Le programme de frégates multimissions (FREMM) est mené en coopération entre la France et l'Italie. Il a été lancé en 2005. Il constitue le programme phare du renouvellement de la composante de frégates de lutte anti-sous-marine (ASM) et d'action vers la terre (AVT) de la marine nationale française et de la marine italienne. Les FREMM sont développées et produites par Naval Group, maître du programme pour la France, et Fincantieri, maître du programme pour l'Italie.
Le premier bâtiment, l', est réceptionné par la marine française en . Dix navires ont été construits pour la marine nationale (classe Aquitaine), qui en a cédé deux alors qu'ils étaient encore en construction : un pour la marine royale marocaine et un pour la marine égyptienne. De même, la marine italienne ne compte en armer que dix (classe Bergamini) sur les douze construits, après en avoir cédé deux à la marine égyptienne alors qu'ils étaient en construction.
L'Italie poursuit le développement avec sa FREMM EVO, dont elle construit deux navires. Ceux-ci permettront la revente à la marine grecque des deux premiers bateaux lancés. De son côté, la France avec la FREMM DA développe une version aux performances anti-aériennes plus poussées et lance deux navires.
En 2014, le Maroc reçoit une FREMM construite par Naval Group puis en 2015, l' Egypte en perçoit une, initialement destinée à la marine nationale française avant d'en acheter deux à la marina militare. En 2020, l'US Navy sélectionne le modèle de Fincantieri comme base technique de son programme FFG(X), donnant naissance à la classe Constellation, dont la conception diverge de la classe de base au fil des spécifications de l'US Navy. En 2025, le programme est arrêté, la construction des deux navires déjà commencés continuant néanmoins. En 2021, la marine indonésienne choisit également les FREMM Fincantieri pour ses six nouvelles frégates mais, en début 2026, le contrat n'est pas encore finalisé.
Historique La de frégates furtives françaises vignette|gauche|La frégate La Fayette (F710) et ses superstructures carénées et inclinées.
Les frégates françaises de la classe La Fayette sont souvent considérées comme les premiers bâtiments de surface furtifs. Créée et réalisée par la DCN, alors entreprise étatique (aujourd’hui Naval Group), cette classe de frégates a adopté pour sa coque des angles de réduisant sa surface équivalente radar (SER), des superstructures diminuant les discontinuités ainsi qu'un recours à des matériaux absorbants tel le composite verre-résine (CVR), réduisant la signature infrarouge (SIR) mais résistant mal au vieillissement. Cinq exemplaires sont en service au sein de la Marine nationale française et quinze autres, qui en sont dérivés, au sein des marines de guerre taïwanaise, saoudienne et singapourienne..
Premières ébauches (2000-2002) thumb|left|L'armement de la frégate singapourienne Formidable (au premier plan) se rapproche de celui des FREMM.
Si les frégates La Fayette sont peu armées (pour des raisons budgétaires, elles n'ont pas reçu le système SAAM antimissile prévu, mais il pourrait être embarqué si nécessaire), ce n'est pas le cas des Al Riyadh (Sawari II) saoudiennes ou des Formidable singapouriennes qui en sont dérivées. Les premières, commandées en 1997, voient le remplacement du missile Crotale et du radar de veille surface-air basse altitude par le système SAAM antimissile ( ASTER-15) couplé au radar tridimensionnel Arabel (équipant le porte-avions français Charles de Gaulle), la suppression du canon de calibre au profit d'une tourelle de , l'adjonction de tubes lance-torpilles et la possibilité d'embarquer deux (au lieu d'un) hélicoptères Panther. Les secondes, commandées en 2000 et qui ont tout des frégates multimissions (FMM), possèdent un radar tridimensionnel à balayage électronique passif Thales Herakles, une conduite de tir EADS Najir 2000 pour la pièce de calibre permettant en outre une surveillance passive jour-nuit, des lance-leurres EADS Dagaie NG, un système de guerre électronique Rafael, qui visent à automatiser au maximum le bâtiment. Il est en effet doté d'un hélicoptère S-70 B Seahawk, de (soit 95 de moins qu'à bord d'une frégate Al Riyadh et 80 de moins que pour une La Fayette)..
Cette expertise est utilisée par la DCN (par la suite DCNS puis Naval Group depuis 2017) en 2000 pour proposer le projet SGX (puis Echo), décliné en SG1, SG2 et SG3. La formule SG1 ne navigue qu'à et a une propulsion diesel-électrique, tandis que SG2 possède une propulsion combinée diesel et turbine à gaz (en , CODAG). Dès , DCNS se préoccupe de la réduction d'équipage à la façon des Al Riyadh et Formidable, d'une modularité augmentée et d'une réduction des coûts. Facture évaluée à pour soit, selon Jean-Marie Poimbœuf, PDG de DCNS, .. Les études de faisabilité ayant été approuvées, le ministre de la Défense français Alain Richard lance le le programme des frégates multimissions (FMM), qui prennent le nom de projet Alpha.
L'Italie se joint au projet (2002)
Une coopération de longue date thumb|right|290px|La frégate FREMM italienne Carlo Bergamini.
La coopération franco-italienne en matière d'armement naval est très active avec les programmes de frégates antiaériennes Horizon (1990), de torpilles légères MU90 (1991), d'hélicoptère NH90-NFH (1992), de système de détection antitorpilles SLAT (2000), etc. Elle est régie par l'accord du et s'articule autour d'un comité mixte présidé par la DGA française via le Service des programmes navals (SPN) et le Secrétariat général à la défense et le directoire national d'armement italien via la NAVARM. Selon le site de la DGA .. Le , un accord est signé à Rome sur la mise en chantier par les deux pays de 27 FMM (17 pour la France et dix pour l'Italie), et dont les caractéristiques se précisent : déplacement d'environ , missiles ASTER-15, torpilles légères MU90, hélicoptère NH90, équipage restreint. La phase de définition débute le .
Études (2003-2005) Entre le projet français Alpha et le projet italien, il existe des différences notables, notamment au niveau des superstructures (mât unique ou pas, choix de la propulsion, etc). Sur la base d'une même plate-forme, France et Italie doivent trouver un compromis alors que la première nation a besoin d'une frégate d'escorte légère et peu rapide et la seconde d'un bâtiment plus fortement armé.
Propulsion Après l'accord-cadre (ou MoU) du , en les discussions entre Armaris et Orizzonte Sistemi Navali portent sur la propulsion, qui doit être jusqu'à 14~. Deux options sont envisagées : la COmbined Diesel eLectric And Diesel (CODLAD) comprenant 2 moteurs diesels, 2 réducteurs, 4 diesels-alternateurs, 2 moteurs électriques, 1 embrayage par ligne d'arbre, 2 lignes d'arbre avec une hélice chacune à pales fixes ; la COmbined Diesel eLectric Or Gas (CODLOG) possédant 4 diesels-alternateurs fournissant l'électricité nécessaire aux évolutions à basse vitesse, tandis que la turbine à gaz est utilisée via un réducteur (1 entrée/2 sorties) pour les évolutions à grande vitesse. Cette formule est retenue mais sur les bâtiments italiens, un système COmbined Diesel eLectric And Gas (CODLAG) est préféré, pour une vitesse maximale plus élevée.
Deux fournisseurs restent en lice : Rolls Royce plc avec une turbine MT-30 de , déjà sur le marché, de de puissance ; General Electric-Avio, avec une turbine trentenaire dont la version avancée LM 2500+G4 est encore à développer, et qui fournirait une puissance de . Cette version, bien moins novatrice mais moins chère, est retenue. Ce choix aurait entraîné l'ire des responsables de Rolls Royce plcSelon le site Mer et Marine . Rappelons que la turbine MT-30 a été choisie pour le futur PA 2.. Qui plus est, les LM 2500+G4 obligent à une réduction de la vitesse maximale de 27.5 à et , masse déjà accrue par celle du radar Herakles (trois tonnes de plus que son concurrent l'EMPAR)..
Mâture unique et radar Les industriels italiens restent inflexibles sur la présence de deux radars : un Alenia Aeronautica EMPAR tridimensionnel de veille air associé au système SAAM et un SPS-791 de veille surface. De leur côté, les Français souhaitent conserver le radar 3D air-surface Thales Herakles utilisé sur les frégates Formidable et qui permet de se limiter à une mâture unique, dite . L'abandon, le , à la veille du salon DSEI, de la mâture intégrée, si elle est une solution moins innovante, possède l'avantage de réduire les interférences électromagnétiques et favorise l'uniformisationLe radar EMPAR est utilisé sur tous les nouveaux bâtiments de la Marina Militare : le porte-aéronefs Cavour, les deux frégates Orizzonte et les FREMM. De son côté, l'Herakles des FREMM françaises se rajoute à l'inventaire de la Marine nationale, qui comprend déjà l'Arabel du porte-avions Charles de Gaulle et l'EMPAR des frégates Horizon. L'Herakles, moins cher à l'achat, aurait des performances moindres que l'EMPAR en matière de détection à basse altitude.. Par ailleurs, les coûts de recherche et développement de la mâture unique auraient été à la charge de DCNS, maître d'œuvre du programme, sans parler de la fabrication en plus petite série, qui aurait augmenté les coûts des FREMM.
La coupe change Bien que début , un accord de principe eût été trouvé sur la forme de la coque, le déplacement et la vitesse, il faudra attendre pour que des vues d'artiste provisoires montrent les différences entre les projets français Alpha et italien. La coupe du navire a radicalement évolué vers une version intermédiaire , le déplacement du lanceur des MM40 Exocet vers le centre du bateau libérant une plage avant plane jusqu'au bloc passerelle et une étrave effilée, à l'instar de celles des frégates Horizon, bref un stylisme classiqueSelon ..
Partage industriel Le , les FMM, qui ont pris le nom de « Frégates européennes multimissions » (FREMM), voient la maîtrise d'œuvre confiée du côté français à DCNS et, côté italien, à , un consortium réunissant les chantiers Fincantieri et Finmeccanica, sous contrôle de l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (OCCAr). Ce mode de coopération s’inspire des expériences tirées des programmes comme Horizon. Il est alors prévu une conception commune en amont, et l’achat en commun de la turbine, du système de stabilisation, du système de guerre électronique et du sonar. Ces matériels représentant environ 10 % du coût du navire, l’opération permet d’économiser à peu près un million d’euros par bâtiment. En 2013, Patrick Boissier, PDG de DCNS, indique que moins de 10 % du coût des études ont été mutualisés, et que, compte tenu des coûts supplémentaires des études spécifiques relatives aux plateformes différentes pour chaque pays, ainsi que du surcoût lié à la coordination, le montant économisé est ramené à une quinzaine de millions d’euros. En définitive, grâce à cette coopération, la France aura donc économisé environ d’euros, soit à peine 1 % à 1,5 % du coût total du programme..
DCNS construit dans l'arsenal de Lorient les onze frégates. La tête de série, lAquitaine a été réceptionnée le par l'OCCAr au nom de la Direction Générale de l'Armement (DGA) conformément aux exigences contractuelles. Concernant les FREMM et 3, soient la Normandie et la Provence, Naval Group, (anciennement DCNS) Lorient, construit les parties arrière (tronçons 1 à 4). L'avant (tronçons 5 à 10) étant réalisé par Naval Group, (anciennement DCNS) Brest, et Naval Group (anciennement DCNS) Cherbourg. L'assemblage final est fait par Naval Group (anciennement DCNS) Lorient.
Développement
Problèmes de financement
Du côté français. Le , lors du salon Euronaval, Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense française, et son homologue italien Antonio Martino signent un protocole d'accord définissant les caractéristiques techniques des bâtiments.