Simche Schwarz (variantes : Simcha, Simkhe, Simje, Sim pour le prénom, Svartz, Shvarts, Șvarț, Schwartz pour le nom de famille), né le à Podu Iloaiei en Roumanie, et décédé le à Buenos Aires, était un homme de théâtre, sculpteur, traducteur, et écrivain argentin en yiddish. Il s'est surtout fait connaître pour avoir exploité avec son épouse Ruth le théâtre Hakl-Bakl à Paris à la fin des années 1940 et au début des années 1950.
Biographie
Enfance et premières expériences littéraires
Simche Schwarz est né le Site du musée de l'héritage juif de New York, collection en ligne (à ouvrir de préférence avec un navigateur de type Basilisk), du fait de l'utilisation de Flash Player : http://collection.mjhnyc.org/index.php?g=detail&object_id=5067 de Herș et Esther Ghitla Șvarț, née Feldstein, à Podu Iloaiei, dans une famille où l'on observait strictement les traditions juives. Il était le frère du prosateur et historien Ițic Șvarț (1906-2001), plus connu sous le pseudonyme I. Kara, et de l'acteur et écrivain Iulian Șvarț (1910-1977)Itzik Schwartz-Kara, The Jewish Community in Podu Iloaiei pages from the History of a Moldavian Shtetl, traduit en anglais par Nathan P. Abramowitz, Westmont, 2002, titre original : Obştea evreiască din... Podu Iloaiei, Bucarest, Hasefer, 1990, passim.. Sa famille était pauvre, Simche était l'aîné et son père est mort relativement jeune, en 1928, si bien qu'il a dû la soutenir.
Il a connu jeune l'effervescence au sein des troupes amateures de théâtre en yiddish provoquée par l'émergence d'un nouveau répertoire, notamment sous l'impulsion de Jacob Sternberg et Jacob Botoshansky. Avec plusieurs amis, dont Ghetel Buchman, future victime du pogrom de Jassy, durant l'hiver 1919-1920, il a écrit une revue satirique, qu'il a jouée en roumain et en yiddish à Podu Iloaiei et à Târgu Frumos, nommée Podeloier Times. Il a aussi écrit à cette époque une brève nouvelle intitulée Podeloi, traduite plus tard en roumain par Ițic Șvarț sous le titre Podu Iloaiei. Jeune, il a parcouru la Roumanie, habité à Jassy, Bucarest, puis Tchernivtsi, aujourd'hui ukrainienne, a édité le journal Idishe presse à Sighetu Marmației entre 1929 et 1932Y. Kara, dans le Yiddish Leksikon, édition non précisée, traduit en anglais par Joshua Fogel, en ligne : http://yleksikon.blogspot.com/2019/08/simkhe-shvarts.html . Il a également publié dans Unzer veg [Notre chemin], Shoybn [Vitres] (les premiers chapitres de ses mémoires projetées intitulées Podeloy) à Bucarest; Literarishe bleter [Feuilles littéraires] à Varsovie en 1934; ou Idishe kultur à New York. En 1936, il s'est aussi rendu à Paris, où il a étudié la sculpture et le théâtre. Solomon Mikhoels a essayé de le recruter à Moscou, sans succès.
Tchernivtsi et le petit théâtre
Simche Schwarz n'a pas quitté les planches et a fondé en 1929 à Tchernivtsi le théâtre en yiddish Kamelyon, dans lequel il jouait de petites pièces ou sketches souvent composées de chansons folkloriques ou humoristiques assemblées pour constituer une intrigue. Il écrivait les textes, influencé entre autres par Avrom Goldfaden., jouait et mettait en scène, par exemple Fishke le boîteux de Mendele Moïkher Sforim. Certaines de ses chansons (des titres comme A kheyder [Une école] Nakht shikht [Poste de nuit] ou Di tsaytung farkoyfer [Le vendeur de journaux] étaient connus à l'époque) ont été reprises par Beyle Schaechter-Gottesman, qui était connue pour son incroyable mémoire, après les y avoir entendues.. Leibu Levin, entre autres, jouait pour Kamelyon. C'est aussi à cette époque que Simche Schwarz a traduit en yiddish des poésies de Paul Verlaine et Charles Baudelairehttps://www.worldcat.org/title/charles-baudelaire-paul-verlaine-poesies-traduites-en-yiddischpoezii-traduse-in-idis/oclc/970899885&referer=brief_results. Il a aussi enseigné à l'école du 5, place d'Autriche, toujours à Tchernivtsi, où il a côtoyé Selma Merbaum, au moins en 1940Marion Tauschwitz, Selma Merbaum Ich habe keine Zeit gehabt zuende zu schreiben, Klampe, Springe, 2014, p. 127.. Puis il a connu les difficultés de la communauté juive de Tchernivtsi et a trouvé refuge de manière chaotique, en passant par Paris et Nice, au centre de réfugiés « Bellevue » de Neuhausen am Rheinfall dans les années 1943-1944, par la suite au home d'accueil de Morgins.
C'est là qu'il a fait la connaissance de celle qui est devenue son épouse. Ruth Hepner avait connu un parcours quasi miraculeux. En 1938, après la Nuit de Cristal, Elfriede et Jakob Hepner, ses parents quittèrent l’Allemagne pour Paris avec leurs quatre enfants, dont Ruth, qui n'avait que seize ans. En 1942, Jakob Hepner et son fils Elie furent assignés à résidence à Collobrières, le reste de la famille dut vivre caché. Ils furent protégés par des Allemands venus habiter en France, les Kettschau. La tante de Ruth, Esther, périt à Auschwitz en , ainsi que ses trois enfantsArticle du 12 décembre 1993, New York Is Still Waiting for Its Own Holocaust Museum, de Diana Jean Schemo dans le New York Times, en ligne : https://www.nytimes.com/1993/12/12/nyregion/new-york-is-still-waiting-for-its-own-holocaust-museum.html , ses cousin et cousines, dont un de moins d'un an; son époux Hermann Bondi périt à Sobibor. Avec son ami Alexander Rotenberg, elle intégra la Résistance et essaya de faire passer un groupe en Suisse. Ils furent contrôlés par les gendarmes français, qui gardèrent leurs papiers. L'abbé Payot et le guide de montagne Louis Pache les aidèrent à passer la frontière suisse immédiatement et ainsi, à se sauver.. Pour leurs actions, Louis et Franceline Pache, André Payot, Marthe, Charles et Kurt Kettschau reçurent le titre de Juste parmi les nationsMission Interdépartementale Mémoire et Communication Provence-Alpes-Côte d’Azur, Les Justes parmi les Nations de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en ligne sur le site de Yad Vashem : https://yadvashem-france.org/documents-et-rapports/2740/. Simche et Ruth se trouvèrent également artistiquement et jouèrent tous deux dans la troupe de théâtre itinérante Nawenad (littéralement « Errance » ), qui se produisait dans tous les centres de réfugiés suisses, environ soixante, sur des scènes improvisées, où elle obtenait souvent des ovations, puis, une fois autorisée, partout où elle pouvait. En 1945, Simche et Ruth quittèrent la Suisse illégalementJacques Picard, Leben und Überleben der Ruth Hepner und des Simche Schwarz, dans Terra Cognita, n° 34, printemps 2019, Berne, Commission fédérale des migrations, 2019, pages 68 à 71., se marièrent et s'installèrent à ParisEvelyn Prawidlo, dossier de presse pour la saison yiddish 2000 du musée d'art et d'histoire du judaïsme de Paris, notamment page 8 le programme de l'exposition consacrée au théâtre Hakl-Bakl du 8 juin au 9 octobre 2000, en ligne : https://mahj.org//sites/mahj.org/files/dp_yiddish_yiddish.pdf.
Le théâtre Hakl-Bakl à Paris En , Simche Schwarz a mis en scène, pour les débuts après-guerre du Yidisher kunst teater (YKUT) de Paris, Fishke le boîteux de Mendele Moïkher Sforim au théâtre LancryNick Underwood, The Yiddish Art Theatre in Paris after the Holocaust, 1944–1950, Cambridge University Press, 27 juillet 2020, dans Theatre Survey, publié en ligne : https://www.cambridge.org/core/journals/theatre-survey/article/yiddish-art-theatre-in-paris-after-the-holocaust-19441950/F4AEEBF24BD6CA13A75D0971004D0D2F#EN66. En 1948, Simche et Ruth Schwarz fondèrent le théâtre Hakl-Bakl (littéralement « Pêle-Mêle »), d'abord au sein du « phalanstère yiddish » du 9, rue Guy Patin à Paris, lieu d'accueil de réfugiés juifs, anciennement le Toit familial, ainsi qu'en tournée. Simche concevait et fabriquait des marionnettes de papier mâché, Ruth composait la musique et l'assistait, manipulait les marionnettes. Étienne Bertrand Weill a régulièrement pris des photographies du travail du couple, qu'il a aussi hébergé. Marc Chagall a réalisé les décors du spectacle Héritage, adaptation des écrits posthumes de Bella Rosenfeld, Lumières allumées. On dit que Chagall, qui a peint Le Montreur de marionnettes en 1916 et appréciait donc ce type de spectacle, est, en habitué des cercles artistiques parisiens, allé voir une nuit de un spectacle de Hakl-Bakl. Enchanté, il a attendu que tous les spectateurs sortent et que la salle se vide, puis s'est adressé à Simche Schwarz : « Monsieur Schwarz, votre travail m'a déjà impressionné. Je suis enchanté. Comment pourrais-je collaborer avec vous ? » pour s'entendre répondre sans ambages: « Cher Chagall, faites un décor pour notre petit théâtreL. Fernando de Julián, Marc Chagall y el teatro de títeres Hakl-Bakl Historia de un encuentro, dans Fantoche, n° 8, année 2014, Madrid, UNIMA Federación España, 2014, pages 85 à 88.. » Une véritable troupe se constitua, dont fit partie Sarah Montard, en tant que jeune personne parlant yiddish selon les vœux des fondateurs. Le jeune Benjamin Lewinhttps://collections.ushmm.org/oh_findingaids/RG-50.407.0001_trs_en.pdf a également participé aux spectacles, Hélène Boschi les a accompagnés au pianoJossie Granditsky, Judisk marionetteater — en sensation i dagens Paris, dans Judisk Krönika, n° 4 du 28 février 1950, Stockholm, 1950.. Plus tard, ils exercèrent au théâtre du Farfadet au 76, rue Mouffetard, où ils adaptèrent Crainquebille d'Anatole France et Guignol de Jacques Prévert en français. Le théâtre s'arrêta en 1951, du fait de problèmes financiers, d'un accueil plus mitigé des spectacles en françaisH.M., Les Marionnettes de Sim Schwarz, dans Le Monde du 27 décembre 1950, en ligne : https://www.lemonde.fr/archives/article/1950/12/27/les-marionnettes-de-sim-schwarz_2055183_1819218.html et des projets d'ailleurs des époux Schwarz.
L'émigration en Argentine
Jacob Botoshansky est intervenu auprès du président Juan Perón pour qu'ils puissent entrer en Argentine. Les Schwarz sont arrivés au port de Buenos Aires en Malena Chinski, Yiddish Culture After the Shoah: Refugee Writers and Artists as Fresh Creative Energies for Buenos Aires, dans Splendor, Decline, and Rediscovery of Yiddish in Latin America, Brill, Leyde, 2018, pages 42 à 65.. Les époux Schwarz recréèrent leur théâtre de marionnettes, dont le destin n'était cependant pas de les enrichir, ni même de leur permettre de gagner leur vieBlog d'Eliahu Toker: http://www.eliahutoker.com.ar/escritos/gente_schwarz.htm. Ils fermèrent le rideau de leur théâtre et se réorientèrent vers l'ouverture d'une colonie de vacances, voire au travail social avec des jeunes. Certaines marionnettes se perdirent, d'autres furent exposées grâce aux soins de Ruth. Simche Schwarz revint ensuite à la sculpture, avant de décéder le à Buenos AiresNaomi F. Meyer, dans American Jewish Year Book 1976, chapitre Argentina, page 276..
Ruth Schwarz étudia de 1964 à 1968 à Buenos Aires la psychologie et la pédagogie, puis suivit une formation de psychanalyste. Elle s'occupa surtout de femmes, adolescents, émigrants et reçut le prix José Bleger de l'association psychanalytique argentine en 1973Encyclopédie des femmes psychanalystes en ligne de Brigitte Nölleke : en https://www.psychoanalytikerinnen.de/lateinamerika_biografien.html#Schwarz. Elle est décédée le . Les époux Schwarz sont enterrés au cimetière juif de La Tablada.
Influence