mise en œuvre par le régime, la plupart étant juifs ou sympathisants de la république de Weimar. Carl von Ossietzky, écrivain pacifiste et prix Nobel en 1935, est au nombre des victimes. La franc-maçonnerie allemande est la première à disparaitre d'Europe, bien avant le début des hostilités. Elle survit toutefois de manière éparse au travers de quelques loges ouvertes en Palestine ou en Amérique du Sud par le courant dit proche des obédiences libérales françaises, qui regroupe huit obédiences et environ . Ces dernières font le choix de l’auto-dissolution sur le sol allemand dès l'accession d'Hitler au pouvoir et en attendant une meilleure époque.

Espagne La haine tenace que voue le dictateur espagnol Francisco Franco s'affirme jusque dans les derniers discours avant sa mort. Le régime franquiste fait preuve depuis son avènement et sans jamais y renoncer d'un véritable acharnement antimaçonnique, celui-ci s'inscrit dans l'esprit national-catholique et anti-révolutionnaire qui caractérise le fondement de la dictature franquiste. Dès la victoire franquiste, se créent en 1937 et 1938 des officines et des délégations chargées de recenser tous les documents maçonniques du pays, plus de cinq millions sont rassemblés. Le , un décret ordonne la destruction de tous les signes maçonniques, spécialement dans les cimetières. Ce décret est suivi par la demande d'une loi faite par Franco, qui vise à réprimer rétrospectivement les francs-maçons. Si celle-ci n'est pas adoptée immédiatement, la répression est couronnée par une loi générale qui vise à réprimer la franc-maçonnerie, le communisme et toutes les sociétés dites clandestines qui . Pour appliquer cette loi, un tribunal spécial est institué en . Ce tribunal se met à l’œuvre en 1941 et prononce exil, relégation, bannissement de la fonction publique, condamnant par contumace les exilés politiques, allant jusqu’à juger et à condamner post-mortem. À l'aide des documents saisis, le tribunal constitue plus de , pour actifs que la franc-maçonnerie espagnole compte en 1930. Dans sa répression totale, le tribunal assigne tous les maçons vivants ou morts depuis la fin du , actifs, radiés ou démissionnaires, tous sont fichés et condamnés. Ce tribunal reste en vigueur jusqu'en 1963, puis abrogé quand Franco constate qu'il n'y a plus de francs-maçons vivants ou morts à juger en Espagne.

Roumanie La franc-maçonnerie en Roumanie est considérée avant-guerre par l'alliance église orthodoxe et nation roumaine comme une altérité sectaire, accusée d'attenter au sentiment national et à l'idée chrétienne. Le , un synode de l'église orthodoxe fulmine avec véhémence contre . L’Église la condamne comme une doctrine et une organisation occulte qui vise à l'établissement d'une république universelle et laïque. Le roi Carol, qui abolit tout système de représentation politique démocratique en 1938, nomme à la tête du gouvernement le patriarche orthodoxe de Roumanie devenu anti-maçon bien que membre pendant un temps de la Grande Loge nationale de Roumanie (GLNR). La situation des juifs, des francs-maçons et des tsiganes s'aggrave sous le gouvernement du Ion Antonescu. L'immeuble de la GLNR est attribué à un tribunal civil. Une exposition antimaçonnique est présentée à Bucarest par Tom Petrescu, qui publie un ouvrage sur la réédité plusieurs fois jusqu'en 1944, sont dénoncés dans ses pages. Certains sont condamnés et internés, d'autres sont exécutés sommairement.

Norvège En , les armées du Troisième Reich envahissent le Danemark et la Norvège. Après plusieurs semaines de combat, elles occupent la totalité de ces pays. Le commissaire du Reich en Norvège Josef Terboven met en place un gouvernement dirigé par le conservateur Ingomf Christensen. En 1942, Vidkun Quisling dirigeant du parti d'extrême droite Nasjonal Samling reprend le pouvoir et mène immédiatement une politique de collaboration active. La franc-maçonnerie norvégienne en 1940 est principalement représentée par l’Ordre norvégien des francs-maçons composé de environ et d'un millier de membres de la petite obédience d'origine allemande, la Grande Loge de l’Étoile polaire. Dès le début de l'occupation, les loges sont interdites, les biens de l'ordre sont inventoriés et le grand temple maçonnique d'Oslo réquisitionné pour abriter en 1940 une exposition anti-maçonnique. Le retour de la démocratie en 1945 permet le rétablissement de l'ordre norvégien qui porte à sa tête Jacob Hvinden Haug, général prisonnier de l'armée allemande de 1940 à 1945.

Pays Bas En , les Pays-Bas sont envahis en quelques jours. Arthur Seyss-Inquart et Anton Mussert chef du mouvement nationaliste collaborent avec l’occupant dans un projet de nazification de la société. Perquisitions et saisies de locaux maçonniques commencent dès le mois de juin. En , le temple et le musée de la principale obédience néerlandaise à La Haye sont perquisitionnés, le Grand Orient des Pays-Bas est spolié de ses biens et archives qui sont détruits ou transférés en Allemagne. L'obédience compte à cette époque et 67 loges. Le dernier acte de l'obédience est la publication d'un vadé mécum de survie à destination de ces membres. Le grand-maître, l'ancien général Hermanus van Tongeren, qui ne s'est pas exilé à Londres lors de l’invasion est arrêté et déporté au camp de Oranienburg Sachsenhausen. Il meurt dans ce camp le . La franc-maçonnerie néerlandaise continue toutefois d'exister dans les territoires néerlandais d'outre-mer, Antilles, Guyane, Afrique du Sud et Indes Orientales. L'invasion de l'île de Java par l'armée japonaise va toutefois mettre fin à cette présence dans une partie de ces territoires et provoquer l'internement de la majorité des francs-maçons ainsi que la confiscation de leurs biens.

Belgique thumb|upright|Jules Hiernaux