vignette|Mort de Mahomet, peinture du Siyar-i Nabi, Istanbul, 1595. La mort de Mahomet regroupe les épisodes liés à la mort de Mahomet et les débats historiographiques qui l'entourent.

Si l'existence historique de Mahomet fait globalement consensus, le degré d'authenticité historique des récits biographiques est discuté par les historiens et exégètes contemporains. Selon les termes d'Harald Motzki, traduisant la difficulté à atteindre l'historicité du fondateur de l'islam. sous la forme d'une biographie classique, .. Parmi d'autres biographes, Alfred-Louis de Prémare cite ces propos afin de souligner la difficulté à laquelle sont confrontés les historiens qui tentent d'établir la biographie de Mahomet : il existe à son sujet peu de sources fiables du point de vue de l'historien, ce qui fait, selon lui, que ..

Sources Sources musulmanes La biographie rédigée par Ibn Ishaq au est l'une des plus anciennes biographies de Mahomet. D'autres biographies ou fragments de biographie comme celles de et de Maʻmar ibn Rāshid contiennent des éléments sur la mort de Mahomet. Pour Shoemaker, si elles accueillent parfois des éléments de traditions musulmanes primitives, elles ont été fortement modifiées. Stephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet, The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, Penn Press, ..

Dans une lettre attribuée au calife omeyyade Umar II, et datée du , Mahomet est présenté comme .. Écrit à but apologétique anti-chrétien, elle évoque la présence de Mahomet lors des campagnes contre les empires perse et byzantin : Le contexte du texte ne laisse que peu de doute quant à la désignation de Mahomet par la périphrase au début de la citationStephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet, The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, Penn Press, et suiv..

Sources non-musulmanes Stephen J. Shoemaker a étudié plusieurs sources non-musulmanes sur la fin de la vie de Mahomet. On peut citer la Doctrina Jacobi, l’Apocalypse du rabin Shi’môn b. Yohai, la chronique khûzistâne (660), celle de Jacques d'Édesse (691/692), L’Histoire des patriarches d’Alexandrie (avant 717), la « source orientale espagnole » (741), la « source commune syriaque » , la chronique syriaque de 775 , la chronique de Zuqnin (775), la chronique samaritaine (compilée au plus tard au . Elles concordent, malgré des origines et des contextes religieux différents, à présenter Mahomet comme étant à l'origine de l'expansion et des premières conquêtes, après 632. Le crédit historique à apporter à ces textes fait débat.

Ainsi, selon la Doctrina Jacobi, Ce texte raconte la présence d'un prophéte, Mahomet à la tête de l'armée arabe envahissant la PalestineStephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet, The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, Penn Press, .. Pour P. Crone et M. Cook, ..

Aucune source non-musulmane n'évoque une mort de Mahomet à Médine avant la Chronique de Théophanes au Stephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet, The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, Penn Press, ..

Des traditions multiples Cause de la mort À la fin de sa vie, Mahomet connait une période d’abattement psychologique à la suite, en partie, de plusieurs défaites, de tentatives d’assassinat et de la mort de son fils.. Mahomet préparait alors une campagne contre la Transjordanie qu'il souhaitait dirigerBuhl, F., Welch, A. T., Schimmel, Annemarie, Noth, A. and Ehlert, Trude, “Muḥammad”, in : Encyclopédie de l’islam.. Après avoir réorganisé l'administration et assis l'influence de l'islam à La Mecque, il retourne à Médine, où il meurt le âgé de soixante-trois ans après une courte maladie<ref>Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam"", éd. El Najah, 1998, .</ref>. D'autres traditions parlent du Hela Ouardi, .. Il pourrait s'agir d'une « fièvre de Médine » du type courant.

Les recherches menées par Hela Ouardi, publiées notamment en 2016 avec Les Derniers jours de Muhammad, mettent en lumière la multiplicité des traditions musulmanes liées à la mort de Mahomet. Selon certaines, il serait mort d'une courte maladie, peut-être une pleurésie, pour d'autres, il serait mort empoisonné par une juive de Khaybar.. Ibn Kathir, Ibn Hichâm et Mouhammad al-Boukhârî évoquent cette hypothèse, aujourd’hui peu usitée, de l'empoisonnement. Afin de ne pas être en contradiction avec la protection divine de Mahomet évoquée dans le Coran, des traditionalistes, comme H. Zaqzuq d'al-Azhar, défendent que Mahomet aurait survécu trois ans au poison et y voient un miracle. Ibn Sa'd al-Baghdadi attribue plutôt la mort de Mahomet à un sortilège. Pour Hela Ouardi, cette accusation est invraisemblable et s'inscrit dans une construction anti-juive, misogyne et a pour but d'« écarte[r] tout soupçon qui pourrait planer sur l'entourage du Prophète ». Le monde chiite adhère à la thèse de l'empoisonnement, faisant de Mahomet un martyr. Ainsi, Allameh Madjlessi accuse Aïcha, Hafsa bint Omar, en lien avec Abou Bakr As-Siddiq et Omar ibn al-Khattâb d'avoir empoisonné MahometHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, et suiv..

Afin de résoudre les difficultés de l'hypothèse de l'empoisonnement, les traditionnistes ont développé l’hypothèse de la pleurésie, bien que cette maladie soit considérée comme d'origine satanique. Lorsqu'un remède est donné par les proches, Mahomet force chacun à le boire aussi, probablement par crainte d'un empoisonnement. Les Traditions ne présentent pas de trace d'auscultation de Mahomet par un médecin tandis qu'elles évoquent leur présence à MédineHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, et suiv..

La mort de Mahomet Quelques jours, voire quelques heures avant sa mort, Mahomet reçoit les derniers versets du Coran. Plusieurs hadiths rapportent des prédictions sur la division de la communautéHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, ..

La Bibliothèque nationale de France possède un manuscrit persan en vers, portant le titre de Véfàt[é) payghambar « La mort du Prophète ». Dans ce texte, la mort de Mahomet est précédé d'un dialogue avec Gabriel qui lui rappelle qu'il a « tout pouvoir sur les vivants et sur les morts, qu'il tient entre ses mains les clés de l'enfer et celles du ciel ». Mahomet lui répond qu'il « est las de toutes les agitations de ce monde et qu'il n'aspire plus qu'à aller habiter le Paradis, où il se trouvera, enfin, face à face avec son Dieu ». Se rendant alors à la mosquée, il prononce son dernier prêche :

Selon certaines traditions, ce discours aurait pris place au retour du pèlerinage d'adieu. Selon la tradition chiite, c'est à sa femme Oumm Salama bint Abi Oumaya et non à Aicha qu'il fait ses premiers adieux. Il serait mort pendant qu'il respirait une pomme donnée par Azraël, l'ange de la mort, sur le modèle des légendes juives liées à la mort de Moïse. Selon certaines traditions, il meurt dans les bras d'Aicha, son épouse. Pour d'autres, même sunnites, Mahomet meurt dans les bras d'AliHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, et suiv..

Funérailles Hela Ouardi relève de nombreux faits étranges, cités par les traditions, après la mort de Mahomet, dans la description du comportement d'Abou Bakr et d'Omar. Il pourrait s'agir de premières manœuvres en vue de récupérer le pouvoir. Son corps aurait alors été abandonné trois jours montrant ainsi le refus de sa mort et pour des raisons politiques, afin de permettre la prise du pouvoir par Abou Bakr.

Mahomet aurait été enterré à Médine dans sa maison-mosquée qui devient un lieu de pèlerinage où sont enterrés ses deux successeurs Abou Bakr et 'UmarFrançois Déroche, « Vie de Muhammad », in Religions et Histoire, , janvier 2011, .. Les traditions sont contradictoires sur la date de l'inhumation mais sont unanimes sur un enterrement nocturne contraire aux habitudes et règles religieuses et en l'absence d'Abou Bakr, d'Umar et de AishaHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, chap XVII.. Les imprécisions entre les descriptions semblent attester d'une méconnaissance, jusqu'au début du , de l'emplacement exact de la tombe de Mahomet. Elle sera fixée lors de la construction d'un tombeau en 707 par les OmeyyadesHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, chap XVIII..

Une absence d'héritier  Avec la prise de Khaïbar en 628, le Prophète était devenu l'homme le plus riche du HedjazHichem Djaït, La vie de Muhammad, Le Parcours du Prophète à Médine et le triomphe de l'islam, éd. Cérès, 2012, . et pourtant à sa mort il ne laissa rien comme héritageBukhari, ; Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l’islam, sa vie, son œuvre, § 1912,§ 1939. ; il ne possédait au moment de sa mort qu’une tunique, un pagne de tissu grossierAbi Daoud, . et avait gagé son armure contre un gallon d’orge chez un juifBukhari, ..

Il ne donna aucune instruction concernant sa successionMathieu Tillier et Thierry Bianquis, « De Muhammad à l'assassinat de 'Alî », in Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (dirs.), Les Débuts du monde musulman, . De Muhammad aux dynasties autonomes, éd. P.U.F./Nouvelle Clio, 2012, . et selon certaines sources sunnites et chiites, il en aurait été volontairement empêché entre autres par Abou Bakr et 'Umar. Le jeudi , selon les traditions, Mahomet aurait demandé de quoi écrire son testament. Son entourage et principalement Umar, aurait tout fait pour qu'il ne puisse l'écrireHela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, 2016, et suiv.. Selon la tradition chiite, il aurait, avant de mourir, désigné Ali comme héritier et premier calife. Certaines traditions sunnites rapportent l'existence de commandements ou d'objets importants, comme son sabre, confiés à Ali par Mahomet à sa mort.

Certaines traditions rapportent les dernières volontés de Mahomet quant à la prière par exemple ou des imprécations contre les juifs. Une volonté, rapportée par Muttaqi, rappelle le désir de rassembler l'Arabie par une seule religion, sans évoquer d'expansion universelle de l'islam.

Aspect historique de la mort de Mahomet La plus vieille biographie musulmane de Mahomet, écrite au milieu du de l'ère commune, relate la mort du prophète à Médine en 632. Cette date est acceptée par les orientalistes dans leur grande majorité. A. L. De Prémare, sans trancher la question parle d'un De Prémare, Les fondations de l’islam, op. cit., p. 132.. Pourtant, de nombreuses et anciennes sources apologétiques juives, chrétiennes, samaritaines, voire musulmanes indiquent que Mahomet survécut assez pour conduire la conquête de la Palestine, commencée en 634-35. Certaines de ces sources ont été étudiées par M. Cook et P. Crone dans l'ouvrage Hagarism The Making of The Islamic World.''M. Cook et P. Crone, Hagarism The Making of The Islamic World. .. À propos de Mahomet, Hela Ouardi explique que son et certaines sources permettent de supposer une mort dans la région de Gaza après 634.

Stephen J. Shoemaker a écrit une première étude systématique des diverses traditions Stephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet, The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, Penn Press.. À partir de méthodes d'analyse empruntées à la recherche biblique, Stephen Shoemaker établit que ces récits de la direction de Mahomet durant l'invasion de la Palestine conservent une tradition musulmane ancienne révisée plus tard pour s'adapter aux besoins d'une identité musulmane en création. Mahomet et ceux qui le suivent semblent avoir attendu la fin du monde dans un futur immédiat, même durant leur propre vie selon la théorie de Shoemaker. Quand le moment eschatologique ne se réalise pas et se voit remis à plus tard, le sens du message de Mahomet et la foi qu'il avait construite nécessite une révision de fond chez ses premiers adeptes. Il pense que , qui deviendra plus tard la religion musulmane.