Jean Baptiste Charles Henri Hector, comte d'Estaing, né au château de Ravel (Puy-de-Dôme) le et mort guillotiné à Paris le , est un aristocrate, militaire et administrateur colonial français.

Officier d'infanterie, il atteint le grade de colonel durant la guerre de Succession d'Autriche et il est blessé devant Maastricht. Promu brigadier d'infanterie au début de la guerre de Sept Ans, il part combattre aux Indes. Blessé à nouveau et fait prisonnier par les Anglais, il est libéré sur parole et reprend les armes pour mener sur mer une campagne couronnée de succès dans l'océan Indien.

À nouveau capturé par les Anglais lors de son retour vers la France, il parvient néanmoins à être libéré et rapatrié.

Bon soldat et habile courtisan, il est rapidement promu lieutenant général des armées royales dans l'armée mais également lieutenant général des armées navales dans la marine en vue d'une expédition au Brésil colonial (avec des provisions. de vice-roi du Brésil, que la fin de la guerre rendent sans objet). Ces promotions rapides et multiples lui valent l'inimitié durable de ses subordonnés, surtout dans la marine.

Il est nommé, en 1764, gouverneur à Saint-Domingue mais la mission que lui a confiée Choiseul le rend impopulaire auprès des notables locaux qui obtiennent son renvoi au bout de deux ans seulement (1766). Six ans après son retour (1772), il est nommé inspecteur et commandant de la marine à Brest, fonctions qu’il cumule avec celle de gouverneur. Gestion difficile, vu la multiplicité des interlocuteurs, il doit, pour conforter le rôle de l'intendant Ruis-Embito, prescrire par un ordre de service au personnel du port de .

Promu vice-amiral pendant la guerre d'indépendance américaine, il reçoit en 1778 le commandement d'une flotte envoyée en aide aux insurgents américains. Le arrive à Fort-de-France un convoi apportant des approvisionnements et des renforts. Parmi ces navires le Fier Roderigue, armé par Beaumarchais ; un ancien navire de guerre qui séduit d'Estaing qui se permet de l'intégrer à son escadre. Il échoue devant Rhode Island et New York, remporte un demi-succès à la Grenade, où le commandant du Fier Roderigue perd la vie, et où le bateau devient inutilisable. Il échoue encore devant Savannah, où il est à nouveau blessé. Il rentre en France en 1780.

Populaire malgré des résultats mitigés, il est employé en Espagne et dans l’Atlantique à la tête d'une escadre combinée franco-espagnole, qui ne joue cependant pas un rôle important. Deux ans après la fin de la guerre d'indépendance américaine, il obtient le gouvernement général de Touraine.

Il reste en France pendant la Révolution française de 1789, dirige la garde nationale de Versailles, où il joue un rôle ambigu lors des journées d’Les 5 et 6 octobre 1789, la foule parisienne va chercher le Roi et la Reine à Versailles et les contraint à venir s'installer à Paris. avant de démissionner. Il ambitionne sans succès la dignité de maréchal de France, et il est finalement promu amiral en 1793. Cependant, son rôle lors des journées d’ et certaines de ses prises de position ultérieures lui valent d'être condamné à mort et guillotiné sous la Terreur.

Biographie Origines et famille Jean Baptiste Charles Henri Hector d'Estaing, marquis de Saillans, seigneur de Ravel, est le fils de Charles-François d'Estaing, marquis de Saillans (1683-1746), et de sa première femme, Marie-Henriette Colbert de Maulévrier (1703-1737), descendante d'un frère cadet du Grand Colbert..

Son père, mestre de camp du régiment du Saillant devenu régiment d'Estaing, est nommé brigadier le , maréchal de camp le , et lieutenant général le , descend d'une famille qui compte un grand nombre d'officiers ayant servi la couronne de France.. Il devient l'héritier de la branche aînée de la famille d'Estaing, comte d'Estaing et propriétaire du château d'Estaing, après le décès en 1729 de son cousin François d'Estaing.

Le jeune d'Estaing fait ses études aux côtés de Louis, le Dauphin (le père du futur roi Louis XVI), qui est né à peu près au même moment.. D'Estaing devient ainsi l'un des amis proches du Dauphin et sert dans sa suite..

En , il intègre les mousquetaires et gravit les échelons de la hiérarchie militaire. Ainsi, il est promu lieutenant au régiment de Rouergue en 1746. La même année, il épouse Sophie Rousselet de Crozon (1727-1792), petite fille du vice-amiral le marquis de Châteaurenault (1637-1716), qui lui donne un fils unique, décédé accidentellement à l'âge de sixSite du château de Ravel. , en tombant du balcon du salon de musique du château de Ravel.

N'ayant pas d'enfants, il fait légitimer en 1768 sa demi-sœur bâtarde, Lucie Madeleine d'Estaing (1743-1826), ancienne maîtresse du roi Louis XV, dont il fait son héritière (notamment la vicomté de Ravel).

Il fut aussi, par procuration, le parrain de Lucie-Madeleine d'Estaing de Réquistat DubuissonArchives départementales du Puy-de-Dôme : http://www.archivesdepartementales.puydedome.fr/archive/resultats/etatcivil/n:13?RECH_comune=Saint+babel&RECH_unitdate_debut=1769&RECH_unitdate_fin=1769&RECH_acte=baptemes&type=etatcivil, vue 143., épouse du comte de La Tour Fondue, et aïeule dont la famille Giscard d'Estaing obtint de relever le nom en 1922 et 1923.

Les débuts pendant les guerres de Succession d'Autriche et de Sept Ans

Son régiment sert pendant la guerre de Succession d'Autriche, il participe très jeune aux batailles de Rocourt et de Lauffeld en 1746 et 1747.

Il sert alors comme aide de camp du maréchal de Saxe et suit ce dernier dans sa campagne en Flandre (1746-1748). De cette époque date sa promotion au grade de colonel du régiment du Rouergue, et il est blessé au siège de Maastricht (avril-)..

La guerre terminée, Louis XV entreprend un programme de modernisation de son armée, à l'image de ce qu'avait fait Frédéric le Grand avec l'armée prussienne. D'Estaing fait partie des principaux réformateurs et, au bout de quelques années, le régiment de Rouergue est vu comme « un modèle d'infanterie »..

Cherchant à acquérir de l'expérience en matière de diplomatie, il accompagne un temps l'ambassadeur de France à Londres..

Lorsque les hostilités reprennent entre les colonies anglaises et françaises en Amérique du Nord, d'Estaing envisage un temps de s'engager dans les forces qui, sous Louis-Joseph de Montcalm, sont envoyées en renfort en 1755, mais sa famille l'en dissuade.

Lorsqu'une expédition à destination des Indes orientales est organisée, il se porte volontaire sans consulter sa famille cette fois. Sa participation est assurée par le fait qu'il se voit offrir une promotion antidatée au grade de brigadier d'infanterie, à condition qu'il transfère le commandement de son régiment à quelqu'un d'autre, ce qu'il parvient à faire. Début , peu de temps avant d'embarquer, d'Estaing est fait chevalier de Saint-Louis..

Après un long voyage, la flotte du comte d'Aché, transportant le corps expéditionnaire commandé par le comte de Lally-Tollendal, arrive au large de Cuddalore au sud de l'Inde le .. Cuddalore est alors aux mains des Britanniques. Lally-Tollendal fait débarquer ses troupes, établit un blocus autour de la ville, et se rend à Pondichéry pour organiser l'acheminement de l'équipement destiné au siège. Le , les forces françaises occupent la ville et se postent autour du Fort Saint-David.. L'arrivée du matériel de siège est retardée, mais la garnison britannique en place est forcée de se rendre après 17 jours de siège. D'Estaing commande alors l'aile gauche des forces de Lally-Tollendal, dirigeant les attaques et le positionnement des batteries..

Il continue à servir sous Lally-Tollendal pendant sa campagne contre les Britanniques au sud de l'Inde. Il s'oppose à la décision de son supérieur de lever le siège de Tanjore (il est le seul à s'y opposer lors du conseil de guerre tenu à cette occasion) à la suite de la prise de Karikal par les Britanniques. Lorsque Lally-Tollendal commence à assiéger Madras en , le régiment de D'Estaing est positionné au centre de la ligne française. Lorsque les Britanniques décident une sortie contre ce secteur, d'Estaing s'était avancé seul pour reconnaître leurs mouvements. Entouré, sans cheval, il est blessé à deux reprises par les baïonnettes ennemies avant de se rendre..

D'Estaing est fait prisonnier et ramené à Madras où il est détenu sur ordre du gouverneur de la ville George Pigot. Pigot lui propose de le libérer sur parole, ce que d'Estaing refuse, préférant attendre d'être échangé contre des prisonniers britanniques, afin de pouvoir continuer à combattre.. L'arrivée d'une flotte britannique au large de Madras en convainc d'Estaing d'accepter l'offre de libération sur parole, qui était conditionnée au fait qu'il ne reprenne plus les armes contre les Britanniques dans les Indes orientales..

Campagne dans l'Océan Indien En , il embarque pour l'Isle de France (actuelle Maurice).. Lors de son séjour dans l'île, la nouvelle parvient qu'un accord concernant un échange de prisonniers entre la France et la Grande-Bretagne est sur le point d'être signé. Cependant, ayant été libéré sur parole avant cette date, d'Estaing est exclu de l'accord. Alors qu'une demande est envoyée en Inde pour négocier son inclusion dans l'accord, il décide d'armer une expédition navale qui emploie deux navires de la Compagnie française des Indes orientales qui passent au service du roi, expédition qu'il finance en partie sur fonds propres.

vignette|gauche|Prise du vaisseau anglais le Mery par d'Estaing à Mascate en 1759. À la tête de ses deux navires, le vaisseau Condé (50) et la frégate l'Expédition, d'Estaing entame une brillante campagne corsaire. D'Estaing pense alors à un moyen de contourner la parole donnée, en se déclarant « spectateur » au cas où il viendrait à affronter une flotte britannique ou ses alliés, permettant à son commandant en second de diriger les opérations.. Il met les voiles en direction du golfe Persique en . Lors de la capture d'un convoi arabe à la fin du mois, il apprend la présence d'un vaisseau britannique à Mascate, le Mery. Au cours d'une attaque audacieuse, 50 hommes du Condé entrent au sein du port fortifié, abordent et prennent le navire anglais sans résistance. Dans la précipitation, les hommes coupent les cordes nécessaires pour le remorquage du navire, et l'alerte est finalement donnée dans le port. Les petites embarcations lancées pour reprendre le vaisseau anglais sont repoussées par les tirs précis du Condé, permettant aux hommes à bord d'attacher une nouvelle corde et de remorquer la prise hors du port.. Plus tard, il capture les garnisons anglaises des forts de Gombron et de Bender-Abassi, repousse alliés des Anglais, détruit Gombron., avant de mettre les voiles vers Sumatra. En route, il détache les prises qu'il avait faites, et les envoie en Isle de France où ses victoires lui valent la célébrité : en trois mois il accumule les prises au prix de seulement 5 morts au sein de son équipage (bien qu'il ait également perdu 28 hommes de la variole)..