La maison Leblanc (ou Georges Leblanc Paris) est une ancienne entreprise de fabrication d'instruments de musique basée à La Couture-Boussey.. L'entreprise est spécialisée dans la facture d'instruments à vent de la famille des bois et reconnue mondialement pour ses clarinettes.
L'entreprise a développé et amélioré selon une démarche scientifique une gamme très complète de clarinettes de la sopranino en la à l'octo-contrebasse, représentée fréquemment sur ses affiches commerciales..
L'entreprise distribua également ses clarinettes autoproduites via l'intermédiaire d'un partenariat avec Leblanc USA créé en 1946 ainsi qu'une palette d'instruments français d'autres marques, tels que saxophones Beaugnier, trompettes Courtois, trombones et becs.
En 2004, l'entreprise a été vendue à la société Conn-Selmer, une division de la société Steinway Musical Instruments. En conséquence, la maison Leblanc a cessé d'exister en France, et est devenue une marque. De nos jours, seules les clarinettes sont fabriquées et vendues sous la marque Leblanc, offrant une gamme allant des clarinettes traditionnelles aux clarinettes basses en passant par les clarinettes contrebasse et clarinettes contralto..
Histoire et patrimoine La maison Leblanc est l'héritière de la facture instrumentale en Normandie qui remonterait à la bataille d'Ivry (Eure) du à quelques kilomètres où Henri IV, roi de Navarre guerroya face à Charles de Lorraine, duc de Mayenne, et pour laquelle la tradition indique que les flûtes abandonnées par des mercenaires suisses sur le champ de bataille (4 000 morts) auraient été copiées par les habitants de La Couture-Boussey..
En 1750, Clair Noblet, tourneur et luthier, crée en France une fabrique d'instruments à La Couture-Boussey. Les facteurs d'instruments de la Couture-Boussey étaient souvent musiciens à la cour à Versailles et à Paris à l'époque de Louis XV. Les familles Noblet et Noblet-Thibouville permirent entre autres (hautbois Marigaux …) à la France de devenir le centre de la fabrication des bois en Europe..
La région normande dispose alors en abondance de bois de buis., bois dur prisé pour la fabrication des instruments à vent. La croissance lente de ce bois associée à une demande grandissante de fabrication d'instruments de musique à vent pour les besoins de l'armée et des fanfares conduit à l'emploi de bois exotique comme l'ébène du Mozambique pour la facture des clarinettes.
La maison Georges Leblanc Paris a été créée en France par Georges Leblanc (1872-1959) à la fin du , à La Couture-Boussey. En 1904, en l'absence d'héritier, Denis Toussaint Noblet (1850-1919), luthier, cède les établissements D. Noblet, le plus ancien fabricant d'instruments de musique en France (créé en 1750) à son ouvrier préféré Georges Leblanc..
Durant la Première Guerre mondiale, sa femme Clémence Leblanc, née Laure Clémence Jeuffroy (1875-1965) et ouvrière à la manufacture de clarinettes, gère l'entreprise en l'absence de son mari parti à la guerre.
Après le conflit, Georges Leblanc et son fils Léon Leblanc (1900-2000)... mettent en place un laboratoire d'acoustique pour les instruments à vent dans leur atelier à Paris, animé par Charles Houvenaghel (1878-1966), qui est considéré à l'époque comme le plus grand acousticien depuis Adolphe Sax..
Bien que clarinettiste brillant formé au Conservatoire de Paris (premier Prix de clarinette), Léon, à l'instar de son père Georges, se consacre à l'entreprise familiale en s'attachant à la perfection de l'acoustique, de la mécanique et de la musicalité des instruments à vent.
Il impose à ses luthiers de respecter scrupuleusement les côtes mécaniques portées dans les plans des instruments, dans un but de garantir une qualité constante des instruments, et leur jouabilité. L'innovation mécanique et acoustique associée à une facture de qualité feront la réputation de la maison Leblanc auprès des instrumentistes. Bien que basée sur des techniques d'artisanat, l'entreprise modernise régulièrement son outil industriel (machine outil…).
selon une déclaration de Léon Leblanc (Music Trades, ).
Dans les années 1920, Léon Leblanc rencontre Pierre Cluzel, de Moulins dans l'Allier, et crée l'usine des Clarinettes, route de Gennetines, à Yzeure destinée à la production des clés métalliques de clarinettes et d'autres bois.
En 1921, Léon Leblanc fait distribuer en exclusivité leurs instruments aux États-Unis par le revendeur Gretsch & Brenner (New York). Malheureusement les instruments, après 15 jours de traversée maritime, arrivent en mauvaises conditions et le grossiste Walter Gretsch ne les fait ni remettre en état, ni régler avant de les mettre en vente, au désespoir des Leblanc.
À cette époque, la manufacture d'instruments de musique G. Leblanc est fournisseur de l'armée française et du Conservatoire (de Paris)Cette mention est indiquée sur les courriers de la manufacture d'instruments de musique G. Leblanc..
Dès 1924, G. Leblanc ouvre un magasin-atelier à Paris au 10 (ou 70 ?) rue des Rigoles dans le quartier de Ménilmontant, très couru par les musiciens de l'époque. Le bâtiment accueille trente ouvriers pour la réparation, la finition, mais aussi la modernisation du clétage.
En 1931, Charles Houvenaghel conçoit le saxophone le Rationnel, considéré comme .
Vers 1935, Charles Houvenaghel invente différents modèles de grandes clarinettes en métal en forme de trombone dites paperclip en partant de la clarinette basse puis suivent la clarinette contralto et la clarinette contrebasse. Ces grandes clarinettes ont été constamment améliorées pendant leur production au gré des brevets déposés pour les autres clarinettes (passage de 2 clés de registre à une clé de registre double automatique, extension du ré grave à l'Ut grave, bocal réglable…)..
En 1939, la famille des clarinettes est élargie avec un prototype de clarinette octo-contrebasse en si bémol fabriqué pour une exposition à New York. Cet instrument jouait comme les jeux d'anche d'un orgue de 32 pieds (5 m de longueur environ ; fréquence d'un do-2 réel = 18,43 Hz pour un diapason la3 à 442 Hz). Cet instrument unique au monde a contribué à la réputation de la maison Leblanc en dépit de l'arrêt de son développement par la Seconde Guerre mondiale et était présent sur ses plaquettes publicitaires.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Léon Leblanc recherche aux États-Unis de nouveaux débouchés pour les instruments produits à la manufacture de La Couture-Boussey et rencontre Vito Pascucci (1922–2003), réparateur des instruments du célèbre orchestre de Glenn Miller. Vito Pascucci avait discuté avec Glenn Miller de l'ouverture d'une société de distribution d'instruments de musique et d'importation d'instruments après la guerre. Après la mort de Glenn Miller le et Walter Gretsch étant également décédé, Léon Leblanc et Vito Pascucci ont conclu un accord d'importation et ont fondé en en partenariat la "G. Leblanc Corporation" (connu en France sous le nom de "Leblanc USA" pour se différencier de Georges Leblanc Paris) basée à Kenosha, Wisconsin.. Il met ainsi fin à la relation de distribution vieille de 25 ans avec Gretsch & Brenner.. L'idée maîtresse de cette coopération est d'adapter les clarinettes au climat nord-américain et de les produire sur place afin de résoudre des problèmes de variations de diamètres de perce imputables à l'hydrométrie liés au transport par voie maritime.
Pour faire face à la demande des écoles de musique américaines dans les années 1950, que la manufacture française de La Couture-Boussey ne pouvait satisfaire, les premières clarinettes avec un corps en plastique sont produites dans l'usine de Kenosha..
En plus des clarinettes Leblanc, la société G. Leblanc Corporation a commencé à importer des cuivres et des saxophones fabriqués par les firmes françaises Courtois et Beaugnier, respectivement, sous la marque Leblanc. Les saxophones les plus caractéristiques de Leblanc à l'époque sont ses saxophones "System" modèle 100 et 120, la dernière itération d'instruments conçue par G. Leblanc depuis le début des années 1930 pour atténuer les problèmes acoustiques inhérents au système de touches standard et offrir plus de combinaisons de doigté..
De 1964 à 1971, la maison Leblanc effectue le rachat d'autres manufactures d'instruments de musique. À la cessation de l'activité de l'entreprise Beaugnier en 1967, la fabrication des saxophones Beaugnier est reprise par la maison Leblanc avec le personnel de l'usine et continua la production sous la marque Leblanc jusqu'en 1973.
En 1971, pour l'anniversaire des 25 ans de collaboration avec Leblanc USA, un exemplaire de la clarinette octo-contralto est créé et produit d'après les plans établis par Charles Houvenaghel (décédé en 1966 et qu'il n'aura jamais contemplé) et offert à Vito Pascucci. Seuls 3 exemplaires de cet instrument sont produits dans le monde.
En 1972, le magasin-atelier de la rue des Rigoles déménage au 403 rue des Pyrénées.
Vers 1981, entre 12 000 et 15 000 clarinettes, hautbois et flûtes sont assemblés à la manufacture de La Couture-Boussey par 50 artisans dont 80% est destiné à l'exportation. La maison Leblanc dispose d'un atelier de mécanique modernisé employant cent quarante personnes près de Moulins (Allier) pour les pièces en métal (clés, capuchons…)..
À la fin de sa vie, Léon Leblanc travaille à un nouveau modèle de clarinette soprano, la LL100, pour son centième anniversaire.
La marque Noblet La marque Noblet est dédiée aux clarinettes d'étude en bois d'ébène, en métal ou en ébonite. et également des flûtes, piccolos, hautbois et cors anglais.
Vente et réorganisation Dans les années 1980, la maison Leblanc est considérée comme un "trésor national" par le gouvernement français alors que Léon Leblanc qui n'a pas d'héritier envisage de vendre l'entreprise nationale aux américains.. En 1989, la société américaine Leblanc USA acquiert une participation majoritaire (65 %) dans l'entreprise Georges Leblanc Paris et a repris sa direction. En 1993, Léon Pascucci, fils de Vito, finalise le rachat de Georges Leblanc Paris et devient le président de la « G. Leblanc Corporation ». Cent salariés travaillent encore sur le site de La Couture-Boussey. En 1998, l'usine de Moulins (Allier) est définitivement fermée.. En 2000, Léon Leblanc décède à l'âge de 99 ans. En 2003, un incendie suspect se déclare dans les emprises causant de sérieux dégâts (3 millions d'€uros) mais par miracle, le stock de bois d'ébène est épargné. La manufacture redémarre quelques semaines plus tard. La société Leblanc USA a été vendue le 1ᵉʳ à Steinway Musical Instruments et placée sous la filiale Conn-Selmer de Steinway. Conn-Selmer a déménagé ses opérations françaises du site de La Couture-Boussey dans ses installations d'Elkhart, dans l'Indiana. Il s'agissait essentiellement du stock d'ébène et de grenadille constitué par la maison Leblanc, indispensable à la fabrication des clarinettes et dont le séchage nécessite une vingtaine d'années. Les outillages ont été pilonnés. En 2008, l'usine de clarinettes française historique de Georges Leblanc Paris a été vendue au groupe Buffet.. En 2012, l'ancienne usine Leblanc de La Couture-Boussey est définitivement fermée.
Modèles de clarinette G. Leblanc Paris Innovation et brevets Georges et Léon Leblanc générèrent de nombreuses innovations brevetées entre 1909 et 1966 qui sont désormais dans le domaine public et qui ont fait la réputation des clarinettes Leblanc.. On notera, entre autres : Brevet FR387481A : Perfectionnements aux mécanismes des clarinettes (1908) ; suivi de 3 additions de brevet FR9102E (1908), FR9328E. (1908), et FR11220E (1909). Brevet FR614673A (1925) : Perfectionnements apportés dans les instruments de musique à vents. Brevet FR727312A (1931) : Perfectionnements apportés aux instruments de musique à vent tels que clarinettes et saxophones.