Edgar Charles François Louis Monteil, né à Vire (Calvados) le et mort à Villejuif (Seine) le ., est un écrivain, journaliste, homme politique et préfet français. Fervent républicain, communard, libre-penseur, anticlérical et franc-maçon, il est au centre de diverses polémiques et deux fois condamné par la justice pour ses idées durant l'Ordre moral, avant de devenir un notable de la Troisième République.

Biographie Les débuts Né à Vire le , Edgar Monteil est le fils d'un avoué de première instance. et d'Adèle Louise Shaw, née a Tours, Indre-et-Loire , la fille de William Shaw et Frances Catherine Steer d'Angleterre. Selon les sources, il mène des études secondaires soit à Paris, au lycée Bonaparte, soit à Lyon, dans l'actuel collège-lycée Ampère, comme il le déclare lui-même dans ses Souvenirs de la Commune., soit à Saint-Étienne., avant de se tourner vers la littérature et le journalisme.. Élevé dans la foi catholique, il évolue vers l'agnosticisme, avant de se tourner vers le positivisme, sous l'influence de Philémon Deroisin, en 1860.. Après avoir collaboré à des feuilles locales, il part étudier le droit à Paris, où il fonde le journal L'Étudiant en 1867, dont l'originalité, outre son titre, est de s'adresser, pour la première fois, à l'ensemble des élèves de l'enseignement supérieur.. Ayant sollicité les conseils de George Sand, celle-ci lui répond :

L'engagement républicain et la Commune L'Étudiant ayant disparu à la suite d’une mesure administrative de police, Monteil publie en 1868, dans La Liberté d'Émile de Girardin, deux romans et une étude sur le Ruy Blas de Victor Hugo. Rédacteur au Rappel en 1869, où il connaît Victor Schœlcher, Louis Blanc ou Edgar Quinet, il milite dans le arrondissement en faveur de la candidature d'Henri Brisson lors des élections législatives de 1869. Toutefois, celui-ci ayant refusé de se présenter, Monteil rejoint le comité Jules Ferry, avant de donner sa démission quand le Vosgien refuse de s'expliquer sur une visite qu'il a faite aux princes d'Orléans et de signer le programme de Belleville de ..

Engagé, après les élections, dans la lutte contre le plébiscite du 8 mai 1870, il est élu dans le arrondissement membre de la commission de surveillance des votes de l’armée, dont il est nommé secrétaire, Édouard Lockroy occupant quant à lui la présidence. Mais, devant le succès du plébiscite, fatigué, découragé, il choisit de se retirer à Thodure dans l'Isère, où se trouve une partie de sa famille, et emmène avec lui son ami Gaston Lemay..

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, à l'annonce des premiers désastres, il revient à Paris, après un bref séjour à Lyon., et se montre particulièrement actif lors de la proclamation de la République le . Puis, le , il est chargé d'une mission à la délégation du gouvernement de la Défense nationale, à Tours. Muni d'un sauf-conduit signé par Camille Pelletan, il quitte Paris et devient l'un des collaborateurs de Gambetta en province.

De retour à Paris le soir du ., il assiste à la proclamation de la Commune et reprend sa place au Rappel. Au mois d'avril, Napoléon La Cécilia, chef d'état-major du général Eudes, qu'il a connu à la rédaction de cette revue, le prend comme officier d'ordonnance. Puis, quand il est promu général commandant de la place, le 24, il fait du journaliste son secrétaire avec le grade de lieutenant d'état-major. Le , le service de Monteil est transféré au ministère de la Guerre, et il devient secrétaire général de Charles Delescluze. Le matin du , au lendemain de l'entrée des Versaillais dans Paris, le ministère de la Guerre est évacué, et il se replie sur l'hôtel de ville, où Delescluze le libère alors de ses obligations. Retourné au Rappel, il change son uniforme contre des vêtements civils et y passe la nuit. Fait prisonnier le lendemain par les Versaillais dans une gargote, près des locaux de la revue, il est emmené à l'arsenal de Satory.. Le , il passe devant le cinquième conseil de guerre, à Versailles, qui le condamne à un an de prison et cinq ans de privation de droits. pour port illégal d'uniforme et commandement dans les bandes armées.. Il est interné à la prison de Beauvais..

Un écrivain libre-penseur sous l'Ordre moral Libéré le matin du , il rentre au Rappel., journal d'extrême gauche, tout en collaborant au National, plus modéré, et devient gérant de l'Excommunié de Lyon. Par ailleurs, il donne des cours à la Société philotechnique. Toutefois, à la suite de la publication de l’Histoire d'un frère ignorantin, le frère Philippe. Né Mathieu Braussi (1792-1874).., le Supérieur général de l'Institut des Frères de la doctrine chrétienne, une congrégation religieuse masculine de l'est de la France, dépose une plainte en correctionnelle à son encontre pour diffamation le .; le , la septième chambre du tribunal correctionnel de Paris condamne l'auteur à un an de prison, francs d'amende, francs de dommages-intérêts et deux ans de contrainte par corps, l'éditeur Jean Brouillet à six mois de prison et francs d'amende.. Monteil choisit alors de s'exiler et publie à Anvers son Catéchisme du libre-penseur, en 1877.. La même année, il se rend aux funérailles de Gustave Courbet, où il prononce un discours au nom de l'art et des artistes. Parmi les autres orateurs, on compte Henri Rochefort et Arthur Arnould..

Journalisme et carrière politique De retour en France en 1879, il entre à La République française, journal gambettiste. et collabore à La Petite République, au d'Edmond About ou au Gil Blas., sous le pseudonyme de « Jean de la Seine ». Le , il est élu conseiller municipal de Paris dans le arrondissement par le quartier du Petit-Montrouge comme candidat radical autonomiste ; il siège jusqu'en 1887. Il est également élu conseiller général de la Seine en 1880 et 1884.. Le , il est décoré de la Légion d'honneurQuand il sert comme préfet, il a la grand-croix de la Légion d'honneur, selon les .. En 1884, son Manuel d'instruction laïque, dans lequel il fait notamment l'apologie d'Auguste Comte et d'Émile Littré et encense Rousseau, Diderot, Voltaire, Socrate ou Darwin, provoque une nouvelle fois le scandale.

En , il est à l'origine de la création de l'Association syndicale professionnelle des journalistes républicains français (ASPJRF), dont les statuts sont fixés en et qui compte 400 sociétaires, à la fin de 1881... L'ASPJRF sera l'un des piliers de la République du Croissant à Paris.

En 1887, il se présente comme candidat radical à une élection législative partielle dans l'Isère mais échoue au second tour le avec sur votants et inscrits face à son concurrent opportuniste, François-Maximin Valentin, qui obtient .. Un troisième candidat, Paviot, républicain modéré indépendant, obtient, quant à lui, .

Un haut fonctionnaire anticlérical Le , le gouvernement Floquet le nomme préfet de la Creuse, poste qu'il conserve jusqu'au . Rappelé par Ernest Constans, alors ministre de l'Intérieur, il devient rédacteur à La Petite République, aux côtés de Millerand, Jaurès, Viviani.., et à La Lanterne, et collabore à L'Express du Limousin. Il est nommé par Léon Bourgeois le contrôleur général des services extérieurs du ministère de l'Intérieur puis, le suivant, directeur de la pénitentiaire (Rennes), poste qu'il refuse... Le , il retrouve la préfecture de Guéret, sur décision du gouvernement Brisson.. En conflit avec les sénateurs, il est muté le par le gouvernement Waldeck-Rousseau préfet de la Haute-Vienne, où il demeure jusqu'au et entre également en conflit avec les parlementaires.

Membre depuis de la loge parisienne « La Clémente amitié », dont il a gravi aussitôt les trois premiers grades (apprenti, compagnon, maître), avant de devenir vénérable maître en 1891.., il fréquente assidûment « Les Préjugés vaincus » de Guéret, puis « Les Artistes réunis » de Limoges., où il est considéré comme , et se voit surnommer le « préfet des Loges »Louis Pérouas, « L'antimaçonnisme en Limousin », dans .. Il est élu et membre du conseil de l'ordre du Grand Orient de France en 1898 ..

Ses difficultés politiques finissent par rejaillir sur sa santé. ., Émile Combes le nomme alors directeur de l'asile public d'aliénés de Villejuif, par arrêté du , alors qu'il donne des signes de dérangement mental.. Il démissionne de ces fonctions le , étant, d'après l'un de ses contemporains médecin en chef des asiles, Louis Lucipia, ..

Œuvres Monteil a publié de nombreux ouvrages pour les étrennes et les distributions de prix adoptés par le Ministère de l'Instruction publique et le Conseil municipal de Paris : François François illustré par Édouard Loëvy, Jean-le-Conquérant illustré par Montégut, Les 3 du Midi illustré par Albert Robida, Jeanne-la-Patrie illustré par Paul Lelong, Le Roi Boubou illustré par Émile Mas, Histoire de pauvre Louise illustré par Vauzanges, Histoire du célèbre Pépé illustré par Henri Pille, La Petite institutrice illustré par Tauzin, etc. Poésies. Pièces fugitives. Pensers d'amour. Giuseppe. Les Chansons des Vaux-de-Vire, Paris, L. Beauvais, 1866, 72 p. Les Dernières tavernes de la bohème, le Cochon Fidèle et le Temple de l'Humanité (en collaboration avec Paul Tailliar), Paris, E. Sausset, 1866, 15 p. Lettre sur le Conservatoire, section de déclamation, Paris, Dentu, 1868, 16 p. Le Dixain vaudevirois, Rouen, Ch. Haulard, 1869, 63 p. Le Rhin allemand, Paris, G. Charpentier, 1870, 237 p., Études humaines. Sous le confessionnal, Paris, A. Sagnier, 1873, 144 p. L'An 89 de la République, Paris, Jean Brouillet, 1873, 154 p. Le Cléricalisme et les rois Bourbons, Paris, Le Chevalier, 1873, 16 p., Le Régime du goupillon, Paris, A. Sagnier, 1873, 48 p., Études humaines. Histoire d'un frère ignorantin, Paris, Jean Brouillet, 1873, 144 p. Du Blindage des navires de guerre, 1877, 10 p. Catéchisme du libre-penseur, Anvers, Mees & Co, 1877, 253 p. Des prisons et des peines, Anvers, Mees & Co, 1878 Études humaines. Madame de Féronni, Paris, G. Charpentier, 1880, 306 p. Études humaines. Antoinette Margueron, Paris, G. Charpentier, 1880, 357 p. Les Couches sociales, Paris, G. Fischbacher, 1880, 487 p. Henriette Grey: études humaines, Paris, G. Charpentier, 1880, 529 p., Programme électoral de 1881, par le citoyen Monteil, Paris, Périnet, 1881 Cornebois: études humaines, Paris, G. Charpentier, 1881, 344 p., Rochefière: études humaines, Paris, G. Charpentier, 1882, 298 p., , Études humaines. Les Petites mariées, Paris, G. Charpentier, 1883, 312 p. Manuel d'instruction laïque, Paris, C. Marpon & E. Flammarion, 1884, 183 p. Études humaines. Le Grand village, Paris, G. Charpentier, 1885, 395 p. Documents de l'histoire contemporaine. L'exécution de Gustave Chaudey et de trois gendarmes, publiée par Edgar Monteil (récit de Préau de Védel), Paris, Charavay frères, 1885, 26 p. Code de la séparation des Églises & de l'État, Paris, Derveaux, 1886, 207 p. La bande des Copurchics: études humaines, Paris, L. Frinzine, 1886, 354 p., Édouard Lockroy, vol. 41 des Célébrités contemporaines, Paris, Maison Quantin, 1886, 32 p. La Grande Babylone: études humaines, Paris, Librairie moderne, 1887, 439 p., Le Roman du roman: société française, mœurs de province, Paris, A. Piaget, 1888, 365 p., Jean-le-Conquérant, Paris, C. Marpon & E. Flammarion, 1888, 422 p. François François, Paris, Maison Quantin, 1888, 307 p. Jean des Galères, Paris, C. Marpon & E. Flammarion, 1889 Jeanne-La-Patrie, Paris, Charavay, Mantoux, Martin, 1890, 206 p. La tournée dramatique: études humaines, Paris, G. Charpentier, 1890, 322 p., L'entreprise de dix lycéens à travers la Russie et la Chine, Paris, Librairie d'éducation de la jeunesse, 1890-1899, 160 p. La petite institutrice, Paris, H.E. Martin, 1890-1910, 64 p. Histoire du célèbre Pépé, Paris, Charavay, Mantoux, Martin, Librairie d'éducation de la jeunesse, 1891, 354 p., Le Roi Boubou, Paris, Charavay, Mantoux, Martin, 1892, 228 p. Les 3 du midi, Paris, Charavay, Librairie d'éducation de la jeunesse, 1893, 309 p.,