L'abbaye Saint-Paul de Cormery est une ancienne abbaye bénédictine située sur le territoire de la commune de Cormery dans le département français d'Indre-et-Loire en région Centre-Val de Loire.

Simple fondation monastique d'Ithier en 791, elle est élevée en l'an 800 au rang d'abbaye par Alcuin, et adopte la règle de saint Benoît. Elle est dès lors rattachée à l'abbaye Saint-Martin de Tours, et le reste jusqu'à la dissolution de la communauté monastique sous la Révolution. Malgré des dommages causés par les Normands dans la seconde moitié du mais difficiles à quantifier, l'abbaye se développe rapidement, et autour d'elle le bourg de Cormery. Au milieu du Moyen Âge, elle compte de très nombreuses possessions dans plusieurs provinces françaises et ses bateaux peuvent naviguer librement sur tous les cours d'eau du royaume ; forte de cinquante moines, c'est alors l'une des plus puissantes abbayes tourangelles. Elle est affectée par la guerre de Cent Ans, dont elle se relève pourtant, puis par les guerres de Religion, dont elle ne se remet jamais complètement. Malgré l'intervention des mauristes à partir de 1662, elle ne retrouve pas son éclat, ses effectifs diminuent inexorablement et c'est une abbaye déjà bien affaiblie qui succombe à la suppression des congrégations pendant la Révolution, en 1790. Les derniers moines sont dispersés, les bâtiments vendus comme biens nationaux sont détruits ou morcelés puis remaniés.

Au , il reste toutefois d'importants vestiges de l'abbaye Saint-Paul de Cormery, dispersés dans un paysage urbain où leur unité première est parfois difficilement identifiable parmi les constructions récentes : la tour Saint-Paul (le clocher-porche de l'abbatiale), une chapelle gothique du chœur, le réfectoire en grande partie sauvegardé bien que très remanié et une portion de la galerie du cloître sont toujours debout. À la périphérie de la clôture monastique, subsistent les logis de l'abbé, du prieur et du sacristain (logis du sacriste selon la terminologie locale). Par étapes entre 1908 et 1933, tous ces vestiges, à l'exception du logis du sacristain, sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques tandis que les chapiteaux des parties préservées figurent à l'inventaire général du patrimoine culturel. En 2021, c'est l'ensemble des vestiges à l'exception des bâtiments déjà classés qui bénéficient d'une protection au tire de son inscription.

Localisation et toponymie L'abbaye est construite sur la rive gauche de l'Indre, entre la rivière au nord, la départementale à l'ouest et la (route de Montrésor) au sud. À l'époque moderne, le niveau du sol de l'ancien cloître ne se trouve qu'à environ au-dessus du niveau moyen de l'Indre..

La localisation exacte de la fondation initiale n'est pas formellement connue, mais elle est certainement proche de l'abbaye qui lui succède, alors que le flanc du coteau est probablement intégralement boisé. Un chemin médiéval, hérité de l'Antiquité, relie alors Tours à Argenton-sur-Creuse par la rive droite de l'Indre.

L'origine du nom , cité dès 791, n'est pas connue avec certitude. Le recours au suffixe ou , qui indique une localisation ou une propriété est assez généralement admis. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer le radical .. Albert Dauzat et Charles Rostaing pensent que Cormery aurait pu être, à l'origine, le en référence à un arbre remarquable situé à l'emplacement de monastère primitif.. Selon Ernest Nègre, serait le domaine de , anthroponyme d'origine germanique.. Annick Chupin, pour sa part, évoque un autre nom germanique, celui de , tout en reconnaissant la fragilité de sa proposition.. Le cartulaire de Cormery et le Recueil de chroniques de Touraine. rapportent une tradition voulant qu'Ithier soit venu se retirer en pénitence en ce lieu, le « cœur marri » (), hypothèse reposant sur une ressemblance phonétique unanimement écartée par les linguistes.

Historique Ithier, précurseur, et Alcuin, fondateur vignette|alt=Enlunimure en couleurs représentant plusieurs personnages.|Alcuin (au centre), abbé de Saint-Martin de Tours et de Saint-Paul de Cormery. En 791, Ithier, abbé de Saint-Martin et chancelier de Charlemagne fonde une première communauté religieuse au lieu-dit sur le versant de la rive sud de l'Indre, sur un terrain qu'il a acheté. Plusieurs auteurs, reprenant les propos de Jean-Jacques Bourassé, disent qu'il s'agissait d'un lieu retiré, d'une « solitude sauvage ». Annick Chupin est d'un avis différent : pour elle, le site était habité depuis longtemps et le présenter comme désert et isolé n'est qu'un moyen de magnifier l'acte fondateur d'Ithier ; les fouilles de 2016-2017 dans le cloître montrent d'ailleurs une occupation antérieure de plusieurs décennies à l'implantation monastique d'Ithier, mais dont la nature ne peut être précisée. Une première église est bâtie, sous le vocable de la Sainte-Trinité et son maître autel est dédié à saint Paul. Ithier vient y faire retraite avec plusieurs de ses moines et obtient pour la « celle Saint-Paul » le statut de monastère. Il la dote de plusieurs biens lui appartenant en Touraine, mais aussi en Anjou, dans le Blésois et le Dunois ; il la place sous l'autorité de l'abbaye Saint-Martin de Tours. Son futur successeur, Alcuin, lui demande d'achever son œuvre mais Ithier meurt, probablement en 796..

C'est Alcuin qui, avec l'aide de son ami Benoît d'Aniane, en fait une abbaye véritablement structurée, soumise à la règle de saint Benoît. L'accord du pape obtenu, une charte de Charlemagne du précise les modalités de cette refondation. Une vingtaine de moines venus de Gothie la rejoignent.. La reconstruction totale des bâtiments, selon un plan conforme à la règle bénédictine, s'impose mais Alcuin n'a pas le temps de la réaliser avant sa mort en 804. Une tradition couramment répandue veut qu'Alcuin ait résidé de façon régulière à Cormery ; rien, en l'état des connaissances, ne permet de l'affirmer.

Apogée médiéval vignette|gauche|upright=1.2|alt=Dessin en noir en blanc de la façade d'une église.|Proposition de restitution de l'abbatiale de Frédegis (1908).

Frédegis devient abbé de Saint-Martin à la mort d'Alcuin, dont il était l'élève. En 816, il obtient du roi Louis le Pieux la confirmation des privilèges accordés à l'abbaye par Charlemagne. dont celui, datant de 807, de libre navigation sur l'ensemble des rivières du royaume, privilège important pour la prospérité économique de la communauté. Il fait rebâtir l'abbaye de Cormery et construire une nouvelle église pour la communauté désormais forte de cinquante moines., probablement avant 820, année où il est élu abbé de Saint-Bertin à Saint-Omer. En 831, Jacques est le premier abbé de Saint-Paul de Cormery élu par la communauté des moines de l'abbaye.. L'abbé Audacher, son successeur, autorise en 845 la tenue de foires et marchés publics à Cormery : la population du bourg s'accroît, ce qui profite à l'abbaye. Vers 850, Audacher concrétise le souhait de deux chevaliers qui désirent que soit fondée une abbaye sur leur terre de : c'est la naissance de l'abbaye Saint-Sauveur de Villeloin à Villeloin-Coulangé, qui dépend dans un premier temps de Cormery.. En 853, les Normands remontent la Loire vers Tours. Les reliques de saint Martin, qu'ils convoitent, sont alors mises à l'abri à Cormery., avant de revenir à Tours dès l'année suivante. : les Normands, arrivant à Cormery sans y trouver la châsse de saint Martin, saccagent la ville et l'abbaye. Cette chronologie ne repose toutefois que sur l'interprétation de récits historiographiques et une éventuelle incursion des Normands à Cormery est peut-être plus tardive (décennie 860) ; de même il est difficile de juger de l'impact réel de cet événement, peut-être moins important que les chroniques ne le rapportent, et qui ne met manifestement pas en danger la survie de l'abbaye. À la même époque et probablement pour la même raison, les reliques de saint Loup quittent Bayeux pour Cormery.. En 865, l'abbaye de Saint-Martin fait don à Saint-Paul de plusieurs domaines ayant appartenu à Alcuin, en Champagne et en Bourgogne. Le fief de Cormery, situation peu courante, ne dépend d'aucun seigneur. Seul l'abbé en exerce l'autorité administrative comme judiciaire.

Les reliques des saints Edoch et Cyrioch, (peut-être Evéoc et Kirrio, deux saints bretons) auraient été apportées à Cormery par des moines venus de Bretagne au début du ; c'est ce que rapporte une chronique rédigée en 1666.. Vers 944, Foulques le Bon, comte d'Anjou, est abbé laïc de Saint-Paul, situation qui existe probablement depuis le début du . Le retour à un abbé régulier a lieu avec Guy d'Anjou, fils du précédent, vers 954.. En 965, cet abbé libère l'abbaye de Villeloin de la tutelle de Cormery.. À cette époque, la richesse de Saint-Paul de Cormery s'accroît par les effets de la « peur de l'an mille » : de nombreux chrétiens font don de leurs biens à l'abbaye, espérant ainsi assurer le salut de leur âme.

Sous les abbatiats de et (1026-1060), un programme de reconstruction est entrepris. Une abbatiale romane est édifiée ; elle est consacrée le par l'archevêque de Tours Barthélemy de Chinon., bien que les travaux ne soient pas terminés. Le père Guillaume Louis, un des moines de Cormery, à l'issue de plusieurs voyages à Jérusalem et en Terre sainte, dote l'abbaye de nombreuses reliques qui attirent les visiteurs et créent un courant commercial dans la ville, d'autant plus que Cormery se trouve sur l'un des nombreux chemins vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Pèlerins et visiteurs sont accueillis dans un hospice situé à l'ouest de l'abbaye. Les moines, qui ont obtenu des droits de propriété sur l'Indre, y installent trois moulins à farine près de l'abbaye, dits « moulins de Saint-Paul » ; ils en perçoivent les revenus au titre de la banalité. Les donations se poursuivent sous l'abbatiat de (1070-1111) ; elles permettent la surélévation de la tour Saint-Paul et la reprise de sa base..

La mention d'un emprunt en 1254 montre que l'abbaye connaît alors des difficultés financières. C'est l'époque où le réfectoire et la porterie sont édifiés. À la fin du , la partie orientale de l'église s'écroule. L'abbé Thibault de Châlon en organise la reconstruction entre 1290 et 1310, mais c'est maintenant l'architecture gothique qui prévaut. L'abbé Jean le Chat, entre 1334 et 1352, obtient du pape l'autorisation de réduire à trente moines l'effectif de l'abbaye..

Soubresauts des guerres L'abbaye subit les assauts des Anglais ou, plus vraisemblablement, de factions se réclamant de leur parti en 1353, 1358 puis 1412. En 1358 notamment, une bande armée commandée par le Français Basquin du Poncet et basée à La Roche-Posay dévaste et pille la ville en massacrant ou déportant une partie de ses habitants.. Le , elle pénètre dans l'abbaye, en chasse les moines qui n'ont pas encore fui , loge ses chevaux dans l'abbatiale et commence à aménager les lieux pour s'y établir à demeure ; le cloître est presque entièrement détruit.. Elle accepte finalement de quitter Cormery un an plus tard, moyennant une forte rançon. Les moines revenus, des travaux de réparation commencent à être engagés lorsqu'en 1412 les Anglais menacent Cormery après avoir pillé l'abbaye de Beaulieu-lès-Loches. Les moines de Cormery proposent d'acheter leur sécurité et celle de la ville, négociée auprès de Thomas Beaufort ; malgré tout, Cormery est sur le point d'être assiégée quand elle est délivrée par . vignette|redresse|alt=Emplacement d'un toit matérialisé par une trait de couleur sur la paroi d'une tour.|1 et 2 : niveaux successifs de la toiture de la nef.