Dans le contexte de la spiritualité et de la croyance religieuse, le monisme est le point de vue ou le système de croyances reposant sur la conviction que tout ce qui est suit un unique principe et relève fondamentalement d'une même nature. L'origine et la nature de toute chose sont identifiées à ce principe dont l'unité rend indissociables la matière et l'esprit, ainsi que l'homme et la nature. Cette forme de monisme s'apparente au panthéisme lorsque le principe en question est identifié à Dieu, comme dans le cas des religions monothéistes.
Monisme et non-dualité
L'un des théoriciens de la non-dualité est l'indien Adi Shankara () qui a construit toute une logique (au sens des logiciens) qui réfute le principe du tiers-exclu et qui récuse aussi tout usage du « ou » exclusif.
En Occident, la métaphysique moniste a été combattue par la théologie chrétienne et par l'Église catholique avec, par exemple, la condamnation du jésuite Pierre Teilhard de Chardin au .
En Orient, par contre, le monisme est le fondement de la plupart des traditions spirituelles et religieuses. Les concepts de Tao, de Brahman ou de pleine Vacuité traduisent ces monismes dits « orientaux ».
Monismes spirituels orientaux Hindouisme thumb|alt=Adi Shankara|Statue de Adi Shanakaracharya, à Mysore. La Trimurti, représentation triple de la divinité, s'articule en trois figures elles-mêmes multiples :
Brahma crée le monde et s'endort. Il rêve le monde afin de pouvoir se le rappeler à son réveil et le recréer lors d'un prochain cycle. Un jour de Brahma est appelé un kalpa et est une des plus grandes durées citée dans des textes religieux. Brahma n'est donc pas actif et seuls deux temples lui sont dédiés (le principal est à Puskar) Vishnou lui maintient l'ordre du monde. Lorsque cet ordre est menacé, il envoie sur terre un avatar qui le défend. Il est également chargé de la préservation de la Terre, comme cela est décrit dans le Bhagavad-Gîtâ dans lequel il intervient sous la forme de Krishna () Shiva est un modificateur d'ordre. Il détruit et crée de nouvelles choses en permanence.
Ces deux dernières représentations font l'objet de deux points de vue monistes ou non-dualistes dont le rapport à l'Un peut-être simplifiéA. Astier, Comprendre l'hindouisme, 2006 en :
Pour le vishnouisme (Vaishnavisme) : Le monde est réel et Vishnou est dans chaque chose ou être vivant Le monisme de l'Advaita Vedānta : L’Advaita Vedānta est probablement la plus connue des écoles du Védanta. Advaita signifie littéralement « non deux ». Cette doctrine établit la vérité de l’Advaita : la réalité non-duelle du Brahman dans laquelle atmân (l’âme individuelle) et brahman (la réalité finale exprimée dans la Trimurti) ne sont qu’une (ayam ātmā brahma). Il fut par la suite discuté de la réalité du brahman afin de déterminer s’il était saguna – avec attributs – ou nirguna – sans attributs. La croyance dans le concept du saguna brahman a provoqué une prolifération des attitudes dévotionnelles et a aidé à répandre le culte de Vishnou et de Shiva. Le monisme qualifié du Vishistadvaita Vedanta : Ramanuja (1040-1137) est le premier partisan du concept de saguna brahman. Il enseigne que la réalité finale a trois aspects : Ishvara (Vishnou), cit (âme consciente) et acit (matière inanimée). Vishnou est la seule réalité indépendante, alors que les âmes et la matière dépendent de Dieu pour leur existence. En raison de ce concept de qualification de la réalité finale, le système de Ramanuja est considéré comme non-dualiste. Un texte anonyme tamoul du , le Ellam Onru présente les concepts de l'advaita. L'Avadhuta Gita est un chant moniste du Traduction en français de l'Avadhuta Gita-http://fr.wikisource.org/wiki/Avadhuta_Gita.
Pour le Shivaïsme (Shivaisme) : Le monde est virtuel et est une illusion parfois considérée comme engendré par un démon. Seul Shiva est réel. Le monisme s'y exprime principalement au travers du Shivaisme du Kashmir, initié par Abihinavagupta à la fin du . Il s'oppose toutefois au Vedanta (absolu neutre) dans la mesure où Shiva est actif et crée sans avoir besoin d'autre chose, en se perdant lui-même, par jeu. Trois voies permettent la libération : La voie de l'Individualité par l'action, l'ascèse, le yoga. Elle est considérée comme inférieure. La voie de l'énergie, fondée sur la connaissance et la méditation intuitive que « Tout est Shiva » La voie de la volonté, considérée comme la plus haute, Elle est dédiée au mystique qui a abandonné toute dualité et toute idée du « moi ». Cette voie dépasse le langage et est incommunicable.
Une quatrième « non voie » est également possible. Elle est spontanée et concerne des êtres d'exception qui rejoignent Shiva sans aucun apport ou effort.
Les grands penseurs monistes ayant eu un rayonnement mondial au cours du sont Ramana Maharshi, Ramakrishna ou Sri Aurobindo.
Bouddhisme
Le bouddhisme ne se veut ni moniste, ni dualiste, ni pluraliste. L’unité n’oblitère pas la multiplicité, la différence n’oblitère pas l'identité ; toute chose (y compris l'Absolu) a pour caractéristique la vacuité (Śūnyatā), mais chaque phénomène est ainsi, tel qu'il est, c'est-à-dire Tathata, « ainsité, telléité ». L'école Madhyamaka enseigne que tout est vide, sans que cette vacuité constitue un substrat comparable au Brahman hindou. Toutefois c'est à la Tathata, ou à un de ses équivalents, comme le Dharmakaya, que les enseignements des sutras du Tathagatagarbha accordent ce rôle comparable. Pour ces derniers la vacuité de la substance n'est pas une vacuité d'essence (dans la mesure où l'on peut se permettre de telles transpositions de concepts occidentaux). Cette essence (Svabhava) transcendante est dite présente dans tous les phénomènes et constituer leur ultime réalité.
Dans le Mahaparinirvana Sutra du Mahayana le Bouddha Shakyamuni affirme avoir enseigné la Vacuité en tant qu'expédient salvifique (Upaya) afin de déraciner notre conception du soi des objets et particulièrement du soi des personnes, à l'origine de notre égarement (samsara), mais, dit-il : « Lorsque j'ai enseigné le non-soi, les sots ont enseigné qu'il n'y avait pas de soi. » Par cette méprise, ils sont incapables de comprendre le véritable soi. Constatant cela, le Tathatagata a encore recours aux « moyens habiles » (Upaya), et il leur apprend à éteindre le « feu rageant » des innombrables « distorsions » (Kleshas), et leur révèle et leur explicite le tathatgata-dhatu, l'élément ou dimension (Dhatu) de Bouddhéité. Sous la boue des passions, ils déterrent le diamant de leur inaltérable Nature de Bouddha.
La profusion des synonymes de cette essence n'est pas qu'un expédient poétique mais une façon, du moins pour les écoles du Mahayana, de verbaliser l'ineffable 'ultime' dont l'intuition serait cruciale à notre libération. En ce sens, la croyance en une seule vérité « toute-inclusive » est un monisme (seul existe authentiquement l'Absolu). En revanche, le Bouddhisme hīnayāna (à ne pas confondre avec le theravada) maintient un dualisme marqué entre Saṃsāra et Nirvāna, tandis que l'école Cittamātra affirme un certain monisme (seul le niveau le plus subtil de l'esprit est réel) et que l'école Madhyamaka n'est ni dualiste ni moniste.
Les enseignements du Tathagatagarbha et ceux de la non-dualité sont les deux principaux points de rapprochement de l'hindouisme et du bouddhisme modernes dans leur approche de la Réalité (Dharma).
Taoïsme
Le taoïsme relève d'une approche moniste de la réalité qui refuse toute opposition entre matière et esprit ou entre corps et âmeM. Moioli, Apprendre à philosopher avec les taoïstes, Paris, Ellipses, coll. « Apprendre à philosopher avec », 2014, p. 296.. Il enseigne l'unité de tout le réel au sein du TaoMarc Halevy, « Le taoïsme », Éditions d'Organisation, Eyrolles pratiques, 2009. Selon Michèle Moioli, les taoïstes considèrent, à la manière de Spinoza, qu'une seule et même réalité ou substance (le Tao) se manifeste sous des formes innombrables et diverses (les « dix mille êtres ») et affirment ainsi l'unité profonde du réel.
Littéralement, l'expression Taï-yi (aussi écrit T'aï-i) signifie « Grand Un » ou « Un suprême ». L'Un est donc le premier existant, c'est l'être jailli du néant et du vide et l'unité première de tout ce qui estMoioli 2009, p. 27.. Tout ce qui est procède du Tao comme l'enfant de la mère, et tout ce qui est vit et respire d'un même souffle. L'origine de cette idée de l'Un Suprême remonte au vieux chamanisme chinois. Elle exprime une attitude fondamentalement moniste qui conduit à établir que tout ce qui existe constitue une unité organique où tout est dans tout, où tout interagit avec tout et est interdépendant de tout. Cette vision du cosmos comme un organisme vivant et intégré est au cœur de la pensée chinoise et elle induit des applications importantes, notamment en médecine.
Dans le Tao Té King, au chapitre XLII, Lao-Tseu écrit :
« Le Tao engendre Un. »
Le Tao est donc placé en amont de l'Un absolu qui est tout ce qui existe. Mais si le Tao est « avant » Un, le Tao est donc zéro, néant, vide, vacuité. Ainsi, dès que Laozi parle du Tao, il s'empresse de détruire toute notion d'être en employant des adjectifs qui dépassent la qualification (« imperceptible », « impalpable », etc.), et en détruisant toute notion figée par l'emploi d'expressions telles que « il semble, l'on dirait que ». Inconcevable, le Tao est la réalité existante que l'on ne peut ni voir, ni entendre, ni toucher, ni même identifier à quoi que ce soit d'existant, mais dont on peut toutefois contempler le « Mystère »M. Esposito, « Tao », in J. Servier (dir.), Dictionnaire de l'ésotérisme, Paris, PUF, 1998..
En termes modernes, ce que semble nous dire Lao-Tseu, c'est que le Devenir précède et engendre l'Être, que le processus précède et engendre la structure (le Tao précède et engendre le Taï-yi). Puisque le Taï-yi concentre en lui tout le cosmos matériel, et que le Tao le précède, le Tao est purement immatériel, et puisque le Tao n'est pas un simple néant mais la source de vie d'où émane toute chose, il est spirituel. Le spirituel précède et engendre en ce sens le matériel. L'Esprit précède et engendre le Monde. Le taoïsme peut être interprété en ce sens comme une forme de monisme spiritualiste : au début était l'Esprit et de lui émane tout ce qui existe, y compris la matière sous toutes ses formes. On comprend alors l'étroite parenté qui unit le taoïsme philosophique et le vieux chamanisme chinois : si tout émane de l'Esprit, cet Esprit habite et anime donc tout ce qui existe.
Islam
Dans le Coran, Allah est essentiellement Un (tawhid).
Le concept de non dualité et d'unicité est très développé dans le soufisme. Selon le théologien et philosophe andalous Ibn Arabi, pivot de la métaphysique soufie, Dieu est la seule réalité, le seul à ne pas être conditionné, tout découlant de lui. Sa « doctrine de l'Unité » affirme l'unicité de l'Être : il n'y a qu'un seul Être et cet Être est DieuR. Moghaddassi & Eric Vinson, « La doctine de l'Unité », dans L’Ésotérisme : Kabbale, franc-maçonnerie, astrologie, soufisme... – Les textes fondamentaux commentés, Paris, Tallandier, 2007, p. 80.. Seul Dieu est absolument réel, et tout ce qui apparaît dans le monde procède de Lui comme le reflet procède du miroir ou le rayon, du soleil. Tel est pour le soufisme le sens du Tawhid, base doctrinale de l'islam, traduit le plus souvent en français par : « Il n'y de dieu que Dieu » (ou plus littéralement : « Il n'y a pas de dieu, si ce n'est Dieu »), et qui se décline également par d'autres formulations : « Il est le Premier et le Dernier, l'Extérieur et l'Intérieur » (57, 3), « Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu » (2, 115), etc.